‹ Histoire de Fénelon, archevêque de CambraiChapitre 70 sur 101 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

«yV me tiendrai in\>iolablement à cette règle [ï). » Bossuet ne rëpondit à aucune de ces lettres ; mais elles prouvent au moins qu'il ne tint pas à Féneldtl d'avoir une décision nette et précise de Bossuet ^ sur la doctrine de la charité désintéressée; qu'il provoqua cette décision par le^ moyens les pluâ pressants } et que Bossuet ne voulut point d'abord s'expliquer là-dessus^ ni prononcer contre la cha* rite désintéressée. Il On verra même bientôt, que l'évéque de Meaux^ malgré la répugnance qu'il avoit d'abord témoignée pour cette doctrine^ ne put ré» sister aux instances de Fénelon et des autres commissaireSy qui crurent néces^ire d'autoriser^ à cet égard y l'enseignement commun des théologiens , dans les articles dissy. N Ce fut en partie vers ce point que furent dirigées les conférences \ mai^ les commissaires crurent devoir s'attacher surtout à prévenir les abus qu'une fausse Spiritualité préten*« doit faire de la doctrine de l'amour désintéressé.

Un des principaux objets que s'étoit proposés madame de Maintenon , dans les conférences d'Issy^ étoit de s'assurery par le témoignage de Bossuet et de l'évêqUe de Chàlons^ deA véritables senti-» ments de Fénelon. Elle lui étoit encore sincèrement affectionnée ; elle désiroit son élévation à l'arche-

(i) Lswe de Fénelon à Éo^su0i, dU a6 jâtivier tO^S. [Corresp. t. VII, p. 146.)

FéneloD

est nommé

a Farchevèché

de Cambrai.

(Févr. 1695.)

Importance

de cette nomination.

388 HISTOIHE DE FENELON.

vêchë de Cambrai ; mais elle auroit employé tout son crédit à l'en écarter^ s'il fût resté le plus foi** ble nuage sur la pureté de sa doctrine. Il faut en conclure , que ni Bossuet, ni l'évêque de Chartres, ni Févêque de Châlons, ne regardoient encore les opinions de Fénelon comme de graves erreurs^ ni même comme des sentiments assez inquiétants, pour s'opposer aux vues que l'on avoit en sa faveur. Il est en effet assez remarquable, que ce fut très-peu de jours après que Fénelon se fut expliqué à Bos^ suet avec tant de franchise, qu'il fut nommé à l'ai^ chevêche de Cambrai (i). Il Nous rappellerons ici, en peu de mots , plusieurs circonstances de cette nomination, qui la rendoient particulièrement bo^ norable à Fénelon. ||

iC'étoit la première fois que Louis XIV exerçoit le droit qu'il venoit d'obtenir du saint-siége, pour nommer à l'archevêché de Cambrai ; et il attachoit d'autant plus d'importance à- l'exercice de ce droit,. qu'il ne l'avoit pas obtenu sans difGçulté,à cause de l'usage dans lequel le chapitre de Cambrai s'étoit maintenu jusque-là, de choisir l'archevêque (2). La ville de Cambrai ayant été cédée à la

(i) Cette nomination eut lieu le 4 février 1 695.

(a) Gazette de France y Set la février iSgS.-^Jrchipesda Royaume f sect, hist. carton L. ii47 > liasse intitulée : Eglises de France; Cambrai, feuille cotée n. la» (Édit.)

ûvR£ DEirxf JsME. *dSg

France par le traite <Ie INimègue, en 1678, le Roi demanda au pape Innocent XI , pour cet archevêché, un induit semblable à ceux qu'il avoit déjà obtenus, pour conférer, en cas de vacance, les évêchés de quelques autres villes cédées à la France par le traité des Pyrénées, en i65g, et par celui d'Aix-la-Chapelle, en 1668 (i); Le Pape fit d'abord difficulté d'accorder cet induit ; il fondoit son opposition sur ce que le roi d'Espagne, à qui la ville de Cambrai appartenoit avant le traité de Nimègue, n'tivoit jamais eu le droit de nommer l'archevêque de Cambrai , mais seulement le droit de choisir un des trois sujets proposés par le chapitre de la cathédrale. Dans ces conjonctures , le Pstpe , désirant conserver l'ancien droit du chapitre, ne croyoit pas pouvoir faire autre chose en faveur du roi de France, que de lui accorder le même droit, dont le roi d'Espagne joaissoit avant le traité de Nimègue. Pour engager plus facilement le Pape à modifier cette décision, Louis XIV fit avec le chapitre de Cambrai, en i68t2, un concordat en vertu duquel le chapitre se désistoit pour F avenir de ^on droit (l! élection, sous le bon plaisir du Pape, pourvu que le Roi, de sofi côté, renonçât, en faveur de l'église de Cambrai, aux droits de régale qu'il exerçoit

(1 ) Plusieurs de ces induits sont imprimés dans les Mémoi^ res du Clergé. (Édition in-fol. t. XI, p. 1768, etc.) Voyez aussi Riganti, Comment, ad Reg, a*"* CancelL aposU § i, (Édit.)

Page 1