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A5. 1578) COUVENTS ATTAQUÉS

Icmcnt. Le lendemain \ sur un mot d'ordre sans doute, la multitude se rue contre les couvents, la plupart fort riches, enrichis encore de nombreux biens mis en dépôt pour les sauver du pillage. Dans ce fait sera, aux yeux des uns le motif, aux yeux des autres le prétexte de celte nouvelle journée : à des adversaires exécrés on ne voulait pas laisser les asiles réputés inviolables. Non secourus, tant l'assaut est imprévu et général, les moines tentent en vain de résister. Un ou deux y perdent la vie. Argent, joyaux, vêtements, mobiliers disparaissent pour une valeur de cent mille florins et plus. Puis, s'exaltant dans sa fureur jusqu'à en devenir stupide, le monstre populaire s'abat sur les orangers et les vignes, parui-c des jardins *, en s'acheminant vers San Spirito, le luxueux monastère que la crapule d*01trarno désignait aux pillards.

C'en était trop : les arts virent enfin où on les menait, el la seigneurie sortit de sa torpeur. Un de ses membres, Piero de Frontc, monte à cheval ; il tient dans ses mains l'enseigne de la liberté. A ses côtés chevauche Niccolô Rinucci, du collège des buonuominù Tous deux, ils se portent à la rencontre des bandes en marche. Us les dispersent el font pendre par la gorge cinq voleurs de reliques : le sacrilège paraît plus grave que le vol de biens privés '. Plus loin, il est vrai, se reforment les

^ Les auteurs ne sont pas d*accord sur les dates de ces événements. Capponi l'ancien met tout au 22 ; March. de Coppo au 22 et au 25, mais confusément. Nous suivons l'ordre du Diario d'anonimo, plus soigneux dos dates, quoique non impeccable.

* Diario (Tanonimo, p. 359; Capponi Tancicn, p. 501 ; March. de Coppo, X, 792; Storia di Firenze dalla sua edificazione sino al 1597, ms. de la Narucclliana, scaff. c, cité par Fossali, p. 52.

* Diario (VanonimOy p. 359 ; March. de Coppo, X, 790 ; Capponi Tancii'D, p. 501.

' BlST. DE FL0Re5C£. ^ V 14

210 RÉPRESSION DU PILLAGE. (An. 1378)

bandes. Elles assaillent les maisons d*Ântonio RidolG, de Giovanni Biliotti, gonfalonier de la parte^ et jusqu'à la chambre de la commune où étaient les comptes, les réserves du trésor : de tels lieux exercent sur les misérables soulevés Tattraclion de l'aimant. Détruire la richesse ou les signes de la richesse, c'est pour eux une joie ineffable : ils croient avoir tout fait, la poule vivant encore, quand ils ont supprimé quelques œufs d'or. Mais c'est sottise et scélératesse perdues : avec les prieurs, les arts font désormais bonne garde. Défendre l'État et les autres citoyens, n'est-ce pas se défendre soi-même*? Tout le monde est en armes : les voleurs d'un côté, les honnêtes gens de Tautre *. La seigneurie, qui a la charge de la police, depuis que le podestat n'est plus qu'un instrument, enjoint aux contadini^ gens suspects, d'évacuer la ville. La menace de perdre un pied ne les effrayant point, celle de perdre leurs biens les détermine au départ \ Autorisation est donnée de mettre à mort quiconque serait trouvé volant ou emportant un objet volé*, et quatre voleurs, flamands, dit-on *, — car beaucoup venaient, de ce pays, exercer à Florence le métier de tisserands •, — furent pendus, un par quartier, aux fenêtres grillées, aux colonnes des loggie^ pour ne pas perdre de temps à dresser des gibets.

^ Diario d'anonimo, p. 359. — ' Diario del Monaldi, p. 342.

^ De même, pcudant la Révolution française, il avait été défendu, sous peine de mort, de passer dans un certain pré, et Ton y passait toujours. Cela fut défendu sous peine de cinq francs d^amende, et personne n*y passa plus.

^ (( Fosse lecito di uccidere ed impiccâ^e chiunque andasse nibando. » (Ms. Marucell. dans Fossati, p. 33.) Cf. Diario del Monaldiy p. 342.

' Diario d'anonimo, p. 359, 360 ; Diario del Monaldi, p. 342. Mardi, do Coppo (X, 792) dit qu'ils étaient cinq, tous étrangers.

« Voy. G. Capponi Stor.diFir,, 1,358.

(An. 1378) BALIE DES QUATRE-VINGTS. 211

Une juste terreur mit donc fin au pillage. On savait, pour l'avenir, comment défendre la propriété. Néanmoins, on entrevoyait avec épouvante le lendemain. Pour la première fois que la basse plèbe jetait sérieusement dans la balance le lourd poids de ses outils, elle procède non seulement par l'incendie, dont ses maîtres lui ont si souvent donné l'exemple, mais aussi par le pillage qu'ils s'interdisaient, et par des destructions aveugles, inutiles, qui devaient répugner à leur esprit calculateur *.

Contre tout retour offensif, Salvestro des Medici avait, dès la veille au soir, fait adopter la panacée des cas difficiles. Balie générale de réformer l'État avait été donnée aux prieurs, aux collèges, aux capitaines de la parte ^ aux Dix de liberté, aux Huit de la guerre, aux vingt-un syndics des arts, réunis en une seule et hybride commission de quatre-vingt-quatre personnes. C'est sur le refus de quatre d'entre elles que cette grande commission fui appelée la balie des Quatre-vingts (oWanfi), nom que lui a conservé l'histoire*. Sa tâche était exclusivement réformatrice '^j mais ses délibérations ayant lieu

* « E ci6 yedemmo fare perché la gente minula avea presa Iroppa baldanza. » (Diario del Monaldi, p. 342.)

* Voy. Tacte dans Fossali, appcnd. n" 5, p. 97. Au n" 6 on trouve marqués d'une astérisque les noms de ceux qui refusèrent d'entrer dans la commission de réforme. Cf., p. 53, n. 3. Voici los chiffres exacts : IVieurs et gonfalonier, 9; ffonfaloniers des compagnies, 16; hxionuomini, 12; capitaines de la parlCy 9; Dix de liberté, 9 (sic); Huit de la guerre, 8; syndics des arts, 21. Voy. March. de Coppo, Delizie, etc., XV, ii5, et Diario d'anO" nimo, p. 505. L'original n'existe pas. On n'en a retrouvé que des fragments, qui ont été réunis ensuite.

' (( Considérantes murmur et scandalum incoatum in ci»'. Flor. maxime propter qucdam que minus discrète gcruntur circa gubcrnationem et regimen com. Flor. et circa gubernationcm et regimen partis guelfe. » (Doc. dans Fossati, append. n* 5, p. 97.)

212 MESl'RES RÉPRESSIVES (An. 1578)

SOUS la pression, en quelque sorte, de la place publique, elles perdaient de leur majesté, et prenaient un caractère militant.

Quoiqu'ils fussent loin d'être unanimes, les ottanti trouvèrent dans leur sein une majorité suflisante pour agir. Tandis que les arts réclamaient certain«î offices et menaçaient de « s'armer contre l'état du peuple » ; tandis que derrière les barricades reluisaient les piques, el qu'au débouché des ponts l'on avait l'œil sur l'irruption toujours redoutée de ce turbulent Oltrarno * qui réunissait les deux extrêmes de la population florentine, la noblesse la plus mal famée et la populace la plus méprisable, les ordonnances de justice furent remises en vigueur, non plus pour un an, mais pour vingt; les magnats étaient exclus de tous les offices', qui pour deux ou dix ans, qui pour sa vie entière, et aussi de tous les scrutins sur ou contre un popolanOy sauf dans le conseil de la commune, où ils continuaient d'être admis; aux arts était accordée la condamnation d'une vingtaine de citoyens des plus haïs', ceux-là surtout dont on avait, la veille, officiellement brûlé les maisons. Les uns sont proclamés grands, notamment Carlo Strozzi et Piero des Albizzi ; d'autres qui l'étaient déjà, sopragrandi^ c'est-à-dire marqués d'une flétrissure plus grave encore, chassés du conseil môme de la commune*. Divers sont confinés à trente milles ou déclarés rebelles. De ce

* Diario (TanonimOt p. 360.

^ <( Hinc ad vi<;iriti annos proxime seculuros.... Intclligantur et sinl pri- ?ati omnibus cl singulis ofiiciis. » (24 juin. Doc. dans Fossati, append. n^O, p. 100.)

' liB Diario d^anonimo (p. 500) dil qu*ils furent 22, et il en cnumèrc 26; Murch. de Cup|H) (X, 705) en donne 25.

* Voy. Possati, p. 50 cl note 5.

(Ax. 1578) DE LA BALIE DES QUATRE-VINGTS. 213

nombre est Lapo de Castiglionchio. Quant h ses fils et comortij on se borne, comme par grâce, à les reléguer parmi les grands. Tous les bannis devront évacuer la ville et le territoire; nul ne pourra les retenir « à peine du feu », ni leur ouvrir les boutiques ou travailler pour eux, à peine de cinquante livres d'amende *. De l'interdiction, rendue générale, de porter les armes, ne sont exceptés que Benedetto de Carlona et son frère, « qui se sont audacieusement et virilement employés pour la conservation et augmentation de la liberté et du bon état du peuple et de la commune*», beau privilège vraiment dans une ville où tout le monde, alors plus que jamais, vivait sous les armes! Pendant quatre années, sans autre forme de procès', l'exécuteur et tout officier de justice pourront procéder rétrospectivement contre les prévaricateurs, les condamner au double de ce qu'ils auront pris ou reçu durant la dernière période décennale, remettre enfin au dénonciateur la moitié des sommes indûment perçues \ Ces voleurs de l'administration ne méritaient pas plus d'égards que les voleurs de rémeute; mais qu'ils tombent rarement sous le coup d'une juste répression ! Avoir voulu les cbâtier est l'honneur de la balle des Quatre-vingts.

Restait de donner quelque satisfaction à ces ammonili qui prenaient, comme il est naturel, une active part à des mouvements populaires où se pouvait assouvir leur vengeance. Seront revisés tous les procès d'amnwni'

^ Diario (Tanonimo, p. 561 ; Capponi Tancien, p. 303.

* 25 juin. Doc. dans Fossati, append. n" 6, p. 100.

' « Eliam breviter summarie el de piano et sine strepilu et Ggura judicii. » (25 juin. Doc. dans Fossati, append. n' 6; p. 100.)

* Ibid,

2U ATTÉNUATIONS A L'AMMONIZIONE. (Ah. 1578)

zione faits depuis le 1**^ septembre précédent, fût-ce contre des personnes mortes depuis *, car le ditieto qui les avait frappées s'étendait à leurs descendants. Il fut limité à trois années, après lesquelles, de dix ans encore, ceux qui rentraient en grâce ne pourraient obtenir, dans chaque office, que le quart des emplois '. Quels ménagements pour les iniquités de la parte^ et quelle preuve de sa puissance redoutée, comme du désir de ne pas porter brusquement la perturbation dans l'État 1 Plus libre de régler l'avenir que d'annuler le passé, la balie donnait à tout ammonito futur le droit d'en appeler, dans les trois jours, à la seigneurie. Le proposto du moment y était tenu à convoquer les collèges, avec vingt-un consuls des arts, tirés au sort dans vingt-une bourses, pour prononcer sur l'affaire aux deux tiers des voix \ Mais les plus hardis auraient voulu qu'on remît dès lors dans les bourses pour les oflices les noms des ammoniti^

* u Tarn Tiventibus quam defuuclis. » (Provision dans DeUziCf elc, XV, 148.)

* (( Uabeant devetum ab omnibus officiis pro tempore et termine trimn annorum proxime venturorum.... Intra terminum decem annorum incipieiidorum iinitis tribus annis de quibus supra fit meniio.... non plus quam sit quarta pars oficialium ofTicii ad quod eligerelur. » (Ibid.) Cf. Capponi Tancien (p. 502) qui dit sept. 1557, par erreur d'impression pour 1577.

^ Doc. dans Fossali, append. n** 0, p. 101. Capponi l'ancien (p. 502) ajoute que les capitaines de la parie doivent être prévenus, pour qu'ils puissent, un jour à Tavance, faire opposition devant les prieurs.

* 27 juin. (( Et quod Domini faciant monitos imbursari. » (Consuliey XVU, 129). Le même jour, on décrétait une urne de vote dite de la liberté : (( Unum bossolum magnum quod vocetur bossolum libertatis, in quod quidem bossolum fabe que recolligentur in ipsis consiliis, et quolibet vel aliquo ipsorum, in aliis bossolis, ut est moris, possint et debeant vacuari antequam alibi evacuentur. Et deinde ipsis omnibus aliis bo.^^solis in ipsum magnum bossolum vacuatis, debeat magnum ipsum boi^solum vacuari in bacinum in ipsis consiliis retinendum, ut moris est. )> (Doc. dans Fossali, ap(). u** 6, p. 104.) L'urne de la liberté était comme un sablier opaque. Les boules, jetées par enbaut,se mêlaient en bas, après avoir passé par le défilé

(An. 137i) DÉFIANCE PERSISTANTE. 215

Ceux-là, on les appellerait aujourd'hui des radicauxi des intransigeants.

C'est ainsi qu'en l'an de grâce 1578, Florence célébrait la Saint-Jean, sa fêle patronale. Selon l'expression naïve d'un contemporain, les mesures prises a l'avaient guérie à jamais S>. Il faut croire pourtant que plus d'un craignait une rechute, car les artisans, gros et petits, évacuaient leurs marchandises en lieux sûrs; ils n'ouvraient que la porte basse de leurs boutiques sans chalands ; jour et nuit, ils étaient sur pied. Quant aux riches, ils remplissaient leurs maisons de serviteurs appelés du dehors; ils se fortifiaient chez eux et derrière les barricades*. Us se préparaient à résister aux décisions des Quatre-vingts. Quel moyen de rendre ces décisions efGcaces? Depuis des siècles, Florence n'en connaissait qu'un, en ses heures de crise : à une secte en opposer une autre. Alléguant ses occupations nombreuses', la balie désigna donc Spinello de Luca Âlberti, renommé

du milieu. Cette innoyation avait pour but de respecter mieux le secret du Yote (pro majori honestate et ut Tolunlates consiliariorum.... minus pateant et magis sint etiam in occulte). Auparavant, on mettait les boules en petit nombre dans de petites urnes portées à la ronde, en sorte qu'on pouvait assez bien voir comment chacun avait voté. Voy. Fo»sati, p. 54, 55.

^ « Salvestro e loro collegi ànno sanicata Firenze per sempre. )) [Diario tTanonimOy p. 560.)

* Capponi l'ancien, p. 505.

' « Àdeo occupati et impediti quod non possint usquequaque superesse ad executionem omnium agendorum, sed forûus distrabantur et occupentur ad providendum circha reductionem civitatis et civium in quietem et tranquillilatem et ad obviandum ne qua novilas insurgat contra statum com. Flor., cumque expérimente noscatur quod ad liberlatem popularem.... utile est ipsis popularibus assistere favoribus, privilegiis et gratiis opportunis, ut idem reddantur audaciores ad tutelam populi et ad promovendum salutaria populari libertati, et ut idem appetentes populi quietem et salutem turbare et inquietare velle impedire compescantur et terreantur. » (Doc. à la suite du Diario d'anonimOy p. 506.)

216 CRÉATION ET ORGAiNISATION (Ah. 1578)

pour son inlégrilc\ et ser Stcfago Becchi, homme de loi, pour « confédérer et unir en œnsorleria ou coterie de liberté les citoyens qu'ils voudraient, en leur accordant privilèges et grâces ', afin qu'en tous lieux ils se pussent réunir pour le maintien de leur dite œnsorieria et pour la répression de tous ceux qui voudraient attenter à la liberlé populaire' ». La parle ^i/eZ/a avait conslitué un État dans TËtat; pour lui résister, on rimilait.

Les deux délégués eurent bientôt bâclé leur œuvre. Ils restreignirent l'association aux membres de la balie; ils en exclurent même quelques-uns d'entre eux : Bettino Bicasoli, l'impérieux proposto qui mettait les votants sous clef, etTaddeo des Âgli, autre capitaine de la parte j Alessandro des Bardi, un des Huit de la guerre, magnat comme les précédents, et Carlo Strozzi avec les siens. Mais étroite à la base, la camorleria s'élargissait aussitôt : en faisaient ou devaient faire partie tous les enfants nés ou à naître de ses membres, tous leurs descendants, tous leurs consanguins et les descendants de ceux-ci. On exigeait d'eux le serment, prêté sur l'Évangile, de se traiter, les uns les autres, en vrais et aflectiennes parents*. Énormes étaient leurs privilèges: il§

* Â sa mort, il ne laissa pas de quoi faire les frais de ses funérailles. Yoy. Giov. Morelli, p. S88.

' (( Unire, confederare, et consortes facere et consorlariam inducere illos.... cives populares quos volent et eis videbitur pro bono publico expedire et eisdem concedere bcncfilia, privillcgia, franchigias, prerogativas et gratias. » (Doc. cité, p. 506.) « Consorteria libertatis. » (Ihid,)

' « Pro conservatione et slatu predictorum sic unitorum.... et pro repressione omnium.... emulari volentium populari liberlali. » (Ibid.)

^ (( Se ad invicem Iraciarc ul consorles et tnnquam de cadem domo, agnatione et consortaria uati et 8ibi invicem assistere et favcre. » {Ibid,, p. 507.)

(Ax. 1578) D'UNE CONSORTERIA POPUUIRE. 217

pou?aienl inaix^her en armes, avec les emblèmes de la liberté, le soir et la nuit, seuls ou en compagnie, avec ou sans flambeaux. Nul ofBcier, nul recteur, était-il dit, ne les pourra molester, sous peine de cinq cenls livres chaque fois. Quiconque les frappera d'ammoni" ztone, payera mille livres dans les dix jours ou aura la letecoupée. Quiconque les blessera avec effusion de sang, sera déclaré grand et rebelle. Toute offense à leur égard sera punie du double de la peine ordinaire. Leurs pétitions, présentées en aussi grand nombre qu'ils le vou- [lroDl\ seront soumises par la seigneurie, le jour même ou le jour suivant, à Texamen, au vote des coimille et des conseils. Ils auront le droit, mais non l'obligation, de se réunir dans le palais communal, comme dans celui de la parte* ^ où sera conservée la bourse contenant leurs noms\ C'est dans le palais de la parte que les seigneurs en tireront les chefs au sort tous les quatre mois, au nombre de quatre, un par quartier, et un seulement, sur les quatre, pris parmi les arts mineurs.

Voilà donc tout ce que savait faire le parti démocratique pour résister à l'aristocratie! Il constituait une aristocratie nouvelle, armée jusqu'aux dents! Quant au menu peuple, que l'histoire a jusqu'à présent rendu responsable des événements qui s'accomplissaient alors, il ™*est question de lui, aux provisions des Quatre-vingts, îuepour l'absoudre, moyennant restitution, des incen- 'ies et pillages*, ce qui n'était pas même une faveur ou

' « Quas et quoi et quotieiis volent. >» (Ibid,, p. 509.) — • Ibid. p. 508.

' « Que bursa seu sacchulus custodiatur et slct in capsa in domo partis ^elfe. » (Ibid., p. 509.)

^ Sont absous tous les échappés des Slinche, tous ceux qui auront volé ' ^K au 29 juin, jtourvu qu'en juillet ils restituent ce qu*ils ont pris. Voy. ^ti. p. 3G.

218 POPULARITÉ DES PRIEURS SORTANTS. (An. 1578)

X une indulgence d'exception : dans tous les temps on en avait vu des exemples. L'évolution qui s'accomplit ne r" sort donc pas encore du cercle des classes moyennes. Les \ classes inférieures, discréditées par les violences sans ex- -) cuse d'une populace inepte, donnent leur concours audessus d'elles, sans apparence de vues égoïstes et d'immédiate ambition. Gomme on l'a dit, a le menu peuple aide, il n'est pas aidé\ d

Prévoyait-on qu'il voudrait bientôt davantage, ou l'effroi qu'inspiraient ses pilleries, comme ses dévastations, tenait-il en suspens tous ceux qui possédaient? Ce qu'il y a de certain, c'est que la confiance ne revenait pas. Catherine de Sienne avait beau montrer, quoiqu'elle fût favorable à la parte, la peur plus grande que le mal*; les bourses avaient beau donner, pour la seigneurie du l'' juillet, des noms rassurants', on ne se rassurait point : les boutiques restaient fermées ; Florence n'était toujours qu'un camp\ Aux prieurs sortants s'adresse tout hommage. Us ont restitué, au moment du départ, cinquante-deux familles dans leurs droits*^ : on oublie aussitôt les déceptions qu'ils ont causées ; Salvestro est reconduit en pompe à sa maison ; l'on court les rues pour le voir, pour

* Fossati, p. 37.

' « Ë noo mirate per lo scandalo che sia venuto in questa cittil... ; la divina bon là ha proveduto che del gran maie non è stato grande maie. » (Lettre 291. Ed. Tommaseo, IV, 68.)

' (( Parve che per quella traita tutla la città si rallegrasse e confortasse, perché parve loro che fossono uomini pacifici e quieli e che amasscro il riposo délia ciltà. )> (Capponi Tancien, p. 503.) Les prieurs sont iTommaso Brancacci, Brancazio Borsi, maréchal ; Pierozzo Pieri, Zanobi Orlandi» Mariotto Davanzali, Alamanno Âcciajuoli, Niccolô Canacci,GuerrianteMarignoUi, Luigi Guicciardini, goufalonier. (/^td., et March. de Goppo, X, 794, hiario d'anonimo, p. 361.)

* Capponi Tancien, p. 305.

* Le Diatio (Tanonimo (p. 361) donne les noms.

(Ah. 1378) IMPOPUURITÉ DES PRIEURS ENTRANTS. 219

lui faire révérence*. Les nouveaux prieurs entrent en charge sans que les cloches sonnent, ce qui jamais ne s'était vu. C'est dans la salle du conseil, à huis-clos, et non, comme de coutume, en plein air, sur la ringhiera du palais, qu'ils prêtent serment*. Portés au faîte par les hasards du tirage au sort, ils se sentaient impopulaires et impuissants avant de prendre le pouvoir : triste présage pour les jours subséquents.

Ce sont les anciens ammomti qu'on accuse d'avoir entretenu Tagitation, attisé le feu de la discorde. Quoique rentrés en grâce, ils se plaignaient de rester temporairement exclus des ofGces. Ils voulaient une réhabilitation complète, des vengeances contre leurs oppresseurs, et ils s'indignaient que la seigneurie hésitât à en prendre l'initiative et l'odieux. La rumeur publique leur imputait d'insinuer d'une part aux incendiaires, aux pillards, aux ravageurs de couvents, qu'une fois le calme rétabli, on reviendrait sur le pardon accordé à leurs méfaits'; d'autre part, aux ciompi succombant à la tâche, mal payés et mal nourris, battus sans droit de doléance, que les privilégiés, honteux d'avoir eu peur, transformeraient le châtiment en cruautés sans merci. Quel miracle si la révolte ainsi fomentée n'éclatait pas, quand, aux portes mêmes, Sienne en donnait l'exemple*, quand des prieurs lents et circonspects manquaient d'autorité comme d'énergie pour ôler aux mécontents leur prin-

« Boninsegni, p. 616.

* Capponi l'ancien, p. 503, 304.

5 Ibid., p. 506-308. Cf. Machiavel, III, 42 B.

* Voy. le récit de ces mouvements des ciompi ou scardassieri de Sienne dans Neri de Donato (R. I. S., XV, 224) aux premiers jours de juillet. (i Volevano essere maestri c [)agare secondo Tordine del com. di Siena e non ptT qucllo dell' arte, e volevano uccidere de* loro maestri di lana e altri. »

220 LA SEIGNEURIE GOURMANDÉE. (Ax. 1378

cipal grief, leur grief avoué, en imposant à tous le raspecl des plus récenles lois!

Là est, en effet, pour les arts, pour leurs capitudini^ comme pour les ammoniti^j le mot d'ordre du prochain combat. Tandis que la paix continue provisoirement de régner dans les rues% et que Taristocratie hésitante semble disposée à quelques concessions par rapport aux ammonizioni\ Giovanni Cambi, en pleine consulU^ signale, comme symptôme croissant d'anarchie, a les capitaines de la parte ne tenant aucun compte des provisions*. Que les seigneurs, ajoute-t-il, fassent donc en sorte de montrer qu'ils le sont*! » S'ils ne le montrent pas, les artisans ne parlent de rien moins déjà que de créer pour eux-mêmes des gonfalons et des chambres d'armes, d'annuler ainsi les gonfalons des compagnies \ de gouverner, en d'autres termes, puisqu'ils ne sont juis gouvernés !

* « Super murmiirationibus capitudinum depiitentur quatuor oplimi cives qui super hoc vigilenl. » (Ibid,)

* « Quod cis vidctur quod adhuc civitas non sil bene tranquilla.... Et quod Domini procurent scire inter quas artes fiant colloquia que fieri dicantur. Banniatur quod admonili dent petitiones suas. )) (Comulle, XYIII, 2. Doc. publié après le Diario (Tanonimo, p. 511.)

' Capfmni Tancicn va beaucoup trop loin en disant que « pareva che mai in Firenze fusse stata niuna novitade.... e cosi stettein riposo c quicte sanza Dullo inorniorio dieci giorni (p. 304). »

^ « Quod ipsi scntiunt mullas murmurationee inter cives maiimi periculi.... Et maxime quod provideatur quod quilibet monendus a citalione habeat termiiium uuius diei naturalis.... Et quod in rccursu monendorum fiat lex quod monitio non valeat nisi confermcntur per priores etcoUegia.... ita tamen quod sint présentes sexaginta. » [Ibid,) C'est Simone Penizzi qui parle ainsi.

' (( Quod bsibeantur aliqui ex capitaneis et dicatur eis quod celeriter exequanlur ea que oniinata fuerunt. » (Ihid.)

^ (( Et quod domini procurent et ostcndant se velle esse dominos civitatis. » [lhid,f p. 512.)

^ (( (juod considerato qund artifices tractant facere gonfalones et caméras armorum, quod est evacuare ofîficium gonfaloneriorum, Domini habcant

(Ari. 1578) SKS EFFOKTS IMPUISSANTS. 221

Ces infortunés seigneurs faisaient pourtant de leur mieux, et Ton ne pouvait toujoui's le méconnaître*. 11 était sage à eux de faire la sourde oreille, quand on leur proposait de créer un office nouveau potir veiller sur les murmures, un « défenseur vaillant et probe, avec une suffisante compagnie de cavaliers et de fantassins' », superfétation ridicule qui n'eût fait que doubler le podestat, le capitaine du peuple, Texécuteur et le gonfalonier de justice. Il était nécessaire peut-être d'ordonner que les boutiques fussent ouvertes, qu'on fît des barricades de sûreté, que les condamnés des 26 et 30 juin sortissent de la ville'. Il était utile certainement d'obtenir des ciîpitaincs de la parte que les bourses fussent refaites, qu'on en exclût les personnes compromises, qu'on n'y mît qu'une fois chaque nom*. Ce n'en sont pas moins autant d'indices d'une situation anormale qui empirait à tout instant. Contre la pression du dehors, la seigneurie est sans force. Essaye-t-elle de résister? Les arts mineurs ordonnent ouvertement de fermer les boutiques, de prendre les armes, de déployer les gonfalons, de marcher au premier signal (vendredi, 9 juillet)*, et aussitôt tout plie, elle d'abord avec ses collèges, en adoptant les

consulcs ctaliquos optimos aitîiim, quibus dicnnlet oslcndant periculum et efTeclum Lamm collalionum. » (Ibid.) Cf. Aminirato, XIV, 722.

* « Quod domini sunt commeudandi de factis per ipsorum ofBcium heri. » (Coruulle du 6 juillet. Giovenco Ugoni au nom des gonfaloniers. Ibid.)

* Consulte, XVIU, 2, doc. après Diar. d'anon., p. 511. Dans une consulte du iO juillet, on revient sur celle proposition de créer un défenseur avec 100 famigliei 20 chevaux, un juge et des notaires, « qui incivitatehabealbaliam ad reprimendum audaciam iinproborum. » On alla même jusqu'à proposer deux défenseurs. (Doc. à la suite du Diariod'anonimo, p. 513.)

' Diario del Monaldiy p. 345.

* Doc, ibid., p. 511, 512, et Diario d'anonimo, p. 302.

» Diario del Monaldi, p. 543 ; Capjwni l'ancien, p. 305 ; Aumiiialo, XIV, 722.

222 PÉTITION PRÉSENTÉE (A5. i378)

pétitions présentées, en faisant sonner les cloches pour convoquer les conseils ; puis les conseils à leur tour, même celui de la commune, où les nobles sont harangués, pour leur intimer le vote qu'on attend d'eux, par quelques artisans sages et par les Sept de la marchandise\ Quand les pouvoirs publics eurent passé sous les fourches caudines, a tout tumulte disparut, dit le contemporain Monaldi, et le gouvernement fut aux mains des arts mi-

neurs', 9

Était-ce vrai? Pouvait-on dire que le centre de gravité se déplaçât? Il faut, pour en juger, connaître dans le détail cette pétition devenue loi. La voici résumée d'après les documents ofGciels :

i° Nul popolare ayant été ou dont le père, l'aïeul, un autre ascendant en lifçne masculine, aura été prieur, gonfalonier de compagnie, capitaine de la parte, consul des arts ou même notaire d*un de ces offices depuis 1512^, ne pourra être ammonito, à moins que, la veille, les seigneurs, les collèges, les Dix de liberté et un délégué de chaque art Talent décidé au scrutin. En ce cas, la sentence devra être rendue dans les trois jours.

2° Nul ne pourra être proposé pour Yammomzione que par trois collèges des capitaines de la parte, et, dans chacun de ces collèges, que trois fois seulement, ni frappé de celte peine sans avoir été cité trois jours d'avance, afin qu'on se puisse défendre en personne ou par procureur et en produisant trois témoins. Toute délibération des capitaines à cet égard devra être notifiée dans les deux jours

^ (( Ubi non obtincretur, Domini dicanl super ea dulciter et favorabililer quantum possunt. Et quod si ter posila non obtineretur, ipsi ofTenint fabas suas ad deliberandum eam de no?o. Et quod tum Domini mittanl pro aliquibus artificibus pnidentibus et pro Septem mcrcantie, qui in concilie proloquantur in favorem pctitionis. » (Consulte du 10 juillet. Giov. Cambi au nom des gonfaloniers. Doc. à la suite du Diario d'anonitno, p. 512.)

* (( Perché al tutto è levalo ogni romore e rimase la città in pace.... e lo slato viene ncU'arti minute. )) (Diario del Monaldi, p. 545.)

5 Ammiralo (XIV, 722) dit 1510, Capponi Tancien (p. 504) 1520. Le document fait fui. Mais pourquoi 1512 au lieu de 1515, qui du moins est une date importante, par la mort dllcnri de Luxembourg?

(Aîi. 1378) A LA SEIGNEURIE. 225

aux prieurs, qui, dans les trois jours suivants, devront procéder comme il est dit à Tarticle l**'.

5* Les prieurs en exercice seront compris dans la consorteria récemment formée pour fortifier les Quatre-vingts.

4® Seront annulées les bourses faites par la parte au temps de Lapo de Castiglionchio. Interviendront, pour les refaire avec elle, les Sept de la marchandise et un membre de chacun des vingt-et-un arts*.

5** Nul ne pourra être envoyé au-delà des frontières (confinato) à la demande des capitaines, sans une délibération des seigneurs et des collèges.

ô*" Les capitaines ne pourront frapper d'ammonizione aucun officier étranger*.

7® Une ammonizione antérieure ne pourra être invoquée comme précédent contre le citoyen qu*on voudrait frapper de nouveau, non plus que les ofGces qu'il aurait acceptés ou exercés avant d*étre rétabli dans ses droits.

8* Aux scrutins des seigneurs et des collèges pourront être appelés, comme arruoti, les consuls passés ou présents des arts.

9"* Les grands, excepté ceux qui seront du Conseil de la commune, ne pourront nulle part, même à la parte, donner des fèves contre les popolani.

10^ Aux scrutins pour les ofGces de la commune pourront être portés ceux que présenteront les goiifuloniers des compagnies, et, pour les offices des arts, ceux que présenteront les consuls des dits arts.

H'^ Aucune provision contraire aux dispositions précédentes ne pourra être prise.

12<^ Le scrutin pour élire les vingt-quatre conseillers de \v parte pourra porter sur quiconque aura été ou se trouvera consul des arts.

IS'^ Aucune personne immatriculée dans un art, mais ne Texerçant pas, ou ne le faisant pas exercer en son nom, au moment de la formation des bourses, ne pourra y être mise pour cet art'.

*• C'était inlroduire vingt-huit votants nouveaux dans un collège de trente^ trois membres.

' C'est une protection accordée notamment au podestat, au capitaine du peuple, à Teiécuteur de justice, tous étrangers.

* Provv, LXVII, 57 sq. ; Fossati, append. n* 7, p. 105, et Gherardi, notes à la p. 365 du Diario cTanonimo. Cf. l'analyse donnée par ce chroni-» qucur, p. 565,564, Capponi Tancien, p. 504, et Âmmirato, XIV, 722. Gap-

224 LA PÉTITION NULLEMENT DÉMAGOGIQUE. (Ah. 1378)

Telle était cette pétition qu'appellent démagogique ceux qui en parlent sans l'avoir lue. Elle réglait une fois de plus, au lieu de le supprimer, le dangereux droit d* ammonizione ; elle essayait d'entraver l'arbitraire abusif, la tyrannie révoltante des capitaines de la parte, non en proposant des mesures nouvelles, mais en imposant l'observation do la loi, telle que l'avaient édictée les Quatre-vingts; elle donnait de la force aux seigneurs en exercice par leur admission dans la consorteria: elle accordait enfin aux membres effectifs et supprimait aux membres fictifs des arts quelques facilités pour leur élection aux offices. Sur ce dernier point seulement les petites gens gagnaient quelque chose, puisqu'ils cessaient d'être inhabiles aux emplois; mais leurs ennemis restaient maîtres de les exclure des bourses, qu'ils formaient seuls ou presque seuls. Quant aux arts mineurs, ils allaient être, comme par le passé, en minorité sensible dans les offices, loin d'y devenir les maîtres. L'asserlion de Monaldi n'est qu'une boutade de popolaiw mécontent. C'est que la mauvaise humeur régnait en haut et en bas, dans la bourgeoisie, irritée que l'on concédât trop, et parmi « les voraces, les coquins^ », furieux de ne pas obtenir assez.

Malheureusement, il suffit des coquins et des voraces pour troubler la paix publique, et ils y sont toujours prêts. Le H juillet dans la nuit, au nombre d'une cen-

poni rancicn parle d'une pétition présentée le il; le Diario (Tanonimo n'en parle point, quoiqu'il rapporte les événements de ce jour. Les documents sont muets; mais du 10 au 20 juillet il y a évidemment une lacune. Faut il croire à une erreur do Capponi ou à une pétition supplémentaire? On ne sait. En tout cas, le silence du Diario prouve que la chose n'aurait pas été importante.

' (( GhioltonccUi. » (Diarw iranommo, p. 565.) Le mot a les deux sens.

(As. 1578) NOUVEAUX DÉSORDRES POPULAIRES. 225

tainc, ils recommencenl les exploits dont ils auraient dû rougir. Peu inventifs de leur nature, ils se porlenl sur les couvenls et aussi sur les maisons de débaucheS en font Tcscalade pour les piller ou s'y rtîjouir, détruisent arhrcs et vignes, quand on ne les repousse pas à coups de pierres et de flèches. D'autres, pendant ce temps, tiennent des assemblées secrètes, se concertent pour exiger, la menace à la bouche, de nouvelles proscriptions. Contre eux manquent tout ensemble l'énergie et le talent. I^s prieurs ont besoin qu'on les pousse aux résolutions fortes, à armer suffisamment le capitaine du peuple', à réduire le nombre de leurs richiesti pour concentrer davantage le pouvoir exécutif, et à comprendre parmi eux quelques bons artisans', ce qui parait propre à contenter leur parti *. Pour refaire, conformément à la pétition a[)prouvée, les bourses de la parle^ longue opération de sept jours, ces faibles prieurs ne vont-ils pas choisir le couvent dos Servie envahi la nuit

' Le Diario d*anommo (p. 505) uous apprend qu'ils envahirent un 0 inurato n (construction entourée de murs) de Niccolaio Alberti, (( cirivi si lenea bordeilo ».

* (( Quod habeatur capituneus |)opuli et dicatur quod de die et do noctc p<>rsci]uatur conspiralores cl facientes aduiialas, et vadat annalus, ci detur stbi socielas, et iiat augmcnlum fainilie, sicut Dominis vidcbitur. » (Con^ suite du 12 juillet. NiccoloBoni au nom des buonuomini. Doc. à la suiledu Diario (Tanonimo, p. 515.) Cf. un autre fragment de la même consulte dans Fos$3ti, p. 45, note 1. Giovenco Ugbi, au nom des gonfaloniers, demande les mêmes choses en partie dans les mêmes termes.

^ « Quod pro bono statu civitatis oporlet quod collegia sinl unitn, et providealur super tenendis secrelis.. .et quod numeruscivium sit parvus et inter i))sos biotaliqui boni artifices, et fiât cito. » (Consulte du i6 juillet, XVIIf, (• 5. Doc. à la suite du Diario d'anoninw, p. 513.)

* « Super murmurationibus.... Domini habeant singulariler consules et siudicos cujusiibcl arlis et aliquos oplimos artifices de iila arte non plui es quatuor, et cuilibet arli de p?r se in piesciitia collegiurum dicantur verba oportuna ad quietem. Et dicatur quod quando aliquid voluut, conférant cum Donunis clipsi proTidebunl. »(/6iV/.,p.514. NiccoloBoni au r.omdesf'iion-

UIST. DE FLORESCK. — V IT»

22(3 SITUATION TROLBLÉE. (Ah. 1378)

précédente, exposé encore à quelque mauvais coup? Ils ont besoin d'être encouragés et on les décourage : on leur recommande, quand ils parlent d'exclure des oflices ceux qui veulent détruire le présent état de choses, d'y procéder avec modération et bienveillance * !

Il y a des heures, dans la vie des peuples, où tout tourne contre leur repos, même ce qui semblerait devoir rassurer. Indicible est la joie des arts mineurs, quand ils voient (17 juillet) désignés par le sort pour être capitaines de la partôj un artisan de la soie, un marchand de vin, un boucher, à coté d'un Bardi et d'un Cavalcanli * ; mais l'avènement de ces hommes « sages et discrets », comme les appelle Ammirato', ne fait qu'enhardir ceux qui ne sont ni sages ni discrets. Par la nouvelle des préliminaires de paix avec le Saint-Siège (18 juillet) *, les Florentins ne recouvrent la disposition de leurs forces que pour les tourner contre eux-mêmes. Les Huit Saints restent en place pour apurer les comptes, pour régler avec les mercenaires, avec les villes alliées, et ils avivent la discorde. Les petites gens redoutent de la seigneurie plus libre un prochain châtiment de leurs déprédations passées, car le pardon n'était promis qu'à ceux qui restitueraient avant le mois d'août, et très peu avaient restitué. Ils tremblent en voyant appelé, entouré d'un nombre inusité de famigliy ser

uomini.) Giovcnco Ughi, au nom des gonfaloniers, admettrait jusqu*à huil bous artisans (( pro qualibel arte ». (Ibid,)

' « Quod Doinini fortificenl rectorc^, ita quod corum banna timeanlur. Et.... quod illi qui affectant destnierc prosenicm slatum removeantur ab officio et lacerentur pro aliquo temporc, procedendo in hoc moderato et bénigne. » (Ibid. Jacopo Bernardi, au nom des Dix de liberté.)

* Diario dcl Monaldi, p. 543; Capponi l'ancien, p. 506, 309. » Ammiralo, XIV, 722.

* Voy. cluip. pii'ccdent, p. 170

(An. 1378) RÉUNIONS DU MENU PEUPLE. '227

Nulo de Ciltà di Casiello, connu pour bargello sévère, pour inflexible exéculeur^; mais ils ne voient d'autre refuge que dans l'audace, et ils se préparent à oser.

Le jour même, lit-on dans une lettre du temps, « certains chefs du menu peuple, entendez par là tous les gens soumis à l'art de la laine et à d'autres arts, gens qui travaillent à la journée, cherchaient à faire entre eux des conciliabules' >. Au Ronco, obscur cul-de-sac en dehors de la porte San Picr Galtolini, ils jurent de se défendre mutuellement, d'obtenir la même promesse de leurs parents, amis et pareils; ils nomment des syndics chargés de se tenir à l'affût des injures et violences qui seraient faites à quelqu'un des leurs, pour lui venir en aide*. A l'hôpital des prêtres de la rue San-Gallo, ils traitent de politique plus que d'organisation sociale; ils insinuent que les Huit de la guerre ont été maintenus uniquement pour inonder la ville de barbares, aux frais du trésor; ils déclarent trop onéreuses les conditions de la paix, que les victoires d'IIawkwood permettaient d'obtenir meilleures. Les prieurs, à leurs yeux, veulent humilierFlorence, opprimer le peuple, faire revivre les grands *.

' Gapponi Tancicn, p. oli, 512.

"^ Lettre de Giovanni des Medici, père de Gosimo Tancien, publiée danâ les /)e/ûie,etc.,XVII, 165. Celte lettre, très précieuse par les détails qu'elle fuil connaître, avait clé donnée par le P. lldefonso de San Luigi sans le nom de l'auteur. C'est M. Gherardi qui l'a découvert. Cette lettre est la troisième d'une série du même, qui n'a pas été retrouvée jusqu'à présent. Voy. note 2 à la p. 507 du Diario d'anonimo. G. Capponi (Stor, di Fir., I, 540) se sert de cette lettre, mais il ne sait qui la écrite et il hésite à la croire contempor.iine. Il se l'est sans doute fait trop ra|»idement lire, puisque Giovanni dit : (( J'y étais ». Il faudrait donc croire à l'œuvre d'un faussaire ; or le regrettable Passcrini avait retrouvé le manuscrit.

' Capponi l'ancien, loc. cit.

^ Fossati, p. 40.

2^28 LES PLANS DES CONJURÉS DÉCOUVERTS. (Ah. 1578)

Il n'y avait pas, dans tout ce bavardage, un gi-ain de

'^^-' raison; mais le danger n'en était que plus grand. La

r^ multitude aveugle ne combat jamais avec plus d'ardeur

^ que pour des mots ronflants qu'elle ne comprend pas.

j C'est à partir de ce jour, on peut le dire, que les ciompi

\ forment une classe spéciale, ont des chefs particuliers,

et, sans se détacher de la faction contraire aux Albizzi,

commencent à croire qu'avec des adversaires résolus et

des protecteurs qui ne le sont pas, ils seront réduits à

conduire de leurs propres mains leurs aventureuses

affaires. Pour le moment ils suivent encore leurs anciens

chefs, qui ne croient pas devoir ou qui n'osent encore se

séparer d'eux.

Ces réunions, ces plaintes, ces complots, la seigneurie les connaissait. Elle voyait « la ville en ébullition, les visages assombris, les capitudini du menu peuple promettant, pour le 20 juillet, des incendies et un grand changement* ». Un des meneurs, Simoncino, dit le Bugigalto', ayant été remis en son pouvoir, au palais, devant l'autel de la chapelle, des indications précieuses lui furent arrachées sur les griefs et le but de ses complices. 11 nomma quelques-uns des chefs, Giovanni Dini, celui des Huit Saints qu'on avait si audacieusemenl ammonito^ Guglieimo et Andréa, paveurs. Maso, cordier. Quant aux autres, comme il prétendait ne s'en point rappeler les noms, la torture lui rendit la mémoire',

* Diario del Monaldi, p. 345.

* Ce mol signifie pelit trou, petite chambre. Yoy. le vocabulaire de r. Fanfani.

3 Capponi rancicn,p.o12,315. M. Gherardi(préf. au Diario rfanonifTW, p. 249) C8liine peu vraisemblable ce récit ; mais il avoue que tous les auteurs l\)nt admis et il ne donne aucune raison qui Tinfirme. La lettre de Giovanni des Medici nous parait le confirmer implicitement, ainsi que le texte

(Ah. 1578) DÉSACCORD DES POUVOIRS PUBLICS. 229

ainsi qu'à trois autres conjurés, qu'on venait d'appréhender de nuit dans leur lit^ Sous l'élreinle de la douleur ils livrent le nom de Salveslro desMedici et le plan de la révolte : les cloches de San Friano et du Carminé, dans Oltrarno, puis de proche en proche toutes celles des églises devaient sonner le tocsin; les points de réunion étaient San Spirito, San Stefano, San Pier Maggiore, San Lorenzo; deux mille deux cents hommes en tout avaient rendez- vous devant les trois premières églises, un nombre indéterminé devant la quatrième*.

Convoquée avant la (in de la nuit et mise au fait de ces révélations, la consulte montra jusqu'en ces régions supérieures la division des esprits. Tandis que les buonr uomini veulent qu'on procède avec douceur, qu'on mande au palais les gens dénoncés, plutôt que de les y conduire de vive force', les gonfaloniers des compagnies, les chefs des arts réclament la rigueur et tout ensemble le secret, la réunion des artisans armés sous prétexte d'une revue, les boutiques ouvertes, des arrestations et des interrogatoires, sans en excepter Salvestro des Medici \ Cette fois, la molle seigneurie se rangea du

de la note 4 de la page 229. Le mot c examinatuin » ne peut se rapporter qu*5 Simoocino.

* « E furono quattro presi (la notte) e messongli al lormento, e confessarono tutto rordine haveano preso. » (Lettre de Gio?. des Medici, De/., XVII, 163.) Cf. ser Naddo, p. 12 ; Diario d^anonimo, p. 56G.

* Capponi Tancien, p. 314; Diario (Tanonimo, p. 566.

' < Dixit idem quod gonfalonerii, salvo quod non fiât aliqua captura per \im, sed requiranlur notninatim per magislratos, et non fiât aliquis apparatus armorum. Et quod mittatur indilatc per Salvestrum. » (Ibid.)

* (( Quod nominati per examinatum oinnes scu illi qui possunt haberi capianlur et ponantur in manibus copiUtnei populi, ita quod sciatur fundamenlum totius rei. Et quod tum habealur consilium super cxaminatione ipsoium. El quod Octo faciant parare gentcm armorum, et quod artifices currant ad gonfalones. » iConsttlie du 19 juillet, XYIll, 10, et dans Fos-

2r>0 INTERROGATOIRE DE SAL\ïSTRO. (A5. 1578)

côte des résolus. Elle appelle sur la place ses deux cent quatre-vingts lances, demande des renforts aux communes et châteaux du voisinage, appréhende et interroge l'idole populaire. Salvestro reconnut avoir eu vent du complot, mais prétendit y être étranger. S'il ne l'avait pas révélé, c'est qu'il le tenait pour peu redoutable. Fallait-il châtier le personnage équivoque qui, manquant de hardiesse pour conduire un mouvement, réservait son astuce pour en profiter? Plusieurs le voulaient; mais l'avis prévalut de le réprimander « honnêtement * », soit parce que les preuves manquaient, soit pour ne pas s'attaquer à un homme considérable, que soutiendrait une famille déjà si puissante, véritable légion.

Ménagements inutiles! Le secret même, qu'on avait jugé nécessaire, était aussitôt éventé. Cette nuit-là, par hasard, Niccolô, l'horloger de la commune, réparait l'horloge du palais*. Du haut de la tour, il put voir, à la lueur des torches, donner la question aux conjurés qu'on interrogeait, car la corde était suspendue au mur méridional du bargello^ à l'extérieur. Sa tâche terminée'*, il

sali, p. 48, note 2.) « Quod preparetur gens arraorum et sub pretextu inostrc sit in platea in aurora diei. El quod intérim procurelur quod habcantur omnes nominuti, et subilo habealur Silvester D. Âlamanni. El quod nullus inercator aliquis ccsseU sed stent apolhcce aperte et jurelur secrctum. » (Coruulie du 19 juillet, XYIII, 10, et dans Fossati, p. 48, n. 2.)

* « Oncstamenle. » (Capponi l'ancien, p. 516.)

' L*horlogc avait été établie le 25 mars 1555. (Msde la Magliabcchiana, cilé par Fossati, p. 49.) A la dale du )10 novembre 1555, il y a une provision où Thoiloger est nommé « ^'iccolao Berardi populi S. Fridiani, civi florcnlino.» (Provvtsioni, XLI , 80.) Le 21 juin 1558. le • magister orologiomm )) est Giovanni Pacini, de Milan. (Provv., XLYl, 107.) Ou .Niccoli Benirdi n'e>l pas le maître horloger, ou il avait repris son emploi après juin 1558, à moins qu il ne s'agi^se d'un autre horloger du même nom.

* Nous supposons l'ouvrage terminé, car s'il était parti après avoir vu

(Ah. 1578) LA SEIGNEURIE ABANDONNÉE. 231

revint dans son quartier populeux de San Friano, apportant la nouvelle que les seigneurs « faisaient une boucherie^ ». La multitude prit au pied de la lettre cette forte hyperbole. Demander la liberté des quatre détenus fut dès lors, pour la rébellion, un mot d'ordre bien trouvé *•

Chargée de lui tenir tête, la seigneurie voyait le désert se faire autour d'elle. Des deux cent quatre-vingts lances qu'elle attendait, elle en vit arriver à peine quatrevingts (20 juillet) '; encore ces hommes étaient-ils tous à pied *. Des seize gonfaloniers, quatre seulement sortirent de leurs maisons; encore évitèrent-ils de se rendre devant le palais. Un peu plus tard y parurent ceux du lion d'or et du vair : s'y voyant seuls, ils retournèrent chez eux pour leur propre défense. Les prieurs restaient entourés presque uniquement d'ennemis. Hostiles leur étaient, dit-on, plusieurs des Huit Saints, et, en outre, Benedetto Âlberti, Salveslro des Medici qu'ils venaient de s'aliéner, Benedetto deCarlona le cordonnier, Calcagnino l'aubergiste, devenus des personnages, les ammoniti^ les facteurs des arts mineurs, et beaucoup même des arts majeurs *. Ceux qui connaissaient les trames ourdies contre eux ne leur en soufflaient mot \ Ainsi, attaqués par les

donner la question, la nuit n'aurait pas été assez avancée pour que la con~ suite pût avoir lieu, ainsi que Tinterrogaloire de Salvestro, avant la prise d'armes populaire.

* « I signori fanno came. )> (Gapponi l'ancien, p. 315.)

* March. de Goppo, X, 795.

s Gapponi l'ancien dit 80 (p. 515) et 85 (p. 517).

* Ibid,, p. 315.

^ Gapponi l'ancien, p. 315, 319. <( Tutti i faltori di tulle Farti minori e molli délie maggiori. » (March. de Goppo, X, 795.)

6 H Goiraile e colle capiludine volcvano correggiere coloro ch'avieno voliito guaslare Firenze. Ë sentendo le capiludine queslo fatto voler Tare, non ne dicicvano nulla co' nostrijigniori. n (Z)rarto(fanonfmo,p. 366.) « I

s:.:! LE MENU PEIKE SUR LA l'UCE. (Ax. i57X)

partisans de rarislocralie, ils n'étaient pas défendus par ceux de la démocratie : tel est l'ordinaire et mérité châtiment des caractères indécis.

Sous ces radieux auspices s'annonçait une orageuse journée. Giovanni des Medici, témoin oculaire, en rapporte, dans une lettre, le début, a Des soldats armés, dit-il, se trouvaient sur la place. 11 s'éleva un léger murmure, et moi qui étais la, je ne saurais dire comment. On criait : SerrUy serra^l et chacun fuyait. Bientôt i-etentit le tocsin aux Camaldules *, puis à San Pier Galtolini, à San Giorgio, et, sur la rive droite, aux églises de la rue San Gallo, à Sdnt'Ambrogio,et en beaucoup d'autres lieux \ » A ce signal, on se rassemble, on accourt sur réternelle place. Cent cinquante hommes arrivent de San Pier Maggiore; trois cents débouchent de la rue Vacchereccia. — Vive le peuple! criaient-ils. Vivent les arts! Rendez-nous les prisonniers, ou nous brûlons le palais! — Les maigres lances qui l'auraient dû défendre ne bougeaient point. Elles disaient même aux insurgés : — Donnez-nous de vos enseignes et de vos citoyens; nous vous aiderons, pourvu que le peuple soit avec nous^. — Quelques flèches sont lancées contre le palais, qui ne lâchait point sa proie. Déjà Ton apportait des étoupes, quand une voix, s'élevant de la foule, lui donna une autre direction : — Chez le gonfalonier de justice * ! — cria-telle, et ce mot sufGt.

signori niente ne sapieno, che non era loro detto nulla. n (Capf oni l'ancien, p. 308.)

* C c8t-^-dii*e pressez-les, cutourez-Ies, tenez ferme.

* Quartier d'Oltrarno.

^ Lettre de Giov. des Medici, Del., XVII, i64.

* Capponi Tancien, p. 315, 317; Diario iVanonimo^ p. 5GG; Fer Naddo, p. 12.

' IHario d'anonimo, p. 30G. Ser Naddo (p. 12) dit à tort qu'ils n*al-

iiï. 1578) MAISONS ATTAQUÉES ET BRÛLÉES. 233

Avec la docilité aveugle des mulliludes, tout ce inonde ébranle aussitôt, ayant en télé une vieille bannière du uc d'Athènes, où était peint l'ange exterminateur. On ^averse le pont; on arrive, dans Oltrarno, aux maisons es Guicciardini, dont une appartenait au gonfalonier. es flammes en font un monceau de ruines \ comme de 3lle de Tommaso Deti, qui était en face, et que nul, ourlant, n'avait désignée à la vengeance populaire. On e leur pouvait demander plus de discernement qu'à la )ule même.

La leçon profiterait-elle aux prieurs? On Fallait bien dir, car les incendiaires revenaient à leur point de épart, et, de nouveau, réclamaient les prisonniers. Il it question de mettre ceux-ci en pièces avant de les lîndre ; mais le gonfalonier, de sang-froid malgré son essentiment, fit décider qu'on les restituerait en vie t sans y toucher. Tous n'étaient pas au palais ; il en illait aller prendre quelques-uns chez les officiers Lrangers \ La maison de l'exécuteur étant la plus voiine, c'est là que se porte la foule. Elle y voit appendu ^ gonfalon de justice avec son immense croix de gueules Lir champ de soie blanche ; l'exécuteur s'en faisait une rolection contre l'incendie. Déjà sur elle commençaient pleuvoir les pierres quand, tout à coup, s'arrêtent ceux ui les lançaient des fenêtres; ils ont reconnu à son îtement rouge et au massier qui le précède, Guerriante

rent chez le gonfalonier qu*après que les prisonniers eurent été rendus. Â i égard, March. de Coppo (X, 795) et Giov. des Medici (Z)e/., XVII, 164) infirment expressément Tanonyme. — Âmmirato (XIV, 726) de même.

* Capponi Tancien, p. 315; Diario d'anonimo, p.366; March. de Coppo, ,795.

> Lettre de Giov. des Hedici, Del., XVII, 16i ; Capponi l'ancien, p. 315; iario (Tanonimo, p. 366.

23 i LIMITES QUE S1MP0SE (Â!i. 1378)

MarignoUi, un des prieurs, s'avançant avec Benedello Alberli, Benedetto de Carlona et Calcagnino, pour obtenir sans résistance et sans lutte ce que le peuple réclamait. Ce n*est donc pas une expédition de malfaiteurs qui sV vance, et il serait dangereux de blesser ces favoris de la muititude^ A la multitude seule proGte l'accalmie. Libre d'envahir la maison qu'elle assiège, elle s'y empare non seulement des détenus, mais aussi du gonfalon de justice*. En le promenant par la ville, elle rallie les simples à cet emblème de l'autorité, et elle en couvre ses excès.

Guerriante et ses compagnons approuvaient cependant'. Pleins d'illusions, ils persuadaient à la seigneurie, comme à eux-mêmes, que l'unique but des perturbateurs était de c purger le péché del'ammomziane*», et qu'il suffisait de contenir la vengeance dans certaines limites*. Mais qui fixera ces limites, et qui empêchera de les dépasser? Est-ce y rester que de mettre le feu aux maisons de Niccolaio des Albizzi, de Domenico Ugolino, marchand fort cruel envers ses facteurs, puis aux écritures publiques dans le palais de la Laine*? Voici que chez Michèle de Vanni sont jetés dans le feu tous les

^ Capponi Tancien, p. 317 ; Âmmirato, XIY, 726.

« Lettre de Giov. des Medici, Del., XVII, 164.

' (( Con consentimento di quclH i quali abbiamo detto ch'erano stati mandati fuori a trattare accordo con questi minuti. • (Capponi l'ancien, p. 517.)

^ (( Rapportavano che coloro volevano in hitto purgare il peccato dello ammunire..., e cbe fatto, uno poco restercbbono. » (Capponi Tancien, p. 320.)

• Ammirato (XIV, 726) prétend que SaWestro et Benedetto Âlbcrli excitaient le peuple au lieu de le calmer ; mais aucun contemporain ne le dit, et il est bien probable que le contraire est vrai, comme la suite semble le prouver.

^ Capponi l'ancien, p. 518; SerNaddo, p. 12; Âmmirato, XIY, 726.

An. 1578) LE MENU PEUPLE DÉCHAÎNÉ. 235

objets qu'on y saisit : lits, draps, perles, argent, jusqu'à un morceau de viande et un poulet. Tout brûler, c'est permis, c'est ordonné même; mais il est défendu de rien prendre : l'homme du peuple qui ne veut rôtir le poulet que pour s'en régaler, reçoit un coup d'épée dans les reins \ Proscrire, empêcher le pillage, les incendiaires y mettent leur honneur; ils se flattent de justifier ainsi l'illégale mission qu'ils se sont donnée, a II ne fut fait, dit expressément Giovanni des Medici, aucune roberie, aucun mal aux personnes ' > . L'accidentel dommage souffert par Tommaso Deti, dans l'incendie des Guicciardini, conseillait même de démolir dorénavant plutôt que de brûler. Ainsi est-il fait pour la maison de Bonaccorso Lapi \ Lesi innocents ne payeront plus pour les coupables, disons mieux : pour les victimes désignées. Le feu ne fait rage qu'où l'on ne craint pas trop qu'il s'étende : au quartier de San Spirito, chez les Ridolû, chez Filippo Corsini, chez Coppo del Cane; sur la rive droite, chez Andréa Baldesi, gonfalonier du Lion blanc, incriminé pour avoir répondu à l'appel des prieurs; chez Simone Peruzzi, odieux, nous l'avons vu, pour avoir désigné à Vammonizione un des Huit Saints*; chez Beccanugi, dit Moscone, parce qu'il a tué ou blessé, pour défendre

' March. de Coppo (X, 795) dit avoir vu de ses yeux ce qui se passe à la maison de Michèle. Capponi l'ancien dit, de son côté : <( Vi mise fuoco sanza che nulla rubasse (p. 318). »

* Lettre de Giov. des Medici, Del,, XVII, 16^.

* Diario del Monaldiy p. 344 ; Lettre de Giov. des Medici {Del, , XVII, 165), qui dit Lapo Giovanni au lieu de fiuonaccorso Lapi.

^ (( E questo gli ferono fare gli altri suoi compagni. » (Capponi Tancien, p. 519 ) Cf. Âiuinirato, XIV, 727. Les noms des brûlés concordent à peu près dans ces auteurs et ser Naddo (p. 12), March. de Coppo (X, 795), Monaidi (p. 544), Giovanni des Medici (p. 164); mais Capponi est le seul qui donne l'itinéraire avec quelque précision.

250 LK M¥M PEUPLE DEMANDE DES TÊTES (As. 1578)

la maison Baldesi, Tinsurgë qui tenait le gonfaion de justice*; chez Lionardo Beccanugi, parce qu'il est le père de Moscone, et quoiqu'il se soit signalé, gonfalonicr en 1374, contre la tyrannie des capitaines*.

A ce jeu redoutable d'une justice sommaire, s'exaltent les énergumènes et se forcent ces craintifs moutons qui hurlent avec les loups pour n'en pas être mangés, ce ces chiens hargneux, qui aboient plus qu'ils ne mordent p, ces êtres funestes qui font plus de mal par leui-s provocations que d'autres par leurs actes, et qui se croient sans tache parce que le sang n'a pas souillé leurs mains \ On entend l'armurier Simoncino de Biagio crier à tue-téte : — Feu et sang ! — D'autres poussent ce cri sauvage : — Au gibet ser Nuto et ser Piero des Hifarmagioni^l — L'un était le nouveau et sévère bargello dont nous avons parlé; l'autre le secrétaire de la seigneurie, instrument réputé actif de ses conseils. Aux potences bientôt dressées sur la place, on propose déjà de pendre, avec ces deux boucs émissaires, les popolani grassi^. Bidicule par son exagération, la menace ne pouvait que rester vaine. L'instant d'après, au surplus, un autre courant traversait l'air; les petites gens ne pensaient qu'à créer des chevaliers •. Le grotesque mêlé au tragique, n'est-ce pas la trame même du drame humain?

Ce fut, au jugement de ceux qui en eurent le spectacle,

* LeUrede Giov. desMedici, Z)e/., XVII, 164.

' Capponi l'ancien, p. 318; Ainmirato, XIY, 726.

'' Voy. Tominaseo, Arch. slor,j nuova série, t. XII, part. 1, p. 20.

* LeUre de Giov. drs Med., DeL, XVH, 164.

* Diario d'anonimo, p. 307. Capponi Tancien (p. 320) dit que ces potences avuioiil élé dressées pour les Yoleurs.

« LcUrc de Giov. des Medici, Del, XVII, 105.

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