LIVRE DEUXIÈME
<r portoit aucune passioo ; on n'y cherchoit que la ce vérité ; on travailloit séparément ; on conféroit ce sans précipitation et sans préjugé (i). »
Il Pendant les premiers mois, Fénelon ne fut pas appelé aux conférences, quoiqu'il y prît un vif intérêt, par suite de ses anciennes et habituelles rela* tions avec les trois commissaires, mais surtout par un effet de son zèle pour la doctrine du pur amour^ et de son amitié, ou même si l'on veut, de sa prévention pour madame Guyon. y D'ailleurs, l'étude approfondie qu'il avoit faite, depuis quelque temps, des plus célèbres auteurs mystiques (2), lui donnoit, en cette matière, des connoissances et des avantages, que les commissaires eux-mêmes ne crurent pas devoir négliger. Fénelon a écrit depuis, et Bossuet ne l'a point contesté, « que ce prélat convint, a au commencement des conférences, qu'il n'avoit <r jamais lu ni saint François de Sales, ni le biena heureux Jean de la Croix ^ ni la plupart des aufc teurs mystiques; et qu'il voulut que Fénelon lui
(i) Entretiens de madame de Maintenons (Mém. de madame de MaintenoUj t. VI , p. 208.) — Corresp, de Fénelon^ t. VII , p. 55, note.
(a) On a tu plus haut (p. 343 et 353], que, dans le cominencement de ces contestations, Fénelon, aussi bien que Bossuet, connoissoit peu les auteurs mystiques, et avoit même de grands préjuges contre eux. Mais depuis ses premiers rapports avec madame Guyon, il s*étoit livre avec ardeur à l'étude de ces auteurs. (Édit.)
38o HISTOIRE DE FJÊlIflEtON.
« en donnât des recueils. Il fit en conséquence des « extraits de saint Clément d'Alexandrie, de saint a Grégoire de Nazianze, de Cassien, et du Trésor « ascétique, pour montrer que les anciens n'avoient (c pas moins exagéré que les mystiques des derniers « siècles ; quMl ne falloit prendre en rigueur ni les « uns ni les autres ; qu'on en rabattit tout ce qu'on a voudroit , et qu'il en resteroit encore plus qu'il tf n'en falloit, pour contenter les vrais mystiques 37, « ennemis de l'illusion (i). »
Sa doctrioe y Bossuct , accoutumé au langage rigoureux de
devient de plus „-., , ^ r -i- • ' i . i - '
en plus suspecte * i^coie, et peu tamuianse avec le style passionne à lUissuet. que \q^ ardeurs de l'amouir divin inspirent souvent aux auteurs mystiques, laissa sans doute percer son étonnementi à la vue de ces transports amoureux et de ce langage exagéré, qu'il traita dans la suite de pieux excès et d* amoureuses extrai'agances }^{i); il parut alors craindre que Fénelon ne partageât véritablement des illusions dangereuses ; et c'est ici que l'on commence à remarquer en lui une méfiance plus marquée (3).
(i) Réponse à la Relation sur le quiétisme, n. 18-20. [OEur vres de Fénelon , t. VI.) Voyez aussi, à Tappui de ce passage, les Questions à M, de Noaillcs. (2® quest. Œuvres de Fénelon t. IV, ) — Remarques sur la Réponse à la Mation^ art. 7, § 1*'. [OEuvresde Bossuet^ t. XXX.)
(2) Instruction sur les états d'oraison ^ liv. X, n. 19, 22, etc.
(3) On a vu plus hauts(p. 368 , etc.) rorigine et les premiers effets de cette méfiance.