‹ Histoire de Fénelon, archevêque de CambraiChapitre 95 sur 101 · LIVRE PEX7XliM · texte numérisé non relu

LIVRE PEX7XliM

« des ouvrages de prose et de vers, pour comparer « les gens de mërite et les auteurs ? Ces desseins a ne peuvent être de lui. Il vous les a donnés pour <c servir à un grand ouvrage, établi pour sa gloire ( i ). cr Tournez vos idées de ce côté^là, elles sont aussi

«c solides que les autres sont frivoles Il faut que

« votre esprit devienne aussi simple que votre cœur. « Que voudriez- vous apprendre, ma chère fille ? «c Je vous réponds, sur beaucoup d'expérience, « qu'après avoir beaucoup lu, vous verriez que « vous ne sauriez rien. Votre religion doit être tout « votre savoir. ... Il faut vous humilier. Vous avez a un reste d'orgueil, que vous vous déguisez à vous- « même sous le goût de l'esprit : vous n'en devez ce plus avoir; mais vous devez encore moins chercr cher à le satisfaire avec un confesseur. Le plus cp simple est le meilleur pour vous. Vous devez vous « y soumettre comme un enfant. Comment sur^ ce monterez-vous les peines que Dieu vous enverra ic dans le cours de votre vie, si un accent normand « ou picard vous arrête ; ou si vous vous dégoûtez u d'un homme, parce qu'il n'est pas aussi sublime « que Racine?.... Ne nous occupons point de ce « qu'il faudra tôt ou tard abjurer. Vous n'avez en*

(i) On a déjà fait observer (p. 34o et 356), que madame de Maintenon se plaisait à voir, dans madame de la Maisonfort, une des pierres fondamentales de là maison de Saint- Cyr. (ÉoiT.)

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«c core guère vécu, et vous avez pourtant à renona cer à la tendresse de votre cœur et à la délicaa tesse de votre esprit*. •• Je voud rois bien vous me- « ner à Dieu ; je contribuerois à sa gloire. Je ferois « le bonheur d'une personne que j'ai toujours aimée « particulièrement; et je rendrois uq grand service 5g^ a à un institut qui ne m'est pas indifférent. »

Fénelon gn s'efforçant de réprimer l'attachement excessif

condamne les . i i «■■ • /• / • • i

erreurs attri- ?^^ madame de la Maisontort temoignoit pour la

buées à personne et les écrits de Fénelon , madame de Mainmadame Guyoo» '..•.. L» '1 • ' J 1 • 1 J '*. 1 1

en excusant ^^^^ ^^oit bien eloignee de vouloir la détacher abwft intentions, solument de ce prélat. Elle lui avoit été elle-même

trop sincèrement attachée, pour ne pas s'ouvrir à lui sur la peine que lui faisoit éprouver ce qu'elle appeloit son aveuglement pour madame Guyon. Elle prit le parti de lui écrire ; nous n'avons point sa lettre, mais on nous a conservé la réponse de Fénelon. Elle annonce tant de candeur et de bonne foi, elle peint si parfaitement les dispositions de toutes les personnes qui influoient alors sur les affaires du quiétîsme, que nous croyons devoir la rapporter en entier.

« Votre dernière lettre (i), quidevroit m'afïliger « sensiblement. Madame, me remplit de consola- Qc tion ; elle me montre un fonds de bonté, qui est

(i) Lettre de Fénelon à madame de Maintenons 7 mars 1696. {Corresp. de Fénelon^ t. VII, p. 229.)

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et la seule chose dont j'étois en peine. Si j'étois espace ble d'approuver une personne qui enseigne un « nouvel Évangile^ j'aurois horreur de moi-même; il <c faudroit me déposer et me brûler, bien loin de (c me supporter comme vous faites. Mais je puis fort ce innocemment me tromper sur une personne que je cr crois saintej parce que je crois qu'elle n'a jamais « eu intention d'enseigner ou de croire rien de conc( traire à la doctrine de l'Église catholique. Si je « me trompe dans ce fait, mon erreur est très-in- « nocente ; et comme je ne veux jamais ni parler c( ni écrire, pour autoriser ou excuser cette perce sonne, mon erreur est aussi indifférente à l'Église, « qu'innocente pour moi.

ce Je dois savoir les vrais sentiments de madame (K Guyon , mieux que tous ceux qui l'ont examinée a pour la condamner ; car elle m'a parlé avec plus ce de confiance qu'à eux. Je l'ai examinée en toute ce rigueur, et peut-être que je suis allé trop loin a pour la contredire. Je riL ai jamais eu aucun godé « naturel pour elle ni pour ses écrits» Je ri ai ja^ ce mais éprousfé rien d* extraordinaire en elle y qui et ait pu me prévenir en sa faveur. Dans l'état le ce plus libre et le plus naturel , elle m'a expliqué ce toutes ses expériences et tous ses sentiments. Il ce n'est pas question des termes, que je ne défends ff point, et qui importent peu dans une femme, « pourvu que le sens soit catholique. C'est ce qui m'a

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ce toujours paru. Elle est naturellement exagérante, <c et peu précautionnée dans ses expressions. Elle a « même un excès de confiance pour les gens qui la <c questionnent. La preu\>e en est bien claire, puis" « que M. de Meaux vous a redit, comme des im^ « piétés^ les choses qiielle lui a\foit confiées a\>ec & un cœur soumis y et en secret de confession. Je ne <c compte pour rien, ni ses prétendues prophéties, « ni ses prétendues révélations; et je ferois peu de cr cas d'elle, si elle les comptoit pour quelque chose. « Une personne qui est bien à Dieu , peut dire dans •c le moment ce qu'elle a eu au cœur, sans en juger « et sans vouloir que les autres s'y arrêtent. Ce peut « être une impression de Dieu (car ses dons ne sont « point taris); mais ce peut être aussi une imagicc nation sans fondement. La voie où l'on aime Dieu ce uniquement pour lui, en se renonçant pleine- <c ment soi-même, est une voie de pure foi, qui <r n'a aucun rapport avec les miracles et les visions, ce Personne n'est plus précautionné, ni plus sobre « que moi là-dessus.

a Je n'ai jamais lu, ni entendu dire à madame « Guy on, qu'elle fût la pierre angulaire; mais supa posé qu'elle Tait dit ou écrit, je ne suis point <c en peine du sens de ces paroles. Si elle veut dire a qu'elle est Jésus-Christ , elle est folle , elle est (c impie; je la déteste, et je le signerai de mon « sang, i^ elle veut dire seulement qu'elle est

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« comme la pierre du coin, qui lie les autres pierres « de l'édifice, c'est-à-dire qu'elle édifie, et qu'elle <c unit plusieurs personnes eu société qui veulent «c servir Dieu; elle ne dit d'elle, que ce qu'on peut (c dire de tous ceux qui édifient le prochain ; et cela « est vrai de chacun, suivant son degré. Pour Isipe- <c fite Église^ elle ne signifie point, dans le langage <c de saint Paul , d'où cette expression est tirée, une <c Eglise séparée de la catholique ; c'est un membre (c très«-soumis. . . De telles expressions ne portent par (c ellesp-mêmes aucun mauvais sens ; il ne âiut point « juger par elles de la doctrine d'une personne ; <c tout au contraire, il faut juger de ces expressions, ce par le fond de la doctrine de la personne qui s'en (C sert. Je n'ai jamais ouï parler de ce grand et de « ce petit lit ; mais je suis bien assuré qu'elle n'est ce pas assez extravagante et assez impie, pour se ce préférer à la sainte Vierge. Je parierois ma tête, <c que tout cela ne veut rien dire de précis, et que <c M. de Meaiix est inexcusable^ de vous as^oir (K donné comme une doctrine de madame Guyon , « ce qui n^est qui un songCy ou quelque expression ^figurée y ou quelque autre chose d équipaient y a qiielle ne lui ai^oit même confié que sous le se-- « cret de la confession. Quoi qu'il en soit, si elle a se comparoit à la sainte Vierge pour s'égaler à (C elle, je ne trouverois point de termes assez forts (C et assez rigoureux pour abhorrer une si extrava-

466 HISTOIHJE DE FÈJXSLON.

<c gante créature. Il est vrai qu'elle a parlé quelce quefois comme une mère qui a des enfants en oc Jésus*Christ , et qu'elle leur a donné des conseils <c sur les voies de la perfection. Mais il y a une grande « différence entre la présomption d'une femme qui « enseigne indépendamment de l'Église, et une (c femme qui aide les âmes, en leur donnant des a conseils fondés sur ses expériences, et qui le fait a avec soumission aux pasteurs. Toutes les supéa rieures de communauté doivent diriger selon a cette dernière méthode, quand il n'est question ce que de consoler, d'avertir, de reprendre, de met- (c tre les âmes dans de certaines pratiques de perfec- <c tion, ou de retrancher certains soutiens de l'ace mour*propre. La supérieure , pleine de grâce et ce d'expérience, peut le faire très-utilement ; mais a elle doit renvoyer aux ministres de l'Église toutes ce les décisions qui ont rapport à la doctrine. Si ma- « dame Guyon a passé cette règle, elle est inexcusace ble ; si elle l'a passée seulement par zèle indiscret , c elle ne mérite que d'être redressée charitablece ment, et cela ne doit pas empêcher qu'on ne puisse « la croire bonne ; si elle y a manqué avec obstinacc tion et de mauvaise foi, cette conduite est incomce patible avec la piété. Les choses avantageuses a qu'elle a dites d'elle-même, ne doivent pas être «c prises, ce me semble, dans toute la rigueur de la « lettre. Saint Paul dit qu'il accomplit ce qui man*

LIVAE DEUXIÈME. Ifi']

<c quoil à la passion du Fils de Dieu. On voit bien

a que ces paroles seroient des blasphèmes, si on les

fK prenoit en toute rigueur, comme si le sacrifice

« de Jésus-Christ eût été imparfait^ et qu'il fallût

ce que saint Paul lui donnât le degré de perfection

« qui lui manque. Â Dieu ne plaise que je veuille

<c comparer madame Guyon à saint Paul ! mais

c saint Paul est encore plus loin du Fils de. Dieu ,

« que madame Guyon ne l'est de cet apôtre. La

<c plupart de ces expressions pleines de transport ,

« sont insoutenables, si on les prend dans toute la

« rigueur de la lettre. Il faut entendre la personne,

a et ne point se scandaliser de ces sortes d'excès,

a si d'ailleurs la doctrine est innocente, et la per-

« sonne docile. La bienheureuse Angèle de Foligni ,

<c que saint François de Sales admire, sainte Cathe-

ce rine de Sienne et sainte Catherine de Gênes, ont

a dirigé beaucoup de personnes avec cette subor-

<K dination de l'Eglise; et elles ont dit des choses

« prodigieuses, de l'éminence de leur état. Si vous

« ne saviez pas que ce qu'elles disent vient d'être

(K canonise, vous en seriez encore plus scandalisée que

tf de madame Guyon. Saint François d'Assise parle

« de lui-même, dans des termes aussi capables de

et scandaliser. Sainte Thérèse n'a-t-elle pas dirigé,

<c non-seulement ses filles, mais des hommes savants

(c et célèbres, dont le nombre est assez grand ?

468 HISTOIRE DE PéNRLON.

« n'a-t-elle pas même parle assez souvent contre ce les directeurs qui gênent les âmes? L'Eglise ne c( demande-t-elle pas à Dieu y S être nourrie de la « céleste doctrine de cette sainte ? Les femmes ne « doivent point enseigner ni décider avec autorité ; ti mais elles peuvent édifier, conseiller et instruire ce avec dépendance pour les choses déjà autorisées. « Tout, ce qui va plus loin me paroit mauvais, et il « n'est plus question que des faits, sur la discussion a desquels je puis me tromper innocemment et sans « conséquence.

(c Permettez-moi de vous dire, Madame, qu'a-* (c près avoir paru entrer dans notre opinion de Cl l'innocence de cette femme, vous passâtes tout à «coup dans l'opinion contraire. Dès ce moment ce vous vous défiâtes de mon entêtement, vous eûtes « le cœur fermé pour moi ; des gens qui voulurent (c avoir occasion d'entrer en commerce avec vous, « et de se rendre nécessaires, vous firent entendre, (C par des voies détournées, que j'étois dans l'illusion, « et que je deviendrois peut-être un hérésiarque. <c On prépara plusieurs moyens de vous ébranler ; « vous fûtes frappée ; vous passâtes de l'excès de «c simplicité et de confiance, à un excès d'ombrage « et d'effroi. Voilà ce qui a fait tous nos. malheurs ; ce vous n'osâtes suivre votre cœur, ni votre lucc mière. Vous voulûtes (et j'en suis édifié) marcher

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