‹ Histoire de FlorenceChapitre 14 sur 102 · A5. 1375) CONTRE LE SAINT-SIÈGE · texte numérisé non relu

A5. 1375) CONTRE LE SAINT-SIÈGE

donc exlrême, et Tardent désir d'une rupture gagnait les plus timorés ^

Parmi tant de griefs réels, c'est un grief imaginaire qui provoqua l'explosion. En 1375, résidait à Bologne le légat Guillaume de Noellet, cardinal de Saint-Ange, homme savant, timide et pacifique, loin d'être expert aux choses de la guerre comme le belliqueux abbé de Ifontmayeur*. Depuis quelques mois, une grave disette sévissait en Italie. Les Florentins, qui tiraient, chaque année, une partie de leurs grains du Bolonais et de la Romagne, n'en obtenaient rien cette fois. Ils dépensaient soixante mille florins à se pourvoir en Flandre, en Bourgogne, en Espagne, et, dure extrémité pour une ville chrétienne, chez les Turcs, aux iles des Sarrasins \ Dans leur colère, ils accusaient le légat \ que disculpait une longue lettre du pape', et tout porte à croire ces

* « Per certo i Fior. voleano del tuUo rompere. ¥> (Cron, di Bologna^ R. I. S., XVra, 498.)

* « Vir antea vit» quietis et pacis amator. (Bonincontri , R. I. S., XXI, 35.) Bonus homo et eruditus et doctus, licet pusillanimis et non expertus in rébus bellicis. » (Sozomène, R. I. S., XVI, 1093.) Cf. Boninsegni, p. 55S.

s March.deCoppo, IX, 746.

* La seigneorie accuse formellement le légat (septembre 1375, lettre à Charles de Durazzo. Arch. stor,, 3* ser., t. VI, part. 1, p. 234, doc. 49.) Propos d*ennemis. Boninsegni (p. 559) et Ammirato (XIII, 693) de même, nais ce dernier ne sait pas si Noellet agissait de son chef ou par ordre du pape. Le P. Gapecelalro (Storta di S, Caterina da Siena, Fior. 1863, 1. 1, p. 139, note 1), pour justifier le pape aux dépens du légal, tronque le texte d*Ammirato.

* c Non forte parram habuit causam denegandi, vidons tem's nostris et prefite Ecclesie regimini suo commissis posse ex hoc non modicum péricohun imminere.... Novissime per asserlionem nobis factam etiam cum uramento perdilectos filios.... arobassiatores provincie nostre patrimonii beati Pétri in Tuscia, qui affirma^eiimt quod in terris dicti patrimonii erat non minor indigentia et penuria bladi et grani quam sit incivitate vestra...» (29 janfier 1375. Lettre publiée par Theiner, Cod, dipL Dominii Umpo^ ra/isS. 5e(/w, t. U, p.561.)

102 ACCUSATIONS DES FLORENTINS (in. 1375)

protestations véritables. La Romagnc, en effet, souffrait elle-même ; ses ressources ne lui suffisaient point. Quelle apparence qu'avec son humeur et ses embarras Noellet en cherchât de nouveaux*! L'Église était si loin de souhaiter une rupture, que, réduite, par le refus de concours des Florentins, à une trêve avec Bernabô, elle les invitait à y participer, par l'envoi de leurs ambassadeurs'. Mais que peuvent le raisonnement, la raison, l'évidence même, sur des esprits prévenus, sur des cœurs aigris! Justement, à cette heure de misère et de crise (15 juin), Ilawkwood rôdait autour du territoire florentin, avec ses brigands anglais', avec sa « compagnie sainte d comme il l'appelait depuis qu'elle avait seni l'Église*. Rendu libre par la trêve, il allait tout naturellement se jeter sur la riche Toscane : on accusa Noellet de l'y pousser *. En vain cet honnête légat en avisait

' Ce point a été mis en lumière par M. Âl. Gherardi, la Guerra dei Ftorenlini con papa Gregorio XI, mémoire dans VArch, stor,^ 3' ser., l. V, pari. 2, p. 42-44. Voy. une leUre du pape (16 juin 1375, ibid,^ t. VI, part. 1, p. 209, -doc. 4) se défendant contre les sou|>çons des Florentins.

* Le 4 juin 1375. Voy. Tinslrumcnt dans Dumont, Corps dipl., t. lil. Le P. Theiner (loc. cit.) a publié les pouvoirs envoyés au cardinal pour cet objet. Cf. Ann. eccL, 1374, § 15, t. XXVI, p. 254, et Cron.Bol., R. l.S., WIW, 496. — Du 8 décembre 1374, une lettre de Grégoire XI aux prieurs, les exhortant à envoyer des ambassadeurs. Documents publiés par M. Âl. Gbcrardi, Arch, slor,, 3* ser., t. Vï, part. 1 , p. 208, n» 1.

' « Anglicis latronibus. )> (Lettre de la seigneurie à Ch. de.Durauo. Arch. stor,y 3* ser., t. VI, part. 1, p. 235, doc. 49.) Naturellement M. Trollope, qui ne connaît pas ce document, n'admet point que ses compatriotes fussent des brigands.

* CroM. Bo/.,R.LS., XVI1I,496.

B La seigneurie accuse formellement le légat : « Deceptos in Terboruin ambagibus et nichil taie verentes.... ac castiiim nostrum Prati per proditionem occultam anglicis latronibus in predam tradere satagebant. » (A Charles de Durazzo, septembre 1375. Arch. stor., 3» ser., t. VI, part. 1, p. 235, doc. 49.) — « Si seppe di vero come la gente cassa délia Chiesa in visla facevano campagna a pitizione délia Chiesa per sommuovare lo stato d'italiani. » (Meri de Donato, R. I. S., XY, 245. Témoignage d'autant

lib. 1575) CONTRE LE LÉ6ÂT NOELLKT. 103

la seigneurie ; en vain il lui insinuait qu'elle pourrait congédier ces hôtes incommodes, en leur comptant de cinquante à cent mille florins ^ : la seigneurie, défiante, crut qu'il voulait ruiner la République, et elle refusa net de financer*. Elle croyait à un accord des légats de Bologne et de Pérouse avec les Âlbizzi, peut-être même avec les Ricci % coupables à ses yeux d'être popolani ^(unV comme leurs rivaux. Elle leur prêtait à tous le dessein d'armer, au nom de l'Eglise, contre le menu peuple affamé et ses représentants au pouvoir *. Avaitelle tort en ses ombrageux soupçons? Il est certain, du moins, que des légats hostiles ne pouvaient, malgré leurs protestations hypocrites, voir de mauvais œil une invasion propre à occuper, à épuiser un peuple quinteux et remuant.

Contre les Anglais, Florence voulut garder les passages de Pistoia ^. Y ayant échoué, il lui fallut suivre le conseil de Noellet. Pour s'éloigner, Hawkwood demandait deux cent vingt mille florins d'or : il traita pour cent trente mille Ml se formait au trafic, il haussait, puis

plus important qu'il n'est pas d'un Florentin, c Comecche venisse in compagnia, era a petizione délia Ghiesa. )) (Giov. Morelli, p. 288, à la suite de Fcd. de R. Malespini, Flor. 1718.) Le moderne Ricotti (II, 153) accuse pareillement, sinon TËglise, au moins le légat. Il y a pourtant une letti^ du pape à la seigneurie (21 juin 1375, Arch, stor,y 3* sér., t. VI, part. I, p. 210, n* 5) où Grégoire XI met les Florentins en garde contre l'invasion possible de la compagnie.

* llarch. de Coppo, IX, 751 ; Âmmirato, XIIl, 692.

* u Vidono che non era altro che per voler mugnere di danari Firenze. n (March. de Coppo, IX, 751.)

' « S'intesero insieme, e chi disse di Tolontà délia Chirsa, cioèdel papa per introdotto délia setta degli Albizzi i quali v'aTeano il cardinale, 6 chi dif se délia setta dei Ricci. » (March. de Coppo, IX, 751.)

« Poggio Bracc., R. I. S., XX, 220.

* Fioravanti, p. 327.

* G. Morelli (p. 288) dit par erreur qu'on traita au prix de 220000 il.;

104 ÀMMOSITÉ DES FLORENTINS (An. 1375]

baissait ses exigences avec des gens qui savaient marchander ^ Sur la somme promise, payable en quatre échéances mensuelles, de juin à septembre, les clercs furent tenus de fournir soixante-quinze mille florins'. Les petites gens de la seigneurie savaient les cofires cléricaux bien garnis et y puisaient sans scrupule, au risque d'exaspérer le pape, déjà contrarié de cet accord'. Moyennant une provision annuelle de douze cents florins, tant qu'il serait en Italie, Hawkvrood concluait, en outre, une trêve de cinq ans avec la République (21 juin)*. De semblables traités avec Pise et Sienne le ramenaient bientôt vers Bologne*, auprès de ce légal injustement suspect d'intriguer contre Florence*. « Les prêtres,

le chiffre de 130 000 est attesté par deux documents que publie M. Al.Ghe^ rardi (Arch. stor.y 3* ser., t. V, part. 2, p. 38, doc. ô, et t. VI, part, l» p. 235, doc. 49), par la Cronichetta cTincerto (p. 278), Neride DoDato(R- I.S., XV, 245), Âmmirato (XIll, 693), et Ser Naddo (Rinaldi) de Ser Nepo (Napoleone) de Ser Gallo de Montecatini (val de Nievole), citoyen florentin, notaire, Memorie storiche cavale da un libro di ricordiy de 1374 à 1398, dans Deliz.j XVIII, p. 3, ouvrage très inégal dans ies développements, mais écrit en quelque sorte au jour le jour.

* (( Quantitatem postulat quam nunquam ipse nos credidit soluluros. » (La seign. à Ch. de Durazzo, sept. 1375. Arch. stor,, 3* ser., t. VI, part. I, p. ^235, doc. 49.) <( M. Giovanni non credette che ellino s^accordassero atanta somma. » (Cron, Pis., R. I. S., XV, 1068.)

« Neri de Donalo, R. 1. S., XV, 245.

^ « E dissesi che di questo lo papa ne fu dolente, perché credette avcr Firenze, sapendo nonaveano da vivere. » (Cron, Pis., R.I.S.,XV,1068.)

* Mtrch. de Coppo, IX, 751 ; Ammirato le jeune, XIII, 693. Voy.Tinstrument dans VArch. stor., t. VI, p. 210, n*" 6, et d'autres pactes, p. 216, n* 8.

* March. de Coppo, IX, 751; Ricotti, 11, 154; Cronichetta dincerio, p. 278.

^ Et cum conditionem oblatam amplecleremur omnibus admirantibus tôt manifeste et occulte per ecclesiasticos impedimenta sunt prestita, quod nisi quia sine nulla inhonestate denegari non poterat, quicquid firmatmn extiterat rumperetur. » (Lettre de la seign. à Ch.de Durazzo, sept. 1375. Arch, stor.y 3* ser., t. VI, part. 1, p. 235, doc. 49.) Aucun chroniqueur, aucun document, dit M.Gherardi, ne fait mention de ces pratiques ecclésiastiques postériem*es à la venue des Anglais.

(An. 1575) CONTRE LES PRÊTRES. 105

écrit Bonins^^ni, étaient joués, et jamais Florence n'avait mieux placé son argent ^ »

Jouer les prêtres était pour lors une satisfaction vivement goûtée : de plus en plus ils devenaient la béte noire. Le nouveau pape lui-même, un des meilleurs d'Avignon, ne trouvait pas grâce devant les Florentins. Ne pouvant, comme à tant d'autres, lui reprocher ses mœurs, qui étaient pures*, ils affectaient de le dédaigner comme a de petite complexion et tout maladieux^. » Si fort était le courant populaire, que les Âlbizzi n'osaient y résister, pour ne point encourir le reproche do trahison. Mais on connaissait trop leur tendance pour tenir compte de leur réserve : faire la guerre aux clercs, au Saint-Siège, c'était la leur faire à eux-mêmes, et l'explication vraie de cette campagne, sans motif en apparence, c'est la rivalité des partis *.

Le calcul, ici, disparait devant la passion. Il se découvre qu'un moine nommé Niccolô, et un notaire, ser Piero de Ganneto, avaient projeté de livrer à Hawkwood, lors de son invasion, la ville de Prato. Le public aussitôt, et les chroniqueurs après lui, font de tous les deux les complices du légat de Bologne, et de ser Piero un prêtre, comme de Niccolô*, Ser Piero, pourtant, était si

* Boninsegni, p. 561.

* « Uic, ut famabalur, erat incomiptus carne. » (Zantfliet, dans Martène , AmpUmma colleciio, V, 294.)

* « Froissart, 1. II, t. II, p 21, éd. du Panthéon Hltératre,— « Virdebilis complexionis et fréquenter languidus. n (Zantfliet, loc. cit.)

* Cest ce qu'a très bien vu M. Â.I. Gberardi. (La guerra dei Fior., e«c., p. 41.)

* « Ser Piero da Ganneto fu attanagliato. nonostante che fosse prête. » (Narch. de Coppo, IX, 752.) Mais le procès dil : « Ser Pierum Puctii de Cannelo notarium comunitatis Flor. etnunc habitatorem in terra Prati. » (Voy. Arcfc. Uor,, 5* ser., t. X, p. 15.) Cf. Monaldi {Diario, p. 355), qui dit :

i06 RIGUEURS EXERCÉES (âh. Vùïï)

bien laïque, que son procès fui bâclé en peu d'instants. Mais c'est un prêtre que le peuple crut condamner à être promené par la ville, sous le poids des chaînes, déchiré avec des tenailles rougies au feu, enseveli la tête en bas dans une fosse, jusqu'aux genoux, les jambes sortant de terre pour être tranchées par le fer, de manière, disait la sentence, qu'il mourût entièrement, et que son âme fût séparée de son corps \ Elle l'était avant que le lugubre cortège, parti du palais communal, atteignit Santa- Reparata (50 juin)*. Avec le moine, il y fallut plus de façons, c'est-à-dire plus de délais ; mais dix jours plus tard il subissait à son tour le même supplice', sauf, s'il faut en croire les Annales ecclésiastiques^ qu'il était encore vivant quand on l'ensevelit « avec une cruauté digne de Néron *1 »

Le premier pas fait, que pouvaient coûter les autres? Entre ces deux exécutions barbares, le 7 juillet, huit officiers étaient élus pour taxer les églises. On leur donnait ce nom significatif: « les Huit des prêtres. » Considérant les énormités que commettaient par orgueil et abus de pouvoir les parents des évoques de Florence et de Fiesolc, notamment les oppressions et extorsions dont ils se rendaient coupables sous couleur de justice, défense

(( Ser Piero da Canneto da Prato, notaio, che ToUe tradir Prato ad istanu délia Chiesa, » et Cron. (Cincerio, p. 278.

* Arch. sior.y 3* ser., !. X, p. 24.

* Diario del Monaldi, p. 333 ; Cron. d'inceriOj p. 279.

' Cron. (Tincerto, p. 279; Diario del Monaldij p. 335; Ann, ecd.y 1375, §2, t. XXVI, p. 278.

^ « Tyrannidem exercuenmt in viros ecclesiasticos ac neroniana cnidelitate religiosum virum terr» vi?um infodere. » (Ann, eccl , 1375, § 15, t. XXVI, p. 267.) Dans le procès fait aux Florentins le 11 février 1376, Grégoire XI leur reprochait encore la mort du moine Mccolô. \o^,Arch.sior., loc. cit., p. 2i7, doc. 198.

(Vu. 1575) CONTRE LES PRÊTRES. 107

était faite à tout Florentin, même de naissance illégitime, d'accepter Tun ou Tautre desdits évéchés, sous peine d'être mis au nombre des magnats \ Quiconque dira ces mesures contraires à la liberté ecclésiastique payera mille florins d'amende. Toute licence de porter des armes est retirée aux clercs : nul ne pourra plus la leur accorder, sans expresse permission de la commune et du peuple. Or c'étaient auparavant les évoques qui l'accordaient'.

Grégoire XI ne s'expliquait point ces rigueurs à outrance. Il ne tenait nul compte des a sottises > de ses légats irritant les Florentins, envoyant dans leur ville de « grands maîtres en construction de forteresses, > pour examiner où l'on en pourrait construire une qui la dominât '. 11 croyait ou feignait de croire la République mécontente de la trêve par lui conclue avec Bernabo*, tandis qu'en fait elle recherchait Talliance de ce puissant seigneur, ennemi des prêtres et des papes d'Avignon, comme de la France qui les soutenait. En guerre avec eux depuis 1371, Bernabô bravait l'excommunication', et ne subissait la trêve qu'intimidé par les armes

* c Maaifestum est consortes atque conjuncti ex stirpe dicloniin episcoponim in potentiam et soperbiam elati multa enormia sspe conmictunt et opitressioaem maxime popularium ciTiuin et comitatinorum civitatis prefatc miilteque extorsiones sub colore justitie exinde perpetrantur.... » (Arch, ^or., 5» ser., t. VI, part. 1, p. 218, doc. 12.)

* Âmmirato le jeune, XUI, 693.

^ « Questa sciocchezza fu palese, » dit Boninsegni (p. 560). Boninsegni n'esl pas du temps, mais il recueillait un peu plus tard, de vive voix, les témoignages contemporains. Cf. Ammirato, XIII, 693.

* «Qoàerimus quid ad tos de pace vel treugua, cum de guerra nostra Qunquam aliquid cogitare, nec in hoc etiam pacta ligae, qua nobiscum eratis tttricti, volueritis obserrare! » (Ann, eocl.f loc. cit., p. 268.)

* c Di ci6 (de l'excommunication) egli poco curava. » (Cron, BoL^ K.I.S., XYUl, 495.)

108 ALLIANCES FLORENTINES. (An. 1575)

d'Hawkwood ^ Quelque péril que pussent attirer sur la Toscane les progrès futurs du Visconti, Florence fermait les yeux : dans la politique prévaut toujours Tintérétdu moment.

Conclu aux derniers jours de juillet, le traité d'alliance ne parlait que de résister aux Anglais*, et nullement de marcher contre le Saint-Siège. Bernabô faisait même cette expresse réserve que de quatorze mois, par respect pour la trêve, il ne chevaucherait sur les terres d'Église^ Mais le 10 août suivant, dans une missive à son allie, la seigneurie déchirait les voiles et déclarait sans détour que la ligue était formée contre le pape et Tempereur*. « Nous ne devenons pas des amis, ajoutait-elle; nous devenons des frères. Nous ne sommes pas deux personnes d'intention commune; nous ne formons qu'une volonté et qu'un corps*. > En quête d'autres alliés, elle

» Cron, Bol, R. I. S., XVUI, 495, et Ann. eccL, 1374, § 15, t. XXYI, p. 254.

* « Considérantes in que pericula nuper fuimus subito et improfiscAnglice societatis adventii et quantum adhuc nobis ipsorum mora in partibus Tiiscie merito sit formidabilis et suspecta. » {Arch. stor.y l. VI, p. 219. doc. 14.) Cf. Cron. d'incerlo, p. 279, qui donne la date du 27. Ricotti (II, 155) rapporte par erreur cette ligue à Tannée 1376.

' Une lettre adressée le 11 juillet 1375 par Bernabft à un de ses ambassadeurs pour la conclusion du traité stipulait que « non agatur quidquaui contra formam treuge nuper firmale. » (trêve avec le pape, Toy. plus baut. p. 733. Documents publiés par M. Gherardi à la suite du Diario danonimOy p. 495, note 1.) Cf. Cron. d^incerto^ p. 279; Sozomène, R. I. S., XVI, 1095. Voy. la note précédente.

^ n Quamyis in pactis ejusdem lige nulla fuerit de papa Tel împeratore facta mentio singularis, nos tamen earodem ligam ad ipsos papam et impcratorem et contra ipsos cum suis modis et capitulis extendi et intelligi tenore presentium declaramus. » (Arch. stor., ibid., p. 22!2,doc. 22.)

^ « Facti smnus non amici, sed fratres, non jam duo concordibus animis, f^ed prorsus, in unius voluntatis confluenlia, corpus unum. » (28 juillet. Ibid.f p. 220, doc. 18.) L'acte n'a pas été retrouvé, mais on en trouve les principales conditions relatées dans Tinstrument de la ligue avec ilodigliana. (29 mars 1376. Ibid,, t. VII, part. 1, p. 240-247, doc. 197.)

(ix. 1575) l^ HDIT DE LÀ GUERRE. 109

annonçait aux seigneurs de Lombardie^ que sept cent cinquante lances partiraient bientôt de Milan*. Des villes voisines elle demandait moins le concours que l'adhésion'. C'est qu'elle savait qu'aux yeux des fervents cette guerre naissante était un crime exécrable\ Galeazzo Visconti refusait de s'y associer. La reine de Naples s'en plaignait par orateurs'. Sainte Catherine de Sienne recommandait à tous de n'y point prendre part*. Deux longs mois d'hésitation chez les ordinaires amis de Florence mettaient l'espoir au cœur des malveillants : ils prophétisaient l'échec prochain de l'impiété.

Mais l'impiété avait pleine confiance. Maîtresse du pouvoir, elle en usait avec une décision surprenante. Elle créait, pour exécuter ses desseins, une magistrature spéciale, de nom déjà connu, les Huit de laguerre\ ou, comme ou disait souvent, les Huit de balie, tous vrais guelfes*. Cent soixante-six voix contre soixante-cinq dans

< Arch. itor., t. VI, p. 220, doc. 16 et 17.

* Lettre aux commanes toscanes, 28 juillet. Ibid,, p. 220, doc. 17. 11 est difficile de dire le contingent de chacun des alliés et même le total. Non seulement la Cron,(rincerto{^. 279) et Âmmirato (XIII, 694) ne sont d'accord ni entre eux ni avec les documents, mais encore les documents à trois jours de date (25 et 28 juillet) varient de 2000 à 2700 lances. Voy. doc. 14, 16, 17. Sozomène (R. I.S., XVI, 1095) et Boninsegni (p. 562) parlent de 1150 lances pour Bemabè, de 850 pour Florence et de 1200 arbalétriers, archers, etc.

' « In quam (ligam) si venire placuerit, vos ila taxabimus moderate quod eiinde poterit vestra fratemitas merito contentari.» (Ibid,, p. 219, doc. 14.) « Ammirato, XIII, 694.

» Voy. doc. 35, 47, 49.

* Lettres 168, aux Lucquois, et 196, au pape; Ed. Tommaseo, II, 469;

ni, m.

^ Yoyex par ex. plus haut, même vol., p. 25, 42, 44. C'était un chiffre consacré, comme celui des Dix de liberté. Voy. encore Consulte e pra* ache, 20 novembre 1562, t. YI, f* 45 v*.

* Machiavel (DI, 40 A) dit pourtant : « Gli otlo erano tutti nemici alla Ktta de* guelfi. » Pour la tecte^ il a raison.

iiO LES HUIT DE U GUERRE. (An. 1375)

le conseil du peuple, soixante-dix-huit contre trentequatre dans le conseil de la commune, instituèrent cet office, dont devaient faire partie six membres des arts majeurs, un des arts mineurs et un magnat (14-16 août). Les gros popolani y étaient donc les maîtres, et la démagogie n'entrait pour rien dans cette création, dont une seigneurie populaire avait pris l'initiative. Munis de pouvoirs très larges dans leur sphère, mais très précisément limités pour les empêcher d'en sortir*, les Huit ne devaient exercer aucun autre emploi. On les eut bientôt en si haute estime, que deux d'entre eux, désignés parle tirage au sort pour être prieurs en septembre, furent maintenus dans cette charge et tout ensemble dans celle qu'ils occupaient*. C'est ainsi qu'à bref délai Florence foulait aux pieds les lois qu'elle avait faites : l'important, à ses yeux, c'était que ses officiers pour la guerre fussent puissants. Or elle les protégeait en interdisant de les accuser ou de les dénoncer, comme de laisser, en cas de mort, tout vide dans leur sein, et elle accroissait leur autorité en leur permettant d'être membres du collège suprême dont leurs délibérations, pour être exécutoires, devaient obtenir l'assentiment*.

Il faut dire les noms de ces officiers de combat, car ils reviendront plus d'une fois dans cette histoire, et ceux

* « Balia maggiore che atesse ancora ufîcio yeruno. » (Croit. tfineertOi p. 280.) — c Gon balia quanta per lo comune sene poteva dare a far guerra. • (Boninsegni, p. 562.) Longue était Vénumération des actes interdits aux Huit : ils ne pouvaient notamment frapper d'impôt aucun citoyen, lui accorder des immunités ou privilèges, le faire grand, le soumettre aux ordonnances de justice. Voy. Arch. stor,, p. 222-251 ; Cron, (Tincerto, p. 280 ; March. de Coppo, IX, 752.

* Ces deux prieurs furent Giovanni de Moue (ou de Simone) et Matteo Soldi. Voy. March. de Coppo, IX, 750; DeL, XIV, 137.

' Voy. Al. Gherardi, La guerra dei Fior,, etc., p. 5i.

Ji. 1575) LES PRÊTRES TAXÉS. lil

ui les portent sont, aux yeux des contemporains, c les lus fameux, les plus sagaces, les plus vaillants hommes [u'eûi jamais vus Florence^ ; » leurs actes sont plus confidérables que tout ce qu'elle avait fait jusqu'alors^ jiovanni Dini, gros épicier ou apothicaire, et Âlessandro des Bardi, magnat, représentaient, parmi les Huit, le quartier de Santo Spirito ; Giovanni Magalotti et Andréa Salviati, Santa Groce; Tommaso des Strozzi et Guccio Gttcci, de Tart de la laine, Santa Maria Novella ; Matteo Soldi, marchand de vin, et Giovanni de Mono, marchand de blé, ce dernier des arts mineurs, San Giovanni^ Tels furent les hommes que la volonté publique chargeait de combattre le Saint-Siège, qu'elle prit bientôt pour favoris, etqo'elle appela, par une insolente ironie, les Huit Saints. Leur coup d'essai les fit connaître. G 'est au clergé qu'ils demandent le nerf de cette guerre contre son chef. Justes représailles, disaient-ils, du tort fait par les pasteurs de l'Église à la commune, en la forçant à financer avec Havekwood. Trente mille florins furent exigés de dix-neuf dignitaires ecclésiastiques, dont l'évêque de Florence, l'évêque de Fiesole, l'abbé de Vallombrosa. Tous les autres clercs de la ville et du œntado furent taxés à leur tour. On eut raison des récalcitrants en vendant leurs meubles et les biens mêmes de leurs églises\ Quatre-vingt-dix mille florins extorqués ainsi* servent à enrôler le Souabe Gonrad Vertingher et ses mercenaires%

* G. Moreili, p. 288. — • March. de Coppo, IX, 752.

^ Diario d'anonimOf p. 30; Cron. d'incerto, p. 283; March. de Coppo, H, 752; Ammirato, XIU, 694.

^ Harch. de Coppo, IX, 753.

» Cfon, dHncerto, p. 279; March. de Coppo, IX, 752.

• Yoy. doc. des 23, 24, 29 août, 27 septembre, Arch, «tor., loc. cil., p. i29, 258, II- 29, 32, 60.

iiâ HÉSITATIONS DES ALLIÉS DE FLORENCE. (An. 1375)

que Galeazzo Yisconti abandonne bénéyolemenl à la ligue impie*, lui qui n'y osait adhérer*. Princes, seigneurs* et villes^ ne Tosaient, du reste, pas plus que lui. La prompte apparition des lances de Bernabô pouvait seule les décider. Or Bernabô lui-mênrie hésitait: ne voyait-il donc pas sa ruine imminente, s'il ne conjurait celle de la République*? Ces retards funestes rendaient le pape croyable, quand il afQrmait que c'était lui qui avait conclu alliance avec le seigneur de Milan*, qu'il prenait les Anglais à sa solde \ qu'il rétablirait le Saint-Siège a Rome en novembre', et que, désireux de la paix, il la proposait à ses ennemis*. Cette paix, Florence ne la dési-

* La demande en avait été faite le 12 août. (Ibid., p. 222, doc. 23.) Le k octobre on sollicitait encore que Conrad vînt accotnpagné de 50 lances. {Ibid.y p. 241, doc. 65.) Les auteurs du temps écrifent ce nom Viclingher, Pintiquerre, Pitlingherre, Quinligherre, Quintiquerre, etc. H n'était pis capitaine général, car, le 12 octobre, la seigneurie se plaignait à la reine de Naples qu'elle ne licenciât pas Tommaso de San Séverine, élu capitaine par les Florentins (Ibid,, p. 243, doc. 71.)

* 4 septembre. Ibid.f doc. 36.

' 5, 8 septembre. Ihid., p. 231, 232, doc. 37, 39.

* La seigneurie h Ruggieri Cane, 31 oct. Ibid,, p. 247, doc. 87, et ï Bernabô, 3 nov., p. 247, doc. 89. Ce Ru<rgieri était le seul homme connu qui eût de Tinflucnce sur Uawk^ood et sût comment le prendre. Aussi se servait-on de son intermédiaire, car on craignait que FÂnglais ne pasail au service deTÉglise Voy.laseign. àBemab5,8sept./6û/.,p.282,doc.41. Cf. Lettres du 12 sept, à Uawkwood, et du 24 à Giorgio Scali, p. 233, 237, doc. 44, 52.

'^ < Admodo quidem status vester et noster idem sunt; quorum unius ruina alten'us erit occasus, et conserTatio unius fiet alterius securitas et tutela. » (9 octobre. Ibid,, p. 242, doc. 70.) Cf. une autre lettre du 3 septembre, p. 231, doc. 35.

c « E sapetc quanto questa novella vale a torre dalP animo a Pisani, a Lucchesi e a Senesi ehe a nostra lega non vengano. » (La seigneurie ï D. Aldighieri, 21 octobre. Ibid., p. 244, n^ 76.)

7 II lui en coûtait 30000 florins par mois. 15 octobre. (Les Huit à Donato Aldighieri, amb. auprès de Bernabô, 18 octobre. Ibid,, p. 244, doc. 75.)

» 6 octobre. Ibid,, p. 241, doc. 66.

» 24 septembre. Ibid,, p. 237, doc. 53;Theiner, Cod., etc., II, 588.

is. i575) LES ALLIÉS DE FLORENCE SE PRONONCEiNT. 115

lit pas moins que lui, mais elle la déclarait impossible*, lie n'y voyait que feinte pour semer la discorde', elle e se flattait de Tobtenir sans embûches, d'ôter aux barbares instruments du Saint-Siège » le pouvoir de uire^, que par le concours des villes toscanes et de Berlabô pour soulever les villes de rÉglise.

Sagaces prévisions de la clairvoyance florentine! Bernabô se décide enfin, et tout parait changé^au pays toscan. Le contingent de la Vipère n'est pas encore à Sarzane*, que Francesco de Vico, préfet de Rome, a soulevé Viterbe (18 novembre) ^ Coluccio Salutati, le célèbre rédacteur des lettres de la seigneurie, le proclame pompeusement « libérateur de la patrie et de tout le Patrimoine • ». Qui blâmait la ligue en fait réloge\

* Lettres des 12, 16 octobre, à la reine de Naplcs. (Ibid,y p. 243, doc 71.)

* I Nec vos ab hoc lam salubri proposito littere quas scimus ad universitatem Tcstram nuper destinatas a surnmo ponlifice revocent. Venenosum tiquidem ac perfidie plénum rescriplum illud agnovimus, simulans pacîs teneri tractatum, de qua scimus nuUum haberi colloquium. » (La seign. mPisans, 22 octobre. Ibid,, p. 244, doc. 78.) CS. La seign. aux Siennois,â2 oct. Ibid.y p. 244, doc. 79.

' Voy. lettres à Bemabô, 11 et 15 novembre. Ibid.y p. 248, 249, doc. 92, 94. — • i>on enim nobis cum Ecclesia negocium est, sed cum barbtris, cum exteris gentibus, qui apud suos vilissimis parentibus orti, turpistimeque nutriti, ut spolient, ut ditentur, quasi ad predam, in miserani lUiiam per Ecclesie presules destinantur. » (7 décembre, ibid., t. VII, part, i, p. 213, doc. 105.)

* La nouvelle qu'il y était parvint à Florence le 29. novembre. > Les Huit à D. Âldighieri Ibid., t. VI, p. 250, doc. 96.

« La seign. au préfet de Vico, 26 nov. Ibid., p. 251, n» 99. Cf. 22 novembre, les Huit à D. Aldighieri, ibid., doc. 96, 98, 100, 101. Bussi, Stortadli YilerbOy p. 209. Coluccio était chancelier de la commune depuis le 25 a\Til 1375. Voy. Ammirato, XIII, 692; Sismondi, IV, 482.

^% Et nunc demum vulgo cognoscitur qualis sit nostra socieias, qualis ^0, qualis liga. Jam confuse sunt lingue maliloquorum, et nedum mordere desistunt, sed etiam magno cum pudore compelluntur ea que damnalmnl magnifiée commendare. • (La seign. à Bemabô, 27 nov. IbUl., p. 251, doc. 100.)

ii4 SOULÈVEMENT PROVOQUÉ (Ak. 1515)

Sienne y enlre pour quatre ans et fournira cent cinquante lances*. Arezzo suit cet exemple*. Pise et Lucques le suivront, à leur tour, dès qu'elles le pourront sans danger', sous réserve, à vrai dire, de n'être tenues d'aucun secours en faveur de quiconque occupera des biens d'Église*. Moins scrupuleuse et plus énergique, Florence favorisait la rébellion, promettait l'appui de ses armes*, remontrait aux villes pontificales ce qu'elles enduraient de vexations, d'exactions, de servitudes honteuses*. Le conteur Franco Sacchetti écrivait contre le pape un sonnet et deux canzone'^'y l'auteur obscur d'une chronique récemment publiée, un petit poème en trenleneuf stances*, et bien d'autres, sans aucun doute, avaient taillé leur plume dans ce patriotique et belliqueux dessein.

La semence jetée au vent par le préfet de Vico tombait donc sur des terres bien préparées : en quinze jours elle avait germé. Le 3 décembre, Città di Cas telle se sou-

> 27 nov. L'acte aux archives de Sienne, Capitoli e Ughe, ann. i375.

* Neri de Donato, R. 1. S., XV, î245.

5 Neri de Donato et Cron. Pis., R. I. S., XV, 245, 1069; Ranieri Sardo, c. cLixTi, p. 188; Marangone, p. 773. Le 5 décembre 1375, Pise refusait encoi*e d'entrer dans la ligue. Voy. Roncioni, 1. XVl, p. 921.

^ Coluccii Epislolœ, part. 1, p. 84, ep. 36, à la date du 31 mai 1577. Flor. 1741. ~ Pise se décide en janvier 1376 (Cron. Pis., R.L S., XY, 1071 ; Al. Gherardi, La guerradei Ftor., p. 52); Lucques, le 12 mars suivant (Arch. de Lucques, Capitoli e leghe, 1376; Tommasi, Sommario di Storia di Lticca, dans VArch, stor,, 1'* sér., X, 254).

(^ « Gente quanta bisognasse. »(Cron. d'incerio, p. 280.) Cf. Ammirtto, Xlll, 694. Cela en septembre ou octobre.

^ (( Fastidiosas vexationes, acerrimas cxactiones et inhonesta servicia. ' (Les lluit aux habitants de Città di Castello, 4 déc. Ibid., p. Si^* doc. 103.)

' Rime di Franco Sacchetti contra papa Gregorio X!, publiées par M. Giov. Sforza, Lucques, 1808.

• C'est Tauteur du Diario d'anonimo. Ces vers, infiniment plus faibli''* que ceux de Sacchetti, sont aux p. 315-322.

;75) DES VILLES POiNTIFICALES. 115

et, le 5, deux cents lances florentines y font leur 5*. Toscanella se rend au préfet. Corneto et Montene se déclarent affranchies. Bolsena et Acquapen- « commencent à ne plus obéir. » Se prononcent à our Urbino, Mercatelli, Massa Trebaria, Fabriano, Ferrato, Agobbio, Tuderte, Amelia, Chiusi, Forlî*. uple de Pérouse, non sans avoir communiqué son ; aux amis florentins % crie autour de la citadelle st enfermé, avec ses Anglais, le légat Gérard Dupuy : )rt à l'abbé ! vive le peuple de Florence ! — C'est i de «Vive la commune de Florence! et Vive la é! » que Spolcte chasse ses « gibelins », mot étrange désigner des mercenaires pontificaux*. Avec une été rare, les Huit avaient déterminé ce mouvesi général, en dissipant la crainte que concevaient ues-uns de n'échapper au joug de l'Église que pour er sous le joug de la République : le 9 décembre, mettant à Conrad Yertingher l'enseigne de la com- \j ils en confiaient à Wilhelm Filimbach une autre, le la liberté, portant ce noble mot en grosses lettres hes sur champ rouge*, et qui devait précéder tout

ch. «tor., 3* ser., t. VII, part. I, p. 212, doc. 104. Le doc. 103 est lortation aux habitanls soulevés à secouer le joug. I éTènements sont aùnoncés dans une lettre à Bemab5, le 7 det. Ibid., p. 213, doc. 106. Voy. en outre : La seign. àBernabè, 15, 23,26déc. Ibid,, p, 216-220, doc. 118, 123, 126,131,133. LVdre «liions Tarie selon les auteurs, mais les documents font foi. Voy. t Diario d'anonimo (p. 304-328) bien d'autres rébellions, et dans Donato, R. l S., XV, 247.

[>>iiimunicato consilio. • (Lettre à Bernab5, 10 déc. Ihid,f p. 214, 0.) Le doc. 109 donne la date de la révolte. Cf. Graziani, p. 220. évacua la citadelle le 31 decembre.Voy.doc. 139, p. 222; Graziani, , et Diario d*anonimo, p. 305.

ario d'anonimo, p. 304, et note 4 de Glierardi. on. d^incerto, p. 280; March. de Coppo, 1\, 753; Chron. Placenlin*, ., IVIy 520. Ce dernier auteur (suivi par Sismondi) et Monaldi di-

116 LES REBELLES DANS LÀ UGUE. (Jb. i3î5)

corps d'armée florcnlin allant au secours des villes révoltées*. c< Ces lettres blanches, dit le chroniqueur de Bologne, détruisirent l'État de l'Église*. » Faisant mieux encore, les Huit refusèrent la soumission des villes qui se voulaient donner à Florence', et même ils ne permirent nulle part à leurs concitoyens d'accepter les emplois qui leur étaient offerts*. Voilà certes une grande, une forte politique, et elle est l'œuvre des petites gens ou de leurs amis.

C'est sur leur conseil que la seigneurie reçoit les rebelles dans la ligue, les dispense de toute taxe, s'engage à les défendre, à ne conclure sans eux aucune paix'. Entrer dans la ligue est la condition préalable pour obtenir assistance : quiconque n'en fait point partie, on le laisse attaquer*. En dix jours, l'Église avait ainsi perdu quatre-vingts villes ou châteaux\ semblable au mur sans ciment qu'une pierre retirée fait écrouler tout entier.

Que les alliés pussent tenir la campagne, vingt ou trente jours encore, aux frontières ecclésiastiques, et ils

Rcnt en lettres d*or. Manni relève Terreur (note à la Cron.tTinc, p. 281).

• Diario d'anonimo, p. 50 i, et note 6 de Ghcrardi.

' « £ qucste lettere aveano guasiato lo siato délia Chiesa. » (Cron, BoL R. l S., XVUI, 50t)

5 Cron. (Cincerio, p. 280. Quelques villes se mirent Tolontairemeol sous le gouvernemenl d'un seul : par exemple, Viterbe sous le préfet de Yico, Forll sous les Ordclaffi, Urbino sous le comte Antonio de Montefeltro, etc. Voy. Gherardi, La guerra dei Fior.y p. 63, qui indique les sources.

* 19 décembre, à Cilla di Castello. Arch. slor., 5*sér., t. VU, parti, doc. 122.

» Arch. êtor,, loc. cit., doc. 157, 197.

® C'est ce qu*on faisait savoir k Recanali le 7 février 1376. Ibid., doc. 156.

7 Chron.Est., R.I.S., XV, 499. Selon Cron. Rimin. (R.I.S., XV, 9U) 61 villes cl 1577 chàlcaux. Les Malalesti de Riintni restèrent seuls fidèles û rËglisc.

(As. 1575) PROCÈS DES FLORENTINS EN AVIGNON. 117

supprimeraient rennemi*, « cette lie des nations, ces légers Français qui prétendaient dominer sur les graves Italiens*. » Mais les troupes florentines étaient disséminées dans le Patrimoine de l'Église pour aider aux rébellions; mais les Anglais, grossis de ceux que la citadelle évacuée de Pérouse rendait disponibles, pouvaient, faute de mieux, tenter une diversion contre Florence^, car Hav^kv^ood seul était tenu, par la provision qu'elle lui payait, à ne pas pénétrer sur son territoire*. Bernabo, malgré d'incessantes objurgations % ne renouvelait pas, n'augmentait pas son contingent, et Grégoire XI citait les Florentins, pour le 11 février suivant, à son tribunal.

C'était toujours chose grave qu'un procès même sans fondement devant le Saint-Siège accusateur et juge. A la République il reprochait d'avoir rompu une ligue conclue avec lui pour en conclure une autre contre lui ; d'avoir occupé les biens des églises de Lucques, d'Arczzo, de Volterre, de Pistoia ; fait des ordonnances contre l'inquisition des hérétiques et conire l'acceptation par tout Florentin des évéchés de Florence et de Fiesole ; mis à mort Niccolô, moine, sous la fausse accusation de trahison contre Prato; tenu des pratiques occultes pour pousser à la révolte les cités pontificales; créé, pour faire la guerre au pape, une balie de huit citoyens ; affirmé faussement que Pérouse n'appartenait pas à

« 10 déc. Arch.sior.y loc. cit., p. 214, doc. 110.

* • Gentibus que sunt fex suorum et extrema corruptio omnium nationum. Quid erat aspicere Italie gravitati presidere gallicam levitatem ! o (La seign.aux Pérugins. 7 déc. Ihid., p. 215, doc. 111.)

Ml, 26 déc. Les Huit à Bernabô. ïhid., p. 219, 220, doc. 126, 153.

♦ Voy. pIushaut,p.103,104,112.etGherardi,La^ierra(/eiFior.,p.67. « 27, 50noT.; 15, 19, 21,26 déc, doc. 101, 102,118,123,126,135,

et beaucoup d^autres.

il8 PROCÈS DES FLORENTINS (Ai. 1376)

rÉglise; occupé contre tout droit Yolterre, San-Minialo, Pistoia, Prato, Ficsole; dit et affirme que les Florentins ne pouvaient bien vivre sans excommunication; pressuré, injurié le clergé; donné ordre aux Huit delà guerre, dits les Huit Saints, de vendre les biens des églises ; mis aux fers divers nonces apostoliques et ouvert leurs lettres; incarcéré notamment Tévêque de Narni et un maître Luca de Florence, de Tordre des Umiliatiy en habit et tonsure de clerc; exercé enCnde rudes persécutions contre le cardinal-légat de Pérouse el l'évêquo de Bologne*.

A cette longue énumération de griefs, où les imaginaires se mêlaient aux réels, les anciens aux nouveaux, et dont un, la prise de Fiesole, remontait à Tamiée 1135, Florence répondait en se faisant humble. Elle intercédait par ambassadeurs auprès des cardinaux, protestait de son zèle pour TÉglise, représentait que, si quelquesuns étaient coupables, il ne fallait pas frapper tout le monde, et que, si tous le paraissaient. Sa Béatitude, vicaire du Christ, devait user de clémence*. Mais, en même temps qu'elle chargeait trois légistes de suivre le procès', la seigneurie le dénonçait à Bernabô comme surprenant, cruel, abominable, comme une œuvre de colère, atroce envers des chrétiens, et qui le paraîtrait même envers des schismatiques et des infidèles*. Elle se

* Ces griefs sont ici dans l'ordre où les met la défense présentée le 51 mars 1376 par les Florentins. Voy. Arch. stor., loc. cit., p. 247, doc. 198.

* /fttrf., p. 226-235, février et mars 1376, doc. 153, 175, 174, 176, 177, 178.

' C'étaient Alessandro de rAntella, Donato Barbadori, docteurs es lois, et Domenico de Silvestro, notaire de la commune. 5, 4, 5, 8 mars. Ibid,f p. 250, 252, 255, doc. 171, 176, 177.

« 29 févr. La seign. à Bcrnabd. /6tW., p. 250, doc. 169.

Ah. 1576) EN COUR PONTIFICALE. 119

plaignait des dispositions pacifiques de GaleazzoS et fournissait des secours aux habitants d'Âscoli contre Gomez Albornoz, neveu de Tancien légat, c monstre ennemi du nom et du sang italien*. x>

Était-ce duplicité^ hypocrisie, mensonge? Nullement. L'Église, pouvoir spirituel, devait être ménagée; et, pouvoir temporel, elle aflectait de souhaiter la paix. Dès le mois de janvier 1376, Grégoire XI avait sollicite la médiation de la reine de Naples et du doge de Gênes. Niccola Spinelli de Giovenazzo, sénéchal du Royaume, et le légiste génois Bartolommeo Giacoppi, négociateurs désignés, proposaient de laisser en liberté Pérouse et Gittà di Castello, à condition que les Florentins ne molesteraient pas Bologne, si chère au pape, comme clef de TÂpennin et source annuelle, source précieuse de deux cent mille florins d'or'.

Rien d'actif alors comme la chancellerie pontiGcale^ ; mais elle manquait d'habileté, de netteté, ainsi que la politique qui lui dictait ses dépêches. L'Église voulait-elle

< 25 férrier, 9 mars. Ibid,, p. 229, 231, doc. 167, 172.

* 6 mars. La seign. à la reine de Naples. Ibid,, p. 252, doc. 175.

5 Cron, Bol., R. I. S., XVIII, 498; Ammiralo, XIIÏ, 695, 696. On peut Voir les propositions pontificales dans Gherardi (La guerra dei Ftor.,p. 75). Elles ne sont pas les mêmes que dans Amroirato.

* Lettres à la République pour la rassurer sur les intentions des représentants du Saint-Siège en Italie ; obstacles apportés à Faccession des villes à la ligue ; instances à Teropereur, qui y répondait en enjoignant aux Florentins de ne plus favoriser les rébellions (Nuremberg, 26 mars. Arch, stor,, ioc, cit., p. 237, doc. 188); menaces réitérées à ceux-ci, à Giordano Orsini, à d'autres, s'ils ne s*y opposaient ; invitation au doge de Gênes de tenir une galère prête pour le retour du pape, à la reine Jeanne de mettre \ sa disposition le plus grand nombre d'bommes d*armes possible, à Niccola Spinelli d'incarcérer quiconque enrôlait pour les Florentins, à Francesco de Carrare d'aider le card. de Sanl'Ângelo pour la conservation de Bologne. Voy. Theiner, Cod., H, n- 566, 584, 581, 589, 590, 592, 593, 594, et Gherardi, La guerra dei Fior., p. 7i.

i20 BOLOGNE AFFRANCHIE. (Ah. Toliïl

la paix, il fallait supprimer, ajourner tout au moins, les moniloires. Voulait-elle la guerre, il fallait marcher droit sur Florence, pour la forcer au rappel de ses ga^ nisons, puis occuper les villes évacuées. Elle ne fit ni Tun ni Tautre. Loin de là, par la publication des monitoires (l*' mars), elle rendit la négociation impossible. Arrivés le 13 mars dans Florence en émoi, les négociateurs désarçonnés recevaient des Huit leur congé dix jours plus tard*.

C'est le moment que Pise et Lucques choisissent pour entrer dans la ligue '. Grâce à la fermeté florentine, les monitoires avaient manqué leur effet, même sur les tiers. Le 19 mars, sans attendre la rupture des pourparlers de paix, le comte Antonio de Bruscoli, avec m millier d'hommes et l'étendard de la liberté, était lancé contre Bologne dégarnie des troupes d'Hawkwood en expédition'. De nuit, les Bolonais ouvrent leurs portes, criant : « Vive la liberté ! vive la commune de Florence! » Arrivent Vertingher, pour renforcer le corps d'occupation, et quatre Florentins pour réformer le gouvernement. Bologne entre dans la ligue*, et une trêve deseixe mois, que consent Hawkwood pour racheter ses fils et ses capitaines, laisse à ce peuple tout loisir de consolider

* Diario d'anonimOy p. 306.

* « Heri (12 mars) per Dei gratiam conclusimus ligam cum Pisanîs d Lucanis. » (Les Huit à Bernabô, p. 256, doc. 183.)

' Le légat les avait eoToyés à l'attaque du château romagnol de Grana juolo.

* Cron cTinc, p. 281; Cron. Bol, R. L S„ XVHI, 500; Matth. de Griffoni, R. I. S., XVHI, 1 86. Le Diario d'anonimo (p. 3i>7) dit que les Floren tins entrèrent à Bologne le 26 mars. Il est en contradicûon avec les précé dents et aussi avec les documents. Le 22 mars, la seigneurie félicite le Bolonais, qu'elle appelle • vere digni italica gloria. » {Arch,ilor,, loc. cit. p. 237, doc. 187.)

(Ah. 1576) CONSISTOIRE EN AVIGNON. 121

sa liberté renaissante^, comme aux Florentins de fêter Theureux événement". Le jour de saint Benoit, qui en ramenait Tanniversaire, devint jour férié'. Les Huit Saints étaient heureux, et ils méritaient leur bonheur.

Ils avaient pourtant leurs embarras, dont le moindre D était pas leur procès en cour d'Avignon. Sommés d'y comparaître avec quarante-deux de leurs concitoyens \ ils faisaient naturellement défaut, mais s'en excusaient par l'organe des trois ambassadeurs, comme retenus dans une prison *. Au jour fixé (31 mars), l'avocat fiscal, Jacopo de Geva, n'en requit pas moins qu'il fût passé outre\ Déjà l'on donnait lecture des pièces, quand un prêtre de l'assistance vint à tomber du haut mal. Aussitôt, Bonato Barbadori, un des orateurs florentins, s'écria : — Écartez-vous, que le Saint-Père voie! — On s'écarte, et lui, s'adressant à Grégoire XI : — Messire, dit-il, regardez 1 vos familiers et clients commencent à tomber en défaillance, avant que soit lu l'injuste arrêt; que sera-ce, quand il l'aura été? Au nom du ciel, ne prononcez pas une si inique condamnation! — Malgré l'étonnement général, malgré la colère du pape qui se contenait à peine de lui faire affront, Donato, en veine d'indignation et d'éloquence, ne s'arrêtait plus. Prêt,

* Cron. Bol, R. I. S., XVIII; March. de Coppo, IX, 756. Le P. Capecel3tro(I, 148) dit que la révolte de Bologne fut une grande infamie des Flo- Kntins. U a un moyen commode de le prouver : il met ce fait, qui est du )d mars, avant la promulgation du monitoire, qui est du 1*'.

* Diario (Tanonimo, p- 506.

^ Provision des 28 et 29 mars. Arch. itor.y loc. cit., p. 239, doc. 190.

* Yoy. les noms, ibid,, p. 247, doc. 198, du 31 mars 1576. Le doc. 199 ^ l'acte d'excommunication. 11 a été publié en partie par Ltinig, Cod, itoi. dipL, I, 1087.

' Doc. 198. Ils étaient partis le 8 mars. {Diario d'anonimo, p. 306.) Voy. leurs noms plus haut, p. 118, n. 5.

* Lettre accusatrice du pape, ilnn. ecc/. , 1 576, §§ 1 -6, t. XXVI, p. 278, 280 .

\n SENTENCE PONTIFICALE (Ah. 1516)

disait-il, à souffrir la mort plutôt que de se taire sur rinjustice \ il épilogua sur les détails : il releva lesgrie^ surannés et mal fondés ; il montra que, sur l'occupalion de Fiesole, de Prato, de San-Miniato, de Yolterrc, la République ne devait de comptes qu'à l'empereur ; il releva la bévue de l'instrument, qui confondait les Hait de la guerre et les Huit des prêtres ; il insista sur les méfaits des légats en Italie, et il conclut à la nullité du procès.

L'obtenir était une chimère, après la conquête de Bologne, nouveau et sensible grief du Saint-Siège, fl fallut donc se restreindre, demander du temps pour prouver véritables les allégations de l'orateur*. Mais cela même, on ne l'obtint pas. La sentence fut prononcée et lue. Grégoire excommuniait les contumaces, mettait Florence sous l'interdit, révoquait tous les privil^es, confisquait tous les biens, les livrait en proie à qui voudrait et pourrait s'en emparer. Il faisait défense i tous particuliers, princes et communautés, d'entretenir commerce avec les Florentins frappés d'anathème, comme fauteurs d'hérésie, sommés de comparaître, le 31 mai, pour se disculper de ce péché'. En attendant, il les déclarait infâmes, privés du droit d'hériter et de transmettre leurs biens. Leurs maisons devaient être détruites; leurs débiteurs n'étaient tenus à rien payer; leurs fils et descendants se voyaient privés de toute dignité, de tout bénéfice; eux-mêmes, dans les jugements, n'obtiendraient plus créance pour leur témoi-

* March. de Coppo, X, 83G.

* Arch, stor,^ loc. cit., doc. 198.

^ A cette date nul ne se présentant, les Florentins furent déclarés béré^ tiques et fauteurs d*hérétiques. (ïbid,, doc. 2S1.)

(76) CONTRE LES FLORENTINS. iS5

)j et contre eux seraient prochainement invoquées mes des empereurs, des rois, des princes, des repu* es, en un mot, de l'entière congrégation des fidèles ^ es de toutes les parties du monde chrétien, délés de tout ce qu'ils y possédaient, les marchands orence, s'ils n'obéissaient au décret d'expulsion, mt réduits en servitude, <c de manière que les larmes âtiment inspirassent à leurs descendants une perpét terreur*. »

Qx choses étaient graves dans ce luxe inouï des es pontificales : l'interdit qui allait porter le trouble la cité, devenir une arme aux mains des mécon- ; la spoliation à l'étranger, trop agréable à la cupiles princes pour n'être pas pieusement exécutée', mbassadeurs ne s'y trompèrent point. Au sortir du stoire, Donato Barbadori en appela au Christ comme ige suprême^. Mais c'était peu de protester à la :u ciel ; il fallait protester aussi à la face de la terre, I notaire n'osait rédiger l'acte. A force de chercher, 1 découvrit un, originaire du Piémont; encore -t-il payer cher son audace : traqué par les gens ise, chassé d'Avignon et de partout, il ne trouva e qu'à Florence, où on le fît citoyen*, irence apprit par sa ruine le poids des colères » : six cents et plus de ses marchands étaient

tk. stor., loc. cit., doc. 199.

Sic quod pœnales eorum fletus cédant perpetuo ipsorum posteris ad

OQ. » (Ann, eccl, 1376, § 5, t. XXVI, p. 280.)

rch. de Coppo, IX, 754.

omirato, XIII, 698; Poggio Bracc, R. I. S., XX, 233. Le doc. 198

nne le fait, mais sans dire celui des orateurs qui fit entendre Fex-

ic. 198; Anunirato le jeune, XIII, 698.

124 MARCHANDS FLORENTINS PERSÉCUTÉS. (An. 1376)

chassés d'Avignon. Haïs comme usuriers, persécutés à régal des Juifs, victimes des pirateries sur mer et des confiscations sur terre hors de l'Italie*, ils ne reprenaient qu'en Italie leur revanche, mais du moins ils Tj reprenaient entière. Galeotto Mala testa y était seul dévoué au Saint-Siège, et ne pouvait tenir tête à la ligue'. Les légats n'ayant ni les talents d'Albornoz, ni ses ressources pour payer les mercenaires, Hawkwood ne travaillait que pour lui. S'il mettait Faenza à feu et à sang pour plaire à l'évéque d'Ostie, il vendait au marquis d'Esle la ville rebelle, et il empochait quarante mille florios'. Les Huit pouvaient donc braver et ils bravaient la tempête. Le 12 avril, avant que les ambassadeurs fussent revenus d'Avignon*, ils nommaient capitaine général pour trois mois Ridolfo de Varano, qu'ils avaient déjà vu à l'œuvre*, qu'ils chargeaient de procurer le malel la mort des mauvais pasteurs*. Une provision rendue sur l'initiative de la seigneurie défendait à tous ofOciers

* Neri de Donato cl Cron, Pw., R. I. S., XV, 248, 1070 ; Poggio Bracc., R. I. S., XX, 255. Le 2 mai, Grégoire XI fait armer k Marseille deux g^' 1ères qui, le 20, s*emparent d'un navire contenant des laines françaises appartenant à des Florentins et des marchandises milanaises, ce qui donn^ aux Huit un motif de pou.^'ser Bernabô à des démonstrations belliqueuses- Voy. Diario (TanonimOj p. 508, et note 3 de Gberardi, et Ardi, stor-* loc. cit., p. 264, doc. 251,255.

* Voy. Amiani, Memorie storiche di Fano, p. 296-300. Fane, i751, ci Gherardi, La guerra dei Fior,, p. 70.

' Aux derniers jours de mars. Cron. Bol,, R. I. S., XVIU, 50i. Muratori* Antich, Estensi^ II, 140, dit 20 m. fl. et ajoute : « D'autres disent 60. t L'acquéreur ne garda pas Faenza. Trois mois plus tard, Astorre Manfredi* aidé de Bernabô et des Florentins, s'en emparait par trahison. (Croit. £<<.« R. l S., \V, 501 ; MuraloH, i4wn.,i577; Anlich.Eêt,, II, 149.)

^ Ils n'en devaient revenir que le 5 mai. Diario d^anonimOf p. 306.

* Arch. itor.j 5* sér., t. VllI, parL 1, p. 205. Ridolfo devait entrer eH charge le 16 mai. Sur les services antérieurs de Ridolfo, voy. plus bauU p. 25, 26, 29, 76.

^ « A maie e morte de' mali pastori. )) (Diario d^anonimOj p. 306.)

iH. 1376) LES HUIT SAINTS PROROGÉS. 125

c procéder contre les personnes condamnées par le pape, ous peine d^élre privés de leur emploi et d'avoir la tète ^upée^ Une autre accordait aux Huit Saints honneurs ^ récompenses*. Le 30 avril, veille du jour où ils délient sortir de charge, on remit à chacun, en grande ompe, deux tasses et une coupe en argent, douze cuillers t un couteau valant cent florins. On leur conféra la ignité de chevaliers, avec le droit de porter toutes rmes, eux et leurs descendants, et d'y graver, ainsi que ur un bouclier et une bannière qui leur furent offerts, s mot de liberté \ Bien plus, une décision brusquenent prise les confirmait, dès le lendemain, dans leur )alie, pour continuer virilement la guerre*.

C'était la première manifestation d'une volonté persistante qui devait les proroger de terme en terme pendant dix-huit mois encore*, et assurer à la politique florentine cet esprit de suite auquel se prêtaient mal de trop démocratiques institutions. Les opposants sont exclus

* 22, 23 airriL c Sub pena amputationis capitis et privalioois ofticii quam incurratipso facto et privationis salarii. » (Ibid,^ p. 260, doc. 207.)

* 19. 22, 23 avril. Ibid., doc. 208.

^ Filippo Rinuccini, Ricordi slorici, p. 34; Gherardi, La guerra dei ^wr., p. 81 et note 2 ; Diario d'anonimo, p. 307 ; Diario del Monaldi, p. 334; Cron. d'incerto, p. 283; Ammirato, XUI, 698.

* « Et quod Octo prosequantur viriliter incepta. » (Consulte e pratiche^ <i«i8 Gherardi, La guerra dei F ior,, p. 75, n. 1.)

* Le fait de leur maintien en charge n'est pas douteux, quoiqu*on ne le tnmTe expressément énoncé ni dans les documents ni dans les auteurs, ^hionne parle d'eux comme faisant des actes publics avant la date du 12 juillet, où Ton trouve qu'ils furent confirmés (doc. 282 ; Monaldi, p. 334 ; Boninicgni, p. 58u) à partir du jour où finira leur balle. Le 14 juin, il est t^itdans les conseils : € Quod hortentur Octo balie ad conduccndum, etc. » {(Consulte e pratiche, XVI, 52.) Ils furent confirmés ensuite de six mois en «X mois. (29 et 30 ocl. 1576, 4 et 6 juillet 1377, 14 et 15 octobre 1377. ^. 516, 564, 378.) 11 est clair qu'on n'attendait pas Texpiration de leurs pouvoirs pour les renouveler. C'est ce qui explique la date d'octobre, donnée aussi par Ammirato le jeune (Xlll, 702), et même celle de juillet.

126 LES CAPITALES DE LA PARTE (Ah. i376)

des conseils ou y gardent le silence, s'ils n'y sont les premiers à prêcher l'énergie. Une ligue de cinq ans c et pas davantage » avec les rois de Hongrie, de Pologne et tous autres *, est négociée pour contrecarrer les négociations du pape avec Galeazzo, les seigneurs de Lombardie, les princes étrangers*, Tempereur '. On met à prix la tête de Gomez Albornoz, tyran d'Ascoli, on offre de prendre à la solde de la commune non seulement de gros œndottierij comme Hawkwood, mais encore les moindres, chefs de trois lances, par exemple, et de deux fantassins\ Chose étrange, toutefois! S'il n'osait parler de paix, le parti de la paix se maintenait compacte et se faisait craindre. Guettant l'heure de dévoiler leurs sentiments, les capitaines de la parte, d'accord avec les Albizzi, poursuivaient leurs ennemis par Vammonizione, et les Huit Saints, si puissants pour la guerre, étaient contre eux sans puissance. Les citoyens « crevaient de peur*, * mais ils disaient: c Vous faites bienl » car les plus guelfes pouvaient être frappés. Le moyen de passer pour € guelfissime, * c'était « d'aboyer sur les places et dans les palais. » Quand les capitaines traversaient la rue, plus de gens ôtaient leur capuchon ou leur barrelte qu'on ne faisait pour les seigneurs *. c Celte teigne maudite de Vammonizionej écrit Marchionne de Coppo, rongeait à tort et à travers, chaque jour davantage. On

* 24 avril. Arch, slor., loc. cit., p. 261, doc. 209.

* Doc. 167, 172, 179, 182, 183, 189, 191, 192. Gherardi, La guerra dei Fior., p. 75.

' Doc. 189. On n^a en ce genre qu'une lettre de l'empereur, mais on a les réponses des Florentins, qui permettent d'affirmer qu'il y en eut d'autres sur ce sujet (Gherardi, loc, ât,, p. 80, n. 7).

* 25 avril. Arch. slor., loc. cit., p. 261, doc. 212.

'^ « Di ci6 crepavanoe tutto per paura. » (Mardi, de Coppo, IX, 755.)

* Ibid.

(Ai. i376) POUSSENT A U PAIX. 127

commençait à dire hautement que les hommes de la balie gâtaient Florence et repoussaient la paix; que Florence n'en pouvait plus, et qu'il n'y avait d'autre remède que Vammonizione. On pressait les capitaines d'y recourir. Avaient-ils condamné un citoyen, celuici, descendant l'escalier du palais de la parte y trouvait au seuil une bande de jeunes gens qui l'accompagnaient de leurs murmures, de leurs grimaces, jusqu'à sa demeure, lui criant aux oreilles : — Va maintenant faire la guerre à l'Église*. — La publication de l'interdit (H mai)* venait, par surcroît, porter le trouble dans les consciences timorées. On voyait l'évêque, un Ricasoli, déserter son siège. II y tenait beaucoup, cependant, car, pour ne le point perdre, le jour où une loi en écartait, comme de celui de Fiesole, tout Florentin', il avait changé ses armes et abandonné le nom de sa famille pour le nom étranger de Serafini. Son sacrifice n'en pai^issait donc que plus significatif, et, aux yeux de certains, plus méritoire \ Les amis de la parte et de l'Église l'en félicitaient hautement. C'était, par voie indirecte, faire de l'opposition aux Huit Saints.

N'osant soufQer mot contre les capitaines, c^est contre

' March. de Coppo, IX, 765. Cet auteur ajoute : c E peggio gli parea lo scorno che il danno. » Cf. Ammiralo, XIII, 709.

* Diario d'anonimo, p. 308; Ser Naddo, De/., XYIII, 4. Pise était frappée en même temps, à cause des Gambacorti, amis des Florentins qui y commandaient. Voy. Cron,Pis,, R. I. S., XV, 1071.

* Voy. plus haut, p. 107.

* Sainte Catherine de Sienne le félicite de sa soumission à TÉglise. Lettre 242. Ed. Tomm., IV, 529. Sur le fait du changement de nom et d*armes,Yoy. L.delMigliore, et Tommaseo, Lettres de Cath.,11, 139, n.2. Ughelli (111,150) dit que Ricasoli administra Téglise de Florence jusqu'en 1383. 11 ne lient pas compte de son éclipse et des faits qui s*y rattachent. En 1383, il fut appelé en jugement à Rome par ses ennemis, pensa être condamné, et fut transféré à Faenza, puis à Ârezzo.

las DÉMONSTRATIONS FLORENTINES (An. 1576)

les prêtres qu^exhalail sa fureur une population acharnée à la guerre. « Il faudrait les brûler, ces loups rapaces! » s'écrie un chroniqueur, un contemporain \ Apprend-il que Grégoire XI est arrivé à Porto-Lungone, ce vœu s'échappe de son cœur irrévérencieux : « Pùisset-il s'y noyer *! » Les Huit appellent le pape « pêcheur d'hommes dans les armes et œuvres de Satan '. » Mais on distinguait soigneusement la religion de ses ministres. « Dans la ville et le contado^ dit notre chroniqueur, habitant d'Oltrarno, qui écrit au jour le jour, l'on s'abstient de chanter la messe, de nous donner le corps du Christ. Nous ne l'en voyons pas moins de cœur, et Dieu sait que nous ne sommes ni sarrasins ni païens. Nous sommes et serons vrais chrétiens, élus de Dieu. Amen * . »

Cette foi sincère exagérait ses démonstrations, spirituelle réponse à l'interdit. Tous les soirs, aux églises, on prêchait, on priait, on chantait des laudes, et il y avait affluence. Partout des cierges, à tout instant des processions, où plus de vingt mille personnes suivaient les saintes reliques en psalmodiant à tue-tête. Nombre de jeunes gens riches, jusqu'alors peu zélés, se déclaraient convertis, se retiraient ensemble à Fiesole, prodiguaient les aumônes, couchaient sur la paille, sur la terre nue, convertissaient les pécheresses, les emmenaient sur la montagne. Si la piété, comme dit Marchionne, était cent

* « Vorrebbesi ardere loro, lupi rapaci! > (Diario cfanonimo^ p. 310.)

* 24 novembre. « Cosi poss' cgii affogare ! » (Ibid., p. 525.)

' « In arinis et in operibus Sathane piscator hominum. » 26 mai. I^es Huit à Bernabô. Arch, stor,^ loc. cit., p. 264, doc. 231.

^ Diario d'anonimo, p. 308. L^auleur lui-même dit qu*il était d'Oltrarno : a Si feciono di qua d'Oltrarno, a guardia di noi (p. 360). > G'étail un bon et bonnétc citoyen, ennemi de tout désordre*

(An. 1570) CONTRE LE S\IM-SIÈGE. 129

fois plus vive qu'auparavant S on voyait bien l'intention d'humilier le pape en se montrant plus dévots que lui*.

Celait, d'ailleurs, lui forcer la main pour la levée de l'interdit. S'y refuserait-il? On trouverait, à le lui avoir demandé, l'avantage de le mettre dans son tort, sans compter celui de donner satisfaction aux fervents, et de marquera peu de frais un certain esprit de conciliation, de soumission \ Les Huit chargèrent de leur requête une jeune fille, alors en odeur de sainteté, dont on a lu deux fois le nom précédemment. Agée de vingt-neuf ans, fille du teinturier JacopoBenencasa, Catherine de Sienne* passait pour écrire à merveille en langue vulgaire*. Des extases où son corps devenait insensible* paraissaient aux peuples une preuve qu'elle recevait les illuminations d'en haut. Grégoire XI partageait ce sentiment : sans croire aux lumières personnelles delà femme, il la jugeait

* March. de Goppo, IX, 757 ; Cron. d'incerto, p. 288. Ce dernier auleur confond ces démonslrations avec celles de même nature qui eurent lieu Tannée suivante.

* « Erd questa cosa si dilatata che ben parea che volessero vincerc e auniiliare il papa, e che volieno essere ubbidienti alla Chiesa. » (Narch. de Coppo, IX, 757.)

^ Tommaseo a bien compris que tel était le but des Huit. Yoy. Lettres de S. Cath., t. III, p. 278, note.

* Elle était née en 1347. Voy. Capecelatro, I, 4.

^ Narch. de Coppo, IX, 773. Voy. la vie de Catherine pnr Fra Raimondo de Capoue, son confesseur, éditée par Girolamo Giglio ; celle déjà citée du P. Capecelatro et Tétude mise par Tommaseo en tcte de l'édition des lettres de la sainte.

c Un certain Stefani Macconi, qui a écrit la légende de Catherine (Lettre à la suite de ses œuvres), parle en témoin oculaire d'une dame d'Avignon qui aurait enfoncé une aiguille dans les pieds de la Siennoise en prière extatique, sans qu'elle s'en aperçût, quoique le sang coulât et qu'ensuite elle pût à peine marcher. Voy. Capecelatro, I, 17G. Catherine aurait-cUe été hystérique? Voy. dans la Revtte des Deux Mondes, 15 janvier i 880, le curieux travail de M. Ch. Richet, Les Démoniaques d* aujourd'hui.

HIST. DE FLORBHCE. — V U

130 AMBASSADEURS FLORENTINS (An. 137G)

propre à transmettre celles du ciel. — Ce n'est pas un conseil que je te demande, lui disait-il un jour, c'est la volonté de Dieu*. — Plus sceptiques, les prélats d'Avignon doutaient des rapports de Catherine avec la divinité, et même de sa vertu *.

Ce qu'en pensaient les Huit, on ne saurait le dire ; mais, tout en usant de son crédit, ils suspectaient assez sa compétence pour la faire suivre de trois ambassadeurs, dont le chef, Pazzino Strozzi, avait vu ses marchandises pillées par les galères de l'Église'. Le but était donc profane et mercantile, tout autant que sacré *. Sur la paix, cependant, les instructions restaient muettes, car les Huit demandaient à Bernabô ce que devraient faire les ambassadeurs, si par hasard la curie leur en parlait \ Ils ne reçurent que plus tard des ordres sur ce point ®.

Catherine était arrivée le 28 juin en terre d'Avignon ' . Vingt-deux disciples l'accompagnaient *, escorte quelque peu compromettante pour une fille de son âge. Aussi l'entourage pontifical ne lui épargna-t-il pas les méchants propos. Dans ses audiences, son confesseur, Fra Raimondo de Capoue, traduisait au pape, en latin, les paroles qu'elle prononçait en toscan vulgaire ^ : ces pontifes français du Comtat ignoraient entièrement la langue de leur ancien siège. Que sa mission fût tout officieuse

* Gapecelatro, I, 216.

« Ibid,, p. 17G.

3 Yoy. plus haut, p. 124, note 1.

* 10 el 20 mai. Doc. 220, 250. Couflrinalion le 51 mai. l)oc. 256.

^ Sincèrement ou non, Bernabô répondait qu'il agréerait tout accomuiO' dément qui ne dévasterait pas l'Italie. Doc. 22i, 228.

« 5-5 juillet. Yoy. Doc. 275, p. 271, et Diario (TanonimOf p. 500.

^ Lettre 250. Touun., 111, 285. Cette lettre, une des rares qui soit datées, porte la date du 28 juin 1576.

* Capecelatro, 1, 164. — • Ibid,, p. 166.

(An. 1376) EN COUR D'AVIGNON. 151

cl seulement préparatoire, l'ardente Siennoise le savait*; mais encore convenait-il qu'elle ne fût pas désavouée. Or, on la voit se plaindre aux Huit de ce qu'ils la font paraître menteuse *, de ce qu'ils « gâtent sa semence » par de nouvelles taxes sur les ecclésiastiques *. Les ambassadeurs, partis en même temps que ceux qu'on envoyait au roi de France *, eussent fait une plus utile besogne, si on les eût écoutés. Maïs c'est à peine s'ils avaient obtenu un sauf-conduit, s'ils ne furent pas maltraités*. Leurs conférences avec Bertrand de Chanac, archevêque de Bourges, et avec Pierre d'Orgemont, évoque de Térouanne •, n'eurent pas plus de succès^ que les lettres dont la seigneurie poursuivait ces prélats •. Le vicomte de Turenne, frère du pape, faisait obstacle aux négociations, pour devenir par la guerre seigneur de Florence •. Tel est du moins le but que lui prêtaient les Florentins. Rentrés dans leur patrie le 22 septembre, les ambassadeurs rapportaient des paroles de Grégoire fort peu conciliantes. On aurait la paix, disait-il, quand il serait à Rome**. Et un autre jour : — Ou je dé-

' Caftecelatro (I, 168| 171, note 2) donne les textes.

« Lettre 230. Ed. Tomm., III, 280.

' • lo mi lagno fortemente di Toi se egli è vero quelle che di qua si dice, cioè che Toi abbiate posta la presta ai chierici.... Voi con le Tostre preste e noTelle m*andate guastando ci6 che si semina. » (Ibid.j p. 281, 285.)

* Ils étaient partis le 2 juin, et Tambassade au roi de France le 3. Cette dernière était imputée devoir durer 120 jours. 960 fl. d'or étaient alloués pour les salaires (21 mai. Reg. délie delib. degli oiio di haliay p. 86. Note 1 de Gherardi k la p. 309 du Diario d'anonimo). Ces ambassadeurs étaient Nofri des Rossi et Donato Barbadori (Doc. 237, p. 265).

* March. de Coppo, IX, 759. < Plus tard de Boulogne.

^ « Poco profetto fcciono. » (March. de Coppo, IX, 759.) « Non credo che il jKipa ci faccia troppo a piacere. » (Diario d'anonimo^ p. 313.) » Sign, cari, mws., t. XVII, p. 57 t*, 64 y\ 9 March. de Coppo, IX, 759. — *® Cron. dCincerto, p. 287.

l.Vi UV COMI»A(;iMK DKS BIŒTO.NS (Ax. 13711)

Iruinii Florence, ou Florence détruira la sainte Église*. — Vaine et puérile menace! L'histoire est pleine de ces mots tranchants qui engagent et compromettent tous c(îux qui les hasardent, mais dont on n'apprécie que par l'événement le peu de sagesse.

En tout cas, les Florentins étaient avertis, et ils n'avaient plus qu'à se défendre, qu'à t mettre dans la lutte leur avoir et leurs personnes, jusqu'à l'âme et à Dieu*. » Depuis longtemps dcrjà, le souverain pontife préparait l'attaque. Loin d'écouter Catherine et Pétrarque, qui lui conseillaient de venir en Italie sans armes, le crucifix aux mains ^, vrai moyen, disait la sainte fille, d'ol)tenir que « les grands loups redevinssent agneaux *, • il avait envoyé en Italie deux nouveaux légats, Francesco Tebaldeschi, cardinal de Sainte-Sabine, pour la légation de Rome, la Campanie, la Maremme, le Patrimoine, le duché de Spolète ; Robert de Genève, cardinal des Douze Apôtres, pour la Romagne et la Marche d'Ancône *. Ce dernier, malgré sa robe, était capitaine général d'une compagnie ® dite des Bretons, mais où les Gascons dominaient, et que ses chefs ^ avaient conduite au pays d'Avignon, le jour 011 la trêve entre le prince deGalles et le

< « 0 io disfarè al lullo Firenzc, o Fircnzc disfarobbe la sanla Cbicsa. » {Diario d'anonimo^ p. 5^5.)

* Ibid.

•» LcUre de s.Calh., 229. Ed. Tomin.. UI, 278. Voy. le texte, avec l'indication de celui de Pétrarque dans G. Gapponi, 1, 291, note.

* Leltre 229, p. 278.

» Ann, eccL^ 1370, § 8, 1. XXVI, p. 281. Uobirt de Genève partait pour ritulie le 27 mai, avant incnie que les ambassadeurs florentins se missent en roule pour A\ignoii.

« Capecelatro, I, 165; Gherardi, La guerra dei Fior,, p. 83.

" Silveslre de Bude, Jean Malestroil, Bernard de la Salle, un des vainqueurs dans cette cêlcbre journée «le Briguais (1301) qui avait redouMc rcITroi cauijé par les conq»agnics. Voy. Uicolti, 11, 100; 11. Marlin, V, 255.

(An. 1576) AU SERVICE DE L'ÉGLISE. 153

roi très chrélien (juin 1375) ôtait tout prétexte à piller le plantureux, mais trop dévasié royaume de France. Quoique renommés pour leurs rapines et leurs cruautés, Grégoire XI avait pris ces avenluriers à sa solde. Eux, avec une jactance toute gasconne, ils lui avaient promis d'être à Florence pour la Saint-Jean prochaine, c'est-àdire en moins d'un mois. Sur une plaque de plâtre, ils avaient un plan en relief de cette ville; ils Téludiaient en disant : — Ici, nous ferons la forteresse; ici, l'hôtel du vicomte *. — Leur objectait-on que ce n'était pas une place où Ton pénétrât de vive force? — Si le soleil y entre, répondaient-ils, nous y entrerons bien, nous aussi* !

Leurs propos, comme leur approche, semblaient aux légals un gage de victoire. Gomez Albornoz, qui commandait pour l'Église dans la Marche, faisait fabriquer une bannière blanche, où se lisaient ces mots fanfarons : Ahora se vedras que pnede mas, o los Berton o libellas^. A son entrée dans Asti, la menaçante compagnie ne comptait pas moins, suivant les auteurs, de huit mille hommes; on en portait même le chiffre à douze*. C'est la seigneurie florentine, toujours rapidement informée, qui avertissait Bernabô de leur voisinage, en l'invitant à leur refuser passage dans ses Ëtats^. La chose était d'importance pour gagner du temps, car la République n'avait encore ni soldats ni capitaine. Nommé le 12 avril,

* Le vicomte de Turenne, frère du pape, dont il vient d*ètre question h la p. 151.

* March. deCoppo, IX, 759; Sozomène, R. I. S., XVl, 4096 ; Àmmirato, Xlll, «95.

' On verra maintenant qui peut le plus, les Bretons ou la liberté. (Andréa Gataro. Chron, Patavinum, R. I. S., XVII, 220.)

* 8000 selon Cron. d'incerio, p. 284; 40000 selon Poggio (R. I. S., XX, 227); 12000 selon Ricotti (II, 160).

* 4 juin, Arch, stor.y lue. cit , p. 265. Doc. 258.

454 LES HUIT SAINTS DISSOLVENT (ks. 1576)

Ridolfo de Camerino se faisait attendre*, et Ton pouvait craindre que les villes révoltées contre l'Église ne fissent leur soumission.

C*est alors qu'il fait bon voir les Huit à l'œuvre. Ils font face à tout à la fois. Ils somment Ridolfo de faire diligence et d'amener avec lui des gens d'armes en nombre*. Ils obtiennent une trêve d'un mois de Galeotlo Malatesta, qui espérait tout des combats'. Pour maintenir en Lombardie le théâtre de la lutte\ pour séparer d'Hawkwood les Bretons*, ils subissent les exigences inacceptables de l'Anglais', ils lui promettent l'oubli des injures, des maux passés', et, ce qu'il prisait davantage, le maintien, sa vie durant, de cette provision annuelle qu'on lui avait votée pour la durée seulement de son séjour en Italie^

En apprenant comment la République payait ses amis, les Bretons inclinaient, eux aussi, à préférer sa solde sûre à celle de ^Église^ Leurs offres étaient connues ; mais, pour les accepter, il fallait l'assentiment des con-

* March. de Coppo, IX, 760. Voy. plus haut, p. 124, n. 5.

* 20 juin. Arch. slor,, loc. cit., p. 267. Doc. 252.

' Doc. 252. Voy. plus de détails sur les relations de Florence avec les amis de TÉglise dans Gherardi, La guerra dei Fior., p. 84.

^ « Fiat potius defensio in Lombardia vel in territorio Bononiensiuin quam in Tuscia. » {Consulte e pratichCy XVI, 52.)

» 14, 20 juin. (Ibid.)

' f Quia res omnes denegabiles postulant et nos in intolerabiles sumptus inducunt. » (17 juin. Arch, stor., loc. cit., p. 266. Doc. 246.) « Quod fiât quicquid fieri potest quod babeatur concoixiia cum D. J. Ilaucud.... Quod omnino per omnem modum babeatur brigata Ânglicorum. » (20 juin, Coniulte e pratiche, XVI, 52 v^)

^ 20 juin. Arch, stor.y loc. cit., p. 267. Doc. 250.

* 10 juillet. Ibid,, p. 271, doc. 278. Ce privilège fut confirmé quinze ans plus tard. Doc. 415.

* Les Huit écrivent à Bernabd qu*on pourra pcutrélre s'accorder avec les Bretons, « qui se offerunl ad stipendia nostra venturos. » (20 juin. Ibid, Doc. 251.)

(An. i376) LES ACCORDS DES ENNEMIS. 135

seils, et les conseils, en prolongeant leurs délibérations quelques jours*, laissent échapper Toccasion. Perdant patience, les Bretons avancent, sans que Bernabô, hésitant à rompre avec le Saint-Siège, leur dispute le passage. Les Anglais s'accordent avec eux ; Bologne est sollicitée de suivre cet exemple*; les princes étrangers poursuivent de leurs observations, de leurs menaces, le peuple audacieux qui s'obstine dans une guerre sacrilège'. Tout semble perdu, et, de fait, rien n'est perdu. Andréa Salvîati, un des Huit, part pour Milan ; il arrache à Bernabô la promesse d'engager cinq cents Bretons, à frais communs avec Florence, d'opposer aux autres des gens du duc de Bavière et du duc d'Autriche, d'envoyer en Toscane des mercenaires nombreux*. En même temps les alliés sont rappelés au devoir*. Ridolfo, enfin arrivé', part avec huit cents lances pour Bologne, dont la corruption et la force ébranlaient la fidélité (16 juillet)'.

* fl Quod habeatur concordia.... cum Britonibus. » (20 juin. Consulte e pratiche, XVI, 52 ▼*.) Lapo de Casliglionchio (21 juin) : « Quod circa omnia providcant tamquam si D. J. Haucud debeat nobis esse contrarius. » (Ibid., p. 53 ▼•.) FilipfK) Corsini (23 juin) : a Et quod omnino non sperenl in verbis D. J. Ilaucud. • (Ihid,, p. 55 v**.) Les consulte des jours suivants sont encore pleines de ces affaires.

« 22-23 juin. Arch. stor,, loc. cit., p. 268. Doc. 259, 260, 261, 262.

^ A Enrique H le Magnifique, roi de Caslille et de Léon, la seigneurie répond en s'étonnant de ses menaces ; elle énumëre les services qu*eUe a rendus à TÉglise et les offenses qu'elle en a reçues (29 juin. Ihid., p. 270. Doc. 268). Le 12 juillet, on Tin vite à se porter médiateur, s'il tient tant à la paix, et on se plaint que les marchandises florentines aient été volées dans son royaume (Ihid.^ p. 272. Doc. 281).

* 22-23 juin. Arch. sior., loc. cit. Doc. 259, 260, 264. — 246, 251, 267, 271, 275.

» Doc. 261,265.

« Le 7 juillet, la seigneurie écrit à Bcmabè que Ridolfo entrera à Florence le lendemain (Ibid., p. 271 , doc. 275). Le Diario d'anonimo (p. 310) et March. de Coppo (K, 760) disent qu'il arriva le 10, et la Cron. d'incerto (p. 284) le 14.

^ Voy. sur ces promesses les doc. 247 et 262, datés de la seconde moitié

130 IH)LIT1QUE DES HUIT SAINTS. (As. 1576)

En tout, les Huit Saints disposaient de deux mille lances, et les trois cents de Lutz de Landau envoyées par Yisconti* ne pouvaient, à cause de sa trêve avec l'Église, être employées qu'à la garde des villes*. 11 fallait pourtant assiéger Gomez Albornoz dans Ascoli, faire campagne dans le duché de Spolète, comme dans le Patrimoine'. Le sentiment public exigeait donc qu'on dégarnit les provinces pontificales, pour mieux secourir Bologne; mais les Huit croient qu'il faut tenir l'ennemi loin de Florence, et que de la liberté d'Ascoli dépend celle de la Marche* : c'est pourquoi ils ne feront aucune concession ; ils continueront à disséminer leurs faibles troupes, pour envoyer partout des secours*. Ils maintiennent une ferme discipline et châtient l'opposition active : ils font pendre au gibet un capitaine suspect de trahison^ ; ils condamnent dans sa personne, dans ses biens, l'évêque de Pesaro, avec ses parents jusqu'au troisième degré, pour s'être rendu au camp des Bretons, pour y avoir parlé des Florentins comme hérétiques et excommuniés^; ils prohibent les réunions des religieux

de juin. — Sur le chiffre des forces envoyées, Cron, Bol.^ R. I. S., XVIII,

* Sign, cari, mùs,^ XV, 76, note 2 de Gherardî à la p. 311 du Diario iTanonimo. Un doc. du 3 septembre monlre la commune payant à un aubergiste 39 florins pour le logement et Tentrctien de LuU. Voy. le texte dans Ricotti, U, 154.

* Neri de Donato, R. I. S.. XV, 240; March. de Coppo, IX, 760,

* March. de Coppo, IX, 760.

* Doc. 296.

» Doc. 253, 254, 255, 263, etc. dherardi, La guerra dei Fior., p. 87.

' C'est ce qu'ils firent pour un capitaine génois qui voulait livrer à Hawkwood le château de Granajuolo en Romagne. Voy. Diario (Tanonimo, p. 310, et note 4 de Gherardi. — Le 16 septembre, on eiécute un traître qui avait livré le château de CastcUeone aux Ubaldini (Ibid., p. 323).

' Diario d'anonimOj p. 311 ; Sozomène, R. I. S., XVI, 1098 ; Boninsegni, p. 572. — Cet cvèque, nommé Angelo de Bibbiena, fut, en 1381, privé de

(Ak. 1376) LE CARDINAL DE GENÈVE. 157

dans leurs églises, où se pouvaient nouer et cacher des conjurations*.

Cependant, contre les Bretons en marche, les passages de TApennin fortiliés et gardes n'inspiraient qu'une médiocre confiance. Les contadini avaient reçu ordre de se retirer dans les châteaux, avec leur bétail et leurs récoltes. On savait redoutable ce Robert de Genève, ce cardinal boiteux, aussi laid d'âme que de corps*, — c homme du diable, » dit le chroniqueur bolonais, « plus bourreau que légat, » ajoute Tannaliste de TÉglise*. On venait de le voir, tout en écrivant aux Florentins qu'il n'était venu que pour la paix\ passer au ûl de Tépée, pour terrifier Bologne, les habitants de Montegiorgio âgés de plus de six ans*. Il ne terrifiait pas pourtant Ridoifo de Camerino. Enfermé dans Bologne, entre le féroce cardinal et la faction remuante qui voulait rappeler les Pepoli, Ridoifo ne bougeait, et comme Robert lui en faisait honte : — Je ne sors point, répondait-il, pour que vous n'entriez pas*.

C'était le plus sûr. Ayant échoué par la terreur, le

son évêché par Urbain YI, pour avoir adhéré à Tantipape Clémenl (Gherardi, préf. au Diario, p. 227).

» Poggio Bracc. R. L S., XX, 233; Ammirato, XIU, 599.

* Ricolti, U, 161.

5 f Uomo del diavolo. » (Cron, BoL, R.I. S., XVUI, 505.) — « Caniiiicis quam legati aposlolici munere digniorem. » (Ann^eccL, 1376, § 10, t. XXVI, p. 283.)

* Arch. slor., loc. cit. Doc. 276. Les Huit lui répondent que Florence est reconnaissante de sa bienveillance, mais qu'elle ne peut poser les armes, tant qu'il s*agit de défendre sa liberté. (Ibid,)

' Ammirato, XIII, 699, 700. Ce château était situé à 12 milles de Bologne.

6 Cron, BoL, R. I. S., XVIII, 504; Sozomènc, R. 1. S., XVI. 1099; Poggio, R. 1. S., XX, 235; Ammirato, XIII, 701. Ce dernier l'apporte longuement rhistoire d*un défi singulier où un Florentin et un Siennois Iriomphèr(>nt de deux Bretons. Le fait se trouve mentionné aussi dans Diario d'anonimo, p. 313, et Malavolti, 1. VIII, part. II, f* 143 v\

138 BOLOGNE RÉSISTE A L'ÉGUSE. (An. 1576)

monstre mitre joua la mansuétude. Il offrit aux Bolonais, pour prix de leur soumission tant désirée, le pardon de rÉglise. Mais ici encore il rencontrait Florence et ses représentants. La République en entretenait deux à Bologne, les changeait de temps à autreS et pesait par eux sur l'élection des magistrats*. Si c'était marquer peu de respect pour l'indépendance et la liberté d'une alliée, ces biens, chimériques en temps de crise, ne pouvaient que par la victoire devenir une réalité : la sujétion au Saint-Siège eût ramené la servitude. Un conseil populaire, tenu en présence d'Alamanno Cavicciuli et de Marchionne de Coppo, ambassadeui^ de Florence^, répondit fièrement que les Bolonais voulaient vivre en liberté, être amis et frères des Florentins. Le cardinal en fut au comble de la fureur. — Je n'aurai de contentement, s'écriait-il, qu'après m'être lavé mains et pieds dans le sang desBolonais\

Il l'eût fait comme il le disait; mais la victoire n'était pas à ses ordres. Bologne sur ses gardes exilait ou décapitait ceux de ses citoyens qui conjuraient en sa faveur et en faveur des Pepoli\ Les portes restaient fermées, cl le territoire florentin était moins accessible que, des deux parts, on ne l'avait supposé*. Les Bretons ne pouvaient étendre leurs mains crochues que sur des localités pauvres et sans défense dans la Marche et la Romagne.

* Cron, (Tincerto, p. 284.

« Arch. stor,, loc. cil. Doc. 269, 285, 294, 295, 299. 5 Gherardi, La guerra dei Fior., p. 91.

* Cron. d'incerto, p. 285 ; Poggio, R. I. S., XX, 255 ; Sozomènc, R. I. S.. XVI, 1099.

* Cron. d'incertOy p. 285; Diario d'anonimOj p. 314; Cron. Bol., R. I. s., XVm, 507; March. de Coppo, IX, 763; Sozoraène, R. I. S , XVI, 1099; Ammirato, XllI, 701.

® Cron. d'incerto, p. 285. Ammirato (XIII, 701) prétend que Florence

(An. 1376) GRÉGOIRE XI PART POUR L'ITALIE. 139

Dépités d'un butin misérable, ils brûlaient tout, enlevaient femmes et filles, passaient au fil de l'épée jusqu'aux enfants à la mamelle. Quand un de ces bourreaux présentait au légat son fer rouge de sang, le légat bénissait le fer, absolvait le meurtrier, et lui faisait d'autant plus fête qu^il avait tué plus d'ennemis ^

Grégoire XI, s'il eût aimé le sang, pouvait bénir ses serviteurs; mais il préférait le triomphe et se lassait de Tattcndre. Il résolut de partir pour l'Italie. Depuis longtemps il y pensait % sans oser mettre à exécution son dessein. Ne disait-H)n pas que, pour avoir tenté ce voyage, Urbain V avait péri par le poison'? Sur vingt-six cardinaux dont se composait le Sacré-Collège, vingt et un, nés Français, faisaient chorus avec le roi de France et les sires des fleurs de lis pour empêcher le départ. — Père saint, disait le duc d'Anjou, vous allez en pays et entre gens où vous êtes petitement aimé, et laissez la fontaine de la foi et le royaume où l'Église a plus de voix et d'excellence qu'en tout le monde*. — Ces conseils, que ne savait pas repousser sa naturelle timidité, et l'ardent désir de réconcilier la France avec l'Angleterre, pour les armer contre les infidèles% avaient longtemps retenu le

aTait trouvé moyen de corrompre les deux chefs bretons, Jean Malestroit et François de Bude.

* Cron. BoL, R. I. S., XVUI, 505; Ghirardacci, 1. XXV, t. U, p. 551. « Ann, eccL, 1375, § 3, t. XXVI, p. 262. Brefs à Piero Gambacorli et

au doge de Venise, dans Theiner, H, 564, 570.

^ S. Anlonini Chronicorum OpuSy t. III, lit. 22, Lyon, 1587; Capecelati-o, I, 205.

* Froissart, 1. H, t. II, p. 21, éd. du Panth. litt. Le 5 septembre, la seigneurie remerciait le roi de France d*aToir écouté la dispute entre les orateurs florentins et un nonce du pape sur le procès fait à la République, et d*en avoir suspendu la publication dans son royaume (Arch. slor.^ loc. cit., p. 275. Doc. 300).

» Vof. Ann. eccL, 1375, § 22, t. XXVI, p. 371.

140 PROPOSITIONS DU TAPE. (An. 1576)

pontife en terre d'Avignon; mais, à la fin, ses intérêts personnels, comme les pressantes instances de Pétrarque et de Catherine, remportèrent dans son esprit*. Il s'éloignait le 8 septembre*, malgré son père qui, les yeux pleins de larmes, essayait de le retenir au seuil de son palais'^.

Les lenteurs habituelles à ce temps, les vents contraires, la mer mauvaise, prolongèrent trois mois un voyage qui devait durer dix jours*. Florence émue, mais non découragée, savait bien que le pape venait en ennemi. — S'il a convoqué nos ambassadeurs à Rome pour le 30 novembre, écrivait la seigneurie', il ne pourra être amené à la paix que par la ruine de sa puissance*. Ses propositions sont telles, que s'il tenait notre ville assiégée, ou

< Voy. LeUres 206, 211 de Catherine. Ed. Tomm., III, 162, 185; Daluze, Vitœ pap, Aven.^ I, 457. Crtstofano Guidini, notaire de Sienne el contem|)orain, croit que c'est la sainte qui a procuré le retour du Saiut- Siège à Rome : « Tanto adoparô che la corle si parti da Yigaone. » (Memorie di ter Crûtofano Guidini da Siemi, scritte da lui medesimo nel secolo XIY\ Arch, stor., !'• sér., IV, 37.)

* Ranieri Sardo, c. clixviii, p. 191. D'autres auteurs disent le 13, mais la date du 8 est probable, parce que c'est uu jour consacré à la Yiei-ge el considéré comme de bon augure.

5 Caiiecelatro, I, 222.

* Dix jours après le départ, la seigneurie croyait déjà Grégoire en Itniie. Lettre à Beraabô, 23 sept. Arch. slor,y loc. cit., p. 275. Doc. 304. Le pa[H> resta à Marseille jusqu'au 2 octobre. 11 n'est à Porto Pisano que le 7 no- Tembro; à Livoume il séjourne du 8 au 16. Assailli par une tempête, il est encore à Piombino le 25. Il est à Rome le 13 janvier 1377. Voy. Ranieri Sardo, c. clxxvui, p. 191. Cet auteur le fait partir d'Avignon dès le 8 septembre. Voy. aussi l'itinérairo du pape par un de ses compagnons de voyage, R.I. S., m, part. 2, p. 704.

'^ Sigismondo Tizio, Storie ms., t. IX. Citation de Burlamacchi et de Capecelatro, II, 10.

^ «I Ut cum se viderit nudatum potentia et vana intentione que eidem oïliibetur a plurimis perfrustratum, se ad pacem debitam animet el disponat; quam ab eo, nisi fractis suis viriims, numquam poterinius cxtorquere. » (23 sept., à Bernabè, Arch. slor.^ loc. cit., p. 275, doc. 504.)

l!i. 1570) EMBARKVS DES FLORENTINS. iil

•'il y avait pénétré en vainqueur, elles paraîtraient încore déshonnétes, cruelles, honteuses, impossibles^ — Il exigeait, en effet, trois millions de florins, prêt, lisait-il, au martyre de saint Barthélémy, plutôt que l'en rien rabattre*. C'était tenir la dragée bien haute; nais l'ambassade florentine, par sa raide attitude, l'avait fait que l'irriter^.

Ses exigences semblaient d'autant plus dures que la jène régnait à Florence. On y était réduit aux expédients. )n demandait du temps aux créanciers de rÉlat\ com- >romettant ainsi le crédit public. On empruntait aux :itoyens; on disait cette source inépuis.9ble% et elle 'épuisait. Au dehors, le trafic persécuté était aux abois, ihassés de partout, même de Rome et de Naples, qui ivaient résisté tout d'abord à l'injonction pontificale', néme de Lucques, qui faisait partie de la ligue \ les narchands de retour propageaient le découragement, et lausaient, disent les contemporains, un mal incalculable'. Les secrets fauteurs du Saint-Siège reprenaient

^ fl Qae si urbem noslram obsidione cinclam longo aflligîssel {sic) bcllo, uliolramenia viclor dominarel, inhonesla forent poslula lu, crudelia jussu, t impossibilia ac turpia, si quis recte respiciat, observata.... » (*24 sept., udoge de Gènes. ïbid,y p. 275, doc. 305.)

* « Non puduit tiûa milia railium florenoruin pretcxlu cmcndationis buismodi postulare.... Prius passurum se beati Bartbolomaei martirio deforoari quain modificalioncs hiijusmodi consentiret. » (28 sept. La seig. au ci de Hongrie, ibid,f p. 276. Doc. 307.) Lettres de môme teneur à Teni- •ereur et au doge de Venise.

' « Aveano dalo materia al santo padro non di pace, ma di più turbazione. » Lettres de sainte Calherinc, n" 234. Ed. Toinm., III, 293.)

* Arch. itor., loc. cit. Doc. 216, 270, 279.

' 10 fcvr. Les Iluit à Bcniabô. Jamais, disent-ils, Florence n'a eu autant le facibté à trouver de Targent (IhicL, p. 227. Doc. 159).

* 1" et 15 août 1376. Ib'uL, p. 273. Doc. 287, 288, 292. ' Ihid. Doc. 286.

' Marcb. de Coppo, IX, 765.

142 MESURES FISCALES (Ah. 1576)

confiance à vue d'œil, exploitaient à Tenvi les déprédations bretonnes, la paix conclue entre l'Église et Galeazzo\ les menaces du pape, sa prochaine arrivée, et par leur opposition, impuissante encore, mais taquine, irritante, ils poussaient les Huit Saints plus avant dans leur voie. Pressés d'argent, c'est aux clercs que ces officiers en demandent de nouveau : dans leur pensée, a la liberic ecclésiastique avait pour limite la liberté des peuples*. * Quoique les Huit des prêtres continuassent d'exercer leur charge', qui consistait à lever les impôls frappés sur le clergé le 8 juillet 1575*, un nouvel office est créé pour six mois, avec mission de vendre les biens des églises. Ce sont les officiers des livelli ou du cens*. Au nombre de huit, ils comptent dans leurs rangs six popolani, et deux membres seulement des arts mineurs*. La démocratie restait donc obstinément bourgeoise, dans cette crise où l'on prétend voir déjà se déchaîner les petites gens.

* Le 19 juillet 1376, à Oliyeto, diocèse de Bologne, où se trouTait le camp des Bretons. L'acte est dans Dumont, Coi'ps dipLt III, ann. 1376.

* a Sic observandam ecclesiasticam libertaicm quod libertas naturalis populonim nihilominus non laedatur, sic fore pro fidei conserva tione statueudum quod fidèles cum calomnia non plcctantur. » (Lettre adressée à Galeotto Malatesta. Coluccii ep. 78, citée par Vitale, Storia diplomaUca de Senatori di Roma, II, 329.)

' Le 26 noYembre il en est encore question (Arch. stor,, loc. cit., p. 278. Doc. 325).

* ïbid. Doc. 12. Voy. plus haut, p. 106, 107.

* « Officiales livellariorum. » (26 sept. 1376. Ihid,, p. 275, doc. 506.) A la nomination de leurs successeurs les deui offices furent réunis sous le nom à'ufficiali dei livellari e dei preti (7 mai-s 1577. Ibid.y p. 281. Doc. 539).

® M. Gherardi (La (juerra dei Fior,, p. 99, note 2) renvoie h un Ro' gistro (falienazione di béni ecclesiaslici , n* 5.55, arch. de Flor. — Pour tous les détails de celle situation intérieure, nous n'avons pu mieux faire que de suivre le substantiel résume qu'en a donné, d*:iprès les documcnls qu'il a publiés ou indiqués, cet auteur aussi inlciligcnt que consciencieux et modeste.

kn. 1376) CONTRE LE CLERGÉ. 143

Tous les biens immeubles des églises et des personnes î*église, tous leurs droits mêmes sur ces biens durent ître soigneusement relevés, puis vendus par le nouvel )fBce. L*acquisition en était, au besoin, rendue obligaoire sous des peines pécuniaires et personnelles; la x)mmune s'engageait à protéger les acquéreurs*. Làlessus, de vives plaintes, qui font rapporter cet article îoercitif, puis une rareté de transactions libres qui le fait rétablir*. Comme les clercs tournaient la loi par des rentes simulées, aucune ne sera désormais valable sans l'approbation des officiers du cens'. Comme de vives plaintes s'élevaient sur la spoliation des églises, on léclara inaliénable la part de leurs biens jugée nécessaire à Tentretien décent des établissements et des personnes ecclésiastiques*. C'étaient là bien des tâtonnements : mais comment ne pas tâtonner quand on établit, malgré d'opiniâtres résistances, une taxe nouvelle, et |u'on ne ferme pas l'oreille aux justes réclamalions ?

Cent mille florins, au minimum, voilà ce que les Huit entendaient retirer de ces ventes forcées*, exigence nullement excessive, si l'on pense aux sommes que recevaient Hawkwood et tant d'autres cmidottieri^ . Mais ce qui ôte aux mesures prises tout caractère oppressif, c'est que la commune s'engageait à payer, en novembre de chaque année, aux anciens possesseurs, 5 pour 100 des biens aliénés, jusqu'à l'entière restitution de ces biens. Et pour que celle-ci ne fût pas un vain mot, toutes les ventes faites durent être enregistrées ; les églises, les personnes

* Arch. «tor., loc. cit. Doc. 306. — * ïbid. Doc. 312.

* Ibid, Doc. 320. Le doc. 350 donne un modèle de ces actes de vente.

* Ibid, Doc. 306, 312. — » Ibid, Doc. 512.

* Glierardi, La guerra dei Fior,^ p. 100.

\U FÊTE POLITIQUE. (An. 1376)

dépouillées, devenaient légitimes créancières de l*Étal*. Il ne s'agissait donc que d'un emprunt forcé, et non, comme les intéressés se plurent à le dire, d'une conflscalion*. S'il y eut scandale, c'est que le clergé prétendait se dérober aux devoirs civiques, jouir de mille privilèges, sans supporter aucune charge; c'est qu'il jetait les hauts cris quand on touchait, si peu que ce fût, à l'oint du Seigneur, aussi violent devant la menace qu'aisément résigné devant le fait accompli.

Dans le trouble croissant des esprits, pourrait-on relever les courages que déjà l'on sentait abattus? Les Huit l'essayèrent. Sachant combien les fêtes plaisaient aux Florentins, ils annoncèrent que, « le 7 décembre suivant, au nom de Dieu, aurait lieu une joute en l'honneur d'une belle damoiselle, appelée Madonna Liberté. Chacun serait admis à jouter pour l'amour d'elle. Le vainqueur recevrait une belle lance et une belle guirlande, à l'honneur du peuple, de la cité de FI; rence et de la parte^. » Ce dernier mot delà proclamation trahissait,

* Arch. »lor,, loc. cit. Doc. 506, 513. Toute cette affaire n*esl bien connue que depuis la publication des documents par M. Gberardi et du mémoire qui les classe, qui les relie entre eux. On peut voir, dans les notes de Burlamacchi aux lettres de sainte Catherine de Sienne et dans Capecclatro (I, 166), combien on était mal fixé h cet égard. Seul, selon son habitude, Âmmirato le jeune donne des renseignements exacts dans leur brièTetc. Voy. XIII, 702.

' Autre preuve de modération ou de prudence chez les lluit Saints : Pour répondre à Fexpulsion des Florentins par le pape, ils interdisent aux marchands, leurs compatriotes, de résider à la cour pontificale, en quelque lieu qu'elle fût; mais cette interdiction est limitée à deux mois, et le cardinal Coi^ini, dont les bons offices pouvaient être utiles, en est excepté dès les premiers jours (18, 20 oct. 1576. Ibid,, p. 277, doc. 5U). Cf. Ammirato le jeune, XIII, 701. La guerre fiuie, les marchands obtenaient la levée de cette ruineuse interdiction, maintenue pendant toute la durée des hostilités (27 août 1578. Ihid. Doc. 596).

^ Diario lYanonimo, p. 525. Aucune mention de ce fuit, qui n*e$t pas

An. i376) L\ PAIX DÉSmËE. 145

3hcz les maîtres du jour, une secrète faiblesse : qui en 2si réduit à ménager un ennemi implacable, ne peut larder d'être à sa merci.

Déjà l'on parlait partout hautement de la paix*. — La guerre, disait en pleine consulte Leonardo des Beccanugi, portant la parole au nom des gonfaloniers, la guerre détruit les villes, surtout quand elle est à l'intérieur en même temps qu'à l'extérieur \ — Les succès n'enivrent plus personne. Ascoli tombe% Bolsena se soulève contre l'Église et entre dans la ligue*, qu'importe? Si les Huit Saints sont maintenus dans leur balie, ils reçoivent de pleins pouvoirs pour traiter avec le pape*. C'est un mandat impératif, et ils le sentent, car ils nomment sans retard trois ambassadeurs à cet effet (29 novembre)*. Seulement, ils en retardent le départ, sous prétexte que Grégoire n'est pas encore sur son siège à Rome\ C'était leur manière de concilier leur obéissance au vœu public avec leur sentiment personnel.

uns importance, ne se trouve ni dans les autres auteurs, ni dans les documents. On ne sait même pas si la fête eut lieu.

< Voy. Arch. stor,, loc. cit. Doc. 281, 289, 298, 319, 348 et autres. Sainte Catherine écrit au pape alors qu'il est à Cometo (Lettr. 252. Éd. Tomm., Ul, 562). Florence remercie, prie qu'on ne se lasse pas (Doc. 281, 289, 298, 301, 306, 310, 315, 318).

* « Gum notorium sit belle urbes annichila^i et marime intestine, et cum commune bellum gerat exlrinsecus et ab intus et cum petitionibus et cum admonitionibus decertatur, quod ad toUendiim scandala ad utramque parlera pro salute Reip. provideant. » (11 décembre, ConiulUf XVI, 113 ▼**.)

' ber Naddo, p. '4; Cron. (Tincerto^ p. 286; Diario cTanon.f p. 326; Gherardi, préf. au Dtarto, p. 228; Boninsegni, p. 566; Arch, êtor.f loc. cit. Doc. 297, 511 ; Coluccio Salutati aui Pérugins. 5 Dec. Part. I, ép. 14, p. 52.

♦ Cron. d'iiiccrto, p. 286 ; Ammirato, XIII, 705.

> 26, 27 novembre. Arch. stor,, loc. cit., p. 278. Doc. 522; Cron, (Tincerlo, p. 287 ; Ammirato, XIII, 702. « Arch. glor., loc. cit., p. 279. Doc. 524. f 31 décembre. Ibid,, p. 279. Doc. 328, 329.

BIST. DE FLORBNCE. — ▼ 10

146 GIIÉGOIRË XI A ROME. (an. i377)

Mais tout a une fin, même les voyages des papes. Le 17 janvier 1377, Grégoire XI était à Rome*. C'est en vain que diverses lettres des Florentins l'y avaient précédé pour persuader aux bannerets de la ville éternelle*, soit qu'il n'y arriverait jamais% soit qu'ils ne devaient pas sacrifier une liberté qu'on ne leur pourrait rendre*, tandis qu'ils la pouvaient défendre avec les trois mille lances qu'offrait la République*. Cette offre et ces conseils n'eurent d'autre effet que de transformer les libres Romains en sujets peu commodes : si les bannerets déposèrent aux pieds de Grégoire la baguette de leur commandement, ils la reprirent le lendemain*. C'est à Rome toujours que le Saint-Siège avait eu le moins de partisans.

On vit du moins ceux qu'il avait ailleurs relever la tête. Tel fut l'effet de son retour. A Florence, les âmes dévotes supportèrent plus impatiemment les censures ecclésiastiques. Hors de Florence, les villes de la ligue

* Itinéraire de Grégoire XI, R. I. S., HI, part. Uy p. 704.

* On appelait ainsi les chefs, les porte-bannières des treize quartiers de Rome (Fragment d*un ms. du Vatican imprimé dans Anitq. tto/., II, 856).

' « Post peregrinationes et classis ostentationem, sic inhcsit Massilie, quod sine dubio expectalurus Yideatur hiemis violentiam, quam in excusationem navigationis pretendat; mox inlerpaluslrem suum Avinionem, quasi sedem propriam, aditurus.... Et proh dolori Si veniat non pacifions, sed forore beilico comitatus accedet, Yobis nichil, nisi bellorum Yastitatem prcsentia sua, ut certissima novimus, pariturus. » (iâ oct. 1376. Arch, ttor,, loc. cit., p. 376. Doc. 309).

« 25 décembre. Voj. cette lettre, qui est de Goluccio Sialutati, dans Téd. Rigacci de ce secrétaire, part. I, ép. 17, p. 58, et dans Vitale, Sioria diplomalica de' senaiori di Roma, II, 327.

» Vitale, ibid,, p. 330.

® « Ut regercnt secundum quod prius volaenmt.... De quo nec iminc^ rito fuit ipsc territus et turbatus, videns se fuisse deceptum et illusum. § YHa Grcgorii XI a Bosqiielo éditai R. I. S., 111, part. II, p. 652. Sismondi, lY, 425. — Tlieincr (cod. n* 606) rapporte en entier le concordat entre le pape et les Romains : il porte la date du 21 décembre.

(An. 1377) CONDITIONS DE L\ PAIX. U

commencèrent à s'apercevoir qu'elles n'élaient pas libres. « De la liberté que les Florentins nous ont donnée, écrivait le chroniqueur bolonais Délia Pugliola, Dieu en garde les chiens ^ ! d Lucques et Pérouse s'eilhardissent à offenser une cité qui les opprime*. Pise et Sienne envoient des ambassadeurs à Rome'. Le préfet de Yico voit les progrès du mal, craint d'être abandonné et tremble pour ses conquêtes*. Un congrès de la ligue* a eu beau déclarer obligatoires pour tous les décisions des Huit*, les confédérés trouvaient un continuel prétexte à la désobéissance, à la faiblesse, dans les insuffisants secours que Florence leur envoyait'.

Grégoire XI connaissait celte lassitude, ces sourdes résistances, et il en devenait plus inflexible dans les négociations. Elles n'étaient plus, au dire des ambassadeurs, a ni possibles, ni honorables. » Delà République l'Église exigeait, en quatre ans, onze cent mille florins; des confédérés cinq cent mille, et il ne serait plus permis de leur porter secours dans leurs révoltes*. Florence en eût

^ « La libertà che ci diedero i Fior. e i noslri cattivi cittadini fu faYOreggiata per modo che Dio ne guardi i cani. » (Cron, BoL, XYUI, 5i4.)

* Arch, êtor., loc. cil. Doc. 321, 526.

* Ibid, Doc. 321, 343; Ranieri Sardo, c. clxxviii, p. 195.

^ f 0 si fallimur, quani dolemus ! i — Exclamation du préfet rapportée dans une lettre à lui adressée pai* Col. Salutati, part. I, ep. 30, p. 74.

s Ammirato, XIU, 702 ; Constille e pratiche citées par Gherardi, La guerra dei Fior., p. 108, n. 4. Convoqué en septembre 1376, le congrès s'était réuni le 16 décembre suivant.

« Cron, dincerto, p. 287; Ammirato, XllI, 702.

' c Nonne nos neglecto nostro periculo, quamvis circa nos duo hostium

valiJi cxercitus et tota potenlia Ecclesia^ticorum obvolveril, ad vos longe

majorera quantitatcm gentium quam debemus transmisimus et ad vestram

defensionem continue rctinemus?... Quid est dicere quod nisi terras vcslras

noslris gentibus implealis, quod de ipsis sccuri vivere non potcslisT » (Col.

Salutati au préfet de Yico. 19 mars 1377. Part. ï, ep. 50, p. 74.)

* La seigneurie au roi de llongrie, 23 mars 1377. Arch, sior,, loc. cit.,

ii8 MASSACIŒ DE CESEiNA. (Jb. 1577)

perdu tout crédit dans la Toscane, oii Ton ne recherchail son amitié que pîir besoin de sa protection*. Comment donc eût-elle subi ces conditions léonines? Elle avait à sauvegarder les traditions, les nécessités de sa politique séculaire. Un soudain revirement s'accomplit dans les consulte : les Huit y furent loués de leur énergie, exhortés îi la persévérance*.

Justement, une tuerie atroce venait fort à point appiendre aux peuples ce qu'ils pouvaient attendre des mercenaires de rÉglise et de ses légats. Le massacre de Cesena, succédant à celui, tout récen t encore, de Faenza', causait partout, redoublait plutôt un vif sentiment d'horreur. Dans cette ville non prise d'assaut, mais ouverte aux Brelons pour leurs quartiers d'hiver {V février), on avait vu des exactions et des violences sans nom; une lutte de deux jours pour la défense des biens, des foyers, des familles ; Hawkwood, appelé à la rescousse par le cardinal de Genève, et, quoiqu'il s'engageât à obtenir sans combat la soumission des citoyens, invité par lui à verser du sang, du sang, parce que telle était sa volonté; puis, les gens immolés comme bêtes, les enfants à la mamelle passés au fil de l'épée, saisis par les pieds pour

p. 282. Doc. 543; Col. SaluUti omnibus colligatis, 10 mars. Part. I, cp. 2G, p. 68.

' Cette clause est hors de doute : a Quinetiam omnino volebat, posl dictum tcmpus, sibi fore licitum contra nostros colligatos arma summere; et eos, prccluso nobis omni subventionis arbitrio, bellaciler infestarc. » (Doc. 543.)

8 « Quod octo balie de eomm processihus sunt miillum coinmcndandi, cl quod ipsi virililer insistant ad bellum, ot quod non timeant ex quo vitlcrinl apparari, scd spercnt in Deo, et non préservent expensam, quod nunc agilur de libcrtate Florcntiuorum. » (Bonaccorso Lapi au nom des gonfaloniers. ComuHe, \V1, 1 l(i). C(. Cron. d'incertoy p. 288 ; Neri de Donalo, R. I. S., VX, 252 ; Ammiralo, Xlll, 705.

' Voy. sur le massacre de Faenza Ricotti (ff, 155) qui dounc les sounîes.

(An. 1577) INDIGNATION CONTRE LE LÉGAT. iA9

leur briser la tête contre les murs; leurs mères déshonorées allant au loin cacher leur honte ou avorter et mourir dans les broussailles. Un seul contemporain, le notaire ser Naddo, limile à deux mille cinq cents le nombre des morts; la plupart le portent à cinq mille. L'indignation fut profonde, et, comme il sied à des Italiens, démonstrative. Pérouse fit célébrer l'office des morts dans ses églises^ ordonna des messes, des cierges, une pompe funèbre pour les innocents immolés. Toutes, les villes toscanes en guerre avec l'Église suivirent cet exemple*. Florence fit mieux, elle réfuta les excuses dont on couvrait le massacre : « Quelle apparence, écrivait la seigneurie, de croire à la révolte d'une population infortunée qui voyait se dresser sur sa tête deux inexpugnables citadelles, pleines de Bretons et d'Anglais*! » Ces lettres accablantes affectaient, par un reste de respect, de ne pas rendre le souverain pontife responsable';

« Neri de Donalo, R. I. S., XV, 252, 253; Cron. (Tincerto, p. 288; Diario d'anonimOj p. 334, avec une grave erreur de date; Ser Naddo, p. 5; Chron. Est, et Chron, Rimin,, R. I. S., XV, 500,917; Malth. des Griffoni et Cron. BoL, R. I. S., XVIII, 189, 510; Ann. Foroliv.yK, I. S., XXH, 189; S. Antonini Chronicorum Opus, t. Il, cap. 1, § 4. T. III, p. 382. Ce prélat rejette tout Fodieux sur les Bretons et ne dit pas un mot à la charge du cardinal. Poggio, R. I. S., XX, 236; Léon. Bruni, 1. VIII, p. 186 ; Ammirato, XIII, 704; Cesenœ hisloria^ authore Scipione Claramontio, sans millésime. Les principales autorités sont la lettre de la seigneurie, Neri de Donato et la Cronichetta d'incerto,

* Lettres de la seigneurie à Pérouse, Ârezzo, Fenno, Âscoli, Sienne, etc. 8 févr. .4rc*. $ior., 1" série, XV, 46, et doc. 332 de Ghcrardi, p. 280; à Bemabô, 10 févr. Doc. 333, p. 280; aux princes, 21 févr., dans Ann, medioL, R. L S., XVI, 764; Arch, stor. Doc. 335, p. 280, et nuova série, t. VIII, part. II, p. 11. Dans ce dernier recueil, à la suite de cette lettre, se trouve un dialogue en latin par un contemporain sur ce massacre (p. 17- 30). 25 mars, aux Romains. Doc. 347, p. 283. La traduction de celte lettre a été publiée dans La poteslà temporale dei papi giudicata da Fr. Peirarca^ da Coluccio Salutati e da Giovanni dé" Mum (Flor., 1860).

' « Nec hanim rerum humanitatem summi pontificis accusamus, cui hac

i50 ALLIÉS FLORENTINS ÉBRANLÉS. (An. 1577)

mais, ep gardant le silence, il parut prendre sa part de responsabilité, a Si, par un bref rendu public, écrit M. Gino Capponi, il avait condamné Robert de Genève, celui-ci n'aurait pas réussi, plus tard, à porter le schisme dans l'Église \ » Quoi qu'il en soit, l'immensité du scandale devait, semble-t-il, tourner au profit de la cause florentine, a Personne, suivant Tannalistc de Bologne, ne voulait plus croire au pape, ni aux cardinaux, parce qu'en effet, ces choses n'étaient pas croyables *. > Par malheur, ce fut l'affaire d'un jour. Les impressions, en Italie, ont plus de vivacité que de durée, et la politique a ses exigences qui font taire les révoltes du cœur. C'est au loin qu'un roi de Hongrie peut impunément refuser argent et armes au Saint-Siège'; plus près, le Saint-Siège parait plus redoutable : Gênes, qui lui avait refusé de chasser les Florentins*, lui promet de le faire dans un délai de quarante jours*. Bologne sent faiblir son courage et parle tout haut de soumission •. A Florence même on ose de nouveau réclamer la paix% malgré les belliqueux qui refusaient d'envoyer des ambassadeurs à Rome% malgré Marchionne de Goppo,

et alia plurima que tacemus, cordialiter credimus displicere. • (Lettre citée, p. 16, dans VArch» stor.)

* Stor. di Ftr., 1, 292.

« Cron, Bol., R. 1. S., XVIII. 510.

^ Nouvelles rapportées par Simone Peruzzi, ambassadeur , rentré à Florence le 8 janvier 1377. Diario (TanonimOy p. 32

* Remerciement de la seigneurie au doge de Gènes (Arch, $lor,j loc. cit., p. 278, doc. 319). Le refus est du 3 nov. 1376.

» Ibid,, p. 281, duc. 357. 25 février 1577.

* Les 6 et 10 février 1377, il est question d'envoyer des ambassadeurs à Bologne pour prévenir le coup (Consulte j XVI, 119, 120).

^ « Per omnem modum queratur pax bona, houorabiiis et tuta, pro communi et coliigatis. i (5 mars, ibid., p. 126.)

* « Quod postquam pax haberi non polest, octo balie procurent que sunt

(Ak. 1577) BOLOGNE SOULEVÉE CONTRE FLORENCE. 151

qui demandait, dans les consullCy qu'on fît taire, qu'on punit ceux dont les propos troublaient l'esprit public ^

On était pour lors au mois de mars, et le tirage au sort venait de donner aux Bolonais des anziani du parti des Maltraversi, hostiles à la liberté. Le 17, ces officiers provoquent un soulèvement, font arrêter les chefs des Raspanti, leurs adversaires, et demandent au cardinal de Genève une trêve, préliminaire d'une paix séparée avec l'Église*. C'était pour la cause florentine un coup funeste : des ambassadeurs courent à Bologne, € pour rétablir la concorde parmi les habitants, d Mais à l'auberge de la Lune on se rue sur leurs bagages, et on les pille : a Meurent les traîtres 1 » s'écrie-t-on de toutes parts. Peu s'en fallut que les a traîtres d ne fussent massacrés. Ils s'éloignent, et, à leur suite, les troupes que la République entretenait à Bologne. < Bologne, dit le contemporain anonyme qui nous donne la plupart de ces détails, ne sait ce qu'elle veut. Elle nous coûte le cœur du corps, et cela ne lui suffit pas'I »

Gela ne lui suffisait pas, en effet. Lasse de souffrir, elle voulait cette paix séparée qui allait, conséquence inévitable, rejeter la guerre sur le territoire florentin*. Aux objurgations les plus pressantes* elle répondait par

balie Tiiiliter et per modum talem quod ad pacem Yeniatur. — Quod pralica pacis non rumpatur, non tamen mittantur oratores in curiam, quod esset iinpedire pacem. » (7 mars. Ibid,, p. 129.)

* c ProTideant quod locutiones maie que fiunt per mitatem sedentur, et oblocutores puuiantur. i (Ibid.f p. 135 v*.)

* Cron. Bol,, R. l. S., XVUI, 511, 512. 20 mars 1377.

» Diario (Panonimo, p. 329; M. Griffoni, R. I. S., XVIII, 189.

* « Primo quidem banc treguam limen el ostium credimus ad concordiam pleniorem.... Deinde ex hoc putamus belli pondus in nostrum terrilorium couYertendum. i (La seign. à Bemabè, 19 mars. Arch. »ior,, loc. cit., p. 281. Doc. 341.)

> Môme date, Ibid., p. 282. Doc. 342.

153 UAWKWOOD CAPITAINE DES FLORENTINS. (An. 1577)

d*aigres paroles*. Il était temps d'agir et de faire face au danger. Florence désormais ne marchandera plus avec Hawkwood. Le voyant dégoûté de l'Église, depuis que le cardinal de Genève a pris la direction de Tarmée, elle lui promet, pour ses huit cents lances et ses cinq cents archers, vingt-quatre mille quatre cents florins mensuels, payables un tiers par Bernabô, le reste par les autres confédérés. C'était une solde annuelle de trois cent mille florins, la plus considérable qu'on eût encore consentie *. De plus, l'Anglais recevait en mariage une fille du seigneur de Milan \ Le 10 avril, l'accord était conclu pour une année, et, dès le lendemain, la seigneurie en informait ses alliés^ : ce Bonne nouvelle, écrit notre anonyme, qui désarme le pape et fortifie Flo-

rence*. »

Il y eut bien quelques déceptions : en arrivant, le 1^' mai, pour prendre possession de sa charge, Hawkwood

* « Salis pungenter. » (Lettre de la seigneurie, 9 aYril, en réponse à celle des Bolonais du 6.) Ils sont invités à laisser là les reproches, afin qu'on ne croie pas qu'il y a discorde entre eux et les Florentins. (Ibid., p. 283. Doc. 549.)

* ïbid. Doc. 35â, 360, cl Col. Salutati aux Pérugins. 2 juin, part. H, ep. 65, p. 175. Cf. March. de Coppo, IX, 764; Sozomène, R. 1. S., XYl, 1102. M. Gherardi (La guerra dei Fior,, p. 109) allègue plusieurs documents pour avancer que les Florentins payèrent fort peu de chose. Si cela est vrai, cela tint uniquement à ce que la guerre ne dura pas autant qu*on aurait pu le craindre, car les lettres de la seigneurie parlent toujours de ratOf pecunia vestro communi tangenty ratam contingentem communi vestro (Col. Sal., ep. 42, 44, 45, p. 94, 97, 98, en date des 2 et 6 août). La part de chaque commune confédérée se trouve dans Col. Salutati, part. I, p. 84, ep. 36 aux alliés, le 31 mai. 11 en résulte, si cette liste est complète, que la contribution de Florence était de 25 954 florins.

' Voy. un doc. relatif à ce fait et une note explicative dans Osio, t. I, p. 191.

^ Arch, itor,, loc. cit., p. 284. Doc. 352.

* « Ed è buona novella, in perè ch*ài disarmato il papa e la sua fonça, ed ïi afforzato te. » (Diario (TanonimOf]^. 330.)

(Ah. 1377) BOLOGNE PERDUE. 453

n'amenait que deux cent quinze lances et quatre-vingtdix archers. < Cela, je le sais, dit Marchionne, moi qui les fis inscrire à Bologne M » Mais on dissimula, et l'on attendit, sans lésiner sur les payements. Même on repoussa la proposition de négocier, pour les faire, un emprunt auprès de Bernabô. Avec une fierté dont elle n'avait pas toujours fait preuve, la République, sous les Huit, ne voulait pas qu'on la crût dans le besoin*.

On dissimulait aussi avec Bologne. On affectait de la tenir toujours pour adhérente à la ligue; on lui reprochait de ne point payer sa part de la solde des Anglais'. Sachant que le cardinal n'observait pas loyalement la trêve*, on en espérait la prochaine rupture, dans le moment même où s'échangeaient les signatures pour la paix*, à la veille du jour où 1208 voix contre 67 allaient, dans les conseils de Bologne, ratifier un traité désastreux pour Florence*. Ce qu'on désire, on le croit si aisément!

Sans sa vieille alliée de tous les temps, que pouvait la République? On voit aussitôt les hostilités se traîner et

« Ibrch. de Coppo, IX, 764.

* « Quod de accipiendo a D. Beraabove mutuo florenos 30 milia nulle loodo fiât pro honore comunis.... Quia fama noccret multum, quia videretur quod comune es8«5i in maxima necessilale. » (Consulte du 14 avril, citée par Gherardi, note 4 à la p. 330 du Diario (Tdnonimo,)

* Arch. star.y loc. cit., p. 286. Doc. 361. 2 juillet 1371.

* Cron. BoL, R. I. S., XVIII, 513.

* Arch, stor, loc. cit., doc. 363. La paix est confirmée par bulle du 20 août. Doc. 374. Les documents ne disent point ce qu'affirment les auteurs (Cron. d'incerlo, p. 289 ; Boninsegni, p. 597), que les Bolonais stipulèrent de n'être pas obligés à prendre les armes contre les Florentins et leurs alliés. Cette remarque a été faite par M. Gherardi, La guerra dei Fior., p. 110,111. S^il fallait en croire le Diario (Tanonimo (p. 339), la nouvelle de la paix entre Bologne et l'Église ne serait venue à Florence que le 5 octobre, sans doute apportée par les ambassadeurs qui revinrent le 4 de la cour pontificale (▼oy. plus bas, p. 162). En ce cas, on aurait tenu secret le traité définitif.

* Ghirardacci, 1. XXV, t. II, p. 364.

154 PROCESSIONS A FLORENCE. (Am. 1577)

languir*. Ceux qui veulent y mettre fin, redoublent de prières, de laudes, de litanies, de processions où prennent part les femmes et les enfants avec les hommes et les clercs; où l'on porte en tôle crucifix, bannières des églises, gonfalons des compagnies, tableaux représentant la vierge Marie et les saints* ; où nombre de gens se flagellent en riionneurdes habitants du paradis, et supplient le Dieu tout-puissant d'ouvrir aux pécheurs le cœur de messire le pape, afin qu'il lui plaise envoyer la sainte paix*. Spectacle répugnant pour le libre et laïque esprit de la seigneurie, des Huit et de leurs amis! Les propositions se croisent pour y mettre un terme ^; mais si Ton peut couper court à des simagrées ridicules, il n^en faut pas moins céder au vœu public, pousser sur la route de Rome une nouvelle ambassade, composée, cette fois, de citoyens expérimentés, considérables, dont deux au moins, Simone Peruzzi et Lapo de Gastiglionchio, sont chers à la parte^y preuve que, cette fois, c'est sérieusement qu'on négocie. La reine de Naples est priée d'intervenir', le pape de se montrer père vraiment affec-

* Le Diario (Tanonimo est plein des détails de cette guerre obscure. « Cron, d'incertOy p. 288. — ' Diario d*anonimo, p. 331.

* « Super negociis baltutorum provideatur quod comitatini aliquo modo in civilatem non Yeniant, et quod cives non adunentur nec vadant se battendo, sine consciencia dominorum. — Super coadunationibus frustalorum dixit quod aliqui ipsorum dicunt quod ezti'a civilatem cornilatini possint se fhistare, et in civilatem intrare non audeant; circa cives autem Decem libertatis se informent, et si viderint aliquid esse periculi provideatur, alias dimittantur in devotione sua. Âlii dicunt, cives permittantur se frustare et disciplinam facere sicut placet eis. » (Avis des gonfaloniers et des buonuominif dans la consulte du 11 mai 1377. Cité par Gherardi, note 2 à la p. 331 du Diario d*anonimo,)

'^ Arch. star., loc. cit., p. 284. Doc. 353, 358. Les autres ambassadeurs sont Pacino Strozzi, Âlessandro de TÂntella, Benedetto Alberti. 29 avril

^ Arch, sior,f loc. cit. Doc. 355.

(Ah. 1377) NÉGOaATIONS REPRISES ET ROMPUES. 155

lueux\ Il le faut bien : de toutes parts, à l'étranger comme à Florence, éclate un vif désir d*apaisement. Les princes se relâchent des rigueurs qu'exigeait le Saint- Siège contre la République*, et notre chroniqueur anonyme, qui n'a pas assez d'outrages contre les clercs, « loups rapaces, déloyaux et traîtres, » émet, dans ses noies prises au jour le jour, le souhait formel que les négociations aboutissent \

Elles auraient abouti, si un intrus, un de ces importants qui gâtent toute chose, ne s'était venu mettre à la traverse. Un certain Ubaldino, Florentin et prieur de San S tefano a ponte, prit sur lui de promettre au pape plus d'argent que les ambassadeurs n'étaient autorisés à lui en offrir. Ceux-ci eurent beau déclarer qu'ils avaient seuls mission de parler au nom de la commune, le inirage emporta Grégoire au pays des rêves, et Florence en éprouva une cruelle déception, c Ce Messer Ubaldino, dit notre chroniqueur populaire, il faudrait l'écorcher vif; il nous a gâté les affaires de notre État. Dieu l'en récompense*! »

Une circonstance imprévue, quoique toujours à prévoir, vint donnerun corps au rêve. Grâce à une défection, le souverain pontife crut tenir la victoire. Occupé de ses

* Arch, star. loc. cit. Doc. 556.

* Le 4 juin, la seigneurie remercie le roi d'Angleterre, le duc de Lancasier, le roi de Léon, le doge de Gènes de la fuveur accordée aux Florentins résidant sur leurs domaines (ïbid,^ p. 285. Doc. 557).

' c Dicesi che si crede chc ci sarà nccordo. Voglia Iddio. » (13 juin. Diario éCanonimOy p. 552.)

^ Diario (TanonimOf p. 555. M. Gherardi (Préface à cette chronique, p. 229, 250) donne des détails sur cet Ubaldino, élu évéque de Gortone, en 1 591 , par Boniface IX, à la demande de la République de Florence. Cette intet-rention, affirmée par Ughelli (I, 627), lui parait suspecte envers un si mauvais serviteur.

150 DÉFECTION DE RIDOLFO DE VARANO. (Ah. 1577)

inléréls propres plus que de ceux des Florentins, Ridolfo, leur capitaine, après avoir repris Camerino à son frère*, Fabrinno aux Bretons*, gardait pour lui ces deux places, malgré les injonctions des Huit, malgré les termes de la ligue qui ordonnaient que les places prises fussent rétablies dans leur liberté. En froid dès lors avec les Huit et avec la seigneurie, blessé d'ailleurs de l'engagement d'Hawkwood, qui le reléguait au second rang*, activement sollicité par la diplomatie pontificale, qui faisait luire à ses yeux le vicariat de Tolentino et de San Ginesio, si ces localités revenaient à l'Église*, il passa au service de -la cause qu'il combattait la veille', et reçut du pape le commandement des Bretons pour harceler les Florentins aux frontières*.

A Florence, comme à Rome, cet incident fâcheux rendait la parole et l'énergie aux partisans de la guerre. Ridoifo est privé du droit de cité^, déclaré traître dans toutes les villes de la ligne", remplacé sans retard par Lutz de Landau, qui vient l'assiéger dans Macerata*.

' Diario (Vanonimo, p. 528. 2 mars 1377.

3 La nouvelle de la prise de Fabriano par mille Bretons était venue à Florence le 28 novembre 1376. Voy. Diario (Tanonimo, p. 525; Cron, (TincertOf p. 289; Ammirato, XIII, 705 ; Scevolini, Storia di Fabriano, 98 , dans Gherardi, La guerra dei Fior,, p. 111.

5 Bonincontri, R. I. S., XXI, 27.

* Arch. stor,y loc. cit. Doc. 551. Gheranli, La guerra dei F ior,, p. 111. ' A la date du 2 juin 1577, il n'avait pas encore rompu avec Florence,

car son frère Venanzio s'y vient plaindre de lui, et on Ut dans une consulte du 5 juin : « Quod dolendumest de discordia.... et ideo cum omni remedio procureur concordia intcr ees. » (Diario d'anonimo, p. 552, et note 7 de Gherardi.)

« Cron, (Vincerlo, p. 289; Poggio, R. I. S., XX, 257; Léon. Bruni, VIII, 188 ; Bonincontri, R. I. S., XXÏ, 25.

' Arch, ilor,, loc. cit., p. 288. Doc. 575.

* Cron, d'incerio, p. 289.

» Col. Salutati, ep. f, 64, p. 151. Comili Lutio. 1" cet. 1377.

(Aîi. 1377) MORT DK GIOVANNI MAGALOTTf. 157

Pour lesHuil Saints il n'est plus question de rentrer dans la vie privée, comme ils voulaient faire le 1" juillet' à l'expiration de leur charge, pour n'être pas un obstacle aux vœux pacifiques de leurs concitoyens*. Bien plus, quelques jours après, «était allé en paradis' » un d'entre eux, Giovanni Magalotti*, en grand renom pour son jugement droit, son patriotisme, sa résistance à Vammonizione'^. Quoiqu'il fût excommunié, ainsi que ses collègues, il avait reçu les derniers sacrements, faveur refusée. Tannée précédente, à Antonio Sacchetti, un des Huit des prêtres. En son honneur on suspendit les ordonnances contre le luxe des funérailles', et il fut enseveli en grande pompe à Santa Croce\ qui était déjà le Panthéon florentin.

C'était une bravade, autant qu'une pieuse marque de regret et de reconnaissance; mais admirons comme chez ce peuple avisé les témérités n'excluaient jamais la prudence! A Magalotti mort, il faut un successeur; qui désigneront ces Huit, partisans déclarés de la guerre, ennemis résolus de la parte? Qu'il Simone Peruzzi, grand

* Boniasegni, p. 590,

* Voy. doc. 564. Le 17 aoûl 1575 ils avaient été élus pour un an. Vov. le premier livre de leurs délibérations aux archives florentines. Le 14 et le 16, les conseils avaient donné à la seigneurie l'autorisation nécessaire (doc. 24). Le 12 et le 15 juillet 1576, ils avaient été confirmés pour six mois (doc. 282), et c'est à partir de cette date qu'on les avait réélus par aemcstre, les 29 et 50 octobre 1576 (doc. 516), les 4 et 6 juillet 1577 (doc. 564), et enfin les 14 et 15 octobre 1577 (doc. 578) par anticipation, ce qui les conduisait jusqu'au 17 ao^'^t 1578.

5 Cron, d'incerlo, p. 289. 14 juillet 1577.

* Arcfi, slor., loc. cit. D^c. 567; Marcb. de Coppo, IX, 776.

* En février 1574. Yoy. chap. précédent, p. 720.

* Monaldi, DiVino, p. 555; Arch. stor., loc. cit. Doc. 115. Note 5 de Gherardi à la p. 554 du Diario d'anonimo.

' 15 juillet. Blonaldi {Diario, p. 555) los décrit longuement. Il en est parlé dans notre t. lU, p. 404. Cf. Âmmirato, XIII, 706.

158 AMBASSADEURS PONTIFICAUX (An. 1577)

fauteur de la parte^ très zélé par conséquent pour la paix, et ambassadeur auprès du pape pour la conclure*. Ce fut un gage donné aux uns, tandis qu'on donnait satisfaction aux autres, mécontents d'un tel choix*, en ne faisant au pape que des ouvertures qui a couvraient son front de rougeur, i On lui demandait pour les rebelles de l'Église rimpunilé durant six années et le droit de renouveler leurs accords avec la ligue. On lui offrait, par compensation, pendant cette même période, un tribut de cinquante mille florins. Comme cette offre lui paraissait insuffisante, dérisoire, les ambassadeurs se retranchaient, pour n'en pas faire de plus acceptables, derrière leurs instructions. Ils prétendaient bien en attendre de nouvelles, mais ils n'en recevaient point, et Grégoire, se tenant pour joué, perdait patience ^

Il piît alors une résolution énergique et franche qui lui fait honneur : il voulut saisir de la question le peuple florentin. Un franciscain, Lodovico de Venise, et un augustin, Jean de Bâle\ vinrent en son nom à Florence, chargés d'y lire, en assemblée du peuple*, un bref où

* Voy. plus haut, p. 154.

* « Fu grande danno, e si perché fu buono iiomo e si perché in luogo suo fu elctto Simone di Rin. Peruzzi, il quale per isdegno fu principio di guastare la ciità di Firenze. » (March. de Coppo, IX, 776.) — L'auleur du Diario (Tano^ nimo, qui suit plutôt les fluctuations de l'opinion, dit : c Credo clie farà buon uficio » (p. 534). Gherardi (n. 4) dit que Simone Peruzzi était un instrument de la parte. Le 18 juillet, les conseils approuTent son élection pour six mois, à commencer le 17 août. Arch. slor.^ loc. ciL, p. 287. Doc. 56.

' « Dicentes se ad ampliora non habere mandatum, sed de die in diein aliud cxi)cctare ; de cujus quidem missione nulli hucusque rumores per nos sunt habili ncc habcntur, et sic per verba ducimur sine fructu. » (Bref du 15 juillet, à la suite du Diario d'anonimo^p, 497, et dans Arch. stor., loc. oit , p. 287. Doc. 368).

* Arch. stor.. loc. cil., p. 286. Doc. 566; Ser Naddo, p. 8; Diario d'anonimOf p. 355; Âmmirato, XIII, 7U7.

' fl Vos autcm convenimus, o populo, qui tanquam pusillus grcx ad exci-

(An. 1377) REÇUS A FLORENCE. 159

était exposé l'clat des choses, avec tontes les récriminations et habiletés de la rhétorique pontificale. Le pontife y rappelait l'ancien zèle des Florentins et les bienfaits de rÉglise; il y déplorait les graves offenses que l'on avait récompensées ; il y accusait les Huit d'une cupidité effrénée, d'une ambition aveugle ; il les rendait responsables des maux présents, promettait d'être clément, si l'on posait les armes, si l'on implorait son pardon, et menaçait de nouvelles peines, si l'on s'obstinait à mal faire*. Plutôt que de convoquer le peuple, dont elle redoutait les impressions naïves, la seigneurie préféra réunir une assemblée, nombreuse d'ailleurs, de richiesti^ hommes choisis parmi les plus éclairés. Avec eux, une surprise de l'esprit était moins à craindre, et l'on se flattait, en outre, qu'ils garderaient le secret, illusion peu sensée, mais dont la perte fut si fortement sentie qu'on menaçait bientôt d'écorcher vifs les bavards et d'exposer leur peau aux portes du palais*. La réunion fut d'avis que le bi'ef pouvait être lu aux prieurs, puis, s'ils le jugeaient bon, aux conseils, mais dans le cas seulement où il ne contiendrait ni excommunications, ni protestation quelconque^ Il n'en contenait point; malheureusement, ses

dium temporale et eternum ducimini per prcdictos. » (Bref du 15 juillet, loc. cit.)

* Bref du 15 juillet, hc. cil,

* fl Quod si fieret decoriatio unius, non esset nimis. » {Consulte du 13 août.) — < Ulinam decorietur unus et cjus pellis ponatur ante palatium in exemplum. » (Consulte du 4 septembre. Gherardi, préf. au Diario d'ano» nimOf p. 230.) On ne sait pas de quels révélateurs il s'agit. M. Gherardi croit que ce pourrait être ce prieur Ugolino dont il a été question plus haut. Mais c'est peu vraisemblable, car il avait proposé indûment et non révélé. Nous croirions plutôt qu'il s*agil de Simone Pcruzzi, car nous le verrons plus bas [p. 190, texte, et 191 n. 1) accusé d'une indbcrétion qui ne devait pas dater du jour même.

* « Quod littere legantur in consilio, postquam fuerint lecte Domiois,

160 AMBASSADEURS PONTIFICAUX CONGÉDIÉS. (An. 1377)

violentes attaques contre les Huit lui ôlèrent toute autorité, toute efficace. Les propositions pontificales furent jugées et déclarées pleines de venin \

La seigneurie y répondit que les Huit avaient été élus d'un commun accord pour protéger la liberté contre de graves périls; qu'ils l'avaient protégée et non opprimée; qu'ils ne cherchaient ni à tromper le peuple, ni à faire leurs profits. En rappelant qu'on les nommait populairement les Huit Saints, elle montrait assez ce que pensait de leurs mérites la ville presque entière. Quant à la paix, que la Curie proposât des conditions raisonnables, et elles ne seraient pas repoussées. Ces mêmes Huit étaient donc invités à poursuivre les pourparlers; mais on ne dissimulait pas que le succès en paraissait douteux*. Dans tous les cas, c'est à Rome que les négociations étaient pendantes, et les ambassadeurs pontificaux n'avaient plus rien qui les retînt à Florence : ils en partirent le 1 7 août '.

Vainement ceux de la République prolongèrent leur séjour à Rome jusqu'au 4 octobre* : s'ils offraient de payer jusqu'à sept cent mille florins en six années*, Grégoire XI en réclamait plus d'un million, et, par surcroit, a des choses si grandes qu'elles étaient impossibles

salvo quain si conlinerent cxcomunicationem vel protcstalionem aliquani, non legantur. » (13 août. Doc. 373 de YArch. stor,, loc. cil., p. 287, qui oonlicnt les divers avis qui se firent jour dans ccUc réunion.)

* fl Ëxposilis por oralorcs et scriptis, picna sunt veneno. » (Consuitet XVII, p. 28 v**.) Cf. Diario d'anonimOf p. 555.

* Ihid. U y a au même volume bien d'autres consulte sur ce sujet. Cf. Poggio Bracc, R. I. S., XX, 258.

' Voy. Arch, slor,, loc. cit., p. 28G. Doc. 566.

* Diario d'anonimOj p. 452, et noie 5 de Ghcrardi.

^ G. Capponi (I, 29i) dit 7U 000, mais sans doute par erreur d'impression. Voy. Col. SaluUli, Ep. Part. 1, ép. 70. 78, p. 164, 178.

(An. 1577) PROPOSITIONS PONTIFICALES REPOUSSÉES. 101

à faire*, » notamment que cent citoyens de Florence, désignés par lui, et cent des autres villes toscanes se rendissent à sa cour, afin de lui demander pardon \ Les lettres des ambassadeurs qui transmettaient à la seigneurie ces a avides et déshonnetes demandes, » furent lues en consulte le 4 septembre. Elles y provoquèrent un vif sentiment d'indignation. « Plutôt que de céder à des clercs, tous voleurs, traîtres, loups homicides et rapaces, pour défendre le peuple, la commune, la liberté, la parlCy les Florentins étaient prêts à se manger les uns les autres'. » Jacopo Sacchetti, abordant l'épineuse question des voies et moyens, proposa « d'exprimer les clercs jusqu'à la lie, pour leur arracher de l'argent, et de recourir ensuite à la bourse des citoyens* ». Cet énergique conseil fut goûté et adopté. Le 2 octobre, les Dix des prêtres * publièrent que, dans trois jours, tout ce qu'il y avait à Florence et sur le territoire, de moines, de clercs, de nonnes, verserait ce million de florins qu'exigeait le souverain pontife, et cela non pour le lui

* Cron, dfinceriOy p. 290.

* Col. Salutati, 20 oct. 1377. Ep. Part. 1, ép. 78, p. 179.

^ < Onde fu pe'nostri ciltadini consiglialo pel popolo e coinune o libertà e di parle guelfa che innanzi ch*oUcncre il mandato o vero addomandamento di sua chiesta ingorda e disonesta, innanzi manicare Tun Taltro che venire al loro giogo, iinperochè sono lutli ladri c traditori e micidiali lupi rapaci. > (Diario d'anonimo, p. 350.)

* a Quod usque ad feccs premantur clcrici pro pecunia, et postea recurratur ad bursas civium. » (Consulte dans Gherardi, préf. au Diario (Tanonimo, p. 232.)

5 Ils n*étaicnt d'abord que huit, mais le 31 juillet, ayant eu à remplacer un d'eux, Marchionnc de Coppo, qui s'en allait podestat à Montecatini, on en avait nommé trois, ce qui portait leur nombre à dix. Yoy. Gherardi, La guerra dei Fiorentini, p. 115, noie 7. Cette modification fut maintenue dans l'élection d'une nouvelle série, le 17 septembre (Arch, slor,, loc. cil. Doc 577). De mars 1377 à janvier 1578 il y eut quatre séries (Ibid,, doc. 339, 387). L'office fut ensuite supprimé.

m&l, DK FLORKMCB. — V ' il

162 CONSEILS DE GOUVEIIMEMENT (An. 1577)

remettre, mais pour c obtenir par une rude guerre une meilleure paix*. > Comme par le passé, les biens des récalcitrants furent vendus, et Tachât en devint obligatoire*.

Le 5 octobre , vingt-quatre heures à peine après le retour des ambassadeurs, un grand conseil fut tenu pour ouïr leur rapport. « Y vint qui voulut ' » . Quand ils eurent de vive voix confirmé leurs missives, et rappelé les dixsept demandes du pape*, un cri unanime s'éleva dans l'assemblée : — Mettons-y noire avoir et nos personnes, qu'il ne nous reste plus qu'à marcher, et mort au loup rapace, au tyran cruel* ! — La discussion s'ouvrit ensuilc et dura plusieurs jours. Yanni de Quarata recommande de limiter les dépenses, pour éviter les murmures*; DonaloBarbadori, Risloro Canigiani, de célébrer l'oflice divin, malgré l'interdit, et de maintenir à leur poste les Huit de la guerre, malgré leur condamnation comme hérétiques \ Tous les orateurs des collèges opinent dans

* Cron. iTincerlo^ p. 290. G. Capponi (I, 29 i) croit que les deux adversaires, également peu disposés à la paix, voulaient rejeter Tun sur l'autre l'odieux du refus. Far leurs actes, les Florentins paraissent peu occupés de ce soin. Au contraire, ils souhaitaient de plus en plus la paix, mais ils ne voulaient Tacheter ni trop cher, ni au prix d'une humiliation.

* Cron, d*incerto, p. 291 ; Diario d*anonimo, p. 339.

5 Consulte, XVII, 41 ; Cron. d'incerto, p. 290.

* M. Gherardi dit qu'on ne voit pas, dans les Consullef trace de ces demandes. 11 est parlé de quelques-Hines dans une lettre des Florentins à Galeotlo Malatesta. Col. Salutati, part. 1, ép. 69, h la date du 9 octobre.

» Diario danonimo, p. 539.

6 « Quod postquam pax haberi non potest, Domini procurent pecuniam et limitonlur expensc.... Et quod habendo pecuniam, Domini, Collegia et Octopruvidoanl ita quod sine murmuratione habiliter habeatur. » (Consulte, XVII, 42.)

^ D. Barbadori : « Quod in nomine Domini celebretur divinum oflicium, et incipialur die Jovis, et procurelur quod ibidem sint plurcs cpiscopi. Kl quod rcligiosi vencrabilcs el magislri predicent pro comuni. Et provideaot cons^Tvationem Octo oUicialium balie, qui dicuntur pro heresi condemnati. n

(An. i577) SUR LA LEVÉE DE L'INTERDIT. 163

le même sens ^ Aucun des partisans du pape n'osait plus élever la voix.

En conséquence, le jeudi 8 octobre, jour de la fête de Santa Reparata, on recommença de chanter la messe et les vêpres, d'administrer les sacrements, le tout au son des cloches, pour que nul n'en ignorât*. Comme on avait remarqué des abstentions nombreuses, surtout dans le clergé, un conseil de richiesti réclama, dès le lendemain, que tous les clercs et religieux fussent contraints à célé^ brer lesdits oftices, sous peine d'être chassés de leurs églises et dépouillés de leurs biens*, tous les fidèles d'y assister sous peine d'être expulsés de la ville, du contadoj du territoire, et de a n'y avoir plus rien à faire » ; quant à ceux qui obéiraient, on leur promettait toute sorte de faveurs*. Dans cette réunion, comme dans les précédentes, nul n'ose contredire, et, détail significatif, celui qui propose ou soutient ces mesures au nom des ambas-sadeurs, c'est Lapo de Castiglionchio, âme damnée de la parte^. Qu'était donc devenu son zèle pour la paix et pour l'Église? C'est avec son assentiment qu'on décide qu'il ne sera plus envoyé d'ambassadeur au pape, qu'il ne lui sera plus donné <c ni argent ni médaille\ » En se

(Ibid,) — R. Canigiani : c Gras dicenlur ve«pere et postea misse, et inter* dictum non observetur. » (Ibid,)

« Ibid. Cf. Diario danonimo, p. 340; March. de Coppo,IX, 772, 774; Cron, tTincerto, p. 290; Ser Naddo, p. 6.

* Diario danonimOy p. 540 ; Cron. d'incertOy p. 290.

' Proposé par Matteo de Federico, Donalo Barbadori, Filippo Cioncttii Doinenico Sandri, Fuligno des Medici, etc. Consulte y XVII, 45 v*, 45.

* c Quod clerici qui obediunt Yeniant in pacc facienda et habcant omnetn gratiam. > (Proposé par Domenîco Sandri, ibid.)

* € Quod deliberatio facta circa celebratores dirini ofticii prudenlissima est, et quod provideant ita quod observetur. Et quod virililcr fiat bcllum ad quod Octo Balie soUicitentur. • (Ibid.^ 45 v*.)

^ Consulte, ibid. ; Diario d'anonimoy p. 540.

164 LLNTEUDIT iNON OBSERVÉ. (kn. 157

mcltanl dans son tort, le Saint-Siège avait forcé à h rompre en visière, pour l'heure et par prudence, s( plus zélés partisans.

Le 10 octobre, un Lan de la seigneurie portait à I connaissance de tous ces énergiques résolutions ^ Hu jours plus tard, on faisait venir en ville le tablea vénéré de Santa Maria in Pruneta, petite localité c conlado^ au sud de Florence, et on le conduisait m grande procession au palais des seigneurs. Tous les re gieux étaient allés à la rencontre, portant le crucifix la tête de San Zanobi, a notre avocat devant le ChrisL, dit le contemporain anonyme. Sur la ringhiera on av^ élevé un autel. La messe y fut célébi'ée en plein air, < un sage moine prêcha ensuite, c disant de bonnes c hautes paroles en l'honneur du Dieu tout-puissant el(i( la victoire' »•

Peu de personnes, à ce moment, désobéissaient à la commune, en se tenant à l'écart. On ne voulut pas tolérer qu'elles donnassent le mauvais exemple. Aux clercs qui avaient déserté leurs églises, un terme de deux mois lui fixé pour en reprendre la direction (23 octobre). Toute résistance serait punie de mille florins pour chacun, de dix mille pour un évoque, à prendre, non sur les biens

* Ce ban manque dans les Deliberazioni dei tignori; mais le diario iVanonimo (p. 540) en donne une analyse conforme à ce qu'on vient de voir dans la consulte, Ammirato (XllI, 709) le rapporte au 22 octobre; mais à cette date, comme au 20 et au 25, il ne 8*agit que d*une confirmation daa5 les conseils. Voy. Arch. sior,, loc. cit., p. 289. Doc. 581.

* Diario (TanonimOj p. 541. M. Gherardi (jUa guerra dei Fiorenliffh p. 111)) tient puur une grande faute la violation de Tinteitlit. On ne voit jias pourtant, uialjrrc rexislencc d'un parti de TÉglise à Florence, que cel acle ail empiré la situation des Florentins, il ne faut pas juger de ci« choses d'après les sentiments modernes qui savent si bien séparer le Itiflpoicl cl le spirituel.

(An. 1577) CHATIMENTS ET RÉCOMPENSES. lOn

(le leurs églises, mais sur leurs biens propres*, argument qui fut décisif, sauf envers Angelo des Ricasoli: obstiné comme on Test dans sa race, il refusa fièrement de remonter sur son siège épiscopaP. Ce n'est pas tout : défense fut faite aux ecclésiastiques, sous peine de cinq cents livres, de s'éloigner, à l'avenir, sans la permission des prieurs, et l'on promit que ceux qui obéiraient seraient inscrits sur un registre, afin que la commune, le cas échéant, les défendît à ses frais. Cette mesure protectrice fut môme étendue à tous les officiers ou citoyens condamnés depuis 1374 par le pape ou ses légats. Ils devaient être maintenus dans leurs biens et droits, nonobstant les procès intentés par le Saint-Siège; la paix ne pourrait être conclue avant qu'il les eût annulés ou révoqués. Quiconque accepterait de lui un bénéfice confisqué ou en mettrait un tiers en possession, s'exposait à la peine de mort'. Quiconque l'emploierait à lui nuire recevrait d'insignes faveurs*.

En plus d'un cas, on ne s'en tint pas à ces mesures générales : des personnes nominativement désignées furent honorées de récompenses ou flétries de châtiments. Quelques-uns des Ordelaffi obtinrent droit de cité à Florence pour s'être emparés de Forlî *; Donato Barbadori, pour « ses longues et graves fatigues », cinquante florins d'or avec le privilège de porter des armes offen-

* 22, 23 octobre. Arch, slor,, loc. cit., p. 289. Doc. 381.

* Ammii-alo le jeune, XIII, 709. — Note de Tommaseo à la lettre 242 de sainle Catherine, t. IV, p. 529.

* Provision du 17 oclobrc, approuvée par les conseils les 22 et 25 octobre. Arch. êlor,, loc. cit., p. 289. Doc. 380. — Aramirato le jeune, XIIÎ,

* Arch. êtor,, loc. cit. Doc. 585, 384. 5 Ibid,, p. 288. Doc. 576.

166 FLÉTRISSURE DE RIDOLFO. (An. 13Î7)

sives et défensives*. Ridolfo de Camerino, battu par Lulz de Landau (29 octobre), chassé jusque dans Tolentino, où il faillit être pris*, fut ignominieusement peint dans le palais du podestat, pendu par un pied à la potence, ayant à gauche une sirène, à droite un basilic, et, sur la tête, une grande mitre, la mitre d'infamie. Un diable lui mettait la corde au cou, et cependant ses bras écartés faisaient encore un geste de mépris pour Florence et, tout ensemble, pour l'Église'^. Sa réponse, au reste, ne se (it point attendre. Il se fit peindre, à son tour, sur ses domaines, dans une attitude qu'expliquera sufOsamment rinscription suivante, placée au-dessous de cette peinture : lo sono Ridolfo da Camerino^ leale signore dx te^ray che coco in gola agli Otto délia guerra\ Ce grossier personnage occupait fort, alors, les conseils. On y proposait de confisquer ses biens*; on le frappait à la fois dans son avoir et sa personne*. Les vicissitudes d'un prochain avenir lui réservaient une réparation qu*à coup sûr il ne méritait pas.

Mais que peuvent les résolutions des hommes contre la force des choses? Elle les pousse malgré eux, elle les contraint aux plus involontaires, aux plus étranges contradictions. Tandis qu'en renouvelant une fois de plus,

• 22 octobre. Ihid,, p. 289. Doc. 382.

• Col. Salulali, ep. 2, p. 63. 8 nov. 1377; Diario (Tanonimo^ p. 342 ; Cron, d'incerto, p. 292 ; Cron. Est., R. i. S., XV, 494 ; Ammirato, XIII,

* Diario d^anonimo, p. 340; Cron. d'incerlo, p. 292; Bonîncontri, R. I. s.. XXI, 27; Boninsegni, p. 586; Âmmiralo, XIH, 705.

* Bonincontri, R. I. S., XXI, 27.

^ c Sciatur si aliquis habet pecuniam ejus, vel ubi sunt sue bcstic, et totum Tcniat in comune. Et quod hoc preleniuam pictura sit secreluin. » Consulte du 5 octobre, dans Ghcrardi, préf. au Diario d'anonimOf p. 235.)

^ Diario d'anonimo, p. 342. 4 novembre 1377.

(An. 1377) L'AMMOMZIONE ET CATHERINE DE SIENxNE. 167

et par anticipation, les pouvoirs des Huit de la guerre, Florence marquait le dessein de poursuivre les hostilités tout au moins jusqu'au 17 août 1578*, elle hébergeait des ambassadeurs pontiflcaux à destination de la France % et accueillait favorablement Jean de Baie qui revenait, au nom du pape, proposer Viterbe, Pise ou Piombino pour ouvrir de nouvelles négociations (8 novembre)^. Elle avait pourtant juré de ne rien entendre, avant que le Saint-Siège eût révoqué ses condamnations*; mais, comme nous l'apprend Marchionne, « on ne payait plus volontiers*. » Les capitaines le voyaient bien, et ils redoublaient d' ammonizione contre les fauteurs de la guerre. En un an, de mars 1577 à mars 1578, ils en frappent soixante-neuf. Catherine l'illuminée leur servait d'instrument ': prodiguant révélations et miracles, exorcisant les possédés, résolvant, sans aucune notion des lettres antiques, les difficultés de l'Écriture*, ne prenant pour toute nourriture que le Saint-Sacrement,

* Arch. slor,, loc. cil. Doc. 378; Cron, cTincerto, p. 129; Ammiralo, XIII, 709; Gherardi, La guerra dei Fiorenliniy p. 115, noie 6.

' 25 oclobre-4 noTembre. Diario d'anonimOf p. 341, 342.

5 Ibid., p. 343.

^ Âmaretto Mannellî, au nom des douze buonuominif dil : « Quod sicut inceptam est, magister Johannes de Basilea remittalur, pralicet et conférât cum Octo, et rogentur quod si possent aliquid habcre quod sil pacis, quod procurent et adnilantur. » (Consulte, Cf. Gherardi, La guerra dei Fior., c. YUT, p. 112 sq.)

* fl Perocchè la guerra era incominciala a rincrescere, ed il pagare si facea mal Tolenlieri. » (March. de Goppo, IX, 771.)

« Ibid. March. de Coppo donne deux fois (IX, 770, 775) h liste des ammoniii du 4 septembre 1377 au 23 mars 1378, preuve de l'importance que paraissaient avoir et le fait et le nombre des citoyens frappés. Cf. ser Naddo, p. 6.

^ March. de Goppo (IX, 773) nomme ces zélés : Niccol6 des Soderini, Bindo Altoviti, Piero Ganigiani.

* Aramirato, XIIÏ, 710.

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