S HARDIESSE CROISSANTE (A
elle tonnait sur la violation de rinlerdil et ramenait quelques Ames faibles à l'observer de nouveau*; elle provoquait docilement en public ses cauteleux inspirateurs à réveiller la furie de VammoïiizionCy et eux, ils affectaient de prendre pour d'infaillibles prophéties ses moindres paroles, où, par un excès contraire, leurs ennemis ne voyaient que méchanceté, qu'hypocrisie*. Beaucoup, qui maudissaient l'oppression, s'y résignaient par amour de la paix*. Leur adhésion, tacite mais croissante, permettait à ces tyrans, quand expirait leur charge, de se faire décerner les mêmes honneui*s que naguère aux Huit Saints, un pennon et un bouclier, qui leur furent apportés au son des trompes, « pour enflammer quiconque prendrait cet office, à en remplir les devoirs franchement (22 novembre)*. >
La discorde, par surcroît, se mettait au parti de la guerre. Affaibli par la perte de Bologne, par la défeciion de Ridolfo, il voyait en désaccord les ambassadeurs revenus d'Anagni', et en progrès les clercs qui désarmaient la haine par leur résignation habile devant l'in-
^ (t Et gratia divina tanta est per eam operata quod ubi cum maximo contemptu sedis apostolic^e frcgerant inlerdictum, ad ipsius virginis exortationem itcrum assumpscrunt atque servaverunt. > (Mefano Maconi, annotations h la \'ie de Catherine, ms. chei les chartreux de Pontignano, cité par Barlamacchi, note à la lettre 126, et Capecelatro, il, 19, note 1.) Anmiirato (Xni, 715) dit que la seigneurie avait décidé qu*OQ recommencerait à observer Tinterdit.
* « Fu introdolta moite voile alla parte a dire ch'era buono Tammonirr, acciocche alla parte si provyerlesse di levare la guerra, di che era costei qu^si una profetessa tenuta da quelli délia parte, e dagli altri ipocrita e mala femmina. » (March. de Coppo, IX, 773.)
' On peut lire dans G. Capponi (1, 287) quelques lignes de Buoninsegni, qui se fait dans un temps postérieur Torgane de ces mécontents.
* € Per infiammare bene chiunque vi fosse a fare Tufficio traite francamenle. » (March. de Coppo, IX. 771.) Cf. Ammirato, XHI, 710.
» Ammirato, XHI, 709.
(.\if. 4577) DU PARTI DE U PAIX. 169
lerdit violé*. La puissance excessive des Huit commence à donner de l'ombrage; on les soupçonne belliqueux à outrance uniquement pour se protéger contre leurs ennemis. Le bruit se répand que l'empereur vient au secours du Saint-Siège', et, pour résister, la confiance est médiocre en cet Hawkwood, comblé pourtant de présents et d'honneurs' : <c Dieu lui fasse la gi^âce de ne pas nous offenser, i écrit notre anonyme*. Les Huit euxmêmes recommandent la circonspection envers ces étrangers*, qui ne savaient tenir en place et repartaient à peine arrivés*.
Le revirement est complet dans les consulte : Lapo de Castiglionchio, jetant son masque, proclame l'ennemi invincible en fait et en droit; il demande la dissolution de la ligue pour faciliter un accord *. Donato Barbadori,
* Voy. notamment le Diario d'anonimo, presque à toutes les pages. On y voit la haine des prêtres et tout ensemble le désir de la paix avec eux.
* € Quod imperator se préparât ad advcntum, et ideo Domini sollicitent de hoc scire veritatem, ita quod pro?ideatur (Comulle du 26 novembre). Quod certe videtur et dicitur ipiperatorem in Ilaliam descensurum, et ob id quod pax est comuni necessaria j> (il décembre), — « Quod Domini et Octu provideant diligenter circa adventum imperatoris, ita quod libertas populi florenlini conservetur. » (19 décembre. Consulte^ XVII, 61 sq.) Voy. aussi Gherardi, note 4 à la p. 345 du Diario (Vanonimo,
^ On le loge à l'éTêché (7 déc), on lui fait des présents de cire, de draps de soie et de laine, de douceurs ; on lui sert ainsi qu'aux siens un somptueux repas dans le palais de la seigneurie (Diario d'anonimOf p. 544).
^ !bid.
* € Et quia ipsi sunt ad nostra stipendia dintius permansuri, reganlur et fiât cum eis taliter quod non turbentur, quoniam si equitant inviti, parum faciant gratum comuni, imo forte contrarium. » (Citation de Gherardi, note 1 à la p. 545 du Diario d'anonimo,) « Et quod videtur quod D. J. Uaucud non sit contentus de comuni, procuretur per oinnem modum quod sit contentus. » (Consulte du 1" décembre, XVII, 58 v'.)
* Voy. sur leurs incessantes allées et venues le Diario d'anonimo, p. 545, 546, 547, 549. Les faits de guerre sont incessants, mais insignifiants. On en peut voir le détail dans cet auteur et dans la Cronichetta d'incerto,
^ < Quod civitas est in magno periculo quod hélium geritur cum hoste
170 WYERSES A1BASSAI«S (Ai. 1577)
jusqu'alors si énergique contre TÉglise, confesse que la guerre est prcsenlement nuisible, ruineuse, et qu'il faut, par tous les moyens, procurer la paix ^ La paix, selon Carlo Sirozzi et d'autres, est nécessaire pour sauver la liberté *. Elle doit être chère à tous, dit Padno Sirozzi, mais surtout aux Huit '. G*est à peine si le sentimeut contraire trouve, dans ces assemblées, un timide représentant : « Trop vouloir la paix, murmure Filippo Cioni, est un obstacle à la paix. On a fait pour Tobtenir tout ce qu*on pouvait faire *. i
Sans aucun doute on pouvait faire plus; mais on avait fait quelque chose. Peu de jours auparavant, le 20 décembre, Alessandro de FAntella et Simone Peruzzi étaient partis en ambassade auprès de Bemabo \ qui, depuis deux mois, offrait en vain sa médiation'.
invincibili.... tamen maximus remtnet in fado et in jure. Et ideo pax sine intermissiono procuretur. Et quia prorogatio lige manifestom est impedire paceiD, ideo bonum est quod prorogatio non fiât. » (Consulte , XVII, 65.) ' f Quod bellum quod ad 4)re8en8 geritur est dannosum, sumptuosomei periculosum, et ideo pax modis omnibus procuretur. » (Ibid.)
* « Quod pax est comuni necessaria propter omnes respectus.... Et quod Octo balie procurent circa pacem habendam, que sola erit consenratio libe^ tatis. » — Un autre : c Quod cum libertas populi florentini a pace sola peodeat. • (Ibid.)
' « Quod pax esse débet cordi omnibus civibus et maxime officie Octo. > (!bid.)
^ « Quod nimium Telle pacem esset impedimentum pacis. Et quod huo usque circa eum factum est tantum quantum fieri potest. » (Ihid.) U 28 décembre, autre consulte dans le même sens (Ibid., f* 67 t*).
• Diario d'anonimo, p. 345.
^ « Recepimus a Bernabove lilteras cum copia quorumdam capitulorum.- Denique quoniam cognoscimus fore damuosum si aliquid ex parte nostra obferatur quoniodo libet ycI tractctur, nobilitatem vestram aflectuosissioe doprccaniur quatcnus vice nostri comunis nihil omnino tractare placeat Tel obferre. » (Col. Salutali, 26 cet. Part. I, ep. 70, p. 164.) Les ambassadeurs sont de retour le 19 janvier, sans avoir pu s'entendre avec Visconti, et, le 20, les Dix des prèlrcs publient que tout acheteur des biens ecclésiastiques pourra en user librement, y bâtir, les vendre, les donner. A s'y oppo-
(Aw. 1378) POUR LA PAIX. 171
Grégoire XI était, de son côté, prêt à l'admettre. Malgré la défection de Ridolfo et du préfet de Vico \ qui lui permettaient de combattre avec plus d'avantage, et par conséquent de redoubler d'exigences, il était las d'une lutte si prolongée, comme des vains efforts de ses ambassadeurs ". L'heure lui semblait, d'ailleurs, venue de marcher vers le but où tendaient, depuis 1373, tous ses vœux *, d'extirper certaines hérésies, de pacifier, après l'Italie, l'Europe, de réunir tous les chrétiens contre le terrible Àmurat, qui, joint aux Tartares, menaçait la Hongrie, et, s'il s'en emparait, s'allait trouver au cœur de la chrétienté *.
Les ambassadeurs pontificaux s'acheminèrent donc, comme ceux de Florence, vers Milan *, où l'astucieux et peu sûr Bernabô' se laissait supplier de cette médiation précédemment dédaignée \ Persuadé enfin que la Répu-
scr, l'on eût risqué mille livres d*amende ou sa tête. Voy. Diario d'anonimoy p. 346, 547.
' Yoy. sur ce dernier fait Bussi, Storia di ViterhOy p. 211, dans Gherardi, La guerra dci Fior., p. 119. — Les Florentins s*en plaignent à ses parents les Ptolémées. Voy. Col. Salutati, 1" janvier 1578. Part. Il, ep. 51, p. 105.
* Aux derniers jours de 1577, il envoyait encore Tévéque d'Urbino. Voy. Ammirato, XIII, 712.
' fl Audimus.... quod civitates Conslantinopolitana et Thessalonicensis et alias terras quas possides de pnesenti quasi ah eisdem Turchis inclusse in magno dicuntur periculo remanere. » (Grégoire XI à Jean Paléologue. Ann, EccL, 1575,§1, t. XXVI, p. 251.)
* Capccelatro, 1, 105.
> • Summum Pontificem ad D. Bemabovem suos spéciales nuntios di* rexîsse, suggercndo quod paratus crat ad pacem cum ipso nobiscum. » (Col. Salutati, 29 janvier 1578, aux alliés, pari. II, ep. 54, p. 111.)
* € Quod ipse in sccreto possel esse cum papa in concordia. » (Consulte^ XVII, 80 V.)
^ c Ipse autem D. Bernabos multis respectibus se in hoc tanquam mediatorem ingerere renuebat, scd tandem viclus precibus oratorum nostrorum W onus assumpsit. » (Col. Salutati, loc, ct7., p. 111.)
172 CONGRÈS DE SARZANE. (An. iolf^]
bliquo parlait au nom de toute la ligue *, il désigna, pour siège des négociations, Sarzane, qui lui apparlenait. Un mois plus lard (5 mai-s) s'y rendaient comme syndics Pacino Strozzi, Alessandro de l'An tel la, Benedetto Alberti, avec deux des Huit, Andréa Salviati et l'inévitable Simone Peruzzi ". Il leur était enjoint de conclure, avant le 24 juin suivant', la paix et non une trêve, a subtilité de Bernabô *, » toute trêve étant à l'avantage de celui qui la demande *• A défaut d'une paix solide, disait-on une fois de plus, mieux valait la guerre qu'un passager accommodement*.
Satisfaction, à cet égard, fut-elle donnée au désir des Florentins? On peut le croire : d'une part, à l'archevêque de Narbonne, parent du pape, à Tévéque de Pampelunc, au cardinal d'Amiens, syndics de l'Église', s'étaient joints ceux de la reine de Naples, du roi de France, de la République de Venise", qui, ne parUigeanl point les pas-
* « Et per oratores nostros fuit rcsponsum et alios colligatos parntoscsse similiter versa vice. » (Ibid.y p. ilO.)
* Diano d'anonimo, p. 550.
' Arch, stor.y loc. cit., p. 291, doc. 388 ; Diario d'anonimOy p. 7)19; Ser Naddo, p. 9; Col. Salutati, 4 mars. Part. II, ep. 47, p. 1«55.
^ « Quod treugua que pclitur videtur sibi quod sit sublilitas D. Bcmnbovis. » (Piero Canigiani, 5 mars, ConstUte, XVII, 85 v"".)
^ fl Quod treugua quoties petitur nisi propter utilitatem et necessitaleni petenlis. • (Benghi des fiuondelmonti, ibid., f* 86.)
® Piero Canigiani : c Quod nullo modo treugua que petitur fiat, quod esset confusio comunis. Et quod si oratores persisterint (sic) in propa<iito dicte treuguc, Octo faciant viriliter )>ellum usque ad {'ortas aime urbis. » Ghino Bemardi : « Quod ista treugua est magni periculi et videtur eh quod si consent iatur pro aliquo tempore de prorogatione in prorogationeni ad tempus longissimum protrabelur, et multis rationibus valdc dannosa. Et ideo nullo modo fiat. » (Ihid,, 85 v'*'85.)
"* Le C) mars, ils étaient de passage h Poggibonzi, se rendant à Sanana. Voy. Diario d'anonimo, p. 550.
^ Sozomène, R. I. S., XVI, il04. Les auteurs contemporains ne font pas mention des ambassadeurs français, mais Coluccio Salulati les nomme et dit
(As. 1578) MORT DE (iUÉGOIUE XL 173
sions de ia lutte, ne pouvaient avoir d'objections à la paix. D'autre part, dès le 26 mars, il n'est plus question de trêve dans les consulte; on y recommande de tout faire pour la paix, en se conformant aux conditions fort dures de Bernabô*. Or payer avec leurs alliés huit cent mille florins, dont la moitié à leur charge, restituer, dans le délai d'un an, tous les biens confisqués aux églises, abroger les ordonnances rendues contre l'Inquisition, réintégrer le Saint-Siège en possession des villes révoltées, voilà la pilule amère que ce douteux ami faisait avaler aux Florentins'.
Grande fut donc leur joie, quand ils apprirent la mort soudaine du pape (27 mars), qu'ils croyaient en parfaite santé"*. Partout ils allumèrent des feux de réjouissance. Le bruit courut qu'une main mystérieuse était venue frapper à la porte San-Friano, en criant ulivo^ : c'était l'usage que tont messager annonçant une victoire, promesse de paix, prononçât ce mot et portât à la main une branche d'olivier. Sans doute, la réunion annoncée du conclave ne pouvait que retarder les choses, car elle rappelait à Rome les légats et imposait de surseoir aux
qu'ils furent reçus à Florence du 12 au 17 avril. (6 mai. Part. II, ep. 61, p. 169, au roi de Hongrie.) Il en est aussi parlé dans les consulte des 8, 14, 15, 17 avril (XVII, 101 v**); mais on peut croire qu'ib n'arrivèrent pas à temps pour prendre part aux négociations, bientôt interrompues par la nouvelle de la mort du pape, connue h Florence le 1" avril. Voy. Diano (TanonimOy p. 552.
* « Quod omnia ùant ut pax habeatur et a voluntatc D. Bcrnabovis nulla tenus discedalur. » (Ghino Bernardi, Consulte, XVII, 92.)
* Consulte, XVII, 92-9-4 V; March. de Coppo, IX, 780; Ammiralo, XIll, 715; Glicrardi, La (jucrra dci Fiorentini,\K 121.
*' * Mori qua>i di fatlo, clie n m stc nainialalo. » (Neri de Donalo, R. I. S., \\\ 258.) Kii fait, il avait la pierre. Voy. Sisnioridi, IV, 429.
* Diario tVanoniino, p. 552; Cron, d'inccrlo, p. 294; Aimuirato, XIll, 715
174 URBAIN VI SOUVERAIN PONTIFE. (As. 1378)
ncgocialions'; mais qui pouvait dire si, avec un pape nouveau, italien peut-être, en tout cas non séparé de Florence par des haines aigries, il ne serait pas plus facile d'asseoir, sur des bases plus équitables et plus avantageuses, un accord sérieux, déflnitif ?
L'histoire est connue de Torageux conclave qui, le 7 avril 1378, donna pour successeur à Grégoire XI fiartolommeo Prignano, archevêque de Bari*. Il était âgé de soixante ans, et d'origine toscane ', savant et pieux mais d'un caractère détestable, propre à lui créer les plus graves embarras. Il ne convenait entièrement à personne, ni à la faction des limousins^ ni à leurs adversaires, qui suivaient le cruel Robert de Genève, ni aux italiens, assez nombreux sinon pour faire la loi, du moins pour incliner la balance, et dont quelques* uns, les Romains, souhaitaient un pape de la ville éternelle*. Mais, par là même, chaque parti pouvait porter ses voix sur un prélat qui n'était à la discrétion de personne, et c'est ainsi qu'Urbain VI parvint au trône pontifical.
Son attitude, comme son élection, permettait aux Florentins de venir à résipiscence. En marquant le dessein de rester à Rome, de créer des cardinaux italiens, de
* Sozomène, R. I. S., IVI, 1104.
* Voy. Thomas de Acerno, De creaiione Vrhani F/,R. I. S., lU, part II, p. 720; Baluze, Vitœ pap. Aven,, I, 1043; March. de Coppo, IX,782.Si9mondi (IV, 451) a fait ce récit avec beaucoup de détails et d'intérêt.
s Du châleau de Linari, contado de Florence, à 17 milles de la Tille, d'où son aïeul avait été chassé comme gibelin. (March. de Coppo, IX, 782.) — Du châleau de Perignano, territoire pisan. (Ammirato, XIII, 713). Selon Ammirato, l'aïeul d'Urbain VI était de Perignano, son père Napolitain.
* Voy. les précédents et Yiia Greg. XI ex Bosqueto, R. I. S., 111, part. II, p. G54.
(Ah. 1578) AMBASSADE FLORENTINE A URBAIN VI. 175
conclure la paix « non pour de l'argent, mais pour l'amour de Dieu* », il rassurait la péninsule, et semblait condamner les exigences pécuniaires de son prédécesseur. Aussi, dès le 20 avril, la seigneurie et les Huit envoyaient-ils à leurs confédérés l'invitation d'éviter toute hostilité nouvelle, de ne plus fomenter la révolte dans les États de l'Église, « attendu que la divine Providence avait élevé sur le siège apostolique un homme juste, un Italien de qui l'on pouvait espérer la paix* ». Cette invitation, cet ordre, la République l'avait donné « par respect de Sa Sainteté et non pour autre cause^ » : les cardinaux Orsini et Gorsini étaient chargés de le lui dire. L'aliénation des biens ecclésiastiques fut sensiblement ralentie. Plus d'un, ddius les consulte ^ demandaient même qu'on s'en abstint tout à fait*.
Peu de jours après (25 avril), étaient élus huit ambassadeurs, pour aller à Rome honorer le nouveau pontife. Quatre d'entre eux avaient mission de négocier la paix avec lui*. De ce nombre Donato fiarbadori et Alessandro de l'Antella, plus aptes que personne à renouer des négociations dont ils avaient tenu dans leurs mains tous les fils*. Comme ils faisaient, selon l'usage, leurs prépa-
^ <f Voglio fare pacie non per danari, ma pcr amore di Dio. » (Diario d'anonimo, p. 353). Cf. Th. de Acerno, R. I. S., III, part. II, p. 725.
* f Vir juslus et a sanguine italico nullatenus alienus, a quo speramas pacem Tobis et iiobis dari. » (Col. Salutali à Simeotlo des Orsini et Giovanni Sciarra. Part. Il, ep. 58, p. 161.)
' f Nos hoc solum ob reverentiam sua; sanclilatis cl non ob aliam causain providisse. > Col. Salutati, ep. 59, p. 162.)
* Conmllêy XVII, 107 sq. Le dernier acte de ce genre qu'on trouve est du 5 juillet 1373- Voy. Gherardi, La guerra dei Fior., p. 122.
» Arch. Uor., loc. cit. Doc. 389, 390. '
* Diario d'anonimOf p. 354. Ammirato (XIII, 715) donne les nomi des huit ambassadeurs.
170 LA PAIX COiNCLUE. (An. 1578)
ratifs avec lenteur, un grand conseil de richiesti fut tenu le 15 mai, où Ton ne parla d'autre chose que de hâter leur départ, fallût-il les contraindre*. Ce coup de fouet les mit en route dès le surlendemain' . Un vœu pacifique les accompagnait, échappé à la plume du plus helliqueux de nos chroniqueurs : « A qui veut la guerre, qu'on puisse mettre dans sa maison un feu qui ne s'éteigne jamais. Amen'. »
C'est que le trafic en souffrance ne permettait plus d'atermoyer, ni les désordres profonds de la place publique de guerroyer au dehors. Les pourparlers se poursuivirent sans relâche, et, cette fois, ils devaient aboutir. Urbain VI, de son côté, se faisait trop d'ennemis, par ses rudes paroles dans le sacré collège*, et par sa fermeté parmi les princes*, pour ne pas rechercher l'amitié des villes et des peuples. Le 18 juillet, arrivait enfin à Florence l'heureuse nouvelle que, le 12, avaient été posées les bases de la paix. A l'idée qu'on pourrait enfin, sans sacrilège, tenir les églises ouvertes, y entendre la messe en toute conscience, la population se livra aux plus vives démonstrations de joie'. Le 28, eut lieu à
' Note G du Giicrardi à la p. 554 du DiarioiVanonimo.
- Diario d'anonimo, p. 554; Ser Naddo, p. 10; Mardi, de Co|H)o, IX, 785.
* Diario (VanonimOy p. 555.
^ Â Fut! il dil, en plein consistoire : <i C'est assez parlé » ; ^ l'autre « Tais-(oi, lu ne sais ce que tu dis. » Il appelle le cardinal Orsini un sol. A Jean de la Grange, cardinal cvêque d'Amiens, revenant de sa légation de Toscane, il reproche d'avoir volé l'argent de l'Église, et s'attire cette rt'poufc: « Tu tanquam Dareiisis nienliris. » Voyez Th. de Acerno, R. 1. S., III. part. Il, p. 7'i5, Ann. EccL, 1578, § 45, t. XXVI, p. 552, et sur tous les griefs des cardinaux, Sismondi, IV, 441.
^ Il refusait à la reine de iNa|)les certaines demandes, au roi de Fraui'C de revenir dans le comtat. Voy. Gheraiili, La guerra dei Fior,^ p. {"ii.
" Diario d'anonimoy p. 5G5, 500; Ser Naddo, p. 11 ; Gioo Capponi l'au-
(Km. 1378) TRAITÉ DE PAIX. 477
Tivoli la signature du traité. Nous n'en saunons passer sous silence les principales conditions :
l*" Les allies de Florence sujets de TÉglise qui voudraient y être compris devront se présenter, dans le délai de deux mois, devant le pape, pour y apposer leur signature. Contre ceux qui ne le voudraient pas, rÉglise ne pourra prendre les armes avant deux ans et deux mois. Si elle les prend, sans qu*ils aient eux-mêmes commencé les hostilités, Florence aura le droit de leur porter secours.
2^ Le bénéfice de la jpaix ne s*étendra pas aux alliés des Florentins non sujets de l'Eglise, en lutte avec elle avant la présente guerre. Ceux-là seuls qui auront pris publiquement part à celle-ci seront réputés alliés de l'une ou de l'autre des parties contractantes.
Z** Les Florentins et leurs alliés sont tenus, sur la demande du pape, de supprimer, dans les deux mois, toutes ordonnances contre la foi catholique, Toflice de l'Inquisition et la liberté de l'Église.
4"^ Les uns et les autres restitueront, avant la fin de janvier 1379, tous les biens meubles et immeubles confisqués aux églises.
5® Les Florentins payeront à l'Église 250 000 florins, à raison de 25 000 par iftois.
6^ Ils lui restitueront, ainsi que leurs alliés, toute ville ou teiTe lui appartenant et qu'ils détiennent.
7* L'une des deux parties contractantes ne pourra faire, contre Tautre, trêve, confédération ou guerre. Si quelqu'un des officiers de l'Église y contrevient, le souverain pontife le cassera et donnera à la commune lésée toute assistance possible.
8<^ Les Florentins et leurs alliés sont relevés de toutes censures.
O"* Les parties contractantes s'engagent à observer ces clauses, sous peine de 50 000 florins d'or, et, pour les Florentins et leurs alliés, de retomber sous le coup des censures apostoliques ^
Bien autrement douces étaient les conditions du rude pontife que celles de son doux prédécesseur. Florence obtenait en somme le principal de ce qu'elle réclamait
cicn, Tumulto dei ciompi. (Biblioteca icelta Silvestri, Cronichette antiche^ t. 478, p. 309.)
I Ardi, itor», loc. cit., p. 292. Doc. 392. On peut lire une analyse de ce traité dans Gherardi, La guerra dei ¥ior„ p. 123-125.
BlSr. DB FLORENCB. — V 13
178 BULLES PONTfflCALES (A». 1378)
dans ces interminables négociations ^ < Aussi, s'écrie joyeusement le chroniqueur Giovanni Morelli, depuis cent ans, nous n'avions pas reçu une aussi bonne nouvelle\ » Dès le lendemain, 29 juillet, était levé provisoirement l'interdit qui pesait sur Florence'. Mais quoi ! encore du provisoire ! A quand donc le définitif? Tant que les bulles d'absolution ne lui seraient pas parvenues, tant que la paix n'aurait pas été promulguée, la République restait inquiète, sous les armes, pressant Urbain VI d'en finir*. Pour en finir, Urbain VI attendait qu'elle eût licencié et mis à la solde de l'Église le comte Lutz, avec les gens de fiernabô\ Il craignait, en donnant toute satisfaction aux Florentins, de les trouver ensuite moins disposés à le satisfaire lui-même. Ceux-ci, par une défiance semblable, tenaient à recevoir les bulles et le commissaire pontifical, avant d'envoyer les gens d'armçs*, au risque de rallumer le feu prêt à s'éteindre'.
Qui céderait le premier? Ce fut le pape, accablé, comme
* Voy. plus haut, p. 158.
* Diario del Monaldif p. 543.
^ Arch.ilor.f loc. cit.. p. 292. Doc. 593.
* « Firmata fuit pax oostra.... summus pontifex quasdam bullasnobîs débet transmiUere, et nos eidem inlra dies paucos tradere 25 m. flor. posl perfectionein quorum dici polerit vere pacem esse finnatam. Et ob id in Yobis relinquenius guerram facere aul non. » (Col. Salutati, 2 août. Part. II, ep. 68, p. 179.) Les ainb. flor. à Rome sont invites à presser Texpédition des bulles (22, 25 sept., 6 oct. Ibid., ep. 84, 86, 87, p. 199, 205, 206.) Aux mêmes, il oct. La bulle est arrivée, mais non le commissaire, «sanza il qualo le belle non vngliono cosa alcuna. » (Ibid.^ ep. 88, p. 208.) Aux mêmes, 5 nov. : on les invite à procurer l'accord de Gitlà di Csûtello avec le pape et à hâlcr leur retour. (Ibid.^ ep. 91, p. 212.) C*est le dernier mot de Coluccio Salulati sur cette affaire.
> 26 août. Arch, stor,, loc. cit., p. 292. Doc. 395.
* Col. Salulati, part. II, cp. 88 ; ConmlU, XVlll, 18, 20, 21, 22, 27,30, indications de Ghcrardi, La guerra dei Fior,, p. 125.
^ Col. Salutati, part. II, ep. 85, 87 et autres* Voy. le détail de ces oITenses dans La querra dei Fior., p. 125, note 7.
An. 1578) DÉUYRÉES À FLORENGIi:. 179
1 Tétait, des plus graves embarras. Depuis les derniers |Ours de juin, les cardinaux de la faction adverse, grossie de ceux qu'il avait imprudemment irrités, se trouvaient dans Anagni, avec Tappuidu préfet de Vico, révolté de nouveau contre TÉglise, et des Bretons soumis à Robert de Genève. Oubliant la cruauté de ce méchant homme pour ne se souvenir que de ses talents, ils le donnaient pour successeur à Urbain VI (20 septembre), dont ils venaient d'annuler l'élection (9 août). Ainsi commençait le grand schisme d'Occident. Les membres italiens du Sacré-Collège, qui n'avaient pas pris part à ce conclave illégal, se dispersaient à l'envi. Naples, l'Espagne, la France reconnaissaient l'antipape, sous le nom de Clément VII. Il y avait deux souverains pontifes, il n'y avait plus d'autorité pontificale ^
C'est pour ne pas livrer à son rival la Toscane et l'Italie, que, le 24 septembre, quatre jours après l'élection factieuse qui le lui avait suscité, Urbain VI donnait les bulles si impatiemment attendues à Florence\ Déjà il y avait envoyé l'évéque de Volterre et un moine augustin, pour absoudre les habitants'. Le 23 octobre, la paix fut publiée. Des illuminations attestèrent la joie publique. A la suite d'une procession solennelle, des actions de grâces furent rendues sous les sombres voûtes de Sanla- Reparata, la vieille cathédrale, que l'on commençait à nommer Santa-Maria del Fiore, Sainte-Marie de la Fleur*.
Malgré leur satisfaction profonde, les Florentins n'eurent point hâte de remplir leurs engagements. Gênés, sans
* Sîsmondi, IV, 443. — * Arch. ttor,, loc. cil. Doc. 599. s Ibid. Doc. 397.
^ Diariod'anonimo,]^, 387; SerNaddo, p. 26; Âinmirato, XIV, 738. Ce dernier met au 29 (peut-être par faute d'impression) les actions de grâces.
180 RSSULTATS de la guerre (Ah. 1378)
aucun doute, après tant de dépenses, et dans le chômage forcé des discordes civiles, mais aussi profilant des circonstances qui ne permettaient pas à Urbain VI de se montrer exigeant, iis trouvaient économique et commode de le payer en respects. La restitution des biens ecclésiastiques, qui devait être faite avant la fin de janvier 1379, fut singulièrement retardée : le premier tirage annuel n*eut lieu que le 12 septembre 1380^ Ces restitutions durèrent plusieurs années*. Le payement même de l'indemnité de guerre traîna en longueur et se fit fort irrégulièrement : en 1409, la commune n'était pas libérée encore'; elle avait obtenu de fréquentes prorogations*.
Ainsi se termina cette longue et mémorable guerre, soutenue par les Florentins avec tant d'énergie et de constance contre le chef tout ensemble de la religion qu'ils professaient et de ce parti guelfe auquel ils se faisaient honneur d'appartenir. Cette énergie, cette constance, sont la gloire de huit bourgeois, dont quelquesuns de fort petit état, de ces Huit Saints qui étaient le seul pouvoir durable, tandis que tous les autres changeaient incessamment autour d'eux. Le mérite du peuple florentin, ce fut de reconnaître le talent où il se trouvait, et de le soutenir contre toutes les attaques. C'est que dans la politique des Huit il voyait la sienne, dont ils n'étaient que l'expression concentrée, que l'organe intelligent et courageux.
* Arch, ilor., loc. cit., p. 294. Doc. 403, 404.
* Voy. Gherardi, Laguerra dei Fior.y p. 127, noie 3. U reoToie aui documents.
' Arch, ttor.t loc. cit. Doc. 416.
* Ibid. Doc. 598, 400, 408, 409, 412 ; Gherardi, La guerra dei Fior. , p. 128.
(Av. 1578) CONTRE LE SÂm-SIÈGE. 181
Si ce fut, pour des guelfes, dévier de leurs principes que d'attaquer le Saint-Siège, c'est du Saint-Siège qu'était venu l'exemple de celte inGdélité : la captivité de Babylone avait complètement changé ses vues en déplaçant ses horizons. La domination de ses légats français n'équivalait point à la sienne, et qui peut dire si ces trois années de guerre ne contribuèrent pas pour beaucoup au retour de la papauté en Italie? A ce point de vue donc, l'indomptable commune n'avait pas perdu sa peine; mais la lutte lui avait coûté trois millions de florins, sans compter la ruine de ses marchands, proscrits, persécutés partout où s'étendait l'autorité spirituelle de l'Église. C'était payer cher l'hypothétique avantage d'en avoir le chef plus près de soi ; chez un peuple qui savait compter, la balance des profits et pertes dut amener de mélancoliques réflexions.
Domenico Boninsegni veut même que cette guerre ait provoqué les discordes violentes et les révolutions stériles qui ont rendu fameuse Tannée 1378 ' ; mais sur ce point il se trompe, parce qu'il voit les événements de trop près. Les passions sociales étaient, nous l'avons vu, nées bien auparavant; de bien autres souffrances les alimentaient, les développaient chaque jour. La guerre des Huit Saints y fut une diversion, plutôt qu'elle ne les excita. Si elle eut sur l'impétueux torrent de la discorde quelque effet immédiat, c'est à la manière des digues impuissantes qui rendent les débordements plus redoutables, pour les avoir un moment retardés.
' D. Boninsegni, p. 367. On peut lire ce texte dans G. Capponi, I, 287, S88.