‹ Histoire de Fénelon, archevêque de CambraiChapitre 84 sur 101 · LIVRE DEVXlènfE · texte numérisé non relu

LIVRE DEVXlènfE

M. de Noailles (i) sembla prévoir, dès ce moment , toutes les peines et toutes les contradictions qui l'attendoient dans cette nouvelle carrière : on put à peine arracher de lui un demi-consentement. Madame de Maintenon triompha de ses scrupules et de ses incertitudes; elle lui écrivit encore, le i8 août (ik): a Je comprends en partie la pesanteur et l'impor- <K tance du joug qu'on veut vous imposer; mais il « faut travailler. Vous avez de la jeunesse et de la <K santé; ce n'est pas à moi à vous exhorter à la sa- « crifier à la gloire de Dieu, au bien de l'Église, et (X au salut du Roi. Voyez une lettre d'un de vos ce amis (3), qui sait ce qui se passe; vous nous garce derez le secret à tous. Il faut quelquefois tromper « le Roi pour le servir; et j'espère que Dieu nous « fera la grâce de le tromper encore en pareille incr tention, et de concert avec vous; » et, sans attendre un consentement plus prononcé, madame de Maintenon fît nommer M. de Noailles à l'archevêché de Paris, dès le lendemain 1 9 août 1 695.

Quelques personnes furent surprises, que Louis XIV

( i) M. de Noailles, d'abord évéque'de Gahors, puis de ChâlonSy enfin archevêque de Paris , ne devint cardinal qu*en 1700. Nous continuerons donc à le désigner, jusqu'à cette époque y par le nom de M, de Noailles^ ou pur celui Marche' véque de Paris. (Édit.)

(a) Recueil de La Beaumelle, ubi supra j p. 16.

(3) L'évéque de Chartres.

43o HISTOIRE DE PÉKELON.

n'eût point pkcë Bossuet sur le premier siège de cette Église gallicane, dont il étoit l'oracle et le plus digne interprète. On doit bien croire que cette pensée se présenta à l'esprit du Roi , et de la personne en qui il avoit le plus de conBance. Il paroît même que madame de Maintenon crut devoir consulter là-dessus le cure de Versailles (i); soit qu'elle voulût fixer ses propres irrésolutions, soit qu'elle voulut simplement connoître l'opinion publique, sur les trois hommes du clergé de France, qui jouissoieut de la plus grande réputation. Elle dut être contente de la réponse qu'elle reçut, et qui étoit conforme au vœu de son cœur% a Plusieurs pensent , «( répondit le curé de Versailles , que si M. de Féa nelon n'avoit pas été placé depuis peu (a), le choix a tomberoit sur lui; et on le désire si fort, que l'on a voudroit que cette première grâce du Roi ne fût « que Tavant-goût d'une plus grande. — Mais vous c savez, interrompit madame de Maintenon, ce qui « nous empêche de le proposer. Mais M. de Meaux « et M. de Châlons nous restent ; auquel des deux ce vous arrêt eriez-vous ? — A celui qui refuseroit,

(i) La Beaumelle, Mémoires sur madame de MainienoMy t. Illy liv. X, ch. la. —-François Hébert y alors curé de Versailles y et depuis évéque d'Ageiiy influoit quelquefois sur madame de Maintenon , pour le choix des évéque».

(2) Fénelon venoit de partir pour Cambrai, peu de jours auparavant.

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«( répondit le curé; et certainement M. de Châlons « n'acceptera pas. »

Quelques amis de Bossuet , séduits par ces fausses idées de gloire et d'amour«propre , qui surnagent quelquefois dans les âmes les plus pieuses, auroient désiré qu'on eut proposé l'archevêché de Paris à Bossuet, et qu'il l'eût refusé. «Il y a toute appâte rence, leur répondit Bossuet (i), et pour mieux « dire toute certitude, que Dieu, par miséricorde « autant que par justice, me laissera dans ma place. « Quand vous souhaitez qu'on m'offre et que je re- «c fuse, vous voulez contenter la vanité; il vaut bien « mieux contenter l'humilité... 11 n'y a plus à douter, «r malgré tant de vains discours des hommes , que , « selon tous mes désirs, je ne sois enterré aux pieds « de mes saints prédécesseurs, en travaillant au salut « du troupeau qui m'est confié. »

Il Cependant la conduite de madame Guyon depuis Refroidissement son départ de Meaux , et le mécontentement que *** madame

. * deMaintenoDy

Bossuet en témoignoit hautement, avoient fort in- à l'égard de disposé contre elle madame de Maintenon ; et les «"««Ja^e Guyon suites fâcheuses de cette disposition retômboient nécessairement sur Fénelon. La persuasion où il étoit toujours de la droiture des intentions et des sentiments de madame Guyon, ne lui permettoit ni

(i) Lettres à madame de Lujrnes , religieuse à Jouarre^ i3 et aa aoàt 169S. (Œuvres de Bossuet, t. XXXIX, p. 367 et 370.)

43a HISTOIRE DE FIÊNÊLON.

de la coadamner, ni de l'abandonner entièrement. 1 La délicatesse même de sa conscience Tinvitoit à se montrer le défenseur, ou du moins l'interprète favorable des sentiments d'une femme dont il connoissoit la pieté, et qu'il croyoit douée d'une grâce particulière pour conduire les âmes pieuses dans les voies de la perfection chrétienne.

(Madame de Maintenon voyoit avec peine ces dispositions de l'archevêque de Cambrai, qui ne pouvoient manquer de réveiller, au sujet de sa doctrine et de ses sentiments personnels, les inquiétudes et les soupçons que la signature des articles d'Issy paroissoit avoir dissipés. Il Cependant, lorsque Fénelon avoit pris congé de madame de Maintenon pour aller à Cambrai, peu de jours avant la mort de M. de Harlay, elle avoit paru désirer d'entretenir avec lui une correspondance, sur le ton de leur ancienne amitié. On retrouve en effet, dans une lettre qu'il lui écrivit à cette époque , cette confiance et cette liberté qui laissent croire que leurs sentiments mutuels n'a voient encore éprouvé aucune altération sensible. Cette lettre peint avec une aimable gaieté les mœurs singulières de quelques maisons religieuses de Flandre (i). Telle étoit encore Topinion favorable que madame de Maintenon conservoit de Fénelon, qu'elle crut devoir envoyer cette lettre aux

( i) Lettre de Fénelon à madame de Maintenon^ septemb. 1695. {Corresp. de Fénelon^ t. VII, p. aoo»)

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