LIVRE DEUXlàME. SuQ
a pensé à aucun état de Jésus-Cbrist , depuis les (c dix et vingt ans, conserve toute la force de cette
a pensée imprimée en elle-même par état (i). » I5,
1 On voit assez, par cet exposé, la différence esseu- Différence
tielle qui existe entre le quiétisme grossier de Mo- j^ nuiétisme
linos et le quiétisme mitigé de madame Guyon. La de MoUnos
doctrine de Molinos fait consister la perfection de *! ^ "1 *
^ nadame Guyon.
l'homme, en cette vie , dans un acte continuel de contemplation et d amour ^ qui dispense l'âme de tous les actes des vertus distinguées de la charité, et la réduit à un état d'inaction absolue, même dans le temps des plus affreuses tentations. Madame Guyon admet, il est vrai, le principe fondamental de Molinos, c'est-à-dire , Hacte continuel de contemplation et damour^ qui renferme à lui seul tous les actes des vertus distinctes ; mais elle rejette avec horreur les conséquences que Molinos tire de ce faux principe, contre la résistance positive aux tentations. On verra même bientôt, que, malgré l'inexactitude de son langage, ses sentiments intérieurs, aussi bien que sa conduite personnelle, ont toujours été irréprochables, au jugement même des prélats qui s'élevèrent avec plus de sévérité contre ses écrits.
(i) Interprét, sur les Cant. ch. 6, n. 4, p, i43 et i44* — - Manuscrit de madame Guyon : intitulé Les TorrentSy cité par révoque de Chartres dans son Ordonnance du ai novembre 1695, contre les écrits de madame Guyon, dont nous parlerons phis bas, n* 43. (Édit.)
33o HISTOIRE Ds fAhelon.
Nous croyons que ce court exposé des erreurs du quiétisme suffit pour introduire le lecteur dans l'étude des questions agitées sur ce sujet, entre Bossuet et Fénelon (i). Nous devons maintenant rapporter à quelle occasion s'éleva cette controverse, et par quel malheureux concours de circonstances les prélats les plus recommandables de FÉglise de France, et les personnages les plus vertueux de la cour de Louis XIV, se trouvèrent mêlés à ces affligéantes discussions.
Histoire de Jeanne-Marie Bouvières de la Mothe, connue
ma ame Guyon; ^^^^ j^ ^^^ j^ madame Guvon, étoit née à Mon-
ses rapports '* '
avec targis, le i3 avril 16487 d'une femille considérée
le p. Lacombc. ^^^^ ^^^^^ ^jjj^ £jj^ £^^ mariée, à seize ans, au fils
du célèbre Guyon, qui de voit sa noblesse et sa for-
(i) Pour suppléer à la brièveté avec laquelle les erreurs du quiétisme étoient exposées dans son Histoire^ le cardinal defiausset avoit inséré , parmi les Pièces justificatives de ce livre (n. II et III), la Lettre du cardinal Cfiraccioli au pape Innocent XI, du 3o janvier 1682, et celle du P, Bourdahae à madame de Maintenon^ du 10 juillet 1694. Les détails que nous avons ajoutés, sur ce point, au texte du cardinal de Bau9set nous ont engagé à supprimer ces deux numéros des Pièces Justificatives^
Nous remarquerons encore, que, dans la troisième édition de cette Histoire y Texposition d£s erreurs de Molinos et de madame Guyon, étoit immédiatement suivie de Texposition de celles du livre des Maximes^ Nous avons cru devoir renvoyer cet exposé un peu plus bas, où il sera naturellement amené par la suite des faits. (€i-après> t. H» liv. III, ; n. i5.) (Édit.)
LIVHB DKUXitoc. 33l
tUQe à lii belle entreprise du canal de Briare. Elle p'avoil: que vingHuiit ans, lorsqu'elle perdit son marî (i), qui lui laissa trois enfants en bas âge. £lle avoit montré de bonne heure un penchant décidé pour toutes les œuvres de charité^ et un goût extrême pour une dévotion tendre et affectueuse. Un voyage qu'elle fit à Paris, en 1680, la mit à portée de voir M. d' Aranthon , évêque de Genève, que les affaires de son diocèse y avoient conduit. Ce prélat, qui jouissoit de la plus haute réputation de vertu, fut touché de la piété et du détachement du monde, qui se faisoient remarquer dans la conduite et dans tous les sentiments de madame Guyon. Il lui proposa de se retirer dans son diocèse avec de nouvelles catholiques , qui alloient établir une coinmuiiauté à Gex, pour la conversion des filles* protestantes. Une résolution aussi extraordinaire dans une mère de famille, dont les enfants étoient encoire très-jeunes, auroit eu besoin d'être justifiée, aux yeux du public, par une vie entièrement consacrée à la retraite et aux bonnes œuvres. Il Divers incadents, dont nous aurons bientôt occasion de pader, .ne permireit pas à madame Guyon de jouir de cette heureuse obscurité, qui eût été plus favorable à sa tranquillité, et peut«^tre à sa réputation.!
Elle arriva à Gex en 1681. Ce fut dans cette
(1) U |XKHlT^t le A^ juitWt 167$.
33a HISTOIRE DE FEICKLON.
ville qu'elle revit le P. I^iacombe, Barnabite. Elle avoit déjà eu occasion de le voir à Paris^ dans un voyage qu'elle y avoit fait dix ans auparavant ; elle s'étoit sentie dès lors attirée vers lui, et elle avoit cru reconnoître dans cette disposition une vue particulière de la Providence; c'étoit même ce qui Tavoit portée à le consulter par lettres^ dans deux ou trois circonstances. A son arrivée à Gex, ce religieux lui fut présenté et recommandé par Tévêque de Genève lui-même, qui l'établit supérieur de la nouvelle communauté.
C'est à cette époque que remontent les rapports plus suivis de madame Guyon avec le P. Lacombe. L'imagination trop vive et trop exaltée de madame Guyon auroit eu besoin d'être tempérée par un esprit plus calme et plus réglé que celui du P. Lacombe ; et malheureusement le caractère de ce religieux le rendoit peu propre à exercer un ministère si utile. Il étoit lui-même disposé aux illusions d'une imagination désordonnée ; et cette conformité d'inclination et de goût entretint madame Guyon. dans l'idée qu'elle étoit appelée à exercer dans l'Église un ministère extraordinaire. Il Toute la suite de sa vie montre qu'elle a été constamment dominée par le désir de former autour d'elle une espèce d'association, destinée à répandre les idées de perfection qu'elle s'étoit formées. Il
Les parents de madame Guyon virent avec peine