‹ Histoire de Fénelon, archevêque de CambraiChapitre 58 sur 101 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

Le duc de Chevreiise, qui devint Tami le plus actif et le plus zélc de madame Guyon, rcunissoit, de l'aveu général, beaucoup d'esprit à des connois* sauces très-variées et très-étendues. I^e nom du duc de Chevreuse reviendra souvent dans la suite de la vie de Fénelon ; et leur correspondance nous fournira beaucoup de faits intéressants.

Si Ton résistolt au préjugé que doivent former en faveur de madame Guyon, l'estime et la confiance que lui marquèrent des hommes tels que Fénelon, le duc de Beauvilliers et le duc de Chevreuse; si on les suppose aveuglés par une malheureuse illusion , on ne peut accuser de la même prévention madame de Maintenon, qui lui fut dans la suite aussi opposée, qu'elle lui avoit d'abord été favorable. Une imagination naturellement froide et une raison sévère la préservoient de tout engouement. Il falloit au moins que madame Guyon eût dans son langage, dans son commerce et dans ses manières, quelque chose d'assez attachant, et même d'assez entraînant, pour surprendre l'estime et l'intérêt d'une personne qui avoit autant de pénétration que madame de Maintenon. On doit ajouter que son caractère la portoit à la méfiance; et que l'expérience de la flatterie et de la fausseté dont elle étoit sans cesse environnée , la tenoit toujours en garde contre ses propres penchants.

lAu reste, l'ascendant extraordinaire que ma-

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dame Guyon obtînt alors sur tant de personnes distinguées, s'explique naturellement par l'idée que les auteurs du temps s'accordent à donner de son esprit et de sa haute piété, a Tous ceux qui l'ont « connue, dit le P. d'Avrigny, avouent qu'il est dif- «( ficile d'avoir plus d'esprit, et que personne ne « parloit mieux des choses de Dieu. Ce fîit par là CI qu'elle surprit l'estime des plus gens de bien et « des plus éclairés , dont quelques-uns eurent bien a de la peine à revenir de leurs préventions. Ils la « mettoient au nombre de ces mystiques, qui^ pora tant le mystère de la foi dans une conscience pure, « ont plus péché dans les termes que dans la chose; « véritablement aussi savants dans les voies intéfc Heures, qu'incapables d'en instruire les autres a avec l'exactitude et la précision que demande U (( théologie (i). »

Cependant madame de Maintenon désira ellemême de voir et de connoitre iine fetnme dont elle entendoit vanter le mérite à tant de personnes qu'elle aimoit et qu'elle estimoit. Lorsqu'elle l'eut Yue et entendue, ell^ désira de la voir encore plus souvent. Une pareille disposition indique assez, que les bruits injurieux qu'on avoit répandus contre

(i) Mémoires ckronoL du P. d'Avrigtiyj octobre 1691.— Lettres de La Bletterk^ dans le tome XI de la Corresp, de Fénelon, (Voyez surtout la 3® lettre.) (Édit.)

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madame Guyon, n'avoieht laissé aucune inîpres$)lon dans l'esprit de madame de Main tenon.

La duchesse de Béthune attiroit souvent madame Guyon dans sa maison de Beynes, près de Versailles; et c'est de Beynes qu'elle venoit souvent à la cour^ pour y voir le duc et la duchesse de Beau- ' villiers. Les premiers entretiens se changèrent bientôt en des conférences pieuses, oh madame Guyon exposoit sa doctrine sous les formes les plus séduisantes^ et sous les couleurs les plus propices à la faire goâter par des âmes pures et religieuses. Fénelon , malgré les préjugés qu'il avoit eus jusqu'alors contre la théologie mystique (t), crut voir, dans les maximes et le langage de madame Guyon, les sentiments et les expressions d'une âme enflammée de l'amour divin. Il II crut qu'on ne dévoit pas soumettre aux règles d'une critique vulgaire, bu aux caprices d'un goût profene, des expressions exagérées, des comparaisons singulières^ des vœux trop passionnés , que la foi publique de l'Église ré^ duit naturellement à leur juste valeur. Il se justifioit à lui-même son estime pour madame Guyoïi, par les explications particulières qu'il lui avoit denlandées, sur ce que sa doctrine poùvoit offrir d'obscur ou d'excessif; et il croyoit reconnoître^ dans ses réponses, toute la candeur d'une âme vive-

(x) Voyez ci-dessus, p. 343.

Madame

de Maiatenon

Tattire à Saint-Cyr.

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ment éprise de Tamour de la perfection, et toute la simplicité d'un esprit sincèrement soumis à l'autorité des supérieurs J

Madame de Main tenon assista à quelques-unes de ces conférences, et elle en fut édifiée. Elle forma donc le dessein de faire jouir Saint-Cyr des instinictions d'une femme qui avoit le don d'inspirer le désir de la perfection à tous ceux qui l'entendoient. Elle fut entretenue dans cette pensée, non-seulement par Fénelon, mais encore par les vives instances de madame de Brinon, alors supérieure de Saint- Cyr. Madame de la Maisonfort, dont nous avons déjà parlé , réunit ses sollicitations à celles de madame de Brinon; Un goût extrême de spiritualité avoit rendu madame de la Maisonfort la disciple la plus affectionnée de Fénelon ( 1 ) ; et cette conformité d'opinions, jointe aux liens de parenté qui l'unissoient à madame Guyon, lui faisoit souhaiter passionnément d'entendre de sa bouche ces maximes si pures de charité, de perfection, d'abnégation de soi-même , pour lesquelles elle se sentoit tant d'attrait.

C'est ainsi que madame Guyon avriva à Saint- Cyr, précédée de toute la célébrité et de toute la considération qu'elle avoit obtenues à Versailles.

(i) C*étoit d'elle que madame de Maintenon écrivoit : La chanoinesse est plus dévote, plus abstraite, plus aimable et plus étourdie que jamais.

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