DÉFAITE DES PISANS
paix avec eux'. Dans ce moment, elle les disputait à rivale, et, par sa grande renommée, par son crédit lancier, les disposait à conclure pour dix mille florins moins que n'offraient les Pisans. Piero Farnese pousit à la roue : Jamais, disait-il, on n^avait vu meilleurs mmes de guerre, depuis le temps de César. Mais biattaRidolfi, gonfalonier de justice (mars 1363), sourait des objections de marchand. Qui payera? disait- Les mercenaires déjà engagés suffiront*. Son senti- 3nt prévalut, et c^est ainsi que les Pisans moins riches rent attirer à eux ces brigands'.
Attendrait-on, avant de combattre, quMls arrivassent Toscane, pour y jeter dans la balance le poids de leur ée? C'est à quoi, par gloriole personnelle, ne se purent soudre les deux capitaines. Ils avaient, l'un et l'autre, ïcngev leurs mécomptes\ Ils se rencontrèrent à San ero, dans le val d'Arno pisan (7 mai). On vit dans ce mbat les vicissitudes ordinaires : lignes enfoncées et se Tonnant pour revenir à la charge, attaques de flanc, cidant le succès. Farnese le dut à sa vaillance, non oins qu'à son habileté. Voit-il son cheval tué sous lui, fait transporter sa selle sur un mulet des bagages, et
* U 20 féfrier 1555, on proposait dans les constate de négocier avec les Dglais une tré?e de cinq ans, de conclure la paix, si c*ctait possible. (ContUe e pratidiey i. Vil, f 27.)
* Le i** décembre 1562, autorisation était donnée de payer leur salaire 89 condolUeri au senrice de la commune, et chefs de trois, quatre, cinq, X hommes de pied. Leurs noms se trouvent dans le doc. {Provvisionif U, 2t*-66.) Le 19 décembre suivant, il est question de vingt-neuf commanuto de dix à vingt-six hommes de pied. (Ibid.y (* 75.) Le 18 janvier 1565, e trente-deux autres, ayant de quatre à vingt hommes, la plupart arbalérier8.(/Wd..f95.)
' Matteo Villani, XI, 48 ; Âmmirato, XU, 621 ; Cron. PU.K. h S. XV, lOii ; toodoni, 1. XV, p. 866.
* Matleo Villam^ XI, 47, 49.
ôi TRIOMPHE ET MORT (iii. 1365)
continue de donner Texemple, jusqu'à l'entière défaite des ennemis, jusqu'à la capture de leur chef. Modeste autant que brave, il refusait, en rentrant à Florence (11 mai), la couronne de laurier; mais il n'évita point d'autres honneurs. La gratitude d'un peuple déshabitué des victoires lui consacra dans la principale église une statue équestre en bois : il y était représenté sur son mulet, tenant à la main un estoc ^ Le souvenir de ce vaillant homme était vivant encore au temps d'Ammirato, et, jusqu'en ces dernières années, on voyait sa statue au lieu même où l'avaient dressée ses reconnaissants contemporains'.
Les Pisans savaient désormais que, pour lutter à armes égales, ils devraient attendre leurs Anglais. En les attendant, ils s'étudiaient à tenir l'ennemi en respect : ils faisaient sortir de nuit la garnison de Montecalvoli, afin qu'elle rentrât au grand jour toute poudreuse, toute blanche, et, de loin, parût être la compagnie de ce nom. Gueifo des Scali leur pouvait bien vendre Altopascio (20 mai), lui qui avait jadis, en 1343, vendu Rondine'; mais ils laissaient Farnese s'avancer jusqu'au bas de leurs murailles, et y battre par bravade des monnaies d'argent et d'or, où le renard, emblème de Pise, se voyait renversé sous les pieds de saint Jean*. Ce qu'eût
* Mattco Yillani, XI, 50, 51. Gel auteur eslle seul qui donne des détails sur ce combat. Âmmirato se plaint de n'en avoir trouvé trace dans LeoD* Bruni, ni dans Poggio Bracciolini.
* Ammirato, Xll, 621. — G. Capponi, I, 270.
» Tous les biens du coupable furent détruits dès le lendemain par l'exécuteur, aidé d'une multitude en furie. — Matteo Villani, XI, 52 ; Ammirato, Xll, 622; Diario del Monaldi, à la suite des htoiie pisloleti, éd. de Flor., 1 733, p. 322. Gel ouvrage ne donne que l'indication sommaire des faits et des dates. 11 commence en 1340, mais dès la seconde page il est à Tannée 1361.
* Matteo Villani, XI, 54, 55; Ammirato, Xil, 623, 624.
(Ah. 1565) DE PIERO FARNESE. 55
fait ce rare capitaine, s'il eût continué de vivre, qui pourrait le dire? Il mourut à Castelfiorenlino, de la peste qui, de nouveau, infestait la Toscane (19 juin)*, et allait enlever aussi Malteo Villani (12 juillet)*, perte irréparable pour l'histoire, le fils devant si peu et si mal continuer la précieuse chronique que le père rédigeait encore trois jours avant sa rnort^
Remplacer un héros à la tête des armées n'était point chose facile : Florence se flatta de le retrouver dans son frère Rinuccio, qui en avait la loyauté plus que les talents^. Sans expérience de la guerre et lent en ses résolutions, le nouveau capitaine ne recueillait que de faibles conseils des trois œr^dotlieri sous ses ordres, Hugo deHelichin, les comtes Henri de Montfort et Hartmann de Yinden'. H se heurta bientôt à la compagnie blanche*, dont le chef renommé devait, fort heureusement pour Florence, s'effacer devant Ghisello des Ubaldini, rebelle de la République, capitaine des Pisans. Egalement médiocres, les deux adversaires ne surent jouer que le jeu traditionnel et vieilli des vaines bravades. Ghisello aurait pu prendre Pistoia, ravagée par la
' Natteo VillaDÎ, XI, 59; Âmminito, XU, 621.
* Matteo Villani avait été frappé à'ammonizione le 29 avril précédent. Voy. March. de Coppo, IX, 692 ; Âmmirato, XII, 62i.
' Filippo Villani, Proemio. Ce troisième des Villani ne continua l'œuvre paternelle que jusqu'à la paix avec Pise. C'est lorsqu'il nous fera défaut que Bonins^ni qui, jusqu'alors, a de son ayeu copié Matteo et Filippo (p. 511), conunence à être de quelque utilité. Au reste, plus lettré que son oncle et son verbeux père, Filippo est bien moins historien. En revanche, il est pirtisan de cette peine de Yammonizione, dont avait été frappé son père. • Le amuniiioni sbigliotavano, » dit-il. (XI, 65.)
* Fil. Villani, XI, 61.
* Février 1563. Doc. publié par feu Ganestrini dansiirc^. stor.f 1'* série, t. XV, p. 50.
* Elle était arrivée à Pise le 18 juillet.
HBT. Dl fUOÊMKE, — V 3
34 PANDOLFO MAUTESTA (is. 1563)
pcslc et peu attentive à sa défense (27 juillet) : il lui suffit d'avoir empêché les habitants de courir le pdio pour la fêle de Saint-Jacques, et pendu au pont de Rifredi, sous les murs de Florence, quatre ânes portant au cou les noms de quatre Florentins*. Ainsi se perpétuaient les anciens usages; mais les générations nouvelles n'en parlaient déjà plus qu'avec mépris*. Elles sentaient l'iuutililé puérile de ces guastij accomplis sans résistance, de ces patii courus, de ces monnaies battues, de ces chevaliers consacrés, en un mot, de toutes ces fêles, de tous ces outrages auxquels se complut le routinier Ghisello, jusqu'au jour où il rentra sur le territoire pisan (7 août), pour y mourir'.
Fidèle comme lui à la vieille tactique, Rinuccio Farnese avait laissé l'ennemi rôder librement, s'enrichir, s'épuiser autour de Florence. Jadis on l'eût approuvé; on l'en blâmait maintenant et on le remplaçait par Pandolfo Malatesta *, qui avait fait ses preuves dans une campagne conduite avec gloire et succès*. A celui-ci les chroniqueurs prêtent, cette fois, des hésitations : il redoutait, suivant eux, de servir une ville où Vammoniziùîie excluait des offices les plus sages citoyens; où le
^ Fil. Villani, XI, 65. Cet auteur dit trois ânes seulement, mais Donato Yelluti (p. 1 02) dit quatre et nomme les quatre citoyens, tous de grande famille, Brunellodcs Sti'ozzi, Âsino des Ricci, Somaiodes Àlbizzi, M... des Medici. — Neri de Donato (R. I. S. XV, 177) comme Filippo, avec d'autres détails.
* « Ecco in che i savi comuni de Firenze e di Pisa spendono i milioni di fiorini. » (Fil. Villani, XI, 65.)
5 Fil. Villani, XI, 65; Neri de Donato et Cron. Pis. R. I. S. XV, 177, 101:2 ; Ammirato, Xfl, 625; Tronci, p. -401 ; Roncioni. 1. XV, p. 869.
* Rinuccio Farnese paraît avoir accepté, conune Bonifazio Lupo, de senir en sous- ordre, car ou devait le voir bientôt jouer encore un rôle dans l'armée florentine.
* Voy. plus haut, même chap., p. 7-15.