LIVRE DEUXIÈME
Madame de Maintenon lui permit même d'y faire de temps en temps de courts séjours. Pour mieux établir sa doctrine, madame Guyon confia à madame de ia Maisonfort et à celles des religieuses qui ]nai*quoient le même goût, quelques-uns de ses écrits, où elle avoit développé toutes les parties de son système. L'appui de madame de Maintenon, la conBance des hommes les plus vertueux de la cour, l'enthousiasme qu'elle avoit inspiré à Saint- Cyr, confirmèrent sans doute madame Guyon dans la persuasion où elle paroissoit être depuis longtemps, qu'elle étoit appelée à une mission extraoi^ dinaire (i); mais si elle se laissa séduire par une pareille illusion, elle eut tout lieu de s'en repentir dans la suite.
Madame de Maintenon avoit été touchée du goût de vertu et de piété qu'elle avoit observé en madame Guyon; mais son excellent esprit l'avoit défendue dé cette espèce d'enthousiasme qui avoit gagné toute la société de Beauvilliers. I.a faveur qu'elle lui avoit accordée, étoit plutôt l'effet de sa confiance et de son estime pour Fénelon, et pour les autres amis de madame Guyon, qu'un goût bien décidé pour sa personne et sa doctrine. Elle n'apercevoit pas sans doute, dans ses opinions, toutes les erreurs qu'elle y découvrit dans la suite; mais on
(i) Voyez ci-dessusy p. 3321» etc.
Caractère de M. Godet des Marais, évéque
de Chartres.
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voit par quelques«une8 de ses lettres , avant même qu'elle se fût déclarée contre madame Guyon , et dans un temps où elle lui accordoit encore de l'intérêt et de l'estime, qu'elle ressentoit déjà une méfiance intérieure sur la singularité de ses maximes, dont la nouveauté l'étonnoit avec raison. Elle écrivoit à madame de Saint-Géran, le 13 mai 1694: ce J'ai eu pendant deux mois une Explication du a C<mtique des Cantiques. Il y a des endroits oba scurs ; il y en ^ d'édifiants; il y en a que je n'apa prouve en aucune manière. L'abbé de Féneloù a m'avoit dit que le Moyen court çontenoit les « mystères de la plus sublime dévotion, à quelques (( petites expressions près, qui se trouvent dans les « écrits des mystiques. J'en lus un morceau au ce Koi j qui me dit que c'étoient des rêveries; il n est tf pas encore assez avancé dans la piété, pour goûter « cette perfection (i). n
T/abbé Godet des Marais, directeur de madame de Main tenon, étoit devenu évêquc de Chartres en 1690, après la mort de M. de Villeroy. Il l'avoit prémunie de bonne heure contre les dangers de cette nouvelle spiritualité qu'on prétendoit introduire, avec des caractères et des circonstances extraordinaires. Ce prélat eut tant d'influence dans l'affaire du quiétiçme, qu'il est intéressant de le faire con-
(i) Lettres de madame de MàinteMen, t. II, p. 3ao.