‹ Histoire de Fénelon, archevêque de CambraiChapitre 83 sur 101 · LIVRE DEUXIÈME. ^IkS · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME. ^IkS

soit vaquer le premier siège de l'Église de France, dans un temps où la piété du Roi et l'esprit du gouvernement attachoient un grand intérêt aux affaires de la religion.

Les amis de Fénelon regrettèrent peut-être alors son élévation si récente à l'archevêché de Cambrai : peut-être se flattèrent-ils qu'on auroit eu la pensée de le nommer à celui de Paris, où il auroit pu remplir, avec tant d'éclat et de succès, leurs vœux pour le bien de la religion et le triomphe de la piété. Mais il nous paroît peu vraisemblable que leurs espérances se fussent réalisées. Louis XIV avoit plus d'estime que de goût pour Fénelon. On a même prétendu que son esprit trop brillant, et ses théories politiques, avoient plutôt éloigné qu'attiré un prince, qu'une imagination calme et un jugement sain et juste portoient à se méfier de tout ce qui ressembloit à l'esprit de système (i). Quoique

On peut voir, à l'appui de ce passage, la Corresp. de Féne^ Ion y t. II, p. 341. — Lettres de madame de Sépigné, t. VI, p. 319, 35i, 39a; t. X, p. lao, lai et 129; édit. Monnierqué, in-8^. (Édit.)

(1) Le cardinal de Bausset, dans cet endroit et dans quelques autres, paroît faire- allusion à une anecdote {issez piquante, dont Tauthenticité ne lui a pas semblé assez bien établie , pour mériter d*étre admise dans son Histoire. On a prétendu que Louis XIV, à la suite d'une conférence qu'il venoit d'avoir avec Fénelon sur la politique, peu de temps après sa nomination à rarchevéché de Cambrai, avoit dit ,

4a6 HISTOIRE DE EÉHELON.

madame de Maintenon ne fût pas encore entièrement opposée à Fénelon , elle étoit déjà i*efroidie pour lui ; elle étoit rassurée sur le fond de sa doctrine, par son adhésion aux articles d'Issy ; mais elle voyoit avec peine son entraînement et celui de ses amis pour madame Gujon. A mesure que ses anciens sentiments pour Fénelon s'affoiblissoient, elle prenoit un goût plus marqué pour l'évêque de Châ-

d'un ton de mécontentement assez prononcé, qu^il venoitde s^ entretenir avec lepltts bel esprit et le plus chimérique de son royaume, La vérité de cette anecdote n*a d'autre garant que Voltaire, dont le témoignage est loin d'être décisif. (Voltaire, Siècle de Louis XIV ^ chap. 38.) Pour sentir la foiblesse de ce témoignage , il sufûroit de remarquer, qu'il est tiré du même ouvrage où Voltaire ose garantir la certitude d'une autre anecdote, justement regardée comme une imposture , dont le but manifeste est de représenter Fénelon comme un partisan secret de la tolérance philosophique ^ c'est-à-dire de le travestir en hypocrite et en impie. [Siècle de Louis XlVy eh. 23.) Il semble d'ailleurs peu probable que Louis XIV se soit expliqué si ouvertement contre l'archevêque de Cambrai, à l'époque où Voltaire le suppose, c'est-à-dire, deux ans avant la publication du livre des Maximes, et plus de quatre ans avant la publication du Télémaque; par consé^ quent, dans un temps où Fénelon joulssoit de la faveur et des bontés de Louis XIV. Peut-être le propos attribué à ce prince, n'a-t-il d'autre fondement que le témoignage du chancelier d'Aguesseau , qu'on verra un peu plus bas (livre m , n. i8), mais qui n'est pas, à beaucoup prés , aussi défavorable à Fénelon que le propos supposé par Voltaire. (Voyez à ce sujet /^ Cortesporulant, novembre 1846, p. 370.)(ÉmT.)

Ions. Ce goût n'étoit peut-être pas aussi vif que celui qu'elle avoit eu si longtemps pour Fénelon ; mais elle se reposoit avec plus de sécurité, et sans aucun mélange d^inquiétude, sur la douceur, la mo-; destie et la piété de M. de Noailles. Ce prélat réunissoit à toutes les vertus ecclésiastiques le degré d'esprit et d'instruction indispensable dans une grande place. Il ne craignoit pas d'appeler des conseils au secours de ses lumières naturelles ; et cette disposition, qui tenoit à trop de méfiance de luimême, le rendit peut-être, dans la suite^ trop dépendant de l'opinion des autres; mais c'étoit un titre de plus en sa faveur, auprès de madame de Maintenon, qui craignoit également de trop gouverner, et d'être trop gouvernée. « Comme dans le choix des et successeurs, dit le chancelier d'Aguesseau (1)9 on « cherche toujours à éviter l'inconvénient dont on « a été le plus frappé dans la conduite de leurs pré- « décesseurs, le Boi, dont la religion avoit été sou- « vent alarmée^ par le compte qu'on lui avoit rendu « de la conduite personnelle du dernier archevêque « de Paris, voulut se mettre l'esprit en repos par le a choix d'un sujet , dont les mœurs pussent devenir <c le modèle de l'Église gallicane. La bonté dont il « honoroit toute la maison de Noailles^ le goûtper-

(i) D'Aguesseau , Mémoires hist sur les affaires de t Église de France. {Œuvres, t. XIII, p. 163} édition iii-4**.)

4^8 HISTOIRE DE FEKELON.

a sonnel qu'il avoit pour la candeur, la simplicité et a la modestie de Tévêque de Châlons, qui relevoient a en lui l'éclat de ses vertus; enfin des conseils (ceux ce de madame de Maintenon) , auxquels le Roi étoit « dans l'habitude de se prêter aisément, achevèrent a de le déterminer en faveur de ce prélat , dont la <c vertueuse résistance augmenta Testime que Sa « Majesté avoit déjà pour lui. »

M.deNoailief; M. de NoaiUes étoit à Châlons, lorsque M. de eveque « ' Harlav mourut. On connoissoit si bien son désinté-

lons, lui succède. *'

ressèment et sa modestie, que madame de Maintenon fut obligée de s'assurer d'avance de son consentement. Elle lui écrivit le i3 août 1695, sept jours après la mort de M. de Harlay(i) : « Si l'on vous ce offre la place vacante, la refuserez-vous, sans con- « sulter les gens de bien ? En trouverez-vous qui ne «c vous disent pas qu'il faut souffrir les maux déjà a faits, et sans vous, dans la vue de tout changer à <( l'avenir? Y eût-il jamais une cause de translation ce plus forte, que le bien de l'Église et le salut du a Roi ? Est-il permis de préférer le repos au travail, a et de refuser une plac^ que la Providence vous « donne, sans que vous y ayez contribué? Gardezcc moi le secret de ce billet, et sans aucune exception, a que pour madame votre mère. »

(i) Lettre rie madame de Maintenon à M, de NoaiUes, du i3 août 1695. (Recueil de La Beaumelle, t. III, p. i5.)

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