‹ Histoire de Fénelon, archevêque de CambraiChapitre 80 sur 101 · LIVRE DEUXIJÈMC · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIJÈMC

veaux incidents ne tardèrent pas à lui attirer de nouvelles épreuves, beaucoup plus longues et plus rigoureuses que les premières (i). Nous ne connoissons pas assez toutes les circonstances de ce nouvel orage, pour en bien pénétrer les causes ; et peut-être n'en faut-il pas chercher d'autres, qu'un malheureux concours de circonstances, qui, sans fournir aucune preuve décisive contre la doctrine ou les mœurs de madame Guyon, renouveloient , dans l'esprit de Bossuet, tous les soupçons dont elle avoit déjà été l'objet (2). Ce qu'il y a de certain, c'est que son départ précipité de Meaux, joint aux bruits désavantageux qu'on répandoit toujours sur son compte, et à ses nouveaux rapports avec quelques personnes que la pinidence devoit lui faire éviter, dans les conjonctures difficiles où elle se trouvoit , affectèrent vivement Bossuet , qui ne put s'empêcher de manifester hautement ses inquiétudes et son mécontentement,

pas à renouveler les inquiétudes et les mécontentements réciproques de cette dame et de Tévêque de Meaux, comme on va le voir. (Édit.)

(i) Le cardinal de Bausset, faute d'avoir observé l'ordre des dates, dans quelques-uns des faits qu'il rapporte en cet eudroit , ne les présente pas avec assez d'exactitude. C'est ce qui qaus oblige à modifier un peu ce passage , d'après les pièces authentiques que nous citons en note, (Édit.)

(2) Voyez ci-dessus, p. 4o8, note i.

4t8 HISTOIRE D£ FBJIELOrr.

1 Conformément à la permission qu'elle avoit obtenue du prélat, madame Guyon avoit quitté M eaux le 7 juillet 1695 (1). La duchesse de Mortemart^ accompagnée de madame de Morstein , sa fille, vint la chercher en carrosse, pour la conduire à Paris, d'où elle devoit se rendre secrètement p Bourbon. Mais la crainte de nouvelles perquisitions Tempêcha d'exécuter ce dernier projet, et lui fit prendre le parti de rester quelque temps cachée à Paris, dans une petite maison du faubourg Saint-Germain.

1 Bossuet ne fut pas plutôt instruit des circonstances de son départ, qu'il s'en plaignit, comme d'une contravention à tous les engagements qu'elle avoit pris avec lui. I^ lettre quelle lui écrivit, à cette occasion, nous fait connoître tout à la fois les plaintes de Tévêque de Meaux, et la manière dont madame Guyon croyoit pouvoir se justifier, a J'ai a satisfait durant six mois, lui dit-elle (2), à la pa-

(i) Le cardinal de Bausset donne ici la date du 9 juillet, au lieu du 7. La première de ces dates est clairement établie par la Lettre des religieuses de la Fisitation à madame Cuyon , du 9 juillet. Cette lettre est une réponse à celle qu'elles avoient déjà reçue de madame Guyon, depuis son départ, qui devoit par conséquent avoir eu lieu un ou deux jours plus tôt. (Voyez la Corresp. deFéneloriy t. VII, p. i88.)(Édit.)

(a) Lettre de madame Guyon à Bossuet ^ juillet 1695. {Œut>res de Bossuet y t. XL, p. i36.) On peut voir, à l'appui de cette lettre, celle de madame Guyon à M.i'*^'^*, du 27 novembre suivant ; et ccdle de M. Tronson au général des

LIVBE DBUXIÈMB. ^IQ

«( rôle que j'avois donnée, de me mettre quelque ce temps entre vos mains, afin qu'on pût juger de ma « conduite; et je ne suis sortie ensuite de Saintece Marie de Meaux , que sur ce que vous me fîtes - « l'honneur de me dire, que je pouvois me retirer. « Vous me demandâtes seulement que je fisse peu a de séjour à Paris, et qu'ensuite j'allasse à Boura bon, le plus secrètement que je pourrois ; et vous a ne me donnâtes, Monseigneur, pour raison de « cette demande, que celle de monseigneur Tar- <c chevéque de Paris, qui pourroit me faire de la « peine à cause de vous. J'ai exécuté exactement <( ces choses ; je n'ai vu qu'un moment, en passant, ce ma famille à Paris. Je me suis retirée à la carnet pagne (i), afin d'aller à Bourbon avec le plus de « secret que je pourrois. J'ai même caché à tout le a monde le lieu où je me retire, afin de n'avoir « commerce avec personne ; et cependant aujour-

Chartreux, du 5 décembre. (Corresp. de Fénelon, t. VU, p. 206 et 21 4*) — Voyez aussi la Relation sur le quiétismcj 3« sect. , n. 18. [Œuvres de Bossuety t. XXIX.) (Édit.)

(i) Le cardinal de Bausset accusoit ici madame Guyon d'avoir cherché à tromper Bossuet sur le tieu de sa retraite y en se disant retirée à la campagne, (3* édit, 1 1, p. 3 3 a.) Il semble cependant que madame Guyon, retirée dans un faubourg de Paris qui touchoit de si près à la campagne, et qui alors surtout ressembloit beaucoup plus à la campagne qu*à la ville, pouvoit, sans blesser la vérité , se dire retirée à la campagne, (Édit.)

4aO HISTOIRE DE F^NELON.

<K d'hui j'apprends d'une fille , que j'avois laissée à ce Paris pour quelques commissions, que vous pu- « bliez y Monseigneur, que je me cache ; que vous et voulez me poursuivre avec rigueur ; et que vous <c avez pris criminellement , et tourne de même à la ce cour, le voyage de deux dames qui me sont ve- « nues quérir à Meaux. La révérende mère supé- « rieure vous a pu dire, sur ce voyage, que ces ce dames ayant appris que j'avois demandé une voice ture pour me ramener, et sachant que madame « de Yaux étoit à Vaux , et madame de Charost à « Forges, non -seulement elles voulurent, à leur « défaut, m'envoyer un carrosse, mais venir elles- <c mêmes; comptant tout ce qui me regarde fini, ce après le certificat et la permission de sortir que a vous m'aviez donnée. Comment pouvois-je, Mott- <c seigneur, les refuser dans cette conjoncture, où « je ne devois être que cinq heures avec elles, et « me retirer ensuite ?

a En vérité, Monseigneur, permettez-moi de vous a le dire avec respect, et en vous demandant parce don de ma liberté; il me semble qu'avant de faire « aucun bruit, vous pouviez avoir la bonté d'exa- « miner la conduite que je tiendrois à Bourbon , et « au retour des eaux; si je verrois en effet ces dames, (c ou si je me retirerois dans mon ancienne solitude.

« Vous savez. Monseigneur, quelle a été ma « bonne foi ; et que je vous demandai , après que

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