LIVRE DEUXIÈME
« rois encore plus d'espérance de persuader, puis- « qu'il n'y auroit plus d'intérêt pour moi, et qu'on « verroit que la justice et la vérité seules m'obligete roient à foire ce que je ferdîs.
a Je vous supplie que ceci soit pour vous seul , a Monsieur; à la réserve de l'article qui contient <c mes réflexions sur les interrogatoires de M. de la « Reynie, par rapport à ce qu'on veut exiger de « M. de Cambrai ; je vous proteste que c'est la seule <c cbose que je lui ai dit que je voUs manderois, et « que je lui ai caché le reste. Vous me connoissez « très-éloigné , par la miséricorde de Dieu, de vou- « loir vous mentir. Le temps presse de parler à « M. de Chartres; au moins, je crois le voir ainsi, a Faites-moi savoir des nouvelles de votre santé, « par un billet que M. Bourbon (i) m'écrira, s'il lui « plaît. Priez Dieu pour moi, j'en ai en vérité plus ce de besoin que je ne peux vous le dire. J'avois pro- « posé à M. l'évêque de Chartres, que M. de Cam- <c brai s'exprimât bien nettement contre les propocc sitions mauvaises, et qu'il s'expliquât sur les <K douteuses; cela ne lui a pas paru suffisant, et on « le persuade que le bien de l'Église veut une con- « damnation précise des livres de madame Guy on (a).
(i) Directeur au séminaire de Saint-Sulpice, recommandable par sa haute piété , et qui servoit de secrétaire à M. Tronson.
(a) On a vu plus haut (p. 443) que l'évêque de Char-
448 HISTOIRE DE FÉSTELON.
a Madame de Beauvilliers^ qui sait que je vous « écris, me prie de vous faire un compliment de sa « part ; elle vous auroit été voir, si elle n'eût été a très - incommodée depuis trois mois. Au reste, (c comme je l'ai dit à M. de Chartres, on n'a nulle tf inquiétude à avoir sur le chapitre des princes; « aucun d'eux ne sait qu'il y ait au monde une a femme qui s'appelle madame Guyon, ni un livre « intitulé le Moyen court. Si nous avons eu une a conduite de cette réserve envers M. le duc de (c Bourgogne, qui est sensible à la piété, et d'un esec prit très-avancé, dans un temps où rien ne pa- « roissoit à craindre, nous aviserions-nous à présent « de chercher à lui donner des impressions^qui ne a conviendroient pas, quand nous sommes si éloia gnés nous-mêmes d'avoir des sentiments concc damnables, et que d'ailleurs le P. de Valois, son ce confesseur, est aussi sûr qu'il l'est sur le fait du ce quiétisme (i). »
très ne tarda pas à entrer, sur ce point , dans les vues de M. Tronson et du duc de Beauvilliers. (Édit.)
(i) Plusieurs lettres de Fénelon nous apprennent , en effet , que le P. de Valois , dès rorigine de cette affaire , n*avoit rien négligé pour détourner Fénélon d'y prendre part, en soutenant directement ou indirectement la personne et les écrits de madame Guy on. Voyez les Lettres de Fénelon à la marquise de Laval ^ des ao et 25 juillet, et du i^*^ août 1694, (Corresp, de Fénelon, t. II, p, 44-49*) (Édit.)