LIVRE DEUXIÈME
d'exiger d'elle une retractation plus formelle et plus précise que celle qu'elle avoit signée à Meaux. Elle s'y refusa pendant plusieurs mois , Il dans la crainte de signer, contre sa conscience , un aveu de ses erreurs personnelles ; maïs on verra bientôt que , pour donner à cet égard toutes les satisfactions qu'on pouvoit désirer, elle crut devoir s'en rapporter aveuglément à M. Tronson et à l'archevêque de Paris, sur les termes de la déclaration qu'on pouvoit exiger d'elle, dans les conjonctures présentes || (i). 52,
Ce fut à Cambrai, où Fénelon venoit à peine inquiétudes d'arriver , qu'il apprit que madame Guyon étoit ar- ^ précautions rêtée, et détenue à Vincennes. Ce coup d'autorité pour dis&iper
|. . jj*. »ii»A,j les préventions
ne lui permit pas de douter qu elle n eut des eune- ' ^^ mis puissants, qui s'étoient proposé de faire ce sa doctrine, premier essai de leur force et de leur crédit, pour attaquer avec plus d'avantage ses amis et ses pro* lecteurs. Aussi s'imposa-t-il , dès ce moment, la loi de ne se permettre aucune démarche, qui pût le faire regarder comme partisan d'une doctrine devenue si odieuse. Il II se fit même un devoir de témoigner, en toute occasion^ son adhésion à là censure des ouvrages imprimés de madame Guyon , les seuls qu'il eût jamais lus , et dont quelques endroits , pris dans leur sens naturel , lui paroissoient inexacts et condamnables , malgré les droites intentions de l'au-
(i) Corresp. de Fénelon, août 1696. (t. VII, p. a53, etc.)
438 HISTOIRE DE VÉTXtlsOJX.
teuri (i). Il est vraisemblable, que si l'on n'eût pas dans la suite exigé de sa part des actes au moins indirects, pour le faire expliquer sur la personne et les sentiments particuliers de madame Guyon d'une manière contraire à l'opinion qu'il en avoit, toutes ces malheureuses contestations auroient fini sans éclat, sans contradiction et sans scandale; || mais il ne tarda pas à voir jusqu'à quel point on étoit parvenu à rendre sa doctrine suspecte, aux yeux même de plusieurs personnes bien intentionnées , et surtout à indisposer contre lui madame de Maintenon. Il
^Pour prévenir, autant qu'il étoit en lui, les suites que pouvoient avoir ces fâcheuses préventions, il écrivit à M. Tronson, le 26 février 1696, une longue lettre, dans laquelle il expose sa véritable doctrine sur les voies intérieures, justifie sa conduite à l'égard de madame Guyon, et le prie de calmer, à ce sujet, les inquiétudes de l'évêque de
(i) Corresp. de Fénelon^ année 1696. (T. VII, p. aai, 229, 280, 238, 240 y 242 y 410, et alibi passim.) — Réponse à la Relation y chap. 2. [OEupres de Fénelon , t. VI.) — Histoire de Fénelon y par le chev. de Rannsay, p. 49i- — Avertissement du marquis de Fénelon , à la tetc des OEiwres spirituelles, p. cxv.
Voyez au n. III des Pièces justificatives de ce livre, quelques observations sur la conduite de Fénelon envers madame Guyon y depuis V arrestation de cette dame^ au mois de décembre 1695. (Édit.)
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Chartres. Nous rapporterons ici la plus grande partie de cette lettre ^ qui nous a paru très-propre à donner une juste idée de la position et des embar* ras de Fénelon à cette époque (i). C'est d'ailleurs la première occasion où Ton observe qu'il ait indiqué Bossuet, comme le principal auteur, ou le pre-mier mobile des inculpations qui se répandirent alors contre lui (a).
« Je vous supplie de tout mon cœur, dit Fénea Ion à M. Tronson (3), par toute l'amitié que vous a me témoignez depuis tant d'années, d'examiner « soigneuseinent, et le plus tôt que vous pourrez, les ff cahiers que je vous envoie (4)... Si quelque chose
(i) Cette lettre, rapportée plus bas dans les précédentes éditions de cette Histoire , nous a paru mieux placée en cet endroit , pour faire connoitre Tordre et la suite des événements. (Édit.)
(2) Cest par erreur que le cardinal de Bansset, dans les éditions précédentes de cette Histoire (t. I , p. 363), indiquoit la Lettre de Fénelon à madame de Maintenon, du 7 mars 1696, comme la première où Fénelon s'exprimât ainsi contre Bossuet. Il est vrai seulement, que cette accusation , insinuée en passant dans la lettre à M. Tronson, du 26 février , est beaucoup plus développée dans la lettre à madame de Maiutenon. (Edit.)
(3) Corresp, de Fénelon y t. VII, p. 220, etc.
(/i) Il s'agit en cet endroit d'une Explication des articles dlssy, dont nous parlerons ci-après (liv. III) , et que Fénelon désiroit faire approuver par M. Tronson et par l'archevêque de Paris. (Edit.)
44û HISTOIRE DE FÉlfELOV.
« VOUS pai'ott un peu équivoque, marquez l'enc droit, je l'expliquerai dans les termes les plus c forts et les plus précis ; si vous trouvez que je me « trompe pour le fond des choses, vous n'aurez c qu'à me corriger , et qu'à mettre à l'épreuve ma « docilité. Voilà ce qui regarde la doctrine.
a Pour la personne (de madame Guyon) , on veut a que je la condamne avec ses écrits. Quand l'Église a fera là-dessus un formulaire , je serai le premier a à le signer de mon sang, et à le faire signer. Hors <c de là , je ne puis ni ne dois le &ire. Tai vu de tf près des faits certains, qui m'ont infiniment édifié ; a pourquoi veut-on que je la condamne sur d'autres a faits que je n'ai point vus , qui ne concluent rien tt par eux-mêmes, et sans l'entendre pour savoir ce a qu'elle y répondroit?...
a Pour les écrits (de madame Guyon), je déclare a hautement que je me suis abstenu de les exami- « ner, afin d'être hors de portée d'en parler, ni en a bien ni en mal, à ceux qui voudroient malignement a me faire parler. Je les suppose encore plus per- « nicieux qu'on ne le prétend ; ne sont-ils pas assez K condamnés, par tant d'ordonnances qui n'ont été a contredites de persoane , et auxquelles les amis de « la personne et la personne même se sont soumis <c paisiblement? Que veut-on de plus? Je ne suis « point obligé de censurer tous les mauvais livres, (x et surtout ceux qui sont absolument inconnus