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POLITIQUE EXTÉRIEURE

idamnations, sans que personne les pût molester ^ Le tme délai fut laissé aux débiteurs pour payer leurs ^ dettes*. Chacun eut la liberté, durant six mois, d'intro- ^ duire du grain ou de la farine, avec exemption de toute l gabelle. Le prix du sel fut diminué'. Quelques réparations particulières furent accordées : trente florins à tel ^^rfDcier dont les biens avaient été pillés; cent trente à l'exécuteur, vingt à ses acolytes, pour les dommages par eux soufferts\ Les petites gens prisent trop ces indemnités pécuniaires, pour admettre que personne y puisse rester indifférent.

Quelques-uns de ces actes sont réguliers; d'autres

«iccusent leur origine révolutionnaire. Mais au dehors,

où Ton n'en souffrait point, on voyait dans la seigneurie

démagogique un gouvernement comme un autre. De

fiât, elle se montrait attentive aux questions si graves

«{ue le schisme soulevait en cour de Rome. Elle écrivait

lettres sur lettres au pape pour régler en détail les

conditions de la paix'. Après mûre délibération, elle

accordait, sur la demande de Bernabô, le passage et

^ mille florins à la compagnie de San Giorgio % contre

promesse de ne pas combattre les Florentins avant dix-

liuit mois, et môme de ne s'enrôler nulle part sans leur

î consentement. Par là elle évitait la jonction redoutée de

* 25, 51 juillet. Delib. dé'iign. ecolL, dans Diario d'anonimo, p. 570, •t Fossati, p. 66.

« 27 juillet. /t«/., p. 571.

' 24 juillet. Delih. de' sign, e colL, dans D/ano danon., p. 570, et ^Ossali, p. 66.

^ 28 juillet. Doc. à la suile du Diario d'anon., p. 515.

' « Et fideant quid possit fieri in complaccnliam S. Pairis. Quod subve- ^lur s. Pontifîci prout a D. Beraabove fuit ]K)slulatum. » (12 août. Con- •uiU, XVm, 15.)

• 6 août. Coruulle, Vl\ll il.

t270 MISÈRE DANS U TILLE. (As. inij| ^'

CCS avcnliiricrs italiens avec les mercenaires d'Hawkwool cl de Lutz. Elle lâchait même de procurer un accorl entre ces condottieri et le Visconti*. Celte prudenle politique inspirait la confiance. Les relations avec les cités voisines, où dominait soit la noblesse, soit la bourgeoisie,!^ n'étaient ni interrompues, ni troublées. On voyait lesl' ^ ambassadeurs de Forlî, d'Urbino, de Faenza présenlerM diverses requêtes au gouvernement du menu peuple, el,|* le croirait-on? lui demander de l'argent*.

C'est à l'intérieur de Florence qu'était tout le mal. U*'-^ confiance qu'ils inspiraient à autrui, les Florentins ne f l'avaient pas en eux-mêmes. Les mécontents s'obslir naient à s'éloigner, et les rappelait-on, ils ne revenaient ^ qu'en petit nombre. En dépit d'ordres formels, quantité ; de boutiques restaient fermées, et celles qui s'ouvraient ne travaillaient point. L'art de la laine, tenu, nous venons de le voir, à fabriquer deux mille draps par mois', n'en chômait pas moins, sur le commandement de ses chefs, pour affamer les subordonnés indignes qui avaient triomphé d'eux*.

Ainsi les cioinpi mouraient de faim ; beaucoup d'entre \'eux, à bout de ressources, n'étaient pas loin d'en deman- \,der au voP. Les distributions de grains* ne pouvaient

* 15 août. ComullCy XVIII, 14. Ms. Magliab.,dans Fossati, p. 72, n. 3. Du 15 août au 1" septembre il n'y a plus de consulte.

« 11 août. Consulte, XVUI, 12. Ms. Magliab. dans Fossali, p. 72, n. 5. 5 Voy.plus haut, p. 2(50.

♦ n La lana non vojpa faro nulla. » (March. de Coppo, X, 799.) • Quod ars lane laboret et sciatur quare non. n (15 août. Consulte, dans Fossati, p. 72, n. 2.) Le tcnioignngc de Marchionne, un modéré, confinue ici Irèsutilcment celui de la seigneurie intéressée.

'' « Il popolo arrabbiatodi famé... non avieno di che manicire; tutti di cerca>ano di volere rubare. » (March.de Coppo, X, 799.)

^ Voy. sur les grains diverses mesures dans le Diario cTanon,, p. 572-375.

<Aji. 1578) OMBRAGES DU MENU PEUPLE. S71

âlre qu'un palliatif. D'ailleurs, elles coûtaient gros? comme les mercenaires, et il fallait lever des impôts,-^ <M)ntracter des emprunts, quoique la démagogie, seloi^ son détestable usage, eût promis de s'en abstenir; ir fallait user de rigueur pour les percevoir, irriter par là le mécontentement parmi les plus fermes et presque les seuls appuis de la seigneurie. Ceux-ci ne lui pardonnaient pas son impuissance à faire exécuter les provisions populaires, notamment celle qui interdisait le cumul. Rien ne les offusquait autant que de voir une sorte d'aristocratie se former dans leur sein, leurs chefs d'un jour s'arroger le droit de porter des armes, se donner un écu héraldique*, s'unir en consorteria avec tous les privilèges, toutes les immunités qui avaient si promptement discrédité celle des Quatre-vingts*. — Vous n'aurez aucune part aux offices, disaient les plus hargneux à leurs camarades. Ces gens-là garderont tout pour eux; ils vous donneront la becquée avec la cuiller vide. Trouvons donc moyen de les jeter à bas M — Ces in- ^ dignes suggestions avaient principalement prise sur les^ ciompi de la laine*, chez qui était endémique une jalousie^ haineuse, qu'ils étendaient maintenant à leurs anciens^! fétiches, aux Huit Saints, à Salvestro des Medici, Gio-' vanni de Mone, Michèle de Lando, accusés par eux de/ trahison. C'est autour de nouveaux et obscurs meneurs

* Un lioa d*or sur champ azur, tenant dans ses pattes renseigne du peuple et ajanl sur la poitrine Técude la Liberté. (Hs. Strozz. dans Fossati, p. 73.)

* « Si levô un roraore sentendo (utte Tarte corne i sindachi e signori si avieno fatto tra loro cicrte provigione ; essi d*avere salari, essi di portare Tarmi, essi farsi consorti e fare un* arme.)) {Diario (VanonimOy p. 576.)

' 35 août, ms. Strozz. dans Fossati, p. 75. Cf. Machiavel, lil, 45 B. ^ La preuve en est que, le 1*' septembre, ils furent les seuls dont Fart fut supprimé.

272 SOULÈVEMENT DU MENU PEUPLE. (As. 1378)

que se font désormais leurs conciliabules S où se préparait dans Tombre un nouveau et inexcusable pas en avant.

Un mois s'écoula encore sans qu'on l'osât faire, h seigneurie semblait gouverner sans obstacles, car le calme régnait à la surface; mais le trouble était au fond. Sentant venir l'orage, elle essayait de le conjurer par d'impuissantes rigueurs. On la voyait, un beau jour, pour des propos inconsidérés, jeter en prison quatre citoyens. Sur ces quatre, trois, Luigi Cavalcanliet Jacopo Sacchetti, qui n'étaient point du menu peuple, et même un pauvre peintre badigeonneur, qui en élait, intéressaient peu la populace ; quant au quatrième, Fino Tosi, il comptait au nombre de ses éphémères favoris. Sur les instances de bruyants protecteurs, on finissait par le relâcher, lui tout seul, malgré les syndics des arts, qu'indignait celte faiblesse*. Elle avait bien l'avantage d'ôler tout prétexte immédiat à un soulèvement saus motifs; mais quoi! le soulèvement était résolu, on sut fort bien se passer de prétexte.

Le samedi 28 août, dans l'après-midi*, les petites gens se réunirent en armes à San-Marco, sous l'enseigne de l'ange exierminaleur. Us étaient trois mille tout au moins*. De là, ils se rendirent sur la place, conduits par Belto de Ciardo, plébéien jusqu'aloi's inconnu, et par Luca de Panzano, magnat trop connu, qui, ayant eu des malheurs, s'était donné à eux. Ce Luca de Panzano était du moins une figure originale, et il convient de le

* 15 août. Consulte, XVIII» dans Fossali, p. 73; ser Naddo, p. 19.

* March. de Coppo, X, 799; ms. Slrozz dans Fossuti, p. 74.

' Celle dalc e^t celle du Diarin (Tanonimo (p. 576), de ser Naddo (p. 19), de Monaldi (p. 545). Mardi, de Coppo et le ms. Sirozi. disent le 27.

* Ser Naddo, p. 19.

(A5. 1578) LUGÂ DB PANZANO. 273

faire connaître. Issu de l'ancienne famille des Firidolfi et nllié aux RicasoliS il avait été gonfalonier de justice en mai-s 1369. Il savait parler, car, dès 1363, il prenait la parole dans les consulte*^ et même écrire, car on a conservé des fragments d'une chronique dont il est l'auteur'. Il y raconte une expédition qu'il avait faite à Prato, le 13 juin 1350, avec cinq amis et seize serviteurs, pour mettre à mort Carlo Gherardini, audacieux coup de main qui l'avait placé haut dans l'eslime des turbulents, et peut-être même des autres*, de Pandolfo Malatesta, par exemple, qui, étant capitaine à Florence, le consacrait un jour chevalier*. Ses brutales passions étaient venues

* Les Ricasoli sont uae branche des Firidolfi. Voy. Gino Capponi, Stor. di Fir.. I, 552.

« Voy. Consulte, VU, 92 V ; IX, 2 ; XI, 152 V. Séances des 18 juin 1565, 28 avril 1565, 22 juillet 1568.

' On peut les voir sous ce titre : Frammenli délia Cronaca di M. Luca di Totto da Panzano, dans le Giornale degli Archivi toscane, V, 61. Le manuscrit original et complet n'a pas clé retrouvé.

^ Voici les principaux détails de cette campagne privée : Carlo Gherardini était à dîner dans une église. On l'y assiège. Il se réfugie dans le clocher» qui était très-fort, garni de pierres et de traits. Ne pouvant Ty aUeindre, on met le feu par dessous. La toiture brûle, et plus de cinq mille personnes accourent des environs pour voir ce beau spectacle. Ser Nuto, le bargello, était venu de son côté. Ù réclame son droit de capturer Gherardini ; mais on se moque de lui, et il cède avec beaucoup de courtoisie, de quoi, écrit Luca« nous lui sommes toujours restés reconnaissants. Les assaillants manquaient de flèches; ils en envoient demander aux prieurs qui leur en fournissent, et des armes par surcroit. On peut donc croire que Garlo Gherardini était non seulement un ennemi de Luca, mais aussi un ennemi public, un proscrit. Au coucher du soleil, il se décida enfin à descendra par la corde de la cloche. 11 était à quatre brasses du sol, quand un de ses adversaires, qui montait au clocher, coupe la corde. L'infortuné tombe, on le frappe de touies parts, à la gorge, aux tempes, et « on l'envoie en paradis ». Son cor]is, celui d'un de ses amis, rebelle comme lui, sont {M^nlus et mis en pièces. (Juatre jours plus tard, la seigneurie procurait la paix de cet exécuteur volontaire de ses hantes œuvres et de tous les Firidolfi avec les Gherardini. (Frammenti délia Cronaca, etc., loc. cit., p. 64-66.)

■ En mars 1561. Ibid,, p. 70.

UIST. DE FLORENCE. — V 18

â7i LE MENU PEUPLE SUR LA PLACE. (Ax. 1371)

interrompre sa brillanle carrière. Accusé d^avoir renda sa bru enceinte, une plainte de sa victime l'avait lait reléguer parmi les grands \ Il s'agissait pour lui de redevenir popolano^ et les moyens violents ne lui répa* gnaient pas. Voilà comment il se trouvait à la tête de h populace, séduite par son hardi caractère, peut-être aussi par ses méfaits. Ce qui surprend, on Ta déjà remarqué*, c'est qu'il ne se soit pas trouvé des magnats en plus grand nombre, pour profiter avec lui de l'occasion. Rien ne montre mieux à quel point ils étaient abaissés et résignés à leur sort*.

Les bandes que conduisait cet homme taré débouchèrent bientôt sur ia place. — Nous ne sommes pascontents de ce que vous avez fintl — criaient-elles aux syndics et aux seigneurs. — Eh bien! dites ce que vous voulez, fut-il répondu au nom de la seigneurie, et nous le ferons ! — Gomment la seigneurie eût-elle résisté? Partout elle voyait des ciompi jusque parmi ses arbalétriers, dans ses collèges, dans ses rangs mêmes : deux des prieurs et le gonfalonier de justice ne l'élaient-ils pas? Or, nul alors, si ce n'est les ciompi^ ne montrait de hardiesse et d'énergie. Pris au dépourvu, toutefois, ces gens ne savaient comment énoncer leurs exigences nouvelles ; ils n'y avaient pas réfléchi. Dans leurs rangs, heureusement pour eux, se trouvaient un notaire, ser Agnolo Latini, qui savait rédiger les actes,

* March. deCoppo, X, 801.

• Gino Capponi, Slor, di Fir,y I, 552.

' Voici un curieux exemple de cet abaissement : Barldlommeo RidolG avait été fait grand le 12 avril 1572. Le 5 décembre 1575 on pendait un de ses neveux qui avait volé une maison de la via Maggio au point d^emmener plusieurs ânes chargés et des hommes portant quatorze sacs pleins d'effets mobiliers. (Diario del Monnldiy p. 550-554.)

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