LIVRE DBUXliCME. SSq
prescrivoit la haute opinion qu'il avoit de sa vertu ; mais j en sa qualité d'évéque de Saint-Cyr, il Tinvita à prendre les mesures les plus promptes et les plus efficaces, pour préserver cette maison du danger qui la menaçoit, et lui dénonça les ouvrages de madame Guyon, comme remplis de nouveautés suspectes et dangereuses. 26.
Il faut rendre justice à madame de Maintenon : Madame
Il . j -N • j 'I* i M. de Maintenon
elle sentit que dans une matière aussi délicate, .et ^^^^^\^^ ^^ ^^ aussi étrangère au genre d'instruction et de con- sujet, plusieurs
^. . X 1 ecdésiastiques
noissances qui appartiennent a son sexe, ses lu- distîncués inières naturelles ou acquises ne pouvoient pas suf- 1694. fîre, pour fixer avec confiance son opinion. Il étoit bien difficile que son goût pour Fénelon ne fût pas combattu par sa juste déférence aux avis de 1 evêque de Chartres, son directeur. Elle connois-' soit sa vertu, et même son amitié pour Fénelon ; mais elle ne crut pas devoir s'en tenir exclusivement à son opinion. Elle consulta de vive voixfiossuet, qui étoit déjà instruit en détail de la doctrine de madame Guyon , par une circonstance particu* lière dont nous aurons bientôt à rendre compte (i); et Bossuet fut du même avis que Févêque de Chartres. Elle s'adressa également à M. de Noailles, alors évêque de Châlons-sur-Marne , qu'elle commençoit déjà à distinguer; et AI* de Noailles se
(i) Ci-après, n. a8.
36o HISTOIRE DE FiHELON.
déclara encore plus fortement contre les écrits et la doctrine de madame Guyon (i).
Le témoignage de trois prélats aussi recommandables suffît à peine pour triompher du sentiment qui attachoit toujours madame de Maintenon à Fénelon; elle crut devoir s'environner de toutes les lumières qui pouvoient répandre quelque clarté sur des questions aussi obscures; elle consulta des hommes entièrement étrangers à toutes les passions et à tous les intérêts de la cour; elle ne pouvoit faire un choix plus judicieux que celui auquel elle s'arrêta, pour fixer toutes ses incertitudes. Elle interrogea secrètement le P. Bourdaloue, M. Joly, supérieur général de Saint-Lazare, MM. Tiberge et Brisacier, supérieurs des Missions étrangères, et M. Tronson. Ce choix n'auroit pu être suspect à Fénelon, s'il en eût été instruit. Bourdaloue appartenoit à une société qui faisoit profession de lui être attachée; MM. Tiberge et Brisacier étoient en relation de confiance avec lui; M. Joly étoit généralement estimé, et ne connoissoit que la religion et la vérité ; M. Tronson avoit dirigé les premiers pas
(i) La lettre de madame de Maintenon à Tévéque de Châlons, sur ce sujet, et la réponse du prélat, se trouvent dans le Recueil de La Beaumelle, t. III, p. 3, etc. La lettre de révéque de Châlons 3Îgnale avec beaucoup de force et de précision les principales erreurs de madame Guyon.
(ÉDIT