LIVRE DEUXIÈME
essuyer. On voit, par les lettres de madame de Maintenon à M. de Noailles, que si son vœu et celui de ce prélat eussent été suivis , cette malheureuse affaire auroit commencé et fini par les moyens les plus doux et les plus réguliers (i). || Mais Bossuet étoit profondément blessé des procédés de madame Guyon, et toujours inquiet sur le fond de sa doctrine et de ses sentiments (2). Aussitôt qu'il apprit son arrestation , il écrivit à madame de Maintenon, <c qu'il en étoit ravi, et que ce mystère cachoit bien a des maux à l'Église (3). »
H Depuis qu'elle eut été conduite à Yincennes, on mit tout en œuvre pour l'obliger à convenir des erreurs dont on l'accusoit. M. Pirot, docteur de Sorbonne, et M. de la Chétardie, curé de Saint- Sulpice, qui furent successivement chargés de l'examiner, la pressèrent fortement sur ce point ; mais ils ne purent jamais en tirer d'autres réponses, que celles que Bossuet en avoit obtenues à Meaux (4) ; H et comme on lui reprochoit d'avoir continué , depuis son retour à Paris , de* correspondre avec le
(i) Lettres de madame de Maintenon à M. de Noailies, des Bet g janvier 1696. (Recueil cité , p. /jS, etc.) ' (a) Voyez ci-dessus, p. 407, etc. 4i7> etc.
(3) Lettre de madame de Maintenon à M, de Noailles^ du 1 janvier 1696. {Ubi sup. p. 44*)
(4) Relation manuscrite de M, Dupuy^ p. 49~^^* ""* ^^''* resp^ manuscrite de maeUime Gujron; nov. 1696.
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P. Lacombe, elle répondit « quelle avoit conti-
« uuë cette correspondance , parce qu'on ne le lui
« avoit jamais défendu ; et qu'elle regardoit le P.
ce Lacombe comme un saint homme. Pour ce qui
a la concemoit en particulier , elle soutint toujours
« qu'elle n'avoit jamais été dans Terreur; qu'elle
« avoit pu pécher en quelques expressions, n'étant
« pas assez instruite des termes ; mais qu'elle n'avoit
« jamais eu de mauvaise doctrine ; qu'on avoit pu
« condamner ses livres pour les expressions , mais
« que le dogme en étoit sans atteinte; qu'ainsi elle
« n'avoit jamais eu besoin de rétractation; et qu'à
« la faveur d*une simple explication , M. de Meaux
« lui avoit donné une déclaration authentique qu'il
« étoit content d'elle ; que c'étoit une approbation
ff de sa conduite et de sa doctrine (i)^ » -
Il Quelle que pût être la droiture des intentions de madame Guyon, il est aisé de voir que la manière dont elle s'expliquoit , tendoit à justifier, non-seulement sa personne et ses sentiments intérieurs, mais encore /^ dogme ou /a doctrine même de ses livres; ce qui rendoit naturellement sa bonne foi suspecte, aux yeux dç ses examinateurs. H L'archevêque de Paris jugea donc qu'il étoit convenable et nécessaire,
(i) Mémoire manuscrit de M, Pirot^ sur l'origine de t affaire du quiétisme, — Lettre de M» Pirot à madame Guyon, du 9 juin 1696. (OEuvres de Bossuet, t. XL, p. 179, etCt)