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a sauver l^Etat, des conquêtes que vous ne pouvez a d'ailleurs retenir sans injustice. N'êtes-vous pas « trop heureux dans vos malheurs , que Dieu fasse (c finir les prospérités qui vous ont aveuglé , et a qu'il vous contraigne de faire des restitutions « essentielles à votre salut, que vous n'auriez jaff mais pu vous résoudre à faire, dans un état paisi- « ble et triomphant ? La personne qui vous dit ces « vérités, Sire, bien loin d'être contraire à vos in- « téréts, donneroit sa vie pour vous voir tel que «Dieu vous veut; et elle ne cesse de prier pour a vous. »
K Malgré le témoignage de d'Alembert, qui avoit Authenticité donné cette lettre comme fidèlement transcrite sur ? ^^^ *^**"'
«^ rien ne prouve
r original de la propre main de Fénelon, on a long- qu*eiie ait été temps douté de l'authenticité de cette pièce (i).
(i) Le cardinal de Bausset lui-même , dans toutes les éditions qu'il a données de VHistoire de Fénelon^ révoque en doute l'authenticité de cette lettre. (Voyez, dans les éditions précédentes de cette Histoire^ le n. I des Pièces justifie, du livre n.) Mais il y a lieu de douter qu'il eût, sur ce point, une opinion bien arrêtée. Il est du moins certain qu'il a beaucoup varié sur ce sujet ; car nous avons sous les yeux deux notes manuscrites, dont le titre fait supposer qu'elles étoient destinées à entrer dans VHist. de Fénelon^ et dans lesquelles l'illustre auteur incline beaucoup à reconnoitre l'authenticité de la lettre dont il s'agit. Il regarde même comme vraisemblable que Fénelon l'avoît rédigée à l'instigation de madame de Maintenon, a qui se chargea de la remettre ent-
remise.
3l4 HISTOIRB m FBKBLON.
Mais tous les doutes à oet égard ont été dissipes^ en i8a5, par la dëcouyerte du manuscrit original^ dont Mé Augustin Renouard, libraire^ fit l'acquisition ^ le a6 février, à la vente des livres de M. Oentil, et dont il publia aussitôt une édition très-soignée , avec un fac^simih de la première page du manuscrit. Nous avons eu la liberté d'exa* miner à loisir , chez M. Renouard, ce manuscrit original y qui contient a 4 P^* iii-4"; et nous nous sommes convaincus de l'authenticité de cette pièce. Non-seulement elle est écrite en entier de la propre main de Fénelon; mais on y remarque plusieurs corrections qui indiquent le travail de la composition ^ et qui ne permettent pas de regarder cette lettre comme une simple copie d'une pièce étrangère, que Fénelon auroit désil*é de conserver.
\ Mais si l'authenticité de cette lettre est aujourd'hui incontestable, rien ne prouve qu'elle ait été remise à Louis XIY ; et il est tout à fait invraisem-
« même au Roi, en laissant supposer qu'elle lui aroit été c remise par une main inconnue. ^ Cette conjecture est bien difficile à concilier avec les reproches que Tauteur de la lettre se permet contre le duc de Beauvilliers et contre madame de Maintenon elle-même. Aussi le cardinal de Bausaet, frappé de cette difficulté, et n'osant d'ailleurs garantir l'authenticité d'une lettre si extraordinaire^ sur le seul témoignage de d'Alembert, prit le fiarti d'en parler seuknieot dans les Pièces justifie, de son Histoire^ comme d'une pièce douteuse* (Éoit.)
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blable qu'elle lui ait été remise dans l'ctat où nous l'avons maintenant, o'est-4-»dire, sans adoucissement ni modification quelconque* Gonunent croire eii effet, comment supposer, sans les preuves les plus décisives, qu'un homme du caractère de Fënelon, c'est-à-dire, l'homme de son siècle qui a le mieux connu et le plus constamment observe toutes let bienséances religieuses et sociales, se soit jamais dé* cidé à mettre sous les yeux de Louis XIY, des ob* servations si peu mesurées, et par conséquent si évidemment incapables d'atteindre le but qu'on aurait pu se proposer en les lui adressant? Tout porte donc à croire que Fénelon , après un plus mûr examen, amis cette lettre de côté, comme un simple projet dont l'exécution ofTroit peu de chances de succès, et pouvoit aroir de graves inconvénients. Nous ne croyons pas qu'on puisse rien opposer de solide au jugement d'un sage critique^ sur ce point, à l'épo^ que de la découverte du manuscrit original : « Cette « lettre, dit-il, peut être considérée comme une de c ces notes, qu'on jette sur le papier dans un mo- « ment de loisir, ou lorsqu'on a l'esprit vivement « frappé d'un objet, et qu'on serre ensuite dans son « portefeuille, sans y attacher d'importance (i)* »
Quoi qu'il en soit de cette conjecture, c'est au mo- ControYerse ment oîi ce que l'on appelle la fortune commençoit ^" q«>étisme.
(i) rjmi de la Religion, i^^'iuîn i8a6* (t. XUYi p. 96.)
Précis des
erreurs
du quiétisme.
3l6 HISTOIRE DE FÉKELON.
à sourire à Fénelon^ que s'élevèrent les premiers nuages qui dévoient troubler une vie jusqu'alors si heureuse et si tranquille.
Nous allons parler de l'affaire du quiétisme. Des circonstances particulières ont mis à notre disposition un très-grand nombre de manuscrits de Fénelon, qui n'ont jamais été publiés (i). Nous ne nous en servirons que pour exposer les faits avec la plus grande exactitude. Nous oublierons que nous écrivons l'histoire de Fénelon; ou du moins, nous nous rappellerons que nous avons aussi à parler de Bossuet. Tous les intérêts et toutes les passions, qui donnèrent des partisans et des adversaires à ces deux grands hommes, n'existent plus. Ce seroit bien mal servir la religion et la vérité, que d'avoir la pensée de perpétuer des divisions et des rivalités, auxquelles ils eurent eux-mêmes la gloire de mettre un terme. Le grand intérêt que peut inspirer le récit de cette controverse, est d'en observer le résultat ; et ce résultat fut tout entier en faveur de la religion et de la vérité. Bossuet eut le mérite de faire condamner des erreurs qui n'étoient pas sans danger : Fénelon eut le mérite encore plus rare, de se soumettre au jugement qui l'avoit condamné.
On nous a reproché de n'avoir pas fait entrer,
(i) Voyez ci-dessus, la note a delà p. 5.