‹ Histoire de Fénelon, archevêque de CambraiChapitre 94 sur 101 · LIVRE DRUXliME · texte numérisé non relu

LIVRE DRUXliME

« Au reste, quoique je sois très-éloignée de vou- « loir m'excuser, et qu'au contraire, je veuille por- « ter toute la confusion des condamnations qu'on « jugera nécessaires pour assurer la pureté de la foi; fc je dois néanmoins , devant Dieu et devant les ce hommes, ce témoignage à la vérité, que je n'ai ja- « mais prétendu insinuer, par aucune de ces éxpres- « sions, aucune des erreurs qu'elles contiennent ; je « n'ai jamais compris que personne se fût mis ces « mauvais sens dans l'esprit; et si on m'en eût aver- « tie, j'aurois mieux aimé mourir, que de m'exposer « à donner aucun ombrage là-dessus ; et il n'y a au- «c cune explication que je n'eusse donnée, pour prête venir avec une extrême horreur le mauvais effet €1 de ces sens pernicieux.

a Mais enfin , puisque je ne saurois faire que ce ce qui est arrivé ne soit arrivé, je condamne du « moins, avec une soumission sans réserve, mes livres ce avec toutes les expressions mauvaises, dangereuses « et suspectes qu'ils contiennent; et je voudrois ce pouvoir les supprimer entièrement. Je les conte damne, pour satisfaire à ma conscience , et pour « me conformer d'esprit et de cœur à la condamna- (c tion que Monseigneur l'archevêque de Paris , qui <r est mon pasteur, .et Monseigneur de Meaux, en <K ont justement faite. Je voudrois pouvoir signer « de mon sang cette déclaration, pour mieux témoin gner, à la face de toute l'Eglise, ma soumission

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« pour mes supérieurs^ mon attachement inébrana lable à la foi catholique, et mon zèle sincère pour « détruire à jamais, si je le pouvois, toutes les illu- « sions dans lesquelles mes livres pourroient £ûre « tomber les âmes, v

H Après avoir signé cette déclaration, avec toutes les marques de soumission et de sincérité qu'on pouvoit désirer, madame Guyon demanda et obtint d'être placée dans un lieu plus convenable ; Il elle (îit en efiet transférée, au mois d'octobre suivant, à Vaugirard , dans une petite maison, où elle resta presque aussi sévèrement gardée qu'à Y incennes , avec deux femmes destinées à la servir, et qui avoient été arrêtées en même temps qu'elle. On lui interdit toutes visites et toutes correspondances extérieures; et on la remit, pour sa direction spirituelle, entre les mains de M. de la Chétardie, curé de Saint-Sulpice.

Une lettre de madame de Maintenon à M. de Noailles, du a 5 septembre 1696, suppose assez cli^irement que Bossuet voyoit avec peine ce foible adoucissement accordé à madame Guyon (i). a £n (c envoyant à M. de Meaux, il y a deux jours, un a paquet d'une dame de Saint-Louis, je lui mandai « qu'on pensoit à mettre madame Guyon auprès de

(i) Lentes de madame de Maintenon, t. III, p. 64. — Çorresp. de Fénelon, t. Vil ^ p. si85 , note.

LIVBE DSUXliME. 4^9

<c M. le curé de Saint-Sulpice ; nous n*aurûn9 pas «là-dessus son approbation; mais, pour moi, je a crois qu'il est de mon devoir de dégoûter des tf actes violents le plus qu'il m'est possible, m ^^

Quelque désir qu'elle eût d'éviter les mesures de tes écria de

1 j ne • <. * j *«. Féneion suppri-

rigueur, madame de Mamtenon , qui se regardoit ^^ ^ f^ comme la cause involontaire du désordre que les par madame maximes de madame Guyon avoient introduit à * «tenon. Saint-Cyr, faisoit usage de toute son autorité, pour n'y laisser subsister aucune trace de ses écrits ; elle étendit même cette espèce de proscription jusqu'à ceux de Féneion. Le prix extrême que madame de la Maisonfort attachoit à conserver tout ce qui lui venoît de la main d'un directeur respecté, fut l'une des causes qui commencèrent à refroidir madame de Maintenon pour cette jeune religieuse, qui lui avoit fait éprouver un goût et une tendresse qu'elle se plaisôit à avouer aux autres, et à s'avouer à ellemême. Ce fut à cette occasion qu'elle lui écrivit une lettre, où Tesprit et la grâce se mêlent à l'expression de l'intérêt le plus doux et de la raison la plus aimable (i). «c Quant aux écrits de M. de Cambrai, lui

(i) Lettres de madame de Maintenon^ t. Il, p. 176, -«-' Corresp. de Féneion, t. VU, p. aoi ; note^ La date du 6 août 1695 , que La Beaumelle donne à cette lettre, est évidemment fautive; car madame de Maintenon y parle de la condamnation des écrits de madame Gnyon , faite par l'évéque de Chartres au mois de novembre xGgS. Cette lettre est

46o HISTOIRE DB VÉVJSLOTX.

«c écrivoit-elle, pourquoi faut-il que vous les gardiez? ce et croyez-vous soutenir cette singularité ? Vous a savez que nous les avons montrés malgré lui , et a ce que votre imprudence et la mienne ont fait là- « dessus. Il nous a dit , il nous a écrit plusieurs « fois, que ces écrits n'étoient point propres à toute a sorte de personnes, et qu'ils pouvoient même être (K très-dangereux ; qu'il les avoit £aiits pour chaque a particulière à qui il répondoit, et sans aucune « précaution. Vous êtes souvent convenue qu'ils ce ont fait du mal, parce qu'on ne les entendoit « pas , ou qu'on les prenoit par parties, sans exaa miner l'ensemble ; ou qu'on les appliquoit mal, « en les détournant du sens de l'auteur. Je suis a assurée qu'il voudroit de tout son cœur qu'ils ne « fussent pas chez nous. Pourquoi donc, ma fille, « voulez-vous les y retenir? »

Dans plusieurs lettres écrites vers le même temps à madame de la Maisonfort , madame de Maintenon lui reproche de chercher plus à satisfaire son goût et la délicatesse de ses sentiments, en se nourrissant des écrits de Fénelon, que le goût de la véritable piété (i). c( Pourquoi Dieu vous a-t-il donné tant d'es- « prit et de raison ? Croyez-vous que ce soit pour <c discourir, pour lire des choses agréables, pour juger

donc nécessairement postérieure à cette ëpoque. Elle est vraisemblablement du mois d*aoàt 1696. (Édit.) ,(i) Lettres de maeiame de Maintenons ibid» p. 178^ etc.

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