LIVRE BSUXliMf
\ Non contente de ces déclarations faites de vive voix , madame Guyon , à la suite d'une conversation dans laquelle Bossuet l'avoit fortement pressée sur ce point, fit venir un notaire, qu'elle chargea de rédiger un acte de protestation, contre la vio* lence dont on usoit à son égard , et contre toutes les signatures qu'on pourroit exiger d'elle, par des instances capables de gêner sa liberté. Elle adressa cet acte cacheté à un de ses amis, pour être déposé chez un notaire de Paris, et pour servir, en cas de
pactes à Bossuet. Il y a tout lieu de croire que ses soupçons étoient occasionnés par les bruits fâcheux qui circuloient dans le monde, sur le compte de madame Guyon. (Corresjj, de Bossuet, t. XL, p. ii5-ia5.) Les soupçons de ce prélat pouvoient aussi être foifUés sur les procédures qui se poursui voient toujours à Tarbes contre le P. Lacombe, et dans lesquelles madame Gnyon paroissoit grièvement compromise. Les pièces de cette procédure sont aujourd'hui perdues; mais le cardinal de Bausset, qui les avoit vues, nous a formellement déclaré qu'elles ne fournissoient aucune preuve solide contre madame Guyon , ni contre le P. Lacombe. Au reste, quels qu'aient pu être les motifs de la conduite de Bossuet envers madame Guyon, dans la circonstance dont il s'agit, on conçoit combien elle dut en être blessée, et combien il devoit lui tarder de quitter Meaux, après avoir obtenu de Bossuet les témoignages favorables dont nous allons parler. Le cardinal de Bausset ignoroit certainement ces détails, lorsqu'il reprochoit à madame Guyon son empressement à quitter Meaux , où Bossuet n*a^ poit eu pour elle que les procédés les plus honnêtes, (3* édit.
t. I*%p. 330.) (ÉDIT.)
4lO* HISTOIRE DE F^NELON.
besoin , à sa défense. Bossuet , qui n'avoit aucune connoissance de cet acte, n'en persista pas moins h soupçonner la droiture et la sincérité de madame Guyon, et revint plusieurs fois à la charge , pour obtenir l'aveu qu'il croyoit nécessaire, mais toujours avec aussi peu de succès. Enfin ^ désespérant d'éclaircir davantage cette affaire, et craignant peut-être de pousser trop loin la rigueur; frappé d'ailleurs des témoignages que rendoient à madame Guyon la supérieure et les religieuses de la Visitation, qui se réunissoient pour vanter sa piété, sa douceur et sa résignation , il ne crut pas devoir hésiter h lui accorder le certificat le plus avantageux , sur' sa conduite, ses intentions et ses dispositions, ce Nous, «r évêque de Meaux, dit-il dafis cet acte (i), certi- (c fions à qui il appartiendra, qu'au moyen des dé' ce clarations et soumissions de madame Guyon^ que a nous avons par devers nous, souscrites de sa main, a et des défenses par elle acceptées avec soumission, (c d'écrire, enseigner, dogmatiser dans l'Église, ou (c de répandre ses livres imprimés ou manuscrits, a ou de conduire les âmes dans les voies de l'orai- « son ou autrement : ensemble des bons témoignait ges qu'on nous a rendus, depuis six mois qu'elle
(x) Le certificat de Bossuet i avec les déclarations de madame Guyon^ et les autres pièces qui s'y rapportent, se trou«* vent dans la Corresp, de Fenelon, t. VII , p. i6o, 188, etc. ; et dans les OEuvres de Bossuet ^ t. XL, p. 1 15, i43, etc. (Édit.)