LIVRE DEUXIÈME
sont produits par le commandement et par le motif de l'amour de Dieu pour lui-même : autrement, on eût renversé la notion de la charité communément reçue dans l'École, et on n'eût rien attribué aux plus parfaits, qui ne puisse également se trouver dans tous les justes en état de grâce. Le trentetroisième article sembloit autoriser encore plus expressément l'amour désintéressé. Les prélats y enseignoient, « qu'on peut inspirer aux âmes peinées <c et vraiment humnles, une soumission et consen- <€ tement à la volonté de Dieu , quand même, par « une très-fausse supposition , au lieu des biens « éternels qu'il a promis aux âmes justes, il les tien- « droit, par son bon plaisir, dans les tourments <K éternels, sans néanmoins qu'elles soient privées <c de sa grâce et de son amour; qui est un acte ce d'abandon parfait et d'un amour pur, pratiqué « par des saints, et qui le peut être utilement , avec «c une grâce très-particulière de Dieu, par les âmes « vraiment parfaites. »
TBossuetavoit témoigné d'abord beaucoup de répugnance à admettre ce dernier article, qui lui sembloit difficile à concilier avec son opinion particulière sur la nature de la charité. Mais il ne put résister aux témoignages et aux exemples d'un grand nombre de saints, qui avoient formellement autorisé, ou pratiqué eux-mêmes, de pareils actes T. I. a6
4oa HISTOIRE DE VÈHULOU.
de résignation (i). L'examen plus approfondi qu'il fit de la tradition, sur cette matière , après la <x>nclusion des conférences d'Issy^ le convainquit de plus en plus de la vérité de ce trente-troisième article, comme on peut le voir dans son Instruction sur les états doraison , dont il emploie une grande partie à «c établir le fait constant, qu'on ne peut « rejeter ces résignations et soumissions fondées « sur des suppositions impossibles, sans condamner « en même temps ce qu'il y a de plu« grand et de
« plus saint dans l'Église (a) Plusieurs savants
« hommes, dit-il un peu plus haut , qui voient ces «c suppositions impossibles, si fréquentes parmi les ce saints du dernier âge, sont portés à les mépriser, «( ou à les blâmer comme de pieuses extravagances, oc en tout cas, comme de foibles dévotions, où les «( modernes ont dégénéré de la gravité des premiers ce siècles ; mais la vérité ne permet pas de consen- « tir à leurs discours (3). » Ailleurs il parle du sacrifice conditionnel du salut ^ comme d'un acte hé* roîque, dont ce la pratique ne peut être sérieuse et
(x) Lettres de Bossuet à Vévéque de Mirepoix, des a4 et 39 mai ^ et du 3 juin iG^S. [Œuvres de Bossuet, t. XL, p. 127, etc.) — Questions à M. de Noailles, [Œuvres de Fénelon y t. IV, p. 106.)
(9) Instruct. sur les étals etoraison, liv. IX, n. 4. [Œu»res de Bossuei, t. XXYII » p. 357.)
(3) Ihidn D. 3 , p. 349.