LIVRE PRCtriER
cr acteur ; et sî le goût qu'il conçut pour le mystique a nWoit trahi le secret de sou cœur et le foible «de son esprit, il n'y eût point eu dé place que le « public ne lui eût destinée» et qui n'eût paru en- « core au-dessous de son mérite, a
\ Rien sans doute n'est plus honorable à Fënelon, que ce tableau des vertus ëminented et des talents supérieurs qui le distinguoient aux yeux de ses ccntemporainSy et qui font encore l'admiration delà postérité. Nous remarquerons seulement que le dernier trait de ce tableau suppose à Fënelon , sur les matières de spiritualité, des sentiments dont il a tou^ jours été fort éloigné. La suite de cette histoire montrera que, sous un langage inexact , et peu conforme à la rigueur théologique, il a toujours conservé une doctrine trèsM)rthodoxe.
Un homme bien plus sévère que le chancelier d'Âguesseau , un homme que son caractère misanthrope et son esprit satirique portoient naturellement à la censure, bien plus qu'à la louange, le duc de Saint-Simon, le plus observateur des 'courtisans et le plus amer des historiens^ Il ne fait pas difficulté de reconnoître, du moins quant aux principaux traits, la vérité du tableau que le chancelier d'Aguesseau vient de nous offrir. Ce témoignage du duc de Saint«« Simon est d'autant plus remarquable, que, dans plusieurs endroits de ses Mémoires ^ Fénelon n a pas plus écliappé que tant d'autres personnages recom-
Disliiiciions
accordées
à FéneloD.
mandables, aux traits de sa malignité II (i). << Ce a prélat, dit^ily ëtoit doué d'une éloquence naturelle, « douce, fleurie ; d'une politesse insinuante , mais (c noble et proportionnée ; d'une élocution facile , « nette y agréable , embellie de cette clarté nécesa saire pour se faire entendre dans les matières les « plus embarrassées et les plus abstraites ; avec ce cela, un homme qui ne vouloit jamais avoir plus « d'esprit que ceux à qui il parloit; qui se mettoit ce à la portée de chacun , sans se faire jamais sen- « tir ; qui les mettoit à l'aise, et qui sembloit ence chanter ; de façon qu'on ne pouvoit le quitter, ni (c s'en défendre, ni ne pas chercher à le retrouver. (c C'est ce talent si rare, et qu'il avoit au dernier « degré, qui lui tint ses amis si étroitement attace chés toute sa vie, malgré sa chute, et qui , dans a leur dispersion , les réunissoit pour se parler de ce lui, pour le désirer, pour se tenir de plus en plus ce à lui (a). »
Le nom que portoit Fénelon le fît jouir à la cour des distinctions auxquelles sa naissance lui donnoit droit de prétendre, et qui n'appartenoient
(i) On a déjà vu plifs haut quelques traces de cette malignité, (ci-dessus, p. 1 35, note i.) Il seroit aisé d'en signaler un grand nombre d'autres, en divers endroits des Mémoires de Saint-Simon, Voyez en particulier, t. II, p. lofî, etc. t. XVII, p. I 75, etc. t. XXII, p. 1 33, etc. édit. in-ia. (Édit.)
(a) Ibid. ch. 38o; t. XXII, p. 1 36,
LIYRE PREMIER. 169
pas immédiateinent à ses fonctions de précepteur. Louis XIV lui accoixla la permission de manger à la table du duc de Bourgogne, et de monter dans son carrosse ( i ). Cet honneur n ajoutoit sans doute rien au mérite de Fénelon. On doit bien croire qu'il ne s'en fit pas un titre pour se croire supérieur à Bossuet, qui n'en avoit pas joui ; Il on doit être également convaincu qu'il ne vint seulement pas dans l'idée de Bossuet, || d'envier à l'abbé de Féne- Ion , des honneurs accordés au hasard de la naissance. !Nous ne faisons mention d'une circonstance aussi indifférente , que pour faire remarquer jusqu'à quel point Louis XIV, qui posséda si éminemment l'art de régner, apportoit l'attention à maintenir ces distinctions honorifiques , qui ne pouvoient humilier aucun esprit raisonnable, et qui acquittoient la reconnoissance du souverain, sans coûter aucun sacrifice au peuple. C'étoit avec cette mon- Doie d'opinion, qu'un roi de France payoit le sang et les services de ces anciennes familles ce qui, ne pou- « vant acquérir des richesses, espéroient des honr « neurs, et qui se consoloient de ne les avoir pas « obtenus, en pensant qu'elles avoient acquis de « l'honneur (a). »
Une âme, telle que celle de Fénelon, dut sans
(1) Fie de Fénelon^ par le marquis de Fénelon, son petitneveu. La Haye, i747> p. no; édit, in-ia.
(2) Montesquieu, Esprit des Lois.
I70 HISTOIRE DE FCITfiLOir.
Idée qu'il se doute s'enflammer des plus nobles sentiments , au
forme de soD • ..^*i ..i *^ ■«
, . premier moment ou u aperçut la carrière qui s ou-
emploi. *^ r ^ ^
vroit à ses regards et à sa pensée. L'idée d'élever un roi ^ le roi d'une monarchie parvenue au plus haut degré de splendeur^ le maître presque absolu de vingt millions d'hommes, dont le bonheur ou le malheur étoit attaché aux vertus ou aux vices , à la foiblesse, aux talents ou à l'incapacité du souverain^ dut, en exaltant son imagination, communiquer à son ame un effroi involontaire. Son âge, celui du Roi , celui du jeune prince , durent aussi l'avertir qu'il étoit peut-être destiné à recueillir la reconnoissance ou les reproches de plusieurs générations.
Quelque confiance qu'il pût avoir en la pureté de ses intentions, en ses talents, en son caractère, et dans le concours heureux de tous les moyens et de tous les secours qu'il voyoit réunis autour de lui ; ne devoit*il pas redouter d'avoir peut-être à vaincre une nature rebelle à tous ses efforts; à donner une ame, un esprit, un caractère à une statue inanimée ; à extirper le germe des vices que tant de passions et d'intérêts chercheroient à développer; à commander à l'imagination d'un enfant que tout avertissoit de sa grandeur actuelle, et de la puissance que l'avenir lui réservoit ?
Fénelon avoit sous les yeux le père même de son élève , prince bon et doux , mais dont le caractère, exempt de vertus et de vices ^ indifférent au
LIVRB PREMIER. I7I
bien et au mal , peu sensible à la gloire, aux scien* ces et aux arts, n'anoonçoit à la France qu'un règne obâcur et des destinées incertaines ; et cependant ce prince étoit le fils de Louis XlYi et I élève de Bossuet et de Montausier.
Mais au moins Bossuet et Montausier n'avoient pomt eu à combattre des défauts effrayants^ un ca* ractère indomptable, un orgueil révoltant, des pen* chants irascibles, et toutes ces passions violentes que beaucoup d'esprit naturel, et une extrême aptitude à acquérir tous les talents et toutes les con-* noissances, pouvoient rendre encore plus fatales au i^epos et au bonheur des hommes.
Car tel est le portrait que tous les historiens nous ont laissé , du caractère que le duc de Bour- ^^ Bourgogne. gogne avoit apporté en naissant ; tel étoit le prince que Fénelon étoit chargé d'élever. Sans doute un enfant de sept ans ne pouvoit pas encore s'être montré sous des formes aussi redoutables ; mais il falloit bien qu'il eût laissé entrevoir, dès son pre* mier âge et pendant les premières années de son éducation, tout ce que l'on avoit n craindre de lui; puisque ceux qui ont vanté avec la plus juste ad-* miration ce qu'il étoit devenu , rappeloient encore avec une espèce d'effroi ce qu'il avoit étét
ce M. le duc de Bourgogne, dit le duc de Saint* â Simon (i), naquit terrible; et sa première jpu-
( I ) Mémoires^ ch. 3a2» t XVIII, p. 1 1 0| elc« En citant ce
Caractère
du 4uc
« nesse fit trembler. Dur et colère jusqu'aux derniers a emportements, et jusque contre les choses inani- « niées ; impétueux avec fureur , incapable de souffrir a la moindre résistance , même des heures et des éléa mentSy sans entrer en des fougues à faire craindre a que tout ne se rompît dans son corps; c'esi ce dont (if ai été soui>€nt témoin ; opiniâtre à l'excès, pasce sionné pour tous les plaisirs, la bonne chère , la <K chasse avec fureur, la musique avec une sorte de ce ravissement , et le jeu encore, où il ne pouvoit ce supporter d'être vaincu, et où le danger avec lui f< étoit extrême ; enfin, livré à toutes les passions, a et transporté de tous les plaisirs ; souvent faroua che, naturellement porté à la cruauté, barbare en « railleries, saisissant les ridicules avec une justesse (( qui assommoit. De la hauteur des cieux, il ne rec( gardoit les hommes que comme des atomes, avec ce qui il n'avoit aucune ressemblance, quels qu'ils ce fussent. A peine MM. ses frères lui paroissoient ipc( termédiaires entre lui et le genre humain, quoiquon a eût toujours affecté de les éleifer tous trois en* ic semble dans une égalité parfaite. L'esprit, la pé- (c nétration brilloient en lui de toutes parts. Jusque rc dans ses fureurs, ses réponses étonnoient; ses raicc sonnements tendoient toujours au juste et au propassage, le cardinal de Baussct Ta quelquefois abrégé , et modifié d'après quelques autres, qui se trouvent dans le ch. 246 ; t. XV, p. 79, etc. (Édit.)
<K fond, même dans ses emportements. Il se jouoit des « connoissances les plus abstraites» L'étendue et la «vivacité de son esprit étoient prodigieuses^ et ff Fempêchoient de s'appliquer à une seule chose à la « fois, jusqu'à l'en rendre incapable. x>
Tel étoit le prince qui fut confié à Fénelon ; tout étoit à craindre d'un pareil caractère : tout étoit à espérer d'une âme qui annonçoit tant d'énergie. Ecoutons encore le duc de Saint-Simon (i) •* « Tant « d'esprit et une telle sorte d'esprit, joint à une telle « vivacité^ à une telle sensibilité, à de telles passions, c et toutes si ardentes, n'étoient pas d'une éducation « facile. Le duc de Beauvilliers, qui en sentoit égale- « ment les difficultés et les conséquences, s'y surpassa «lui-même, par son application, sa patience, la variété
«des remèdes Fénelon, Fleury, quelques gentils-
« hommes de la manche , Moreau , premier valet de «chambre, fort au-dessus de son état,... quelques « rares valets de l'intérieur, le duc de Chevreuse, «seul du dehors, tous mis en œuvre, et tous en « même esprit, travaillèrent chacun sous la direction « du gouverneur, dont l'art déployé dans un récit « feroit un juste ouvrage également curieux et in- « structif. Le prodige est, qu'en très-peu de temps la « dévotion et la grâce en firent un autre homme, « et changèrent tant et de si redoutables défauts en
(i) Mémoires^ t. XVIII, p. aia; t. XV, p. 80.
174 HISTOim DK rijXHLOtX.
(c vertus parfaitemeat contraires. De cet abîme sor- <c tit un prince affable , doux , humain , modéré , ce patient, modeste , humble et austère pour soi. a Tout appliqué à ses obligations, et les compreff nant immenses , il ne pensa plus qu'à allier les de- « voirs de fils et de sujet, avec ceux auxquels il se a voyoit destiné. »
Mais que de soins , d'attention 9 de patience ;
que d'art, d'habilité; quel esprit d'observation;
que de délicatesse et de variété dans le choix des
moyens ne fallut-il pas, pour opérer une révolution
aussi extraordinaire dans le caractère d'un enfant ,
d'un prince , d'un héritier du trône ? Je dirai plus :
si ses instituteurs n'avoient pas été les plus vertueux
des hommes; si leur élève, dont la pénétration étoit
si redoutable , avoit surpris en eux la plus légère
apparence de foiblesse ou d'inconséquence, tout leur
art, tous leurs soins, toute leur application étoîent
perdus. Us durent bien moins le succès inespéré de
cette éducation à leur génie et à leurs talents, qu'à
75^ leurs vertus et à leurs qualités,
Son éducation féuelon rcconnut bientôt que la partie de l'édu^
cation qui excite ordinairement le plus le zèla des
instituteurs et l'amour-propre des parents , la partie
de l'instruction, seroit celle qui lui donneront le
moins de peine. Il pressentit qu'avec l'esprit et les
dispositions singulières que son élève avoit reçus de
la nature, il feroit des progrès rapides dans tous
LIVRB PREMIER. 175
les genres de connoissances qui distinguent leg esprits supérieurs , et qui n'appartiennent pas toujours aux en&nts des rois. Mais le plus difficile étoit de dompter d'abord cette âme si violemment constituée, d'en conserver toutes les qualités nobles et généreuses, d'en séparer toutes les passions trop fortes, et de former de cette nouvelle création morale, un prince tel que le génie de Fénelon lavoit conçu pour le bonheur de l'humanité. En . un mot , il voulut réaliser le beau idéal de la vertu sur le trône, comme les artistes de l'antiquité cher* choient à imprimer à leurs ouvrages ce beau idéalj qui donnoit aux formes humaines une expression surnaturelle et céleste.
L'enfant confié aux soins de Fénelon étoit appelé à régner ; et Fénelon voyoit , dans cet enfant, la France entière, qui attendoit son bonheur ou son malheur du succès de ses soins. Ainsi il n'eut qu'une seule méthode , celle de n'en avoir aucune ; ou plutôt, il ne se prescrivit qu'une seule règle , celle d'observer à chaque moment le caractère du jeune prince, de suivre avec une attention calme et patiente, toutes les variations et tous les écarts de ce tempérament fougueux, et de faire toujours ressortir la leçon de la faute même.
Une pareille éducation devoit être en action bien plus qu'en instruction: l'élève ne pou voit jamais prévoir la leçon qui l'attendoit, parce qu'il ne pouvait
de Fénelon.
176 HISTOIRE DE FÉNELOIT.
prévoir. lui*même les torts dont il se rendroit coupablcy par Temportement de son humeur. Ainsi , les avis et les reproches étoient toujours le résultat nécessaire et naturel des excès auxquels il s'étoit 77 abandonné.
Fables Si OU vcut counoître la méthode de Fénelon
et suivre l'éducation de son élève, on n'a qu'à lire les Fables et les Dialogues qu'il écrivit pour le jeune prince (i). Chacune de ces fables ^ chacun de ces dialogues fut composé dans le moment même où l'instituteur le jugeoit utile ou nécessaire, pour rappeler à l'élève la faute qu'il venoit de commettre, et lui inculquer, d'une manière plus sensible et plus précise, la leçon qui de voit l'instruire.
On a imprimé ces fables et ces dialogues sans y observer un ordre et une suite, dont un pareil recueil n'avoit en effet aucun besoin. Fénelon ne les composoit, comme on l'a déjà dit, que pour la circonstance et pour le moment ; mais il seroit facile d'en suivre, pour ainsi dire, la chronologie, en les comparant au progrès que l'âge et l'instruction dévoient amener dans l'éducation du duc de Bourgogne. On observera que ces fables et ces dialogues ne conviennent qu'à un prince, et à un prince destiné à régner. Tout se rapporte à cet objet presque
(i) Œiwres de Fénelon, t. XIX.
exclusif; tout se rallie à ce grand intérêt, auquel tant d'autres intérêts venoient se réunir. Ou voit par la simplicité , la précision et la clarté de quelques-unes de ces fables , qui furent probablement écrites les premières , qu'elles s'adressent à un enfant dont il falloit éviter de fatiguer l'intelligence, et à l'esprit duquel on ne devoit présenter que ce qu'il pouvoit saisir et conserver.
Ces fables prennent ensuite un caractère un peu plus élevé ; elles renferment quelques allusions à l'histoire et à la mythologie, à mesure que les progrès de l'instruction mettoient le jeune prince à portée de les saisir et de s'en faire l'application. C'est ainsi que Fénelon le familiarisoit peu à peu avec cette ingénieuse féerie, que les poètes de l'antiquité avoient créée, pour embellir des couleurs brillantes de leur imagination les premiers événements du monde, et pour suppléer aux faits que la révélation ne leur avoit point appris, sur la véritable origine des choses.
Le style de ces Fables a toujours une élégance naturelle, qui flatte agréablement l'oi^eille d'un enfant né avec du goût, et qui contribue à lui donner de bonne heure le sentiment de la convenance, de la propriété et du choix des mots. Elles ont tou-* jours un but moral ; mais non pas ce moral vague et indéfini , dont il est difficile qu'un enfant puisse sentir le mérite et l'utilité , puisque rien encore ne
178 HISTOIRE DE FEXfELOl».
l'a placé dans les ciroonstances où il puisse se recon- Qoitre et se retrouver.
Leur but moral. Les Fubles que Féaelon écrivoit pour le duc de
Bourgo|;ney se rapportoient presque toujours à un Eût qui veooit de se passer^ et dont l'impressioa encore récente ne lui permettoit pas d'éluder l'application : c'étoit un miroir dans lequel il étoit forcé de se reconnoître, et qui lui offroit souvent des traits peu flatteurs pour son jeune amour-propre. Les vœux les plus tendres, les espérances les plus douces^ venoient ensuite embellir ces humiliantes images , dans la crainte que l'enfant ne conçût une aversion trop naturelle pour un genre d'instruction qui ne lui auroit jamais rappelé que des souvenirs affligeants ou des reproches sévères. C'é- . toit avec cette variété de tons, avec ces ménagements délicats, avec ces nuances imperceptibles, toujours nécessaires pour ne pas irriter l'amourpropre des enfants , presque aussi susceptible que celui des hommes, que Fénelon parvenoit à faire goûter au duc de Bourgogne les premiers conseils de la raison , et les premières leçons de la
vertu.
S'il veut lui inspirer plus d'aménité dans les manières, et plus de douceur dans le caractère, il suppose c( que le soleil veut respecter le sommeil d'un « jeune prince, pour que son sang puisse se rafrai- <K çhir, sa bile s'apaiser ; pour qu'il puisse obtenir
LIVAE PREMIER, I79
« la force et la santé dont il aura besoin , et je « ne sais quelle douceur tendre qui pourrait seule « kd manquer. Pourvu qu'il dorme^ qu'il rie, qu'il. « adoucisse son tempérament, qu'il aime les jeux « de la société, qu'il prenne plaisir à aimer les « hommes et à se faire aimer d'eux , toutes les, « grâces de Tesprit et du corps viendfont en foule « pour l'orner (i). »
S'il veut l'exciter à mettre plus d'attention à ses études, et à apporter plus d'exactitude à ses compo-, sitions, il le peint à lui-même sous la figure du jeune Bacchus, peu fidèle aux leçons de Silène , et dont un Faune moqueur relève toutes les fautes en riant. Le jeune Bacchus ne pouvant souffrir les railleries du Faune, toujours prêt à se moquer de ses expressions, si elles ne sont pures et élégantes, lui dit , d'un ton fier et impatient : a Comment « oses-tu te moquer du fils de Jupiter ? Le Faune « répond sans s'émouvoir : Hé ! comment le fils de ff Jupiter ose-t41 faire quelque faute (a) ? » 79^
Fénelon veut retracer au duc de Bourgogne, dans opuscule uue seule fable, tous les défauts de son caractère ; " ««*«?««• et il compose la fable du Fantasque, Le duc de Bourgogne est obligé d'y lire la fidèle histoire de toutes ses inégalités et de tous ses emportements (3).
( i) Fable xxii®. [OEuvres de Fénelon^ t. XIX, p. 6a.) (a) Fable xxi*. (Ibid. p. 6 1 .)
(3) Opascnles dhers; le Fantasque, {Ibid. p. 449^ etc.)
l8o HISTOIRE DE FENfiLOJN.
a Qu'est-il donc arrive de funeste à Mëtanthe ? « Rien au dehors, tout au dedans... 11 se coucha ce hier les dëlices du genre humain ; ce matin y on «c est honteux pour lui, il faut le cacher. En se lea vant 9 le pli d'un chausson lui a déplu ; toute a la journée sera orageuse ^ et tout le monde en ce souffrira. 11 fait peur, il fait pitié ; il pleure a comme un enfant , il rugit comme un lion. Une « vapeur maligne et farouche trouble et noircit <c son imagination 9 comme l'encre de son écritoire <t barbouille ses doigts. N'allez pas lui parler des oc choses qu'il aimoit le mieux il n'y a qu'un moce ment ; par la raison qu'il les a aimées, il ne les <r sauroit plus souffrir. Les parties de divertisse- (c ments qu'il a tant désirées, lui deviennent ence nuyeuses; il faut les rompre. Il cherche à con- <r tredire, à se plaindre, à piquer les autres; il « s'irrite de voir qu'ils ne veulent point se fâcher... ce Quand il manque de prétexte pour attaquer les c< autres , il se tourne contre lui-même; il se blâme, <( il ne se trouve bon- à rien , il se décourage ; il « trouve fort mauvais qu'on veuille le consoler, a II veut être seul , et il ne peut supporter la so- <c litude ; il revient à la compagnie, et s'aigrit contre et elle. On se tait; ce silence affecté le choque. « On parle tout bas; il s'imagine que c'est contre a lui. On parle tout haut; il trouve qu'on parle « trop, et qu'on est trop gai pendant qu'il est triste.