‹ Histoire de Fénelon, archevêque de CambraiChapitre 43 sur 101 · LIVRE DEUXIÈME. SqS · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME. SqS

(c aimez comme il faut vos parents, sans ignorer <K leurs défauts, et sans perdre de vue leurs bonnes (c qualités. »

Il Pour mieux se pénétrer de ces sages avis, madame de Maintenon voulut les copier de sa propre main; on les trouva, après sa mort, parmi ses papiers(i). Mais elle a surtout prouvé, par sa conduite, combien elle étoit digne d'entendre un pareil langage. || Jamais aucune femme n'a su s'élever par elle-même, et par les seuls moyens que la vertu et la délicatesse puissent avouer, à une plus haute fortune ; jamais aucune femme n'a montré plus de modération, dans une si étonnante prospérité ; personne n'a jamais mieux senti , ni mieux exprimé le vide affreux que laissent souvent la puissance et la grandeur. C'étoit elle qui écrivoit à sa nièce : <K On rachète bien les plaisirs et l'enivrement de ce la jeunesse. Je trouve , en repassant ma vie, que <r depuis Tâge de trente-deux ans, qui fut le com-

(i) Madame de Glapion, supérieure de la maison de Saint-Cyr, confia cet écrit au maréchal de Villeroy, qui le lui renvoya plus tard, en lui disant : « Je vous renvoie le « petit livret que vous m*avez confié. Avouez qu'il y a un « petit mouvement de vanité, à faire parler de ses défauts. » Les réflexions que nous avons présentées un peu plus haut sur ce sujet (ci-dessus, p. ^88), montrent que cette plaisanterie du maréchal de Villeroy ne doit pas être prise au sérieux; c'est ridée d'un homme du monde, naturellement porté à s'égayer sur les sujets les plus graves. (Édit.)

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a mencement de ma fortune, je n'ai pas été un motf ment sans peines, et qu'elles ont toujours auga mente (i).» C'étoit encore elle qui écrivoit k madame de la Maisonfort (a) : a Que ne puis-je vous 4x donner mon expérience? Que ne puis-je vous faire (c voir l'ennui qui dévore les grands, et la peine (c qu'ils ont à remplir leurs journées ? Ne voyeza vous pas que je meurs de tristesse, dans une forci tune qu'on auroit eu peine à imaginer? J'ai été a jeune et jolie; j'ai goûté des plaisirs; j'ai été aimée tf partout; dans un âge plus avancé, j'ai passe des ne années dans le commerce de l'esprit ; je suis venue (( à la fortune; et je vous proteste que tous les états ce laissent un vide affreux. »

Féoelon est 1 A Cette époque, où Fénelon obtenoit à un si consuitésurpiu- j^^^^ j ^^ l'estime et la confiance de madame de

sieurs questions ^

délicates. Maintenon, la réputation de sagesse et de piété dont il jouissoit à la cour, lui gagnoit également l'estime et la confiance des familles les plus distinguées ; souvent même elle engageoit les personnes du plus haut rang à réclamer ses conseils sur leurs

af£stiresles plus importantes et les plus secrètes, lorsque les droits de la conscience y paroissoient compromis ou intéressés. Plusieurs consultations de ce genre,

(i) Lettre de madame de Maintenon à madame de F'il' lette, (Recueil de La Beaumelle, t. II.) (2) Ibid, p. 179, etc.

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que nous avons sous les yeux, montrent coipbien Fénelon étoit digne de la confiance que lui témoignoient tant de personnes recommandables. Une de ces consultations regaitle un chevalier de ]VIalte| qui Tavoit consultéi pour savoir s'il pouvoit eii conscience garder une commanderie qu'il Avoit obtepiie du grand-maître par des lettres de recommandation du Roi f et s'il pouvoit servir ce prince dans les armées, contre d'autres chrétiens (i). Le chevalier craignoit que sa conduite, sur ces deux points, ne fût contraire aux statuts de l'ordre. Fénelon cependant , après un examen attentif du texte et de l'esprit des statuts, prouve qu'un chevalier de Malte peut en conscience s'en tenir à la réponse affirmative, sur les deux points en question. Nous n'entrerons pas ici dans les détails de cette discussion , qui seroit aujourd'hui d'un foible intérêt pour la plupart des lecteurs; mais nous croyons que les casuiste$ exercés , qui liront cette consultation , y trouveront un modèle de la précision et de la sagacité qui fon( le principal qciérite de ces sortes de discussions.

Une autre consultation , écrite en entier, comn^ la première, de la propre main de Fénelon, regarde une alliance projetée entre deux illustres maisons (a). On y voit comment cet homme qui pré-

(i) Œuvres de Fénelon, t. III, p. 4^79 etc.

(a) Ibid. p. 440 , etc. Les détails relatifs à cette ponsulta-

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sentoit toujours la religion sous les formes les plus douces et les plus attrayantes , qui s'attachoit toujours à prévenir le dëcouragement et le désespoir, en donnant à la miséricorde de Dieu autant d'étendue qu'à sa justice, s'armoit d'une inexorable sévérité, lorsqu'il s'agissoit des maximes de la morale, et des règles de la probité. Il est permis de douter que ceux mêmes qui affectoient le plus de rigidité, eussent porté la rigueur au même degré que Félielon.

Nous croyons inutile de rapporter ce mémoire, qui ne concerne que les intérêts de deux familles particulières. Nous dirons seulement, qu'il s'agissoit d'une alliance entre deux maisons de la cour, dont Tune de voit la plus grande partie de son immense fortune à l'abus qu'un ministre puissant avoit fait de son crédit, pour s'attribuer des droits et des avantages qui paroissoient excéder l'intention du souverain , et les limites où sa bienfaisance doit s'arrêter. Fénelon fut consulté par celle des deux familles qu'un scrupule délicat alarmoit, sur les inconvénients d'une alliance dont les avantages étoient

tion , aussi bien que les avis de Fénelon à M. Golbert, archevêque de Rouen, étoient renvoyés. au livre IV de cette Histoire, dans les éditions précédentes. Mais tous ces détails étant relatifs à des faits antérieurs à la nomination de Fénelon à Tarchevéché de Cambrai, il nous a paru plus naturel de les placer dans ce second livre. (ÉniT.)

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