‹ Histoire de Fénelon, archevêque de CambraiChapitre 72 sur 101 · LIVRE DEUXIÈMK. SqS · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈMK. SqS

Roi lui annonça quMl le nominoit à rarchevêché de Cambrai, Fënelon lui répondit, avec une respectueuse reconnoissance , qu'il ne pouvoit regarder coinine un bienfait, une dignité qui Tarrachoit à des fonctions qui lui étoient chères : a Mais je prétends, ce lui dit Louis XIV, que vous restiez en même temps a précepteur de mes petits-fils. » Le nouvel archevêque de Cambrai lui représenta que les lois ecclésiastiques s'opposoient aux désirs de Sa Majesté. — « Non y non , les canons ne vous obligent qu'à neuf (c mois de résidence : vous ne donnerez à mes pea tits-fils que trois mois; et vous surveillerez de ce Cambrai leur éducation pendant le reste de l'an- « née , comme si vous étiez à Versailles. »

Le jour même où Fénelon fut nommé à l'arche- il se démet vêché de Cambrai , il donna un svand exemple de , \^^ abbaye

\ , , ^ de Saint- Valéry.

désintéressement; il remit au Roi la démission de son abbaye de Saint- Valéry. Louis XIV refusa d'abord de la recevoir. Fénelon insista ; et, pour éviter de donner une leçon de régularité et de modération à ceux de ses confrères qui auroient pu s'offenser d'une délicatesse si scrupuleuse, il se borna à faire observer au Roi, que les revenus de l'archevêché de Cambrai le plaçoient dans une position où les canons proscrivent impérieusement la pluralité des bénéfices. Il ne voulut pas même prononcer au Roi le nom de l'abbé de Beaumont, son neveu, ni celui de l'abbé de Langeron, son ami, que leurs fonctions

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auprès des jeunes princes rendoient susceptibles d'une grâce justement méritée*

Il paroît que cette action de Fénelon fit beau* coup d'éclat, dans le temps; parce que les exemples d'une si grande modération étoient sans doute bien rares, a M. l'abbé de Fénelon , écrivoit madame (c de Coulanges à madame de Se vigne, a paru sur- <c pris du présent que le Roi lui a fait, £n le remer* c( ciant,... il a rendu son unique abbaye. M. de a Reims (Le Tellier) a dit que M. de Fénelon , pen^ « sant comme il faisoit, prenoit le bon parti ; et que a lui, pensant comme il fait, il fait bien aussi de a garder les siennes (i). »

Il est associé La nomination de Fénelon à l'archevêché de aux conférences Cambrai fit naître à l'évêque de Chartres et à ma-

dissy; discus- '■

sions entre les dame de Maintenou, l'idée de l'associer aux confécommissairw, p^jj^gg J'issy. Cette pensée étoit aussi raisonnable

sur la rédaction «^ *

de quelques qu'utile; elle avoit pour objet, d'amener Fénelon articles ^ modifier lui-même ce qu'il pouvoit y avoir d'ex-

de doctrine. ^ ^ * * ^^

cessif dans son opinion sur l'amour désintéressé.

^ Ce dessein eut en effet tout le succès qu'on en avoit attendu. Fénelon se montra de plus en plus disposé à donner aux commissaires toutes les explications qu ils pouYoient souhaiter* Dès le 8 février, quatre jours seulement après sa nomination

(i) Lettre du %%/éifrieri&g^^ (Lettres de madame deSé^ uignéf édit. Monm. iQ*8% t. %., p. 6o»6i.)

à rarchevéché de Cambrai , il signe un j4(it^ (fad^ fiésion à la doctrine du cardinal de Béralle^ 3ur l'état de perfection extraordinaire que les mystiques appellent état passif. Aprè^ avoir rapporté textuellernent la doctrine du pieux cardinal sur ce sujet, Féneloa s'exprime ainsi : a Je déclare, ic comme si j'allois mourir dans ce moment, que je tf n'ai jamais cru, ni ne veux croire rien 1 sur leç ce voies intérieures , au delà du sens précis de ces ce paroles de M. le cardinal de BéruUe; j'en fais « comme ma profession de foij sur ces matières, oc J'ajoute que, quoiqu'il me paroisse que cette doccc trine est celle de saint Jean de la Croix et de saint « François de Salesi je suis prêt à la condamner, si a on l'exige de moi« » Fénelon expose plus au long ses sentiments , sur ce sujet ,' dans un Mémoire adressé, peu de jours après, à l'évêque de Châlons, à l'occasion d'un projet de rédaction des articles d'Issy, qu'on lui avoit communiqué, et dont nous devons parler ici plus en détail.

Lorsque Fénelon fut adjoint aux trois commissaires, Bossuet avoit déjà presque entièrement fixé ses idées, sur les objets soumis à leur examen. Il avoit profité des extraits de Fénelon sur les auteurs mystiques, et des judicieuses observations de ses deux collègues, pour réduire à un certain nombre d'articles, un corps de doctrine sur les voies intérieures. Il se flattoit de l'avoir appuyé sur des prin-

Sg^ HISTOIRK DE FÉNELON.

cipes assez solides^ et sur des autorités assez décisives, pour tenir en respect les critiques ignorants des voies de Dieu, et pour redresser les mystiques visionnaires et indiscrets.

On doit rappeler ici que, dans le temps même oii il avoit invité Fénelon à lui fournir des extraits , il n'étoit jamais entré avec lui dans aucune explication de vive voix, ni par écrit, sur l'objet de ce travail. Fénelon avoit souvent cherché à l'entretenir, ou à correspondre avec lui , sur ces questions naturellement obscures et subtiles, et où il est si facile de s'égarer, faute de s'entendre. Mais Bossuet le laissoit parler et écrire, sans répondre un seul mot. Il disoit seulement, qu'il se réservoit à juger de tout à la fin. Il comptoit sur la soumission entièi*e et absolue que Fénelon lui avoit si souvent promise par ses lettres, et il avoit sans doute lieu de l'espérer; mais il faut convenir aussi que Fénelon avoit droit à un peu plus de confiance de sa part. Cette réserve pou voit être rigoureusement fondée en principe, tant que Fénelon ne fut que simple prêtre ; mais elle devoit paroître extraordinaire, dès qu'on s'étoit proposé de le ramener par la persuasion ; il semble même qu'elle devoit cesser entièrement, au moment oïl Fénelon étoit devenu le collègue de Bossuet, dans sa double qualité d'évêque et de juge. Cependant, lorsqu'il fut question de prononcer définitivement, il se contenta d'envoyer à Fénelon un projet

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