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fut admiré, et ne le sut pas. Devenu supérieur du
tenon. (Bruxelles, 17 55, in-12.) L'auteur de cet Éloge, parlant de la rencontre de l'abbé de Fénelon et de Tabbé Godet des Marais au séminaire de Saint-Sulpice, dit que « le prête miery étudioit les mystiques, qui Tégarèrent; tandis que « le second étudioit l'Écriture sainte, qui n'égare jamais. » Nous avons cru devoir supprimer cette réflexion, que le cardinal de Bausset avoit adoptée par inadvertance, et qui renferme plusieurs suppositions manifestement fausses. Elle suppose, i^ que Fénelon, dès le temps de ses premières études ecclésiastiques, s'étoit particulièrement appliqué à l'étude des auteurs mystiques. Il est certain, au contraire, que non-seulement pendant ses premières études, mais encore longtemps après, Fénelon avoit très-peu étudié ces auteurs, et avoit même d'assez grands préjugés contre eux. [Lettre à tahbé de Chanterac^ du 3o octobre 1698. Corresp, tle Fénelon^ t. IX, p. 579.) L'abbé Berthiër suppose, en second lieu , que Fénelon , entraîné par sou goût pour les mystiques, avoit négligé dans sa jeunesse l'étude de l'Écriture sainte ; ce qui est en opposition manifeste avec les détails donnés plus haut par le cardinal de Bausset lui-même. (P. 4a et 85.) Enfin l'abbé Berlhier suppose encore, que V Écriture sainte n'égare jamais. Cela est très- vrai , de ceux qui la lisent avec une entière subordination à l'autorité de l'Église; mais cela est évidemment faux, par rapporta ceux qui, oubliant cette subordination, substituent leur jugement privé à celui de l'Église, comme il arrive à tous les hérétiques. Sous ce rapport, la lecture de l'Écriture sainte peut aussi bien égarer que celle des auteurs mystiques ; elle a même effectivement égaré un bien plus grand nombre de personnes ; car il est certain que la plupart des hérésies ont pris leur source dans une mauvaise interprétation de l'Écriture. (Édit.)
T. I. aS
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séminaire des Trente-trois ( i ), il y connut l'abbé Gobelin^ qui le fit connoître à madame de Maintenon. Il hésita longtemps à se charger de sa direction, et ne céda (fu'aux avis et même à la décision de M. Tronson. Celui qui lui iq>porta la nouvelle de sa nomination à l'évêcHé de Chartres, le trouva à genoux devant un crucifix^ dans une petite chambre qui n'avoit pour tous meubles qu'une chaise et une table, et pour toute tapisserie qu'une carte de la Terre sainte. L'abbé Godet des Marais fondit en pleurs, repoussa le fardeau qu'on lui imposoit, et n'accepta que par déférence pour M. Tronson. En 1693, il abandonna tous les revenus de son évêché aux pauvres de son diocèse, qui souffroient beaucoup de la disette des grains. Toute sa vaisselle d'argent consistoit en une cuiller et une fourchette ; et il les vendit. Louis XIV voulut lui donner une place de conseiller d'État, et le chapeau de cardinal; il refusa l'un et l'autre. Il préchoit souvent, ne plàisoit pas : il convertissoit. Ennemi de toutes les nouveautés, invariablement attaché à la saine doctrine, il combattit tour à tour les deux collègues les plus chers à son cœur, Fénelon et le cardinal de Nôailles, sans cesser un moment de rendre justice à leurs vertus. Ses lettres à Louis XIV, aux princes, au Pape, au roi d'Espagne, étoient dignes des pre-
(i) Voyez la note i de la p. 3o5.
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miers siècles de l'Église. On a imprime, longtemps après sa mort, ses Lettres de direction à madame de Maintenon (i); et on admire la sagesse, la mesure, l'habileté, la profonde science du monde, avec laquelle ce pr.élat, qui n'avoit jamais vu le monde, et qui n'étoit jamais sorti de l'obscurité d'un séminaire, ou de la solitude de sa maison épiscopale, conduit madame de Maintenon dans tous les détails de sa singulière position.
Tel étoit l'évêque de Chartres. On doit bien il prémunit croire que madame de Maintenon consulta son di- ™»<^™« ^
^ ^ ^ ^ Maintenon con
recteur, sur l'opinion qu'elle devoit prendre des tre la nouvelle maximes de madame Guyon. Il L'évêque de Chartres spiritualité. fut d'abord étonné de voir une femme s'attribuer, sous un spécieux prétexte de zèle, une mission extraordinaire pour prêcher la perfection, et répandre les maximes de spiritualité qu'elle s'étoit formées. \ Mais, aussi sage que modeste, il fut arrêté quelque temps par l'estimable scrupule .de condamner précipitammctnt' une pei'sonne dont la piété étoit honorée par tout ce qu'il y avoit alors de plus vertueux à la cour, et qui avoit le suffrage de Fénelon, dont
( I ) Ces lettres, publiées pour la première fois à Bruxelles (1755, in-ia), ont été souvent réimprimées. L'abbé Berthier, éditeur de ce recueil, y a joint un Éloge historique de Vévéquie de Chartres ^ sur lequel nous avons fait ailleurs quelques observations. (Ci-dessus, p. 3o5, note i; p. 35d, note z.) (Édit.)
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il estimoit la droiture et les talents. D'ailleurs, ses opinions personnelles, comme nous aurons lieu de l'observer dans la suite, se rapprochoient, à quelques égards, de celles qu'on lui exposoit. Avant de fixer son jugement, il voulut prendre une connoissance plus approfondie des maximes qu'on intro* duisoit à Saint-Cyr, et de l'usage qu'on eu faisoit. 11 se borna, dans le premier moment, à recommander de ne lire qu'avec précaution les ouvrages et les écrits de madame Guyon, à lui interdire l'accès habituel qu'elle avoit obtenu à Saint-Cyr, et à réprimer, dans les religieuses de cette maison, le penchant extrême qu'elles montroient pour toutes ces nouveautés.
On voit, par plusieurs lettres de madame de Maintenon, qu'elle suivit fidèlement un si sage conseil, et qu'elle conserva encore pendant quelque temps, sinon du goût, du moins de l'estime pour madame Guyon. Elle s'attacha surtout à fixer madame de la Maisonfort dans des maximes plus simples, plus sûres, et plus convenables aux personnes de son état. Elle aimoit extrêmement sou esprit et sa candeur ; « elle la destinoit à être une pierre fona (lamentale de SainUCyr[\); » mais elle redoutoit
(i) Lettre de madame de Maîntenon à madame de la, Maisonfort, du 6 février X 692. (Recueil de La Beauroelle, t.D) p. i5t.)
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son imagination trop active, trop délicate, et trop communicative. Elle lui mandoit : «c Rendez-vous « simple à Vathé de Fénelon et à M. de Chartres (i), (X Je serai moi-même toujours soumise à l'opinion de « ces deux saints. Âccoutumez-vous à vivre avec (c eux ; mais ne répandez point les maximes de Tabbc, (c devant des gens qui ne les goûtent point. Vous a parlez sans cesse de tétat le plus parfait ; et vous « êtes encore remplie d'imperfections. Quant à ma- « dame Guyon, vous l'avez trop prônée; il faut « nous contenter de la garder pour nous. Il ne lui (c convient pas, non plus qu'à moi , qu'elle dirige « nos dames; ce seroit lui attirer une nouvelle per- <c sécution. Elle a été suspecte; c'en est assez pour « qu'on ne là laisse jamais en repos. Elle m'a paru «r d'une discrétion admirable ; elle ne veut de com- « merce qu'avec vous; tout ce que j'ai vu d'elle m'a « édifiée, et je la verrai toujours avec plaisir: mais « il faut conduire notre maison par les règles ordi- « naires, et tout simplement. Ce sera une perfection « en vous, de n'aspirer point à être parfaite, d
Elle ajoute dans une autre lettre {^) : ce Mon peu « d'expérience en ces matières me révoltoit contre « M. l'abbé de Fénelon , quand il ne vouloit pas <r que ces écrits fussent montrés. Cependant il avoit
(i) Recueil de La Beaumelle, t. II, p. i49« (a) Ihid. p. i5a.
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ce raison. Tout le inonde n'a pas l'esprit droit et « solide. On prêche la liberté des en£aints de Dieu <r à des personnes qui ne sont pas encore ses enfants, <r et qui se servent de cette liberté pour ne s'assua jettir à rien : il faut commencer par s'assujettir... «c Ou je me trompe fort, ou vous prenez la piété a d'une manière trop spéculative. Vous faites tout ce consister en mouvements subits, en abandons, a en renoncements ; mais quel est le renoncement a de celle qui veut avoir l'esprit en liberté, et le (c corps à son aise ? »
Cependant l'évêque de Chartres , après s'être instruit, avec toute l'attention dont il étoit capable, des maximes de madame Guyon, fut justement alarme d'une doctrine, qui , sous prétexte d'abandon à Dieu et de renoncement à soi-même, invitoit « à ne se gêner en rien, à s'oublier entièrement, a à n'avoir jamais de retour sur soi-même, et à « cette liberté des enfants de Dieu, dont on ne se a servoit que pour ne s'assujettir à rien (i). » H voulut prévenir les mauvais effets qui pouvoient en résulter pour un établissement aussi précieux. Il eut à lutter contre le sentim^it de la véritable amitié qui l'attachoit à Fénelon. Il s'expliqua avec franchise et fermeté à madame de Maintenon , en observant pour son ami tous les égards que lui
(i) Recueil de La Beaumelle, t. II, p. i5i et iSa.