‹ Histoire de Fénelon, archevêque de CambraiChapitre 81 sur 101 · livre: deuxième. 4^i · texte numérisé non relu

livre: deuxième. 4^i

« vous m'eûtes permis de me retirer, si vous agréiez « que je retournasse passer l'hiver à Sainte-Marie, « en cas que l'envie m'en prît; sur quoi vous me « fîtes la grâce de me répondre, que je vous ferois « plaisir. Je l'eusse fait sans doute , et je le ferois « encore, si la calomnie, que vous m'avez dit sou- «f vent que vous n'écoutiez pas, et dont vous avez « tant de preuves, ne * paroissoit pas faire néance moins beaucoup d'impression sur votre esprit, « Vous ne pouvez ignorer ma franchise, ma sou- <c mission, mes sentiments, qui ont toujours été et oc sont encore véritablement conformes à la foi ca- « tholique, et aux trente-quatre articles de votre « lettre pastomle; mon attachement pour l'Église a d'une manière particulière ; mon désir sincère c< de vivre retirée, et sans me mêler de ce qui ne ce me regarde pas. Vous le savez. Monseigneur; ce je vous l'ai assez dit, et ne vous ai jamais parlé ce autrement; je l'ai même signé entre vos mains; ce et, si je l'ose dire, vous en devez témoignage à la c< vérité, quand il en sera question. Combien de « fois me l'avez-vous promis. Monseigneur? La « bonne foi et la confiance avec laquelle je me « suis livrée à vous, ne me le doivent-elles pas « faire attendre de votre droiture ? »

1 Quelque plausibles que puissent aujourd'hui paroître ces explications de madame Guyon , Bossuet ne s'en montra nullement satisfait ; et son mécon-

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tentement fut encore augmenté^ bientôt après^ par le bruit que faisoient courir les amis de madame Guyon, qu'il lui avoit délivré une attestation où il la déchargeoit de toutes choses ^ et pour la doctrine et pour les mœurs (^i). Rien n'étoit plus mal fondé que ce bruit ; car il est certain que Bossuet n'avoit jamais prétendu approui^er la doctrine de madame Gu/'on, exposée dans ses écrits^ mais seulement excuser ses sentiments personnels j d'après les explications qu'elle lui avoit données de vive voix. Sur l'article des mœurs, il avoit déclaré ce qu'elle avoit toujours détesté, en sa présence, les (c abominations de Molinos, dans lesquelles il ne lui « avoit point paru qu'elle fût impliquée (2) ; » mais il paroît qu'en faisant cette déclaration, il n'étoit pas entièrement convaincu de l'innocence de madame Guyon ; il croyoit seulement qu'il n'y avoit pas de preuves suffisantes contre elle : « Je l'ai très-* « bien connue, écrivoit-il à M. Tronson, le 3o sep- « tembre iGgS; mais autre cbose est de connoître , a autre chose de convaincre par des actes (3). » Quoi qu'il en soit des dispositions de Bossuet à

(i) Lettre de Bossuet à M, Tronson^ du 3o sept. 1695. [Œuvres de Bossuet , L XL, p. i4o.)

(a) Certificat donné à madame Guyon par tévéque de Meaux^ le i*^ juillet 1695. (Ci-dessus, p. 4io-)

(3) Lettre de Bossuet à M, Tronson^ du 3o sept. iGgS. [OEuures de Bossuet f t« XL, p. i4l*)

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regard de madame Guyon, il est certain que des personnes vertueuses et éclairées, entre autres, madame de Maintenon et M. Tronson lui-même, se crurent obligées de marquer au prélat leur étonnement, de ce qu'il avoit accordé si facilement un acte, dont on cherchoit à abuser, en l'isolant des actes accessoires qui en faisoient partie (i). Il paroît que Bossuet eut alors l'intention de retirer son certificat des mains de madame Guyon; mais elle ne voulut jamais le lui rendre (a).

Il Ce qu'il y eut ici de plus affligeant, c'est que le mécontentement de Bossuet contre madame Guyon, ne tarda pas à retomber sur Fénelon, qui lui conservoit toujours une estime particulière, dans la persuasion où il étoit de la droiture de ses intentions et de ses sentiments, jj Aussi n'aperçoit-on plus depuis cette époque, entre Bossuet et Fénelon , cette correspondance habituelle et cette confiance intime qui les avoit unis si longtemps.

Avant de rapporter les fâcheux éclats qui résultèrent de ce refroidissement mutuel , nous devons rendre compte d'un changement assez important,

(i) Voyez la lettre déjà citée de Bossuet à M. Tronson , et la réponse de ce dernier. [Œuvres de Bossuet^ t. XL, p. i4o, etc.) — Hist, de Fénelon ^ par le chev. de Kanosay, p. 36.

(a) Lettre de M, Tronson à Bossuet^ octobre 1695. [Œuvres de Bossuet y t. XL, p. i4a«) — Relation manuscrite de M. Dupujr ^ p. 35, etc.

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qui eut lieu, vers ce temps, dans l'Église de France,

et dont les suites ont laissé des traces bien plus

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