‹ Histoire de Fénelon, archevêque de CambraiChapitre 55 sur 101 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

qu'elle avoit adopté un genre de vie qui ne lui permettoit plus de remplir par elle-même ses devoirs de mère de famille. Mais, en blâmant sa résolution , ils rendirent justice à son désintéressement ; elle leur abandonna la garde noble de ses enfants, qui la faisait jouir de plus de 4o,ooo livres de Vente, et ne se réserva qu'un revenu' assez modique.

Il Cependant Tévêque de Genève, qui avoit d'abord accueilli avec tant d'empressement et de bienveillance madame Guy on et le P. Lacombe, parut concevoir quelque méfiance de l'attrait qu'ils marquoientpour un genre de dévotion qui pouvoit conduire à des illusions dangereuses. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il retira sa confiance et ses pouvoirs au P. Lacombe; et que, tout en conservant une glande estime pour madame Guyon , il lui reprochoit dès lors de « vouloir rendre son esprit univer- « sel , et de vouloir l'introduire dans tous les mo- « nastères (du diocèse de Genève), au préjudice de te l'esprit de leurs instituts II (î). »

Il paroit aussi que la communauté de Gex auroit désiré que madame Guyon disposât, en faveur de cet établissement, du peu de fortune qui lui restoit; qu'elle s'y refusa ; et qu'il en résulta un mécontentement mutuel, qui détermina madame Guyon à s'éloigner (a).

(i) Corresp. de Fénelon^ t. VU, p. 148, note i.

(a) Voyez, à l'appui de ce fait, la a* Lettre de La Bletteric,

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Ses voyages. Cette scparatioa un peu brusque commença à lui faire des ennemis. I^ meilleure manière d'expli«cjuer ou de justifier sa conduite, eût été sans doute de choisir un autre asile, oii elle auroit pu suivre, selon les règles communes et sous Tautorité des sapérieurs ecclésia$ti<{ues, son attrait pour les bonnes œuvres, et pour une vie chrétienne et retirée.

Le parti qu'elle prit étoit plus propre à entretenir qu'à dissiper les préventions qui s'élevoient déjà contre elle. Elle suivit le père Lacombea Thoqon, dans le Chablais ^ elle se logea^ à la vérité^ dans fin couvent d'Ursulines j maïs elle y voyoit habituelle^ ment ce religieux , qui étoit devenu son disciple, bien plus que son directeur. H De là elle se rendit à Grenoble, où elle forma des réunions de piété, et répandit ses maximes de spiritualité, qui lui firent, en cette ville comme ailleurs, des ennemis et des partisans. || Elle parut même troubler un moment, par ses nouvelles maximes, la paix et le silence ées déserts de la grande Chartreuse (j).

Elle alla ensuite rejoindre le père Lacombe à Vereeil, où ce religieux étoit venu prêcher. Mais on doit dire en même temps, qu'elle avoit cédé aux vives instances de Tévêque de cette ville, prélat d'une grande vertu, qui avoit des vues sur elle pour

au sujet de la Relation du Quietishe de Tabbé Phélipeaux. {Corresp. deFénelon^t. XI^^p. io8.) (JÈdit.) (i) Corresp» d^Fénelon, t. VII, p. io8*

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