X\ PREFACE
coup moins sévèrement qu'il ne le fait en quelques endroits. Nous regrettons, pour la même raison, que la multitude des matériaux qu'il avoit à sa disposition , lui en ait fait négliger quelques-uns , dont il auroit pu tirer de grands avantages, pour Téclaircissement de plusieurs faits. Nous voulons parler surtout delà correspondance inédite de madame Guyoa Ui^ec le duc de Che\>reuse , de 1693 à 1698; et de la Relation du différend entre Bossue t et Fénelon^ par M. Dupuy. Indépendamment des nouvelles preuves qu'on trouve, dans ces différentes pièces, de la droiture de madame Guyon et de la parfaite pureté de ses intentions, on y voit aussi l'explication naturelle de plusieurs faits , que le cardinal de Bausset, faute d'en bien connoître les circonstances, a présentés sous un jour peu favorable à madame Guyon. La lecture attentive de ces pièces nous a mis dans le cas de compléter, et même de rectifier sur quelques points, le récit du cardinal de Bausset (1).
Un objet beaucoup plus important de notre attention , dans cette partie de V Histoire de Fénelon^ regarde le caractère et la conduite de Bossuet dans l'affaire du quiétisme. Dès la première publication de cet ouvrage , on avoit généralement remarqué
(l) Voyez en particulier le II* livre de cette Histoire, n. 4r). (ï. ^^ p. 406, etc.]
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que, dans le récit de cette controverse , Tauteur roontroit une prédilection trop marquée pour Fénelon, et donnoity sans le vouloir, à ses lecteurs, de fâcheuses impressions contre Bossuet. On regreltoit i}u'il n'eût pas assez ménagé ce grand évèque, et adouci , par quelques correctifs, la défaveur que Tensemble de V Histoire sembloit jeter sur sa conduite (1). L^auteur lui-même sentit la justesse de ces observations , et s'efforça , dans la seconde édition de son ouvrage , de dissiper ou du moins d'atténuer, par des considérations prises du fond même et des circonstances de la controverse, les préventions que certaines parties de son récit pouvoient faire naître contre révêquedeMeaux(2). Quelque importants que fussent ces correctifs, le cardinal de Bausset les jugeoit encore insuffisants ; et il a reconnu depuis, dans V Histoire de Bossuet^ qu'en écrivant celle de Fénelon , « entraîné par sa « tendre vénération pour l'un des plus beaux « caractères qui aient honoré Thumanité , il ne a s'étoit peut-être pas assez pénétré des graves
(1) Voyez le recueil déjà cité des Rapports et discussions de l'Institut, et les écrits périodiques indiqués ci-dessus, page IX, noté 1 .
(3) Ces correctifs sont indiqués en détail, dans le tomeVI des Mélanges de Philosophie, p. 243, etc.
« cotosidératioDS qui impoeoient à Bossuet le devoir tf d'attacher tant d^ntérét aux conséquences de la « doctrine de l'archevêque de Cambrai (1). » Après un pareil aveu , on ne peut douter que le cardinal de Bausset ne sentit la nécessité de modifier , dans V Histoire de Fénelon^ le récit de la controverse du quiétisme, d'après les considérations qu^il expose lui-même dans Y Histoire de Bossuet. Nous avons donc suivi ses intentions, en faisant passer, dans la première de ces Histoires , le fond des explications et des développements qu'on lit sur ce sujet dans la seconde (2).
Le récit de la même controverse avoit donné lieu , dès le principe, à une autre observation , de la part d'un certain nombre de lecteurs d'un esprit plus réfléchi , et plus accoutumés aux études sérieuses. L'histoire du quiétisme , qui occupoit une si grande partie de Touvrage, ne donnoit aucune notion précise sur le fond de cette controverse ; et le lecteur, après avoir suivi , avec le plus vif intérêt, tout le détail des faits, ne voyoit pas assez clairement en quoi consistoit l'erreur du quiétisme, ni quels étoient précisément les points contestés
(1) HisL de Bossuet; 1. 111, liv. X, p. 252. (3) Voyez le n. I du livre UI^ de cette nouvelle édition. (T. II, p. 3, etc.)
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entre Bossoet et Fénelon. Le cardinal de Bansset , frappé de cet inconvénient, essaya d'y remédier dans la seconde édition de son Histoire, par une note assez courte, placée dans le cours du second volume (page 81 ), et dont le contenu étoit un peu plus développé dans les Pièces justificatives du même volume, (page S31 , etc.) Mais, outre que ces notions venoient trop tard , dans le récit de la controverse , pour donner au lecteur Tinlelligence de la discussion , elles avoient encore l'inconvénient d'être presque entièrement rejetées dans les Pièces justificatives, que bien des lecteurs négligent, surtout quand ils y aperçoivent des discussions tant soit peu sérieuses. Il étoit d'ailleurs facile de remarquer que l'auteur, faute d'avoir étudié soigneusement, dès le principe, le fond de la controverse, n'en parloit pas toujours avec assez d'exactitude. Lorsqu'il fut question, en 1817, de publier la troisième édition de Y Histoire de Féne^ Ion, nous adressâmes, sur ce sujet, quelques observations, par le moyen d'une tierce personne, ait cardinal de Bausset, avec qui nous n'avions eu jusque-là aucune relation. L'illustre prélat, non content d'accueillir nos observations avec autant de bienveillance que de modestie , nous fit aussitôt prier de lui tracer nous-mêmes le Prtkis des erreurs