ÂK. 1363) CAPITAINE DES FLORENTINS
népotisme, récent fléau, y poussait ]es jeunes gens dès leur vingtième année ; où l'on mettait dans les bourses les noms d'enfants au berceau ; où des brigues publiques et secrètes, des présents, de bons repas, conduisaient aux honneurs; où les mercenaires engagés tantôt faisaient défaut, tantôt ne venaient qu'en petit nombre ^ Mais en fait, loin d'hésiter, s'il demanda le titre de capitaine général, pour avoir cette autorité absolue dont manquaient ses prédécesseurs, il se contenta, sur le refus de la seigneurie *, du titre de capitaine d'aventure ; il promit même de servir deux mois à ses frais'. L'ambitieux se trahissait : il rêvait des ducs de Calabre et d'Athènes; il voulait, comme eux, devenir seigneur.
Sa conduite équivoque fit naître, accrédita ce soupçon. Les Pisans, ayant traversé les montagnes du Chianti, s'étaient emparés, dans le val d'Ârno supérieur, du bourg de Figline et des maisons de campagne qu'y possédait maint Florentin (16 septembre). Pandolfo sentait bien qu'il fallait y courir, mais il se hâta lentement. Devant l'Incisa, qui couvrait Florence, il rendit son camp difficile à défendre en lui donnant trop d'étendue, en le dégarnissant de ses cavaliers, qu'il envoyait faire diversion sur le territoire pisan. Puis, pour retourner à la ville, il laissait le commandement à Rinuccio Faraese, placé sous ses ordres*. Rinuccio et Luca des Firidolfi,
« FU. ViUani, XI, 65.
• Cette exigence n*est pas indiquée clairement h cet endroit par Ammirato, dont le récit (XII, 626) paraît plus vraisemblable que celui deFil. Villani (XI, 67) ; mais un peu plus loin, après raffairc de l'Incisa, dont il va être question, Ammirato dit que les prieurs « ricorsono a quel partito il quale già dâ Pandolfo era stato antiveduto, il che fu di crearlo capitano générale deUe loro genti. t (XII, 628.) Cf. Fil. ViUani, XI, 70.
^ Ammirtto, XH, 626.
*FU.Villani,X,68;(;r(m.Pw.,R.I.S.XV,i043;Roneioni,l.XV,p.870.
3^ EWGENCES DE PANDOLFO. (Ah. 1363)
qui lui succède, sont tour à tour battus et faits prisonniers. L'armée, sans chefs, prend la fuite *. Avec des femmes, dit amèrement Filippo Yillani, on aurait pu conserver l'Incisa *. L'ennemi , après l'avoir brûlée, s'avance avec circonspection sur la route ouverte. Pandolfo payera-t-il enfin de sa personne ? On le pousse en avant avec cinq cents cavaliers; on lui désigne les fortes positions de San-Donato in collina. Au lieu d'y arrêter les Pisans, il aime mieux tourner bride, fuir avant le combat. L'accuser de lâcheté, nul n'y pensait. On voyait bien quïl mettait à prix ses services. Mais ses exigences croissaient à mesure des dangers publics. Le titre de capitaine général, qu'il réclamait naguère, ne lui suffit plus : il menace de se démettre, si les soldats ne prêtent serment entre ses mains, s'il ne reçoit, avec des pouvoirs sans limites, juridiction de sang. Les prieurs, dans leur perplexité, réclament les lumières d'un grand Conseil de richiestL Là, au milieu d'un silence profond, que prolongent l'embarras et la crainte, Simone Peruzzi ose seul conseiller le refus. — Ce que demande Malatesta, c'est la seigneurie. Florence a-t-elle donc oublié le duc d'Athènes ? Non, elle veut vivre et mourir libre ! — Cet énergique langage rallie les indécis, trace sa conduite à la seigneurie. Elle exige le serment des soldats, elle élit Baido des Magalotti, de Città di Castello, défenseur du peuple, avec pleine balie. C'était marquer aux pouvoirs comme aux ambitions de Pandolfo des bornes infran* chissables.
^ Frammenti délia cronaca di M. Luca di Toito da Panzano, publiée dans Giorn. stor, degli arch. tosc, V, 70. Cet auteur n*est point d accord avec Fil. YiUani, mais, comme il a joué un rôle important dans cette affaire, on peut s'en tenir à son témoignage, sur les dates et sur les faits.
■ FU. Villani, XI, 69.
f. 1365) MENAGES DES ENNEMIS. 37
Pandoifo cependant ne souffle plus mot de sa démison. Sans vergogne, il reste en place, il remplit même s devoirs avec un soin tout nouveau : il fortifie les )ords de la ville et l'entoure de bamcades jusqu'à icorboli*. Tant de zèle après tant de négligence, quel ndement aux accusations ! Et comment s'étonner, au irplus, qu'un rejeton des tyrans de Rimini aspirât à la rannie'?
Son habileté consistait à demander, pour l'atteindre, î qui était l'impérieux besoin du moment, la concenation des pouvoirs militaires. Faute de l'avoir consene, les Florentins allaient tomber dans un désarroi, dans ne frayeur extrêmes aux approches de l'ennemi. Eni- *és de leurs succès. Anglais et Pisans faisaient savoir d'à jour fixe, le 22 octobre, ils viendraient, aux portes B la ville, brûler le bourg San Niccolô. <c Les gouvereurs, dit Filippo Villani, en perdirent le cœur et l'esrit. La discorde se mit entre eux. Ils récriminaient les ns contre les autres. Ils se tenaient pour assurés que » Anglais accompliraient leur menace ^. » Il fallait bien,
* Fil. Villani, XI, 69 ; Ammirato, XH, 627-630.
* Àimnirato, loc. cit.; Capponi, I, 271. Le premier qui ait pris ouYertedent parti pour Pandoifo, c'est Antonio Pucci, dans son histoire en octaves le la guerre de Pise :
Non avea gente onde qui vo' che resti Di lui, cb'haTea ranime perfelto, Per6 non è ancor molto, che qucsti Franco Firenze c '1 contado e'I distrctlo ; Or gli convenne islar contro sua voglia Per le castdla, c ci6 gli fu gran doglia.... M. Panduifo non senza cagione Agli signer Prier chicse licenza Di petersi tomare a sue magiene.
(Guerra Pisana, cantare V, Otl. 30, 46, puhlié dans belizie, etc., VI, p. 258. 243.) » Til Villani, XI, 70.
58 DOUBLE AHAQUE (Ai. 4565)
cependant, pourvoir à la défense. Ces « gouverneun» effarés fortifient San Miniato a Monte, qui domine le faubourg menacé; ils y mettent quatre cents fantiàt Pistoia, ils y appellent les bannis en leur promettant le pardon. La fermeté leur était sans doute revenue, car, de cette faveur promise, ils exceptent les exilés qui ont porté les armes contre leur patrie, donné asile à ses ennemis, négligé la réconciliation avec les personnes par eux offensées*. Ainsi se trouva réduit à cinq cents le nombre de ceux qui, sous les ordres de Niccolô Buondelmonti et de Sinibaldo Donati, vinrent défendre les hauteurs protectrices de San Miniato. C'était peu pour dissiper les terreurs de la ville, dans un moment surtout où des pluies continuelles faisaient obstacle à la surveillance de nuit. Aussi, à tout instant, renaissaient les alertes : entendait-on le pas d'un cheval ou d'un homme, on sonnait le tocsin.
Au jour fixé, pourtant, les fanfarons Anglais n'exécutèrent qu'à moitié leur menace. Ils avaient vécu en Gascogne, si même ils n'y étaient nés. S'avançant vers Ripoli, dans la plaine, ils surprirent au lit les habitants, en firent, dit-on, quatre mille prisonniers, et emmenèrent mille têtes de bétail. Tandis que les fuyards trouvaient en partie la mort au passage de l'Arno, le feu fut mis aux palais, aux plus modestes habitations; mais l'attaque ne put être poussée plus loin : les bannis de San-Miniato, réunis aux mercenaires de Pandolfo derrière les barricades de Ricorboli, refroidirent l'ardeur envahissante. Pouvait-on faire mieux et prendre l'offensive? Villani le prétend sans raison : Anglais et Pisans
* Ammiralo le jeune, XIÎ, 630.
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étaient trop forts. On les voit battre à Torrila, sur la route des Maremmes, la compagnie du CappellettOy qui passait alors de la solde de Sienne à la solde de Florence, et perdait du coup treize cents des siens avec son capitaine ^
Mais on s'aguerrit vite contre les forfanteries. Ce n'est plus à San-Niccolô que l'ennemi s'annonce; c'est h San-Salvi. 11 y doit consacrer un prêtre à la Saint- Martin, et il invite les prieurs à la cérémonie. Si les Florentins s'émurent encore de cette gasconnade nouvelle, ils n'oublièrent pas du moins comment ils avaient rendu la première ridicule. Neuf mille d'entre eux courent aux armes sans en avoir reçu l'ordre, et se rangent en bataille dans la plaine, entre les murs de la ville et ceux de l'abbaye. Malatesta, piqué au vif, peut bien fermer sur eux les portes pour leur couper la retraite et châtier l'indiscipline; aux cris perçants des femmes du faubourg il lui faudra rouvrir une poterne. A ce bruit tumultueux, toute la ville crut le combat engagé, la vie de ces petites gens compromise. « Et moi qui écris ces lignes et qui étais en ce lieu, dit Filippo Villani, je vis beaucoup de citoyens, grands et prud'hommes, à qui était chère la liberté de leur commune, gémir et pleurer au danger qu'elle courait, se rappeler le temps du duc d'Athènes et comment il devint seigneur '. » Les
« Ffl. Villani, XI, 71 ; Ammiralo, XIÏ, 630. Villani prétend que les Sicnnois se moquaient de Florence ; mais on peut en douter, puisque c'est eux qui portèrent la nouvelle à la seigneurie et à lu parte guelfa ; puisque leurs messagers furent, selon Tusage, gratifiés d*habits d*éc;)rlatc aux frais de la commune. (Ibid.)
* Fil. Villani, XI, 73. Selon Roncioni (l.XV,p. 871) les Florentins dans cette sortie auraient été outrageusement battus . Le fait n*a rien d'impossible ; toutefois, 8*il était vrai, on peut croire que Villani, au lieu de le taire, s'enfût fait une arme contre Malatesta, qu il poursuit avec tant d'acharnement. Ces
40 LA compagnie; BLANGllE (Ah. 1365)
humbles ne pleuraient pas ; ils allaient à Tennemi, et leur démonstration désordonnée suffisait à le décou* rager.
Un soupir de soulagement s'échappa de toutes les poitrines, quand on apprit qu'au lieu de s'avancer vers San-Salvi il reprenait la route de Pise. Embarrassé de butin comme il l'était, on aurait pu l'arrêter, l'écraser aux défilés du Chianti et du val de Pesa. Nul n'essaya de le faire. Tout semblait gagné par cette retraite sans gloire, par ce répit sans lendemain. Pandolfo en profila lui-même. Florence oublia les mécontentements qu'il avait causés, les soupçons qu'il inspirait. Par égard pour cette famille des Malatesti, si dévouée aux guelfes, elle le laissa parvenir au terme de son commandement. Elle se contenta de l'envoyer au dehors, à la défense des frontières *. Aller aux frontières, c'était presque un exil, mauvaise voie pour devenir seigneur.
lia saison s'avançait, du reste, et, pour le moment, supprimait tout danger d'un retour offensif. Rentrée à Pise, la compagnie blanche n'en voulait plus sortir. Des quartiers d'hiver lui semblaient désirables sous ce climat délicieux. Elle laissait écraser d'autres mercenaires plus dociles par Benghi Buondelmonti, défenseur de Barga, un de ces magnats proscrits qui cherchaient à rentrer en grâce, à « être faits du peuple* ». Les Pisans l'eussent bien congédiée, mais les Florentins l'auraient prise à leur solde. Mieux valait donc l'engager pour six mois
deux auteurs ne sont pas tout à fait d'accord sur les dates, et il est difficile de décider entre eux. Nous suivons Villani plus ancien et non contredit par Ammirato.
* Filippo Villani, XI, 73; Ammirato. XII, 631.
< Benghi obtint ce qu'il souhaitait, et fut confirmé pour dix-huit mois capitaine de Barga. Fil. Villani, XI, 75; Ammirato, XII, 632.