ÂM. 1378) ET ARME DES CHEVALIERS
la plus étrange chose du monde \ 11 était déjà singulier qu'une démocratie bourgeoise se fût approprié la plus féodale des distinctions et y mît un prix extrême; combien ne l'était-il pas davantage qu'une démocratie populacière suivît les mêmes errements! Bien plus, c'est hors de ses rangs, c'est à des hommes considérables p.'ir leur fortune et leur nom qu'elle confère le ceinturon de chevalerie. Elle pousse d'abord sur la ringhiera Salvestrodes Medici, à qui Rosso des Ricci et Arrigo Pace, chevaliers, donnent, l'un l'épée, l'autre les éperons. Lui, tout honteux, il voulait se faufiler dans le palais, s'y cacher auprès des seigneurs. On ne le lui permet point. On le veut ramener en triomphe, à sa maison, et on le juche sur un cheval. Se dérobera l'ovation, il ne le peut; il essayera du moins de la rendre utile. La demeure des Corsini était, dans ce moment même, dévorée par les flammes ; il s'y achemine pour la sauver et on l'y suit, mais il n'y arrive que pour contempler des ruines*. La mort dans l'âme, il dut rebrousser chemin et se prêter à la fantaisie populaire : chevalier d'une heure, consacrer lui-même des chevaliers.
On lui présenta Tommaso Strozzi, un des Huit Saints, brouillé à mort avec sa hautaine famille^, et il l'arma. Tous les Huit! s'écrie au même instant une voix. L'idée plaît, et l'on se met en quête de ces officiers. On en trouve cinq, dont Simone Peruzzi, la bête noire, qui ve-
* « E fu il più nuovo e slrano viluppo cho mai si faccsse. » (March. de Co|»po, X, 795.) « E fu il più nuovo giuoco che si vedesse mai. )) (Lettre de Giov. des Mcdici, Z)e/., XVU, lOri.)
« Lellre do Giov. des Medici, /)«/., XVU, 165; DiaWod'ano;iimo,p.566; Ammiralo, XIV, 727.
^ tf i'arlcs niiimo hauscral acorbas, ut etiam gcntibus agnalisquc suis iiiimicus essct atqiie infcstub. » (Leun, Biuni, IX, 107.)
33H LES CHETiUERS DC PEUPLE. (Ax. 1378)
nait de Toir brâler sa maisonV N*importe : il sorache- Talier comme ses colK'^es, el après lui bien d^autres, richesou pauvres, persécuteurs ou victimes*; le tout est de les avoir à portée el que l'idée en vienne à quelqu'un. On les enlève de terre, el on les fait passer à bras tendus par dessus les têtes : c^est plus tôt fait que de leur frayer un passage. Aux plus illustres noms de Florence est infligée cette faveur : Scali et Alberti, Oricellari el Tornaquinci, Covoni et Cocchi, Altoviti el Salviali, Aldobrandini el Baldovinetti, Spini et Magalolti, Rinuccini et même Albizzi'*. Beaucoup, répugnant à la mascarade, ne cèdent qu'à leur corps défendant*. Ceux qui se soumettent sans résister, c'est pour ne pas attirer par un refus l'incendie sur leurs demeures*, ou, si elles sont déjà brûlées, pour constater publiquement qu'ils rentrent en grâce et obtenir comme une réparation*. Parmi les
' Lettre de Giov. des Medici, Del.j XVH, 165 ; Narch. de Coppo, X, 795. Ce dernier ajoute le Doin d'Andréa Salfiati, qui était aussi des Huit; mais Giovanni des Medici dit Forese Salviati. Cf. Sozomène, R. L S., XVI. i 109.
^ Capponi Tancien, p. 320. c Et ragionate che tutti gli ainmoniti che si lassorono trovare dipunto di nome di esser ricchi, furon presi e fatti caïalieri. » (Lettre de Giov. des Medici, DcL, XVII, 165.)
^ Voy. à cet égard les auteurs, Ser Naddo (p. 12), March. de Coppo (X, 79.%), et une provision ultérieure, du 16 octobre, qui donne les noms de vingthuit de ces chevaliers. Elle se trouve à la suite liuDiario (Tanonimo, p. 525. Nous ne citons, pour plus de certitude, que les noms contenus au document officiel. M. Fossati (p. 52, n. 1) renvoie en outre à divers mss. dos bibliotiièqucs florentines.
* « Et muiti etiam ex ipsis civibus cohacti el inviti et per vim tune milites facli fuerunt....nec servari potuerunt débite solempnilatis. » (Provision du 17 sept, à la suite du Diario d'anonimOy p. 521.) Cf. lettre de Gior.des Medici, p. 105.
• (( E chi avessc fatto resistenzia, era minacciato d'essere arso » (Capponi rancien, p. 520.) t Molli senc faccssero per paura di non csserc arsi c rubali. )> (M;irch. de Cop|»o, X, 795.)
« Warch. de Coppo, X, 795; lellrc de Giov. des Medici, Del., XVH,165; Machiavel, 111, ii Â; Âumiirato, XIV, 727. Que Guicciardini eût reconquis
(Ah. 1378) BUT DE CEHE CRÉATION. 239
soixante-un chevaliers qu'on lit alors*, ne se trouvent que deux plébéiens, deux ciompi^ le boulanger Meo del Grasso et le cardeur Guido Bandiera, à qui Ton fit, en outre, apparemment pour qu'ils pussent soutenir leur dignité nouvelle, une provision de deux mille florins d'or*.
C'est cette part dérisoire que le peuple accorde aux siens, c'est cette inconséquence d'honorer le soir ceux qu'on a châtiés dans la matinée, ce sont enfin les incidents de la scène qui la rendirent étrange et burlesque aux yeux des contemporains. Quant au droit populaire de créer des chevalière, chose non moins étrange ! nul ne le contestait, et le plus récent historien de Florence le proclamait hier encore'. Si cette question est pour nous sans intérêt, il faut reconnaître la lueur de bon sens qui éclairait, comme d'instinct, les cervelles du menu peuple en révolution : au risque de relever d'une main l'aristocratie qu'il abaissait de l'autre, il tentait de reconstituer la milice chevaleresque, pour donner une plus ferme assiette à l'État réformé selon ses vœux.
la faveur populaire, c'est ce qui résulte d'une pétition où Ton Irouye ces mots : « Che ncssuno arsoodlsfatto per furore del popolo non possa havere offitio mai, eccetto Luigi Guicciardini. » Voy. De/., XVU, 171, n* 24. M. Gherardi conteste qu on ait fait cheyalicrs ceux dont on avait brûlé les maisons, parce que ni le Diano (Tanonimot ni ser Naddo ne nomment ni Guicciardini, ni Peruzzi. Mais comment leur silence, qui peut être d'omission, pourrait-il prévaloir contre des affirmations positives de contemporains?
' C'est le chiffre de Giov. des Medici. Plus bas (p. 169) il donne une liste de 53 et ajoute : « qui finisce il numéro de* cavalieri,e alcuno cène manca, ma pochi. » Âmmirato (1. XIV) dit 61 à la p. 757, et 64 à la p. 727. C'est à ce dernier chiffre que s'arrêtent en général les auteurs modernes, qui n*ont pas connu la lettre de Giov. des Medici ou n'en ont pas tenu compte.
» March. de Coppo, X, 795; Ammirato, XIV, 7î27.
' Voy* Gino Gapponi, Slor, di Fir,, 1, 344.
240 LKS ARTS SOMMÉS (Ah. 1578)
La nuit venue, ceux qui gardaient la place et ceux qui couraient la ville se retirèrent, soit dans leur Ollrarno, si facile à défendre, grâce aux tôtes de pont, soit au quartier San Lorenzo, en un lieu que les auteurs nomment Belletri, et où s'élevait la maison, le c palais > d'Etienne de Broyé, un Français clianoine à Florence*. C'est là que leurs chefs déposèrent le gonfalon de justice, dont ils étaient maîtres, et qu'ils se réunirent pour délibérer, tandis qu'environ six mille hommes bivouaquaient tout autour \ Dans le nombre, plus d'un n'était venu là qu'à contre-cœur, pour échapper au soupçon d'être autre part, et pour proléger ainsi ses biens'. Ce motif secret, l'entraînement moutonnier, la fièvre démagogique faisaient affiner les adhérents*. Les meneurs se sentaient le vent en poupe : ils surent oser. A tous les arts ils envoyèrent l'ordre, sons peine du feu, de les rejoindix» avec leurs gonfalons. Cette sommation inattendue jeta les patrons dans une perplexité extrême : ils commençaient à se repentir d'avoir poussé dans la bagarre leurs fticteui's, trop enclins à crier vive le menu peuple*! Quelques-uns refusèrent d'obéir; d'autres, non sans hésiter, envoyèrent leur gonfalon, mais escorté seulement de six hommes; d'autres enfin, par effroi, se précipitèrent dans le gouffre les yeux fermés*.
* Gherardi, noie 1 à la p. 587 du Diario tTanonimo.
* Lt'Ure de Giov. des Medici, /)e/., XVII, 106 ; Capponi raiicioii, p. 5il : Ghron., ms. citée en noie h la p. 5G7.du Diario d'anonimo.
' « Infra i quali ve n'era assai che non v'crano volontari, mi davano seguilo per loro conservazione. » (Capponi l'ancien, p. 321.)
* « Molli ciladini si xeiiono a proferere loro la noUe, c d*escre co' loro, a ciô che volescno f.ire. » (Chron. ms. ciléc en note ^ la p. 507 du Diario (Vanonimo.)
* Mardi, de Coppo, X, 795.
* (< l'or tema clii v'andô c chi vi mandô ; e andovvi taie gonfalono con
(À5. 1378) D'ÂDIIÉRER AU MOUVEMENT. 241
Il faudrait n'avoir jamais vu de révolution, pour s'étonner de ces défaillances. La postérité juge aisément des choses après et d'après l'événement. Mais ceux qui l'ignorent ne peuvent agir que sous la pression d'un de ces trois mobiles : leur conscience, l'intérêt personnel, le calcul des probabilités. Or, rien de complexe et d'inextricable comme la situation des Florentins. La lutte engagée avait des causes si sérieuses, des motifs si légitimes qu'on avait vu, dans le principe, une partie des popolani grossi, et non la moins honnête, tendre la main au menu peuple pour lui assurer quelques-unes des satisfactions qu'il réclamait, comme pour réprimer avec son aide les empiétements de l'oligarchie. A quel moment précis ceux de la démagogie furent-ils assez manifestes pour qu'on dût se détacher d'elle? On pouvait s'y tromper, et plus d'un s'y trompa. Dans le creuset surchauffé est-il donc si facile de séparer les éléments en ébullition?
En préparatifs d'attaque et de défense se passèrent la nuit et la matinée du lendemain (21 juillet). C'est tout ce que permettait, même le jour venu, une pluie torrentielle. Les prieurs se fortifiaient au palais communal, se ravitaillaient de pain, de vin, de vinaigre, de viande salée, de sel, de fromage, et aussi de pierres en grand nombre. Ils devançaient à Santa-Croce une expédition populaire dont ils avaient eu vent, et qui devait y brûler les bourses du tirage au sort; ils les ramenaient sans
mcno di sei uomini. » (March. de Coppo,X, 795.) Cf. Âmmirato,XIV,728. La chron. citée à la note précédente dit aussi que les uns vinrent et les autres non, mais elle prétend que les arts mineurs seuls avaient été convoques, ce qui est peu vraisemblable, et en contradiction avec Marchiounc qui dit : <( Si raandarono a tutle Tarli. » Ammiralo (XIV, 728) comme ce dernier.
HIST. DI PLORBMCE. — V 16
2i2 PUISE mi liARGELLO (Vx. 1378)
encombre, impudemment accuses de vol par la mullitude, pour cet acte préservateur \
De leur côlé, les chefs du peuple, avec plusieurs des lluil de la guerre et des syndics des arts qui avaieul ré|)ondu à leur appel, décidaient d'établir au palais du podestat le siège de leur gouvernement', puis de présenter aux seigneurs une pétition que ceux-ci ne pourraient repousser'. Informé du projet, le podestat Ugolino, marquis de Monte Santa Maria*, se mit en état de défense. Seul avec ses famigli^ car les mercenaires de la République guerroyaient en Komagne, et les soixanledix qu'on en put faire revenir arrivèrent deux heures trop tard*, il faisait pleuvoir flèches et pierres sur la foule ameutée, qui menaçait de le mettre en pièces*, qui garnissait d'arbalétriers le clocher de la Badin voisine, pour mieux soutenir le combat. Tout le quarlier agitait ses capuchons, faisant signe aux assiégés de ^ rendre, s'ils voulaient sauver leur vie. En effet, Ks assiégeants, se servant comme boucliers des bancs enlevés aux auberges d'alentour, entassaient devant les portes des étoupes enflammées, se frayaient par le feu un passage, et forçaient ainsi à la soumission le podestat.
Par dignité, c'est aux arts et non aux ciompi que ce
* Capponi Tancion, p. 321.
* « Forse per havere una rcsidenza pubblica. » (\mmirato, XIV, 728.) '• Lellre de Giov. des Mcdici, Del., XV1[, iOO. Selon Sozomène : * 1"
dirla noclo creaveriinl 50 sindicos populi infiini inler quos fueninl aliq"i •'oniin amici de artibus inajoribns. » (R. I. S., XVI, 1100.)
* Ou Santa Maria a monte. Lib. off. forem, Âmmirato (XIV, 728) Yi^ pelle Giovanni de Picro des marquis dcl Monte.
' Capponi l'ancien, p. 525; Ammirato, XIV, 728, ^ « Chc poi non vorebono allro cbc carne di lui. )) (Chron. ms. en nolf à la p. ôti? du IHario d'anonimo.) i
kn. 1378) PAR LE MENU PEUPLE. 243
aillant homme voulut rendre son palais*. Il stipula pour ui et les siens la vie sauve; pour la chambre delà corn- Qune, qu'on n'y toucherait point. On y touciia pourtant; *élait comme une manie. Les écritures y devinrent la )roie des flammes, le mobilier en fut jeté par les fenères. Aux fenêtres on appendit le gonfalon de justice, vec les gonfalons des arts, tant majeurs que mineurs, auf celui de la laine : cet art, réputé aristocratique, avait efusé, la veille, de se rendre à Belletri sur Tinjonction les révoltés. Au sommet de la tour flottait la bannière les forgerons, reconnaissable aux tenailles, emblème de ette industrie*. Mis en appétit, le menu peuple courut snsuite aux demeures du capitaine du peuple et de Texéuteur. Tout ce qu'il y trouva fut brûlé'.
Maîtres de ces maisons, et surtout du bargello^ vériable forteresse, les chefs populaires crurent pouvoir raiter de puissance à puissance avec la seigneurie, lui oumettre, ou, pour mieux dire, lui imposer des pétiions € justes et raisonnables*. » Ces pétitions étaient au lombre de trois, une des syndics des arts et deux du nenupeuple.Concordanlessurquelqucs points, ellesdifféaient sur plusieurs*. L'accord ne paraît entier que dans les
* Ammirato, XIV, 728.
* Chron. ms. citée. Elle dit que le podestat put se rétirer sans qu'il lui M fait aucune vilenie; le Diario (Vanonimo (p. 367) dit au contraire qu'il it dépouillé et tué avec scsT^wt^/i. Mais Tinexaclitude de ce dernier auteur, or ces deux journées, ne permet pas de s'arrêter h son tcnioigna<j^e. Aucun utre que celui de la chronique citée ne donne de déliiils sur cet assaut, conirmé d'ailleurs parGiov. des Medici [Del. y XVII, 100), March. deCoppo(X, 95), Ammirato (XIV, 728).
» Lettre de Giov. des Medici, Del, XVU, 166. ^ Capponi rancien, p. 523.
* Ces pétitions sont les trois premières du registre LXVIII des Provviwniy p. 1-15. Les chroniqueurs ne parlent que d^une ou de deux. La prenière a été publiée par Gino Capponi (Stor. di Fir,, I, 59 i, append. VIIl),
344 PÉTITIONS POPUUIRES. (An. i378)
demandes relatives aux personnes qu'on veut honorer de privilèges, ou envoyer dans la classe des grands, reléguer au delà des frontières ^ Pour ces exigences mesquinesou haineuses, ohjet principal de la troisième pétition, les arts trouvaient bon de pousser en avant ccpopolo inintUo, miautissimo j comme l'appelle Giovanni des Medici*,qui se compromettait à Taveugle, sans compromettre encore ses alliés.
La pétition des arts était la plus importante, parce qu'elle touchait aux intérêts généraux. Les auteurs en ont parlé avec si peu d'exactitude, ils en ont tiré des conclusions si mal fondées, que nous la devons résumer d'après les documents. Elle demandait :
1° Que les provisions précédentes sorlisscnt leur plein effet*.
'J" Que quiconque, depuis Tannée 1557, spontanément ou par ordre des capitaines de la parte, avait renoncé aux olTiccs de la commune, de ladite parte ou de quelqu*un des arts, pût y éli'e rétabli.
o** Que les citoyens ammoniti depuis i357, comme gibelins ou suspects à la parte, fussent réintégrés dans tous leurs droits.
A'' Que les capitaines de la parte ne pussent se faire remplacer pour voter dans les conseils du peuple et de la commune, où ils avaient accès.
5^ Que de nouvelles bourses fussent faites pour le conseil de la commune, où Ton introduirait par quartier dix noms de popolœri de plus qu'il n y en avait auparavant.
G** Que dans le livre de la jHirte et dans un autre à conserver au
et par Fossali aux appendices ; la seconde (première des minuti) par le même Fossali, de pari cl d'autre avec quelques su[)pressions.
* On demande que Niccola des B;trdi, Bcrlacchino des Frescohaldi,Bcltino drs Ricasoli, soient faits de grands supragrands; que Piero des Albizzi cl deux (les siens, Hartolo des Siniinctti ot Niccola des Soderini, soient reléiiiiés et confinés pour dix ans. Quant à Carlo Strozzi, il y aura une (ièlibéralion spéciale sur la durée de sa confînation. (Troisième pétition, deuxième du menu peuple, Provvisioni, LXVill, p. 9-15.)
'* Lettre dans les Delizie, loc. cit.
'* Voy. même chapitre, p. 222.
ï. 1378) PÉTFTIONS DES ARTS. 245
lais tics prieurs, il fiit c'cril, pour perpétuer la mémoire du fait, e Lapo de Gastiglioncliio et sa sé(|Helle' ont été bannis comme vaslateurs, violateurs et traîtres de la. parte guelfa. 7° Que quiconque serait privé des offices de la commune, le fut r là même des offices de la parte^ et aussi du droit de porter des mes.
8® Que ceux dont les maisons avaient été brûlées dans les troubles juin et de juillet fussent, pour dix ans, privés des offices de la mmune et de la parte^.
9^ Que Rosso et Uguccione, frère et fils de feu Ricciardo des cci, fussent rétablis dans tous leurs droits auxdits offices. 10° Que toutes les écritures et bourses, tous les registres et scru- )s antérieurs au mois de juillet fussent déchirés et brûlés dans î cinq jours, en présence des capitaines de la parte, des colles, etc.
11° Que nul ne pût désormais exercer plus d'un office de la comune à la fois'.
12** Que toutes les ordonnances sur les injures d'une classe à utre fussent appliquées.
15° Que Giovanni Dini, qui avait toujours été bon guelfe, fût levé de ses condamnations, et rétabli parmi les Huit de la guerre. l'i° Qu'il en fût fait de même pour Giorgio Scali, ses consortij ascendants et agnats, injustement ammoniti, 15" Que Giovanni de Mone, honorable citoyen florentin, toujours lié au service de la commune, et récompensé déjà du ceinturon ; chevalier, obtînt, sa vie durant, trois cents florins annuels, à •endre sur les redevances que payaient, au mercato vecchio, les )uchers, les marchands de viande et de volaille. 10° Qu'Alessandro des Bardi, grand, un des Huit de la guerre, t fait })0})olare, avec ses fils et descendants. 1 7° Que les capitaines de la parte remissent dans les cinq jours jx seigneurs le gonfalon royal, fait en février précédent, quand apo de Gastighonchio était desdits capitaines, et qu'ils n'en pussent mais avoir un autre semblable.
18° Qu'avant le 15 août, il fût acheté, aux frais de la commune,
^ Et sui sequaces.
* « Excepto Smeraldo Stroze de Slrozis. )) — Suivent deux paragraphes ir des personnes que nous omettons. L'ordre des matières était, on lésait, ! moindre souci du moyen âge.
' Lf'S fonctions du conseil de In marchandise, des conseils du peuple t de la commune, ne sont pas considérées comme offices de la commune.
246 PÉTITIONS DES AllTS. (\k. 1378)
jusqu'à concurrence de cinq cents florins, une boutique qui appartint à l'art et aux consuls du menu peuple, pour leurs réunions.
19" Que Spinello Albcrti, Slelano Becchi, Bi'uedotto Landi et les autres (jui avaient aide Salvestro des Medici, jo lissent des privilèges accordés auMît Salvestro parles ordonnances de juin^
On voit assez, par la teneur de cette longue pétition, quel en était le but et quelle la portée. Si la rancune et l'inconséquence y ont leur part, il est clair que pour ceux qui ont tenu la plume, et qui jouissaient déjà de leurs droits civiques, Vammonizione a été non le prétexte, mais une des principales causes du mouvement. Ils restreignaient, en effet, les pouvoirs des capitaines de la parlCy qui faisaient un scandaleux abus de cette arme dangereuse, et ils récompensaient les principaux adversaires que cet abus avait rencontrés. Ils donnaient leur revanche aux Ricci contre les Albizzi, principaux soutiens desdits capitaines et chefs de la faction oligarchique. Ils renforçaient, dans une proportion notable, Télémcnt populaire au seul conseil où les grands eussent accès. Quant à ceux qui n'avaient point de droits, une seule clause les concernait, d'une importance, il est vrai, capil^de, puisqu'elle leur donnait rang parmi les arts.
Les petites gens qu'on élevait ainsi se restreignaient, dans leur propre pétition, à ce qui leur était personnel. Il n'est pas sans intérêt de suivre leur pensée, trop coutumière de s'annoncer, plutôt que de s'énoncer, par de confuses violences. Voici donc quelles étaient leurs requêtes :
i® Qu'on supj)rimât l'officier étranger de la laine qui avait autorité sur eux.
2" Qu'on abrogeât l'article de l'ordonnance rendue en juillet 1556, qui condamnait à avoir la main coupée quiconque ne payerait pas
* Provvisioniy LXVllI, p. 5-9. Voy.Gino Capponi, I, 594-599, et Fossati, appctul.
(Ay. 1378) PÉTITION DU MENU PEUPIiE. 247
dans les dix jours ramende à lui infligée pour homicide, blessure grave ou autre mëfait de ce genre.
5^ Que le menu peuple eût désormais deux de ses membres parmi les huit seigneurs, trois parmi les douze buonuomini, quatre parmi les seize gonfaloniers, et de même le quart dans tous les ofiices, sans qu*on en pût augmenter l'effectir, pour modifier cette proportion.
A^ Que le menu peuple eût une maison, huit consuls pris dans son sein, et un notaire, tous tirés au sort dans des bourses constituées par scrutin, lesquels auraient mêmes attributions que ceux des vingt et un arts.
<V Qu'aucune punition ne put être infligée pour méfaits commis depuis le 18 juin jusqu'au présent jour.
6° Que tout nom du menu peuple mis dans les bourses pour la seigneurie, le fût aussi dans les bourses pour les collèges.
7° Qu'après six mois écoulés, on ne pût plus édicter un emprunt forcé sans avoir fait un estimo^.
8° Que tout créancier inscrit sur les livres des monts de la commune fût remboursé, dans les douze ans, du capital prêté, sans toucher d'intérêt à partir de ce jour.
*> Que ser Piero de ser Grifo, ses fils et comorti, fussent exclus à perpétuité de tous les offK es.
10^ Que toutes les condamnations fussent rapportées, sauf celles qui avaient eu pour objet la rébellion, la trahison, la prévarication, un faux.
\\^ Qu'avant deux ans nul du menu peuple ne pût être appréhendé pour dettes.
12"* Que Guido Bandiem, un des deux plébéiens faits chevaliers, reçût, pour honorer la chevalerie, deux mille florins d'or sur les biens des rebelles.
13° Que Toffice des quatre préposés à l'abondance des viandes fût supprimé.
14^ Que Salvcstro des Medici, qui avait tant fait et s'était tant ex])Osé pour la liberté de Florence, pour l'honneur et le maintien des marchands et des artisans^, reçût, sa vie durant, les boutiques du
* M. Simonin (Vne insurrection ouvrière à Florence, en 1578, dans le Jimrnat des Économislen, déc. l87ô, p. 445) dit quf Vestimo réclamé, c'était pour ctiiblir rin)|Mjl sur le revenu. Rien n\'st moins sûr. La rcpar- Ulion des taxes étant fort inégulemeut faite, en tous les tcm])S on avait réclamé une nouvelle estimation.
■ « Gonsiderato quantum nobilis bodie miles D. Silve&ter de Nedicis, pro
248 PÉTITION DU MENU PEUPLE. (As. 1578)
ponte vecchiOf avec le droit de les louer pour tout le temps et à ions les prix qu'il voudrait.
15" Que trente-deux consuls du popolo minuto fussent institués'.
i6® Que les gens du menu peuple et ceux des arts mineurs pussent être gonfaloniet*8 de justice à leur tour et aux mêmes conditions que les autres citoyens.
17^ Qu'avant le 20 août eût lieu le scrutin pour constituer les bourses du menu peuple, auquel scrutin prendraient part les prieurs, les collèges, les vingt et un consuls des arts, les trente-deux syndics du menu peuple et soixante-quatre arruoii à ëlire par ces syndics, à raison de deux pour chacun*.
18*^ Qu'aucun de ceux qui venaient d'avoir leur maison pillée ou brûlée ne pût être chevalier du peuple, à la réserve de Luigi des Guicciardini, le gonfalonier de justice'.
Dans le pêle-mêle de cette pétition, dans ce désordre commun à tous les documents du moyen âge, il est aise de reconnaître des vues distinctes, le but et les moyens. Ce que veulent les menus artisans, c'est d'améliorer leur condition sociale. Pour y parvenir, ils aspirent à être quelque chose dans l'Étal; ils repoussent l'oppression dans l'exercice de leurs humbles métiers; ils réclament une répartition plus équitable des impôts; ils prétendent au quart des emplois publics; ils exigent des récompenses pour leurs principaux défenseurs, et en
statu libero et populari populi et comunis Flor. et pro honore et manutentione mercatorum et arlificum laboravit, quibusque periculis audacter et viriliter se subjecit.... )> (Provvmoni, LXVllI, p. 1 sq., et Fossali, append.)
' Les noms se trouvent dans la pétition. On y remarque ceux de Michèle de Lando, du quartier de San Pier Maggiore, et d*un notaire, ser Andi-ea de ser Guidone Corsini. Sozomène dit que parmi ces syndics il y avait v( aliqui eorum amici de artibus majoribus. » (R. I. S., XVI, 1109.)
* (( Etigendos per ipsos triginta duos, videlicet duos per quemlibet ipsorum. »
' Ibid, Nous omettons quelques articles de peu d'intérêt. M. Gherardi (préf. au Diario d'anonimo, p. 250-252) montre avec soin combien tous les auteurs avaient analysé avec inexactitude ces pétitions, dont ils ne savent pas même au juste le nombre.
l:i. 1578) LES PÉTITIONS ACCEPTfiKS PAR LES CONSEILS. -itî)
larliculicr pour Salvcstro des Medici, en qui ils recoiilaissent leur chef. Rien de violent d'ailleurs; aucune narque qu'ils aient soif de représailles. Trompés souvent, ils prennent quelques précautions contre la tromlerie, mais ils croient encore à la bonne foi. C'est quand, I tort ou à raison, ils auront perdu cette illusion derlière, qu'on les verra se scinder en deux fractions désornais ennemies, les uns qui se résignent plutôt que de e séparer de leurs concitoyens honorables, les autres [ui s'en séparent, acharnés à la poursuite du but, dussent-ils n'avoir d'appui que dans ces malfaiteurs qui, en « mettant à leur suite, ont déshonoré leur précédente rictoire.
Les pétitions furent apportées au palais par quelques nsurgés, qu'escortaient les gonfalons des arts et les arti- ;ans en armes. Leurs clameurs s'élevaient jusqu'au ciel, ^rendre du temps pour délibérer à loisir, les seigneurs 'auraient dû, ne fût-ce que par dignité; mais ils n'étaient )as des héros, et il faisait une chaleur accablante. Ils illèrent aux voix avec leurs collèges et votèrent en }loc tout ce qu'on leur demandait. Puis, sans retard, la cloche communale convoqua le Conseil du peuple : on l'y vit contre la première pétition que deux opposants; contre la seconde que dix*. Les arts et le peuple étaient [»ntents. Ils promirent à la seigneurie que, le lendemain, []uand le Conseil de la commune aurait voté à son tour, chacun poserait les armes et retournerait au travail*.
Ce fut un malheur, en de si graves conjonctures, que ce retard de vingt-quatre heures, exigé de temps immé-
« Sur 172 et lOi votants. Lettre de Giov. des Medici, Del., XVII, 100 ; uapponi Fancien, p. 520; Fossali, appcnd. * Gapponi Tancien, p. 527.
250 LE CONSEIL DE LA COMMUNE (An. 1378)
morial par la loi pour la convocation du second conseil. L'anarchie seule en pouvait profiler. On vit les dompi annoncer à son de trompe que quiconque porterait un manteau serait puni de mort, sans autre forme de procès^ Sur le soir, se répandit le bruit que Migliore Guadagni, qui commandait pour la République dans le val de Nievoie, revenait à Florence, rappelé par la seigneurie*, et qu'il y amenait quatre ou cinq mille hommes'. On oublie aussitôt qu'il était ennemi des Albizzi, par conséquent ami du peuple \ et que le sort avait déjà désigné son successeur*. On ne voit plus qu'une démonstration armée, qu'un rappel prématuré, audacieux empiétement sur la prérogative des Huit Saints. Ceux-ci, piqués au jeu, lui envoient défense d'avancer davantage, et les fanti de la seigneurie se laissent enlever, dans les rues, les clefs des portes, qu'on craignait qu'ils ne fermassent pas. Toute la nuit, on y fit bonne garde, comme on eût fait contre un ennemi \
On redoutait alors toutes choses et tout le monde, les seigneurs, les officiers publics et surtout ce Conseil de la commune qui s'allait réunir (jeudi 22 juillet). L'intervention des grands y rendait improbable la majorité légale des deux tiers. Les petites gens accoururent donc d'instinct pour peser sur la délibération, avec les gonfalons des arts et le gonfalon de justice, dont ils étaient toujours détenteurs. Mais ils accoururent trop tôt : intimidés, les
* Diario d'anonimo, p. 267.
^ Lettre de Giov. des Ncdici, Z)e/.,XYU, 166 ; Diario d'anonimo,]^. 267; Capponi l*ancieii, p. 327.
' Lettre de Giov. des Medici, ibid.
* Voy. Ammirato, XIV, 686, 687.
> LeUre de Giov. des Medici, DeL, XVU, 172.
' Diario danonimo, p. 568 ; Capp<ini Tancien, p. 327 ; lettre de Giov. dea Medici, Del., XVU, 166.
(Am. 1378) CONTRAWT A L'ACCEPTATION. 251
membres du Conseil hésitaient ou tardaient à Yenir\ Ce fut l'occasion d'imprévues et séditieuses exigences. — Qu'on brûle les bourses, s'écrient quelques-uns, et qu'on en fasse de nouvelles! — La pétition populaire avait obtenu pour les moindres arts deux prieurs, qui devaient être nommés à l'expiration de la seigneurie en exercice ; voild qu'on les veut à l'instant, qu'on désigne même ceux des seigneurs qui doivent se retirer pour faire place aux représentants de la multitude'. À la fin, pourtant, le conseil retardataire s'était trouvé en nombre. Il délibérait au bruit des clameurs du dehors, qui empêchaient d'entendre la lecture des pièces. La délibération, au demeui-ant, n'était plus que formalité pure : 164 voix contre 10, dans cette assemblée suspecte, confirmèrent le vote des précédentes en faveur des pétitions'. Ces pétitions étaient provisions désormais; elles avaient force de loi. Pour la première fois, Florence venait de faire quelques concessions, d'assurer quelques avantages à ses plus humbles enfants, et la violence, une insurrection véritable, avaient seules pu l'y contraindre. Pourquoi aussi voulait-elle à tout jamais fermer la porte plusieurs fois cntr'ouverte par où avaient passé les arts moyens, puis quelques-uns des arts mineurs? Et quoi d'étonnant si les moindres métiers profilèrent des circonstances pour la rouvrir, disons-mieux, pour l'enfoncer à leur profit? La légalité en souffrait; mais souffrir est presque partout et presque toujours le destin de la légalité. Ceux-là mêmes qui en étaient les représentants officiels,
^ (( Brevomentfî penandosi troppo a raunarsi. » (Lettre de Giov. des Medici, DeL, XVII, i06.)
* Diario (Tanonimo, p. 568 ; Capponi rancien, p. 329. Ce dernier seulement met le fait hors de sa place.
' Capi)oni rancien, p. 327; ÂHimirato, XIV, 7*29; Fossati, append.