LIVRE DEUXIÈME
de Fénelon, le chërissoit avec la tendresse d'un père, et se plaisoit à le considérer comme appelé à la cour, pour y établir le règne de la piété et des bonnes mœurs. || Tous se prononcèrent plus ou moins fortement contre la doctrine et les écrits de madame Guyon; || et leurs réponses uniformes ne permirent plus à madame de Maintenon de rester indécise (i). 27
En lisant la lettre de Bourdaloue, il n^est per- Réponses du sonne qui ne soit frappe de la clarté qu'il a su ré- ' °"j *°"* pandre sur la question soumise à son examen. Il de M. Xronson. sépare, avec la plus exacte précision, le point où doit s'arrêter l'âme la plus fervente, lors même qu'elle tend à s'élever à la plus haute perfection, de celui où commencent des illusions dangereuses pour la morale. On reconnoît bien, dans sou langage, cet homme vraiment apostolique, dont la vie étoit encore plus éloquente que ses sermons mêmes. On voit dans cette lettre, combien l'expérience lui
(1) On peut voir ces réponses dans le t. Y des Lettres de madame de Maintenons p. 1 58^ etc. Le cardinal de Baussct, dans les dernières éditions de cette Histoire , avoit inséré , parmi les Pièces justificatives y la réponse du P. Bourdaloue. Nous avons exposé plus haut (p. 33o, note i) les raisons qui nous a voient engagé à la supprimer. Quelque intéressante qu'elle soit, celle de Tévcque de Châlons, dont nous venons de parler {p. 36o, note i), nous paroît aller plus au fond de la controverse, (Édit.)
36a HISTOIRE I>S FÉNELOlf.
avoit donné de lumières pour la direction des âmes, en lui révélant les dangers dont ce ministère peut n'être pas exempt avec les intentions même les plus pures, ce Ce qui seroit à souhaiter dans le siècle où « nous sommes, écrivoit Bourdaloue, ce seroit qu on (( parlât peu de ces matières, et que les âmes mê- (c mes qui pourroient être véritablement dans l'orai- (c son de contemplation, ne s'en expliquassent ja- (( mais entre elles, et même rarement avec leurs <x pères spirituels. »
M. Tronson, || tout en désapprouvant les écrits de madame Guyou , y se bornoit à conseiller à madame de Maintenon « de les regarder comme suspects, en (c attendant que des personnes habiles, et revêtues (c d'une autorité suffisante, en eussent examiné les (c maximes, et condamné ce qu'elles pouvoient ren- <i fermer de pernicieux. » Le plan que proposoit M. Tronson fut suivi peu de temps après.
Madame de Maintenon, entièrement afiTermie par des témoignages aussi décisifs, n'hésita plus sur l'opinion qu'elle devoit avoir de la doctrine de madame Guyon. Nous verrons dans la suite si elle sut toujours renfermer son zèle contre Fénelon, dans les bornes que le souvenir d'une ancienne 2g amitié auroit pu lui indiquer.
Fénelon engage Fénelon voyoit sans s'en étonner, et presque sans
madame Guyon ) . /» ^ *. i • c:«
soumettre ^ ^^ apercevoir, un orage se lormer contre lui. î>inàFeiamen cèrcmcut convaincu de la pureté des sentiments
de BoBsuet.
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de madame Guy on , qui lui sembloient conformes aux idées pures et sublimes qu'il s'étoit faites de Tamour de Dieu ; non moins convaincu de la vertu de cette, dame, il ne chercha point à éluder les contradictions imprévues qu'il rencontroit, en feignant d'abandonner l'opinion qu'il avoit de son innocence. Mais, en même temps, il entra de bonne foi dans les vues de madame de Maintenon, pour éloigner de Saint*Cyr ce goût de nouveautés, dont elle étoit alarmée ; il fut le premier à lui conseiller de retirer des mains des dames de Saint-Cyr, nonseulement les ouvrages de madame Guyon , mais même ses propres écrits.
Madame de Maintenon ne lui avoit point dissimulé que l'évêque de Chartres pensoit d'une manière différente de la sienne; et l'évêque de Chartres le lui avoit déclaré à lui-même. Fénelon crut alors que l'autorité de fiossuet pourroit être utilement employée à éclaircir une question qui commençoit à s'obscurcir, par la manière dont elle étoit présentée ou entendue (i). Il II suggéra donc à ma-
(i) Le chevalier de Ramsay suppose, dans VHist, de Fénelon (p. a 5 j, et il paroît en effet certain d'ailleurs, que cette démarche de Fénelon eut lieu vers le mois d*août 1 69'i, environ un au avant que madame de Maintenon interrogeât, sur la doctrine et les écrits de madame Guyon , les prélats et autres théologiens dont on vient de parler. Il semble donc que les détails relatifs aux premiers rapports de Bossuet
364 HISTOIRE DE PiNELON.
dame Guyon Fidée de s'adresser à Bossuet, pour lui exposer tous ses sentiments, lui confier tous ses écrits les plus secrets, et se soumettre entièrement à sa décision (i). Il résulte assez clairement de ce fait, que, lorsque Bossuet commença à être saisi de cette affaire, madame Guyon et ses amis étoient persuadés qu'il n'apporteroit à cet examen aucune prévention personnelle. H
Rien ne peut être comparé à la bonté et à l'indulgence dé Bossuet pour madame Guyon , dans ces premiers temps. Il faut dire aussi, qu'elle parut agir avec*lui de très-bonne foi. Non-seulement elle lui donna ses ouvrages imprimés, et les écrits qu elle avoit composés pour les expliquer; mais' elle luili* vra sans réserve tous les papiers où elle avoit dépose ses pensées les plus secrètes, et entre autres sa Fie manuscrite. \\ Ce dernier ouvrage offroit des particularités si extraordinaires, que, si on les eût entendues à la rigueur, elles eussent rendu justement suspectes la foi et les mœurs de madame Guyon; mais, outre qu'elle expliquoit dans un bon sens les passages les plus blâmables de ses
avec madame Guyon, eussent dû être placés un peu plus haut. Cependant nous n'avons pas cru devoir faire ce changement, qui eût entraîné un remaniement trop considérable de cette partie de Touvrage. (Édit.)
(i) Bossuet, Relation sur lequiétisme^ a^ sect. n. i. — Fénelon, Réponse à la Relation f ch. i, n. 8. (p. 388.)