‹ Histoire de Fénelon, archevêque de CambraiChapitre 57 sur 101 · LIVRE DBUXliMB · texte numérisé non relu

LIVRE DBUXliMB

toujours qu'elle n'ëtoit point attachée à ses écrits^ qu'elle étoit prête à y renoncer, et même à les brûler^ aussitôt qu'on les jugeroit condamnables; le prélat se flatta qu'une captivité de huit mois la ren* droit désormais plus circonspecte. Mais il èligea d'elle une soumission conforme à ses déclarations ; et elle recouvra sa liberté.

A cette époque, Fénelon ne connoissoit point encore madame Guyon. A la vérité, il en avoit souvent entendu parler à la duchesse de Béthune, qu'il rencontroit habituellement chez madame de Beau-» villiers; mais le genre de vie singulier de madame Guyon, le parti qu'elle avoit pris de s'éloigner de ses eniants , pour aller exercer une espèce d'apostolat dans des provinces éloignées, sa juste méfiance des dons extraordinaires que la duchesse de Béthune lui supposoit , les préjugés mêmes qu'il avoit eus jusqu'alors contre la théologie mystique (i), l'a voient plutôt indisposé contre madame Guyon, que prévenu en sa faveur. Cependant, à son retour des missions du Poitou , passant par Montargis, il voulut prendre lui-même des informations parmi les personnes qui avoient été témoins de sa conduite, pendant les premières années de sa jeunesse et de son mariage. Il fut touché des témoignages

(i) Lettre de Fénelon à tahbéde Chanierac, du 3o octobre 1698* {Corresp, t. IX, p. 579.)

Son ascendant

sur plusieurs

personnages

distingués.

unanimes qu'il entendit rendre à sa piété et à sa charité. Une opinion si peu suspecte, et si contraii*e h celle qu'il s'étoit formée, changea ses premières impressions en une disposition beaucoup plus favorable.

Aussitôt que madame Guyon fut rendue à la liberté, la reconnoissance la conduisit aux pieds de madame de Maintenon; elle lui fut présentée par la duchesse de Béthune, qui l'introduisit en même temps dans la société de madame de Beauvilliers. C'est là que Fénelon la vit fréquemment , lorsqu'il fut devenu précepteur du duc de Bourgogne; et c'est là que madame Guyon obtint cet ascendant si extraordinaire sur des personnes d'un esprit et d'un mérite si supérieur.

On ne peut en effet contester, que tous les amis qu'elle se fit dans cette société, ne fussent des hommes très-distingués: il suffiroit de nommer Fénelon. L'esprit de parti a pu refuser au duc de Beauvilliers un génie très-élevé, parce que son extrême modestie et sa réserve naturelle lui commandoient une circonspection habituelle. Mais le duc de Saint-Simon, qu'on n'accusera jamais de prodiguer la louatige, et qui avoit vécu intimement avec le duc de Beauvilliers, lui accorde de r esprit, et beaucoup et esprit (i).

(i) Mémoires de Saint-Simon, t. XXI, p. 67 ; édit. in- 12.

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