‹ Histoire de Fénelon, archevêque de CambraiChapitre 73 sur 101 · LIVRE D£UXli:M · texte numérisé non relu

LIVRE D£UXli:M

de trente articles, comme il l'envoya à Tévêque de Chàlons et à M. Tronson (i). Quant aux deux derniers, rien n'étoit plus simple, ni plus régulier, puisque ces trente articles n'étoient que le résultat des conférences qu'ils avoient déjà eues ensemble ; mais il n'en étoit pas de même de Fénelon, puisqu'il n'avoit pas été admis à ces conférences. Le nouveau caractère dont Fénelon alloit être revêtu , et la qualité de commissaire qui l'autorisoit à signer lui-même comme juge, changeoit nécessairement sa position.

Il II seroit donc bien injuste de représenter comme une variation dans sa conduite et ses dispositions, la répugnance qu'il témoigna à souscrire sans aucune modification aux articles pA^posés par Bos* suet. Il On conçoit assez qu'il étoit bien différent pour Fënelon , simjple prêtre , de se soumettre à la décision de ses supérieurs dans l'ordre ecclésiastique, ou de souscrire lui-même, comme juge, à des règles de croyance qu'il regardoit comme insuffisantes. On voit par deux lettres de Fénelon à Bossuet , des 6 et

(i) Ce projet^ dont nous avons sous les yeux une copie authentique > ne renferme pas tous les articles qui furent depuis arrêtés par les commissaires. On n'y trouve pas les art. la, i3, 33 et 34. Il fut encore modifié sur quelques autres points. Voyez le n. II des Pièces Justificatives de ce livre. — Voyez aussi XHisU iitt. de Féneion, p, 35. (Éoit.)

SgS HlSTOltlB 0K FillELOir.

8 mars lôgS (i), qu'il lui soumet à lui-même cette observation avec autant de candeur que de fermeté, au sujet du vingt-septième article (îa). fiossuet y supposoit 5 que les auteurs mystiques n avaient jamais parlé de certains états où les âmes se troment quelquefois, Fénelon lui rapporte un passage formel de saint François de Sales sur ces sortes d'états^ à et le supplie humblement de considérer, «qu'il tiô pou voit, dans sa situation présente^ « souscrire par persuasion à cette assertion* d Bos^ suet parut sentir lui-même la justesse de cette réflexion , et changea la rédaction de cet article.

H Mais ce changement ne sufBsoit pas pour satisfaire Fénelon sur une doctrine qui lui étoit chère. Après avoir examiné attentivement les trente articles, il témoigna le désir d'y voir expliquer nette^ ment deux points dont on convei^oit au fond, savoir: V amour désintéressé et V oraison passive. Il II déclara en même temps, que, si les commissaires ne croyoiedt pas pouvoir se rendre à ses observations, « il signeroit les trente articles par déférence^ con^ « tre sa persuasion; mais que si on vouloit y

(i) Corresp» de Fénelon, t. VII, fl. ïBo, etc.

(2) Ce 17* àrticfe c^tt projet {trèséoté par Bossuet, est le 29® de la rédacticm qui fut acfoptée. On peut voir dans le n. II des Pièces Jtistificatiites de ce livre, la difïëreoce des deiis rédactions. (Énif.)

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« ajouter certaines choses^ il étoit prêta les signer « de son sang{\), »

On a voulu dans la suite tourner contre Fënelon TofFre qu'il avoit faite, de sîgner/)ar déférence con^ ire sa persuasion (a) ; mais il paroit qu'il a expliqué ces eitpressions, d'une manière à ne rien laisser à désirer. <c S'il eût cru ces articles faux, il auroit (( mieux aimé mourir que de les signer ; mais il les « croyoit très-véritables; il les trou voit seulement inff suffisants pour lever certaines équivoques, et pour a finir toutes les questions (3). m II demanda donc qu'on établit plus clairement V amour désintéressé ^ et qu'on n'autorisât point Y oraison passi^^e^ sans la définir. Au bout de deux jours, on lui communiqua l'addition de quatre articles, qu'on intercala parmi les trente déjà proposés ; et il déclara que, dès ce moment, il étoit prêt à les signer de son sang. Ainsi les quatre commissaires , entièrement réunis de sentiments sur les principes et sur les exprès*sions, signèrent à Issy les trente-quatre articles, le lo mars lôgS (4).

\ La plus grande partie de ces articles étoit di- Trente-quatre

articles arrêtés (i) Mém, à tévêqae de Châlons. (Œuvres de Fénelon^ àlssy;

t. IV, p. 7 et 8.) — Rép. à la Relation, ch. 3 , Q. 44 > etc.

(T. VI , p. 433 , etc.) (a) Relation sur le quiétisme , sect. 3°, n. la. (Œuvres de

Bossuet, t. XXIX, p. 558.)

(3) Réponse à la Relation sur le quiétisme ; ubi supra.

(4) Voyez les Pièces Justificatives du livre second, n. II.

4oO HISTOIRE DE FÉlfELON.

Ja doctrine de rigée coDtre Ics epreurs de la nouvelle spiritualité,

]*aiDoar désinté- .. / i i ^ ^ \ -r

. , que nous avons exposées plus haut(i). Les comdans ces articles, missaires opposoient à ces erreurs l'enseignement "* ^ ^^' universel de l'Église et des théologiens, sur la nécessité de certains actes explicites, distingués de la charité ; sur la nature et l'objet de la contemplation, sur l'obligation imposée à tout chrétien , et dans tous les états de la vie intérieure, de désirer et demander son salut, de coopérer aux inspirations de la grâce, et de résister positivement aux tentations. Tel étoit aussi l'objet des trente articles^ présentés d'abord par Bossuet ; mais il est à remarquer que les articles ajoutés à ce projet, sur les représentations de Fénelou, avoient manifestement pour but d'autoriser la doctrine de \anwur désintéressé^ communément admise par les théologiens, et pour laquelle Bossuet avoit témoigné d'abord tant de répugnance. Le treizième article enseignoit « que, (c dans la vie et l'oraison la plus parfaite, tous les <( actes des vertus chrétiennes sont unis dans la seule a charité, en tant qu'elle anime ces vertus, et qu'elle a en commande l'exercice. » Ces paroles, comme depuis Fénel on le fit observer (a), sembloient dire assez clairement, que, dans l'état de la perfection, les actes de toutes les vertus, même ceux d'espérance,

(i) Ci-dessus, p. 3a5, etc.

(a) Voyez, à ce sujet, XEisU littér. de Féneion, II* partie, n. 8, 107, etc.

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