‹ Histoire de FlorenceChapitre 28 sur 102 · PRÉTENTIONS DES CIOMPI REPOUSSÉES. S · texte numérisé non relu

PRÉTENTIONS DES CIOMPI REPOUSSÉES. S

ue la transmission des pouvoirs se fit selon les us dates ordinaires. A ceux qu'ils laissaient bénévot en place jusqu'à la dernière heure, n'en redouucune résistance, ils demandèrent par délégués admis dans le gouvernement comme un rouage u. C'était, ils n'y réfléchissaient pas, fournir ion de leur rendre injure pour injure, de repousrs délégués comme ils avaient repoussé ceux de neurie. Celle-ci, en effet, répondit que, le mer- [^ septembre, on sonnerait à parlement pour lation des nouveaux seigneurs, qui régleraient ces choses. Tenaces comme les gens sans dignité, -^ npi envoient aussitôt deux de leurs Huit réclamer / icienne et de la nouvelle seigneurie la promesse ue cette introduction d'un office populacier dans :. , anisme gouvernemental serait positivement sou- ,/

l'adoption du parlement. Les prieurs sortants " aient à s'échapper par la tangente et à dire qu'ils " ibéreraient; mais voyant que les émissaires des ^

refusaient de s'éloigner sans une promesse foret sentant bien « qu'on voulait faire d'eux des ^ s S » ils se réunirent furieux dans la chapelle et Il sur le crucifix de tenir secrètes leurs résolutions*, j méritoire à cette heure de péril où l'on comt d'attaquer les gens inoffensifs, où le vol, où le 'e semblaient à craindre pour la nuit '. ;n fut quitte pour la peur; car des deux parts ^servait. Chacun sentait approcher la fin. La sei- 3 multipliait autour d'elle ces récompenses, ces

I pnori fossero loro schiavi. )) (March. de Goppo, X, 803.)

, et ms. Slrozz. dans Fossati, p. 78, n. 4.

io (Tanonimo, p. 577 ; Diario del Monaldi, p. 345.

284 RÉCOMPENSES ACCORDfiES. (As. 1S«| |.l^.

compensations qui sonnent le glas funèbre de» pooioiR expirants. Le 30 août, Leoneino de Francino, un h «mr prieurs, reçoit huit florins d'or pour une robe à luiio- Mie lée; Spinello Bom, son coilègue, un florin $euleinei,|)iri]ie pour une ëpée et un casque qu'il a perdus; SibeslroèBlpad Compiobbesi dix pour un bouclier ^ Le 31, est approi-lbfiU< vée la dépense, volée dès le 3 du même mois, de oBolb-li^oi rins d'or et 21 sous, pour offrir « au magnifique ci Iriler verlueux homme, Michèle Lando, gonfalonier dejus-lîroï tice», une coupe en argent, un cheval, un casque, Miii* pennon, un bouclier, aux armes du peuple flo^eniiQ^|f^ En même temps, Benedelto Alberti, un des chefs du li^ premier mouvement populaire, réduit comme sesambli^ à en combattre l'abusive extension, était charge de m^X^ nir au dehors tous les honnêtes citoyens, tous lesrichfêlfi marchands qui s'étaient enfuis hors de la ville ^, et de les lii ramener au secours du gouvernement. On se proposait l) d'appendre à la ringhiera les gonfalons des arts, et de lii faire occuper [lar les gonfaloniei^s les issues de la place. \\ Si les ciompi refusaient de remettre, eux aussi, leurs cn-

< Ces paiements sont au nombre de 19. Doc. à la suite du Diario d'Onunimo, p. 517, 518.

* Doc. à la suite du Diario d^anon,, p. 518 ; March. de Goppo, X, 803. La dale du 5 août pour la décision relative à ces récompenses montre que les auteurs contemj)orains se trompent quand ils disent qu Viles furent données à roccasion d'un complot de la dernière heure auquel Michèle et d'autres auraieiil prêté les main<. La seigneurie établie ne conjure plus alors; c'est contre elle qu'on conjure. Yoy. une chron. citée dans le Diario danon., p. 578, note. March. de Coppo dit qu'on assurait à Michèle pour un an la charge de podestat de Barberino. Selon le Diario d^anonimOy p. 581, le pennon, le cheval, la barbue sont un don de la parte. L'auteur ajoute : (( E feciono bcnc, clie n'è ben degnio di quella e di maggior Citto. »

^ Perocchè tutti se n'erano iti in contado, e chi in castella, e sgonn bro le loro case, di che i mercatanti ancora la loro mercatanzia chi in fortezze e chi in Pisa e chi in Bologna avea mandato.» (March. de Coppo, X, 804.)

. 1378) ILLU^IONS DES ClOMi'l. 2iô

gnes, ce serait pour les compagnies le signal de leur

urir susV

Plieraienl-ils? On ne savait. Le fait est que dans les rilleux loisirs du chômage, leur tcte avait travaillé au and dam de la raison. Ils ne voyaient plus qu'eux dans ville. D'heure en heure croissaient leurs exigences : i voulaient que leurs consuls, assistés de dix conillers, pussent exclure qui ils voudraient des offices de commune et des arts*. C'était restaurer à leur profit Klieuse ammonizione, remplacer les maîtres par les appentis, s'assurer le règlement du travail et des salaires, ablir, en un mot, une aristocratie d'en bas, pire cent is que l'aristocratie d'en haut, renversée le mois précé- 5Dt. Pour triompher dans ces nouveaux desseins, ce ctait plus assez de partager le pouvoir avec la seigneue: il fallait la soumettre, et, si elle résistait, Técraser, 1 supprimer'*. Ces insensés se croyaient en droit de le lire. Ils croyaient à un complot du popolo grasso pour 'ur ôter l'honneur et l'état ; ils en voyaient les instiga- ^ursdans les Huit Saints, et jusque dans ce gonfalonier e justice dont l'élévation avait été le signe sensible de ur victoire*. Michèle de Lando est accusé, sans l'ombre une preuve, de s'être laissé corrompre. Les honneurs, s présents, l'emploi de podestat à Barberino, qui sont

' Ns. Strozz. dans Fossati, p. 78, 79, et Diario (TanonimOj p. 578. Ce louscrit met par erreur ces faits an 25 noûl. March. de Cojtpo, X, 804. ' March. de Coppo, X, KOi. C e^^l à la suite de ces imputations vraisemibles que cet auteur en ajoute d'absurdes qu'on a vues plus haut, p. 279. ' Monaldi n*e^t donc ni exact ni juste quand il dit : « Non sapevano quello ▼olessero. » (Diario, p. 546.)

* « Fu ordinato per tuttc Tarti e pcr tutti i cittadini di popolo gi*asso di ère disfare e di volere torre Tonore e lo stato al popolo minute. Ragio- (i e questo Iratalto ordinorono gli ollo délia guerra e col confaloniore la gioslizia. » (Ns. Strozz. à la p. 578 du Diario d'anon,^ note.)

386 LES DÉLÉGUÉS DES QOMPI (Ai. iJ^

011 seront la récompense de sa sagesse, on y veulYoirk prix de sa vénalité ^ Qui ne reconnaît là Tesprit soop' çonneux de la démagogie? Que ces gens fussent oa rm de bonne foi, le popolo grasso avait-il tort de croiie Florence perdue s'ils y dominaient*? Aussi bien, devant le danger public, il oubliait ses préférences, il se rapprochait de ses anciens adversaires, il prêtait main-forte aux pouvoirs établis contre lui, et cette conduite est tout à son honneur. Il aurait pu, en effet, ce qui n'est point sans exemple, s'unir à la populace soulevée, pour renverser ces chefs du parti intermédiaire qui l'avaient luimême renversé.

Le 51 au matin, les arts étaient en armes sur la plaee^ pour défendre les prieurs et Florence même *. Giorgio avait reçu la garde de la tour du palais^. De leur côté, les ciompiy rassemblés sur trois points, à Santa Maria Novella, à Sant'Ambrogio, à San Friano, attendaient le signal d'opérer un mouvement concentrique. Avant de donner ce signal, leui-s Huit voulurent tenter une de^ niùre sommation, et mal leur en prit. Deux d'entre eux, Marco de ser Salvi, fils d'un homme de loi, et Domenico de Tuccio, surnommé Tambo*, viennent réclamer des prieurs le serment de les admettre jour et nuit aux délibérations. Comme les prieurs ne se montraient pas tous : — Où es-tu? — criaient-ils insolemment en appelantes absents par leurs noms. Ils parlaient en maîtres*, et nul

^ (( Primamente feceno contento lui di danari. n (Ms. Strozx., ibid.)'

* H Diamo lutte l'artc del freno a' denli a costoro, altrimenti Fireazcenoi siamo disfatli. » (Diario d\//ionimo, p. 377.)

5 Diario (TanonimOy p. 577.

* Sozomènc, U. 1. S., XVI, llil.

* Diario (Tanonimo, p. 585.

« March. de Coppo, X, 80 i.

(Al. 1378) GUASSÉS DU PAUIS. 287

nWil leur faire résistance ; chacun à son tour jurait entre leurs mains. Seul, Michèle de Lando ne put supposer (anl d'ignominie. Le sang lui afQuant au cerveau, il sort précipitamment de la salle, échange quelques rapides paroles avec Tommaso Strozzi, et rentre, Tépée nue, en s'écriant : — Où sont les traîtres? — A sa vue, les deux émissaires des ciompi détalent prudemment. Lui, il se lance à leur poursuite, les rejoint en haut de l'escalier, en blesse l'un au bras, l'autre à la tête. Celui-ci roule jusqu'en bas, et entraîne dans sa chute un moine qui montait du vin. Tombant de toute sa hauteur sur les marches de pierre, l'infortuné moine y trouve la mort. Dans son sang et dans le vin mêlés, on ramasse l'homme de Santa Maria Novella, et, pour lui sauver la vie, ainsi qu'à son collègue, on les enferme sous l'escalier*.

C'était peine perdue : Michèle ne pensait plus à eux. Déjà, dehors, il se mettait en quête d'autres ennemis. Il s'avançait, le gonfalon de justice aux mains, suivi par Benedetto de Carlona, qui tenait l'étendard de la liberté*. "^Vivent le peuple et les arts ! s'écrie-t-il. Mort à qui veut un seigneur! Ces Huit voulaient un seigneur 'I — Toujours mobile, la populace qui entend son chef de la Veille parler ainsi de ses chefs du jour, prend peur de

' Ms. Strou. dans Fossati, p. 80.

• Sozomène (R. I. S.,XVI,iili). Cela paraît plus naturel que l'assertion lu ms. Slroïi. (dans Diario (Tanon.y p. 379, note) qui met le gonfalon de Ustice aux mains de Benedetto, en sorte que Michèle n'aurait pas porté ce [ui était le principal insigne de sa charge, et qu'il tenait toujours à la main K>ur se faire sui?rc par le peuple, quand il sortait du palais dans les cas ; raves.

* C'était l'accusation que portait le parti relativement modéré contre es violents de Santa Maria Novella. On lit dans un vieux manuscrit : ( Dicendo che gli Otto (di S. M. Novella) volcvano signore. » (Ms. Strozx. lins Fossati, p. 78, n. 4.)

288 PROMENADE DE MICHELE DE LANDO. (Âx. 1318)

ces derniers, craint « d'en être dévorée* », se prononce contre eux, et suit ie fougueux facteur, dans sa marche vers la rive gauche de l'Arno, principal repaire des bêtes fauves*. Toutes les cloches de la ville étaient en branle, car chacun des deux partis, où il était dominant, sonnait le tocsin. Les gens d'Oltrarno s'avan(;aiciil vers la place ; mais le gonfalonier ne les rencontra point sur sa roule, et il revint sans avoir vu d'ennemis*. C'est de son impétueuse colère contre d'anciens compagnons et de sa promenade belliqueuse, que Florence lui a gardé dès lors une gratitude grosse d'une légende sans autre fondement .

Même sur la place, où les deux courants se rejoignirent, on évitait d'en venir aux mains. Ayant désormais le nombre et la force, comme le prouvaient leurs gonfalons, se déployant sur la ringhiera, aux fenôtres du palais, aux débouchés fortement occupés des rues*, les arts et les compagnies attendaient des seigneurs un signal qui ne venait point, et, en attendant, entrecroisaient des clameurs contradictoires : — Jetez en bas ces deux des Huit qui veulent un maître!* — Non, ne les jetez pas!

* <( Et tantum omnes arliûces erant contra dictos Octo balise qaod eos comedisscnt. » (Sozomène, R. I. S., XVI, illl.)

* Diario d'anonimo^ p. 577, et ms. Slrozz., ihid., p. 379, noie.

^ Ce mouvement en sens contraire est fort obscur dans les auteurs con' tcmporains, mais nous avons cru Ty reconnaître, et Machiavel Tavait àc'^ compris ainsi : (( La plèbe, quasi in quel tempo che Michèle si messe, parli ancora elia pcr tre inpiazza, cd il casofece che ciascun fece diverse cainmino, talchè pcr la via non si scontrarono. » (III, 46 A.) Gino Cap}K)ni (1,356) envoie Michèle vers S. M. Novdla.

* Ms. Slrozz. dans Diario (Tanon,^ p. 570, note; March. de Coppo, X, 804. Ammirato (XIV, 754) est très-inexact sur toute cette histoire d«s ciomjn, el M. Simonin, en le suivant, se laisse entraîner a ses erreurs. Sozomène (R. 1. S., XVI, 1111) n*est pas beaucoup plus conforme auieontcmporains.

(Ax. i378) LES GiOMPl CHASSÉS DE LÀ PLACE. S8U

qu^on s'assure s^ils sont fautifs, et qu'on fasse justice ! — La seigneurie voulait gagner vingt-quatre heures pour laisser ie temps d'arriver aux gens du dehors. Mais quelle apparence que tant d'hommes armes restassent tout un jour en présence sans bataille; que ceux qui voulaient rétablir l'ordre et qui en retrouvaient le pouvoir, attendissent patiemment les excès qu'ils avaient hâte de prévenir !

^ Au milieu de la place flottait encore l'insolente ban- :: nière de l'ange, celle du premier des trois nouveaux arts formés du menu peuple. Qu'elle fût remise, comme l'avaient été toutes les autres, voilà ce qu'exigeait le senliment public à son réveil. Un des prieurs, Leoncino de Francino, avec deux des gonfaloniers et deux des buon- ^Kmini^ s'avança pour en faire la demande formelle. Des paroles grossières l'accueillirent, qui portèrent au comble l'irritation. — Il faut chasser, criait-on, ces rel^lles hors de la place! — Nous verrons qui s'en char- ^ géra ! — répondent, tête haute, les ciompi menacés. Et sans 2. ïnême attendre qu'on les attaque, profilant de ce que leurs / adversaires se sont éloignés un peu pour chercher à l'ombre des maisons un abri contre le soleil, ils tendent leurs ^rçs et lancent leurs flèches sur le palais. Ce fut la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Les téméraires ionl rejetés, une partie vers le Mercalo nuovo, l'autre ^ers San Pulinari, où ils ne parviennent que sous une frêle de pierres*. A leurs blessés, à leurs morts mêmes, m voyait dans cette fuite le chemin qu'ils avaient suivi*.

' March. deCoppo,X, 804; Diariod^anonimo, p. 578; ms. Stron.,tH(2., K 579, noie.

' Vingt morts et trente blesses, selon le Diario d'anonimo (p. 578) ; six norts et dix-huit blessés, selon March. do Coppo (X, 804).

H18T. DE FLORËBCE. — T 19

^ 290 L*ORDRE RÉTABLI. (Ai. 1378)

:; Plusieurs des ciompij innocents de l'allaque, reslaienl /cois sur la place. Un d'eux, un tailleur de pierres, 7s*étant avisé de rompre ce silence et de crier en éner- 2; gumène : — Du sang! à mort! — Tais-toi comme les ' autres! — lui dit Buonaccorso Pitti, qui se trouvait à son côté. Par un coup d'épée réplique le brutal manœuvre; mais la blessure est sans gravité, la riposte ne se fait pas attendre^ et il tombe mort. — C'est bien fait! — s*écrie-t-on de toutes parts, et il ne s'en parla plus*. Quelques heures plus tôt, ces légitimes représailles eussent armé tous les bras pour un combat acharné.

Grâce à ce retour de faveur et de fortune, la seigneurie put, avant de déposer ses pouvoirs, prendre des mesures pour la nuit. Le repos n'en fut troublé que parles défenseurs de l'ordre. Sur le simple soupçon que les vaincus cherchaient à se rejoindre* pour mettre le feu à la ville', ils sonnent le tocsin, frappent aux portes, enjoignent aux citoyens endormis de se lever et de donner la chasse aux perturbateurs. Dans les rues, on ne rencontra que quelques pauvres femmes, qu'on ne se fit faute d'attaquer et d'outrager*.

De perturbateurs, il n'y en avait plus d'autres que celte policft officieuse et trop zélée. Pleins d'amertume envers la seigneurie populaire qui les ce trahissait » en ne les suivant pas jusqu'au bout de leurs folles exigences*,

^ Cronaca di Buonaccorso Pitti, p. 20. Flor. 1720. C'est le premier fait intéressant de cette chronique, qui fut commencée en 1410.

'^ March. de Coppo^ X, 804; ms. Strozz. dans Diarto d'anon.^ p. 580.

^ (( Ghe Tolieno mettere fuoco e affocarc la terra. » {Diario d'anonimo^ p. 578.)

^ Les mêmes.

^ (( Que' traditori signiori chiamali ))er la loro arle e membri d^arte di lana. )) (Ms. Stroiz. dans Diario d^anon,^ p. 580.)

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