LIVRE DEUXIEME. 3in
dans les premières éditions de cette Histoire, le précis des questions doctrinales qui occasionnèrent des débats si animés entre ces deux grands hommes (i). Nous sommes obligés de convenir que ce reproche peut paroître fondé , de la part de cette classe de lecteurs que leur profession et leurs études ont familiarisés avec ces questions subtiles et délicates. Peut-être en effet avions-nous cédé trop facilement à la difficulté de reproduire, avec toute l'exactitude et toute la précision nécessaires, un système de doctrine qui a produit tant d'écrits et de discussions. Peut-être aussi avons-nous trop obéi à la crainte d'excéder les bornes de l'histoire, en entrant dans des détails devenus plus indifférents, par l'édifiante soumission de Fénelon. || Cependant, pour satisfaire, autant qu'il est en nous, les justes désirs d'un certain nombre de lecteurs, nous exposerons ici , en peu de mots , les divers systèmes de mysticité, connus sous le nom de quiétisme^ et dont la connoissance est nécessaire pour Tiiitelligence des faits que nous avons à rapporter || (^2).
1 Le nom de Quiétisles^ honorable et presque sacré dans l'origine , servoit uniquement à désigner
(i) Voyez, à ce sujet, les observations faites dans la Préface de cette nouvelle édition, (Éi^it.)
(a) Ce court exposé des erreurs du quiétisme, est tiré de VHist. litt. de Fénelon, où la matière est traitée avec plus de développement. (II* part. art. a.) (Édit.)
3ld HISTOIRE DE FilTÊLON.
des hommes sépares du monde, et livrés au saint repos de la vie contemplative (i) ; mais l'abus qu'on a fait de ce nom, l'a dans la suite rendu odieux; et, depuis longtemps, il est réservé à « ceux qui , sous a prétexte de contemplation et d'union à Dieu , se « livrent à une honteuse inaction, ou, du moins, «r cessent de produire certains actes commandés de <K Dieu, et essentiels à la véritable piété (o). d
^Dans tous les temps et dans toutes les religions, on a vu de ces hommes singuliers, affecter une perfection extraordinaire, et la faire consister dans des pratiques bizarres et ridicules. Telle paroi t être la première source des erreurs du quiétisme , introduites d'abord dans la religion chrétienne par quelques philosophes platoniciens (3), et reproduites depuis, en différents temps et sous différentes formes. <c L'abrégé des erreurs du quiétisme, dit « Bossuet , est de mettre la sublimité et la perfec- « tion dans des choses qui ne sont pas, ou, en tout « cas, qui ne sont pas de cette vie; ce qui obligea
(i) Possuet, Instruction sur les états éC oraison^ liv. X, n. 3.
(a) Ihid, liv. P',n. i3.
(3) On peut voir dans 1'^/^/. Utt, de Fénelon (p. 199, etc.), quelques détails sur le quiétisme de plusieurs sectes religieuses de llnde, et sur celai des philosophes néoplatoniciens. Nous ne parlons ici que du quiétisme de quelques sectes chrétiennes. (Édit.)
LIVRB DBUXIÈMK. SlQ
<K supprimer dans eertains ëtats, et dans ceux qu'on 0 nomme parfaits oontemplcuifsj beaucoup d'actes a essentiels à la piëtë , et expressëment commandes (( de Dieu ; par exemple ^ les actes de foi explicite a contenus dans le symbole des apôtres , toutes les « demandes et même celles de l'oraison dominicale, « les r^exions , les actions de grâces , et les autres « actes de cette nature , qu'on trouve commandés a et pratiqués dans toutes les pages de l'Écriture , (( et dans tous les ouvrages des saints (i). »
1 L'origine de ces excès, selon le même prélat, c'est le langage inexact d'un grand nombre d'auteurs mystiques , relativement aux divers états de contemplation et d'oraison extraordinaire. Les faux mysûques, au lieu de tempérer, par de sages interprétations, ie langage souvent exagéré de ces pieux auteurs , l'ont pris à la lettre , et souvent même y ont ajouté des choses auxquelles ceux-ci n'avoient jamais songé. Ajoutez à cela a l'orgueil naturel à ff l'esprit humain , qui affecte toujours de se distinct guer^ et qui, pour cette raison, mêle partout , si « l'on n'y prend garde , et même dans l'oraison , « c'est-à-dire, dans le centre de la religion, de su- « perbes singularités (a). »
1 Telle fut, en particulier, l'origine du quiétisme
(i) Bossuet, Instr. sur ks états dorais, liv. I, a. i3. (2) Xhld, nn. get i3.
Quiétisme
grossier
de Molinos.
3aO HISTOIRE DE PilTELON.
grossier j enseigné, vers la fin du dix-septième siècle, par Michel Molinos, prêtre et docteur espagnol. Sa doctrine, assez semblable à celle des anciens Gnostiques et de quelques autres hérétiques plus récents (i), est principalement contenue dans sa Guide spirituelle^ publiée d'abord en espagnol en 1 675 , et y peu de temps après, en italien et en latin, avec quelques approbations respectables. Cette doctrine peut se réduire aux assertions suivantes :
1 ^ La perfection de l'homme consiste , même dès cette vie, dans un acte continuel de contemplation et d'amoup, qui contient éminemment les actes de toutes les vertus : cet acte, une fois produit , subsiste toujours, même pendant le sommeil, pourvu qu'il ne soit pas expressément révoqué; d'où il suit que les parfaits n'ont jamais besoin de le réitérer.
2^ Dans cet état de perfection, l'âme ne doit plus r^échir, ni sur Dieu ni sûr elle-même, ni sur aucune autre chose ; mais elle doit anéantir ses puissances, pour s'abandonner totalement à Dieu, et demeurer devant lui comme un corps sans âme. C'est cet état d'inaction absolue, que Molinos appelle quiétude^ ou voie intérieuns.
3** L'âme ne doit plus alors penser, ni à la ré-
(i) Sur la doctrine de ces anciens hérétiques , voyez VHist, litt, de Fénelon, uhi supra^ p. 9io5, etc. (Éoit.)