LIVRE DEUXIÈME
dames de Saint-Cyr ^ en y ajoutant ces mots : « Ce a n'eàt pas assez de faire des exhortations à nos filles; (c il leur faut donner des exemples de perfection, «c En voici un que foi trvuvé dans un auteur^ qui a ne leur est ni suspect y ni désagréable (i). »
A son retour à Versailles, Fénelon continua à voir madame de Maintenon avec la même liberté, sinon avec la même confiance. Toujours fidèle à son caractère de franchise et de simplicité , il ne se croyoit pas obligé de lui faire un mystère de l'estime et même de la vénération qu'il ne cessoit d'avoir pour madame Guyon. Il ne paroît pas que madame de Maintenon en fût encore aussi blessée qu'elle le parut depuis. Elle écrivit à M. de Noailles (a) : « J'ai vu hier M. de Beauvilliers; je a crois cet homme-là fort droit. Je vis aussi M. l'ar- « chevêque de Cambrai, qui m'assura fort du désir ce qu'il a d'être bien avec vous. Nous parlâmes de « madame Guyon : il ne change point là-dessus; je « crois qu'il souffriroit le martyre , plutôt que de a convenir qu'il a tort. » ^^
Fénelon retourna une seconde fois à Cambrai , Madame Guyon vers le milieu de décembre jôgS ; et ce fut très-peu ^^ ^^^^ ^' de jours après, qu'arriva le fâcheux éclat dont les àvincennes;
elle y subit plusieurs .(i) Corresp^ de Fénelon, ibid^ p. aoi, note a. interrogatoires.
(a) Lettre de madame de Maintenon à M» de Noailles^ du ^^* '^^«
i5 nov. 1695. (Recueil de La BeaumelICy t. m , p. Sa.)
434 HISTOIRE DE F^NELON.
suites furent beaucoup plus malheureuses qu'on ne l'avoît prévu. Bossuet avoit vivement sollicité qu'on s'assurât de la personne de madame Guyon; on étoit depuis longtemps à sa recherche , et on il'avoit pU encore découvrir sa retraite. Elle fut enfin arrêtée dans une petite maison du faubourg Saint-Antoine, vers le 24 décembre iGgS, et conduite à Vinceunes. Madame de Maintenon s'empressa d'en donner avis à M. de Noailles, par le billet suivant : a Le Roi a m'ordonne , Monseigneur, de vous mander que a madame Guyon est arrêtée. Que voulez -vous (( qu'oii fasse de cette femtiie , de ses amis , de ses « papiers ? Le Roi sera encore ici tout le matin ; a écrivez-lui directement (t). »
Peut-être le parti le plus simple et le plus raisonnable eût-il été de la placer dans une maison religieuse de quelque province éloignée, où il auroit été facile de surveiller ses correspondances, en supposant qu'elles offrissent quelque danger ; elle y auroit vécu , et seroit morte presque ignorée. Ses ennemis, ou plutôt les ennemis de ses amis, s'étoient flattés que sa détention leur procureroit des moyens ou des prétextes, pour remonter à des personnages un peu plus importants; mais l'examen le plus sévère ne produisit aucune découverte qui pût justifier la rigueur des traitements qu'elle eut à
(i) Rec. de La Beaumelle, t. Itl, p. 34.