LIVRE DEUXIÈME
qu'il devoit cette espèce d'égard à l'estime et à l'amitié qu'il avoit accordées et qu'il continuoit à accorder à madame Guyon. Bossuet fît paroi tre son ordonnance le i6 avril lôgS. Il y condamnoit La Guide spirituelle de Molinos, la Pratique facile de Malai^aly X Analyse de V oraison mentale du P. Lacombcj et trois autres ouvrages imprimés de madame Guyon, son Mojren courte son ExpUca* tion du Cantique des Cantiques y et la Règle des associés à V Enfance de Jésus, g Tous ces ouvrages, à l'exception peut-être de V Explication du Cantique des Cantiques^ étoient déjà condamnés par divers décrets du saint-siége (i). En renouvelant cette condamnation, Bbssuet eut l'attention de ne pas nommer madame Guyon, par égard pour sa personne, et pour les bonnes dispositions qu'elle témoignoit. On remarque les mêmes ménagements dans Vordonnance de l'évéque de Châlons, du 25 avril iGgS , et dans celle de Tévêque de Chartres, du a i novembre suivant (îi).|| Ce qu'il y
(i) £a Guide spirituelle de Molinos avoit été condamnée par la bulle dlnnocent XI, du ao novembre 1687. Les autres ouvrages furent condamnés en 1688 et 1689, par le tribunal de llnquisition. (Voyex Y Index librontm prohibitorum.) (Ëdit.)
(2) Les détails que nous donnons ici sur V Ordonnance de tévéque de Chartres , se trouvent placés un peu plus bas, dans les éditions précédentes. Ils nous ont paru mieux pla-
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avoit de particulier dans cette dernière, c'est qu'on y rapportoit un grand nombre de propositions extraites des ouvrages de madame Guyon, principalement du traite des Torrents^ qui n'étoit encore que manuscrit. En lisant ces propositions, on ne peut que s'ëtonner du délire de l'imagination humaine, lorsqu'elle veut s'écarter de cette sage réserve que la raison seule prescrit. La plupart de ces propositions sont inintelligibles, si elles n'ont point le sens déterminé par l'acception commune des mots; et elles conduisent à des conséquences révoltantes, si on les prend dans le sens qu'elles offrent naturellement à l'esprit des lecteurs. L'ordonnance de l'évêque de Chartres, quoique très-opposée à la doc* trine de madame Guyon, étoit si exacte et si solide, si pleine d'égards et de ménagements pour la personne des auteurs condamnés, que fénelon lui-m£ine, au rapport de M. Tronson, a la trou voit très-bien 45 a composée, et en approuvoit fort le style (i). »
Déclarations de ^La vciUc même du jour où Bossuet publia son
madame Guy on; , ., . ^ . , ^ , ^
elle obtient de Ordonnance , il avoit tait signer a madame Guyon
Bossuet un certi-
ficat honorable.
cé% en cet endroit, pour conserver l'ordre naturel des évé* nements. (Édit.)
(i) Corresp.de Fénehn, t. YII, p. ax4y note i^. liest cependant à remarquer, que madame Guyon désavoua formellement plusieurs passages du livre des Torrents, comme altérés et travestis par des personnes malintentionnées. {Cor" resp.de Fénelon^ t* YII^ p* 189 et ft07.) (Édit.)