LIVR^ DEUXIÈME
ooître. Le duc de Saint-Simon, qui considère toujours les personnages dont il parle, sous les vues d'intrigues et d'ambition qu'il leur suppose, nous en a laissé un portrait ressemblant à beaucoup d'égards, et ppu exact sous d'autres. 11 sera facile de rectifier ce qu'il peut offrir de défectueux, si l'on sépare ce que la disposition habituelle de l'auteur, et les pensées toujours un peu profanes d'un homme du monde, ont pu prêter au caractère d'un évêque entièrement étranger au monde et à l'ambition, a Ce prélat, dit le duc de Saint-Simon (i), étoit fort « savant, et surtout profond théologien. Il joignoit tf à cela beaucoup d'esprit, de la fermeté, même « des grâces ; et ce qui étoit le plus surprenant dans (( un homme qui avoit été concentré dans son mé- « tier, il étoit tel pour la cour et pour le monde, a que les plus fins courtisans auroient eu de la peine ce à le suivre, et auroient eu à profiter de ses leçons. « Mais c'étoit en lui un talent enfoui pour les au- « très, parce qu'il ne s'en servoit jamais sans un oc vrai besoin. Son désintéressement, sa piété, s^ ff rare probité, étoient son seul lustre ; et madame de <( Maintenon, au point où il en étoit , suppléoit à « tout... 11 tenoit à elle par les liens les plus in- « times; il étoit évêque de Saint-Cyr, en sa qualité (( d'évêque de Chartres; il en étoit le directeur
{i) Mémoires de StUnt-SmWf t. II, p. i35, etc* édit. in-i^-
35a HISTOIRE DE F^NELON.
a unique ; il étoit , de plus, celui de madame de a Maintenon. Ses mœurs, sa doctrine, ses devoirs ce épiscopaux, tout étoit irréprochable... Il ne faitf soit à Paris que des voyages courts et rares, logeoit «c au séminaire Saint-Sulpice , se montroit encore «c plus rarement à la cour, voyoit madame de Main- « tenon longtemps et souvent à Saint-Cyr, et faisoit a d'ailleurs par lettre tout ce qu'il vouloit. »
Si, à l'idée que le duc de Saint-Simon vient de nous donner de Tévêque de Chartres, on ajoute les témoignages que nous trouvons dans les écrits de ses contemporains, on prendra une juste opinion de l'un des plus vertueux évêques qui aient honore l'Eglise de France. Dès l'âge de quatorze ans, l'abbé Godet des Marais avoit été pourvu de l'abbaye d'Igny, dans le diocèse de Reims ; et le seul emploi qu'il se permettoit de son revenu, étoit de le distiibuer aux pauvres. Il fut attiré au séminaire de Saint- Sulpice, p^r la réputation de M. Tronson; il fut l'ami, le disciple, l'admirateur de ce vénérable ecclésiastique (i). Il II y trouva l'abbé de Fénelon, devint son ami, et ne cessa janiais de l'aimer et de l'estimer, dans le temps même où il se crut obligé de combattre ses opinions. Il II parut en Sorbonne, il y
(i) Les détails que donne ici le cardinal de Bausset sur l*évêque de Chartres, sont tirés de V Éloge hist, de ce prélat, placé par Tabbé Berthier à la tête des Lettres de piété et de direction, adressées par le même prélat à madame de Main-