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A5. 1579) LA COMPAGNIE DE SAINT-GEORGES

daient autour d'eux. Allemands, Anglais, Bretons et Gascons * se voyaient imités, suivis, combattus par des Italiens, par cette compagnie de Saint-Georges qu'Alberico de Barbiano commandait à peine âgé de vingthuit ans, qu'Urbain VI et Catherine de Sienne poussaient contre les étrangers*, et en qui Florence saluait, avec un naïf enthousiasme, « les vrais vicaires du Christ^ champions de la patrie et de la justice, dignes libérateurs de rilalie ' ». Contre ces vicaires-là, bientôt démasqués, contre leurs émules de Milan, de Vérone, de Bologne, de Romagne *, réunis en une compagnie de rÉloile par Eltore Manfredi, et qui portait sans vergogne le massacre sur le territoire génois *, il n'y avait

> 25 mai 1579. Lettre aux Bolonais. Sign, carL miss,, XVIII, 15.— 27 mai, à Hawkwood. Ibid.jt' 15. — 10 juillet, 5 Charles de Durazzo,f«55. — 50 juillet, à Bernabo, f» 55 t*. — 20 septembre, aux Bolonais, f» 64. — 6 octobre, aux Génois, (^71.

• Cron. Bol, R. I. S., XVIII, 510 ; Ste Catherine, lettre 219 ; Ammiralo, XIV, 749; Kicolti, II, 171-175.

' « Quidpotuit nobis et toti Italie jocondiusautgloriosius intimariquam felicem et invictam societatem ?estram, non anglico, non theutonico milite conflatam, sed ilalici nominis, tantum assumpsisse roboris et virtutis quod bellum Yeri yicarii J. Christi populique romani Britonum et Vasconum ferocitatem uno congressu adeo féliciter domuisse.... Pro justitia pro palriaque pugnantes adhuc merebimini liberalorcs Italie nominari. » (11 mai 1579 à la compagnie italienne. Ihid., f* 8.) — Voy. le texte intégral de cette lettre àTappend. n* 1.

^ « Que inscribitur délia Stella, ex dominorum mediolanensium et veronensium gentibus aggregatam. )) (10 juillet 1579, à Ch. de Durazzo. Ihid., r 55 V.) Cf. Ricolti,II, 178.

> « Per Lombardiam amicabiliter transeuntem, demum magnif. fratnim nosirorum januensium territorium hostiliter invasisse, magna, ut fertur, cum ipsonim sti-age, ut|)ote qui non vidcrentur ipsorum impetum formidare. » (10 juillet, à Ch. de Durazzo, ihid., f* 55 v*".) Aux premiers jours d*octobre, les Génois infligèrent à la compagnie de TÊtoile une éclatante défaite. — 6 octobre, félicitations aux Génois. Ibid.ft'li. — Cf. G. Stella, R. I. S., XVll, 1112 ; Cron. Bol., R. 1. S., XVIll, 520, Neri de Donato, R. I. s., XV, 265; Cron. Est., R. I. S., XV,»504; Chron. Placent. y^A.^„ XVI, 541 ; Boniucontri, R. I. S., XXI, 54 ; Ricolti, H, 178.

niST. DE FL0RE.%CE. — V 21

5S^ GIANNOZZO SACCUETTl. (Ai. 1579)

de défense pour les Florentins que dans le bras d'Ha^^kwood * ; aussi cherchaient-ils à réconcilier ce condoUiere avec son beau-père Bernabô, qui pouvait doubler sa force ^ Mais toute négociation est lente; les conjurations seules savent presser le pas, et Thistoire des con* jurations, c'est pour lors Thistoire même de Florence. En Lombardie se trouvait un certain Giannozzo Sacchetti, frère du célèbre conteur, et poète lui-même \ récemment évadé des SlinchCj où, sur Tordre de l'évêque, ses dettes l'avaient fait incarcérer Ml arrivait les poches pleines de joyaux que lui avait confiés un de ses compagnons de cachot, gagné par Thypocrite austérité d'un vaurien qui prodiguait les génuflexions, se nourrissait mal et dormait sur le sol nu. Le dépôt vendu, il rejoignait, muni du nerf de la guerre, Benedetto Peruzzi, ami exilé de Téternel conspirateur Lapo de Gastiglionchio ', courtisan assidu, à Padoue et devant Trévise, de Charles de Durazzo, chef des Hongrois contre Venise, dans la guerre de Chiozza •.

* (( Quantum in faTorem nostri comunis Yestra fuit Nobilitas operata, quantumque carilalis fervorem erga no8 ostenderitis, non in appamtu comertioque verborum sed per effectum operis circa nostra négocia diligenter, uliliter et optate quantum fieri potuit laborando... Dilectionem vestrain «ioceris affectibus amplectentes, persolutis debitis actionibus gratianim nos et totum nostrum comune Tobis ofTerimus. » (27 mai 1379, à Hawkwood.Si^n. cart. miu., XVIII, 15.) Cf. du 29, à Astorgio, ibid., «^ 16 ?•.

* 30 juillet.1579, à Bernabô. Ibid,, (' 44 r.

^ il avait fait des sonnets, des canzoni, des laudes sacrées que M. Gberardi (préf. au Diario d'anon,, p. 261) trouve fort belles. Unes été publiée par M. Francesco Palermo, Rime di Dante Alighieri e di Giannozzo SacchetU (Flor. 1857) avec un discours où cet éditeur essaie Tainement de purger Sacchetti des accusations portées contre lui.

* Diario d'anonimo, p. 399.

*^ « Lapo.... il quale semprccontro al comune, si dice, facea. » (March. de Coppo, X, 821.) Cf. Diario d'anonimo, p. 400; Ammirato, XIY, 741.

* G. Cappunii, 1, 362; Sismondi, IV, 467

(An. 1379) CHARLES DE DURAZZO. 333

Ce jeune capitaine était petit-fils du prince de même nom dont la mort avait vengé, en 1348, celle d'André de Hongrie, l'infortuné mari de la reine Jeanne. Dernier rejeton de la féconde race d'Anjou, il devait hériter du royaume de Naples, et tout ensemble du royaume de Hongrie. I-e vieux roi Louis Ty avait appelé pour le former à Tart militaire et lui inculquer sa haine envers la criminelle courtisane qui continuait de trôner dans le sud. Depuis qu'il avait repassé les Alpes à la tête d'une armée, et qu'il manœuvrait dans la Marche trévisane, tous les yeux étaient fixés sur lui, tous les ressentiments, toutes les ambitions recherchaient le secours de ses armes. Urbain YI le sollicitait de mettre fin au règne de Jeanne, qui s'était prononcée pour l'antipape ^ La seigneurie florentine l'encourageait à vaincre ", le félicitait de ses victoires, lui donnait le titre nullement mérité de bienfaiteur de la République ^ Des bannis le provoquaient à traverser la Toscane en se dirigeant vers le Royaume, l'assuraient qu'à son approche Florence secouerait le joug des petites gens, lui promettaient, redevenus les maîtres, de l'aidei* dans sa grande entreprise. D'autres, à Bologne, serraient de près son sénéchal, Giannuzzo des comtes Guidi de Salerne, qu'on appelait aussi Giannuzzo de Protogiudice\ et qui, formant l'avantgarde, devait, le premier, paraître en armes sur le ter-

I Giannone, 1. XXIII, c. m, t. HI, p. 241 ; Sismondi, IV, 467.

* (( Quid letius posset nobis occurrere quam Claritudinem Vestrain qui estis posl regiam inajestalem illius sacratissimi sanguinis qucm post Deum ▼eneramur in terris slipes unicus in qiio regiam progeniem sper^mus per Dei clementiam propagari. » (26 juin i379. Sign, cari, miss, y XYIII, 23.)

* <( Benefactor noster singularissime. » (10 juillet 1379. Ibid^ f* 33 t\)

* March. de Coppo,X, 847. C'est aussi le nom qu'il porte dans Icsdocu-» nienU».

iU CONJURATION NOUVELLE. (Ah. 1579)

ritoire de la Republique, si Charles en prenait la résolution. Les Siennois, de leur côté, intriguaient pour rétablir à Florence le gouvernement de la populace, et rétablir du même coup à Sienne *. Un Florentin, Nanni d'Anselmo, fauteur zélé de l'oligarchie, les poussait à s'emparer d*un château quelconque de la République. Si grande était, selon lui, la fermentation, qu'il n'en faudrait pas davantage pour rendre c aux guelfes » la prépondérance .

Il y avait donc entente, pour le moins tacite, des dompi avec les plus nobles citoyens. On vit même entrer dans l'accord une partie des popolani dont la condamnation venait d'être supprimée'. Tant d'ingratitude révoltait contre eux la conscience publique. On leur prêtait les plus noirs desseins*, sans être en état d'y faire obstacle. Benedettô Peruzzi avait le vent en poupe, quand» au mois de septembre, il trouva dans

* March. de Coppo, X, 825.

* « Ingegnali di pigliare qualche castello di quclli di Fircnzc, pcrochè non fia si piccolo romore che e' guelfi riavranno loro stato. » (Doc. Magliab. dans Gherardi, prcf. au Diario d'anon,, p. 263.)

' la qua siiiiiil omnes] nostre cÎTitatis exiiles cunclique nostri slalus èmuli consenserant. Nec tantum manifesti rebelles in bujus Tcre devolc civitalis excidium convenerunl, sed nobilissimi cives, et de illorum numéro quosa coofinibus bujus populi clementia revocarat. » (Lettre de la seigneurie au roi de Hongrie, 30 décembre 1379. Sign, cari, miu.y XVIII, 95 v^)

* « Non solum bujus reip. regimen occupare, concives opprimere el

partam multo sanguine nobisque relictam a nostris majoribus liberlalem iii

sevam tirannidem commutare, sed etiam borribile dictu jugulare cives

optimos disponebant, artium et artificum conventus hoitestissimos quibus

resp. nostra cum tranquilUtate dirigilur lollere^ tolam urbem rapinis expo-

nere, cunctaque cedibus bonorum et habiUiculorum incendiis deformarc.

Et ut conaluin tanti sceleris bonestarcnt, sub sanctissime partis guelfe tani

glorioso noinine quam vexillo cujus se principes credi volunt.... conjura-

verunt cum inagnis civibus sub vexillo regio, cum gentibus quas sub Veslre

nomine Maiestatis.... D. Karolus ad summi pontificis auxilia destinabat. » (Ibid.)

(Ak. 1379) MISSION DE SAGGHETTI. 325

Sacchctti un instrument propre aux missions secrètes. — Pour rendre les exilés plus grands que jamais, lui disait-il, quatre cents lances de Saint-Georges sufliront. Seulement^ il faut, pour les solder, deux mille florins, qu*on ne trouvera qu'à Florence, auprès des a archiguelfes' 1» ; et qui pourrait mieux que lui les leur soutirer*? — Ingénieux comme sans scrupules, ce méprisable agent s'est bientôt donné deux fausses lettres de créance, adressées aux guelfes sous le nom de Charles% et un sceau aux armes de ce prince^ sceau si bien fait que le

' March. de Coppo, X, 821.

* Le discours de Benedetto Pemzzi est rapporté dans le procès original qui lui fut intenté ainsi qu'à Sacchetti. Il mérite de trouver place ici : « 0 Znnoccio, io te so dire che ce ne sono le maioi*e novelle del monde, cbe par certo tu vedrai che li ussiti di Firenza reintraranno in Firenza, a despetto de chi non yorrà, e reaveranno lo stato e seranno magiori in Firenza che mai fossoro. E perché tu ne sii certo, io cum plu altri de questi rebelli et exbanditi avemo ordinato de conducere fine in numéro de 400 lancie econ esse ?eneremo.... EIF è de besogne che nuiabbiamo duomillia firini, azèche possamo meglio sostenere queste lanze.... Et per6 io yoglio che tu ?adi subito a Firenza c rechedi quelli nostri amici li quali a te parrà et da ordene cum loro che abbiamo i dicti duc millia firini et che egli se ayiseno cum amici et cum fanti et omne loro podere che le predicte cosse possa a?ere effecto. » (Quaderno d'inquiêizioni del capitanoj oct.-déc. 1379, 13 octobre, dans Diario danon.y p. 402, n. 4.)

' Procès dans le Diario d^anonimOy p. 402, n. 4.

^ Le fait a été contesté quant au sceau par Marchionne deCoppo(X, 827, XIl, 995, Del, y XYII, 84), quoique cet auteur ait dit ailleurs (X, 821) que Giannozzo était bon graveur sur pierres, mais admis par Boninsegni (p. 637), etparÂmmirato (XIY, 741) qui l'impute à Benedetto Pemzzi, k qui il prête ce talent. M. Pulermo et M. Gherardi (note à la p. 403 du Diario d'anonimo) se rangent k Tavis de Marchionne, et l'on peut bien admettre que les aveux de l'accusé dans les tourments ne sont pas probants contre lui ; mais les lettres de la seigneurie sont bien accusatrices, alors et plus tard : « Nec putetaliqois bec a nobis fingi. Stant liltere, stat sigillum illud lapideum, stat etiam illius inhumani hominis spontanea et manifesta confessio. » (Lettre au roi de Hongrie, 17 octobre, Sign, cari, miss,, XYIll, 75 et note, p. 403 du Diario d^anon,) — « D. Canti de Gabriellibus : Clarissimc princeps, Karolus de Dyrrachio pluries maxima cum instantia postulavit quatenus lapidem illum quem damnabilis memorie nostre Zanoczus de Sacchettis in

326 CONJURATION DÉCOUVERTE ET PUNIE. (An. 1579)

prince s^y fût trompé lui-même, ainsi que Tartisan*. Puis il part pour la Toscane, et va chercher un gîte, pour nouer ses intrigues, pour soulever mécontents et pillards^ dans le contado^ chez Bonifazio Peruzzi.

Par malheur pour les conjurés, Florence avait, au camp de Trévise, des ambassadeurs clairvoyants, Tommaso Strozzi, toujours sur la brèche, Donato Barbadori, célèbre par son énergie en cour pontificale, Marco de Benvenuto, marchand de savon. Par eux avertis, les Huit de garde mettent la main sur Bonifazio Peruzzi et son hôte (12 octobre). Aussitôt, les plus compromis de prendre la fuite', et Franco Sacchetti, le spirituel conteur, d'insister en pleine consulte pour « que le capitaine du peuple fit justice de tous et de Giannuzzo, qui, ayant péché contre sa patrie, était digne de mort^ ». La bouche d'un frère aurait pu seule défendre ce criminel intrigant; elle venait de prononcer son arrêt. Le 15 octobre il eut la tête coupée. Son complice moins compromis en fut quitte pour deux mille florins d'or, au grand déplaisir des petites gens, qui se répandaient en imprécations contre les protecteurs puissants, contre le capi-

forma sui sigilli, sicut novistis, sculpserat, ad ipsum transmittere debcremus. I» (2â août 4380. Sign, cari, mtM., XIX, 55.) Voy. encore la note suivante.

*■ « Manibus propriis in lapide quodam secretura sigillura.... D. Cai'oli adeo proprie figuravit quod non solum extraneos sed sigillatorem prefati principis et ipsum eumdem facile decepisset. » (Lettre au roi de Hongrie, 17 oct.)

' (( Cepit plurimorum civium non guelforum tantura qui soli patriam regunt, sed cupidoinim prede gratia facere novitatem, animes pertentare. » (Lettre au roi de Hongrie, 17 oct.)

5 March. de Coppo, X, 821 ; Ammirato, XIV, 742.

* Franco Sacchetti : « Quod capitaneus faciat justiciara contra omnes et contra Giannoczum qui, cum in patriam peccayerit, mortis supplicio dignus ust. )) (12 oct. 1579. Canmlle, XX, 21.)

(Aif. 4379) CHARLES DE DURAZZO MÉNAGÉ. 327

taine et les prieurs coupables de faiblesse, perdus désormais d'impopularité \ Avec quelque patience, cependant, le peuple eût reconnu la peine fort sérieuse. Tout Peruzzi qu'il était, Bonifazio ne peut, en sept jours, trouver que par emprunts la somme à payer. Il en fut ruiné, ne se releva point, mourut même de chagrin, dit-on, peu de mois plus tard, laissant huit fils en bas âge et une fille fiancée, dont le mariage fut rompu, faute de lui pouvoir compter sa dot'. Les révolutions sont fécondes en désastres domestiques, dont Thistoire ne parle pas.

Charles de Durazzo avait-il trempé dans le complot? Florence n'en savait et n'en voulait rien savoir. Avant même de recevoir la lettre par laquelle le roi de Hongrie en disculpait son héritier', elle sentait bien qu'il le fallait ménager, pour qu'il ne passât point par la Toscane, c Quelque amour qu'il eût de la paix, écrivait au vieux monarque la seigneurie, il ne pourrait empêcher, à son approche, le soulèvement d'hommes que poussait aux extrêmes la misère ou leur turbulence naturelles. Pour prévenir cet imminent danger, il fallait solliciter les Bolonais de refuser eux-mêmes le passage aux troupes

* Diario cTanonimOj p. 402; March. de Coppo, X, 821; Ammirato, XIV, 742.

* Le 9 août 1380. Diario del Monaîdi, p. 354. — « Opportuitipsum Bonifatium distrahere pro solvendo de suis bonis uliliora et etiam mutno acquirere, in tantum quod inde demum, dolore afOictus, infra annum defunctus est, relictis ocio filiis parvulis, cum panra substantia. Et quod durius est, estai filia nubilis, viro jam promissa, et cum dos ibi deficiat, illi tradi non potest; obmissis aliis nécessita ti bus quaspatiturdictus numerus filiorum. » (Pétition adressée à la seigneurie par les fils et héritiers de Bonifazio Peruzzi, 21 novembre 1582, dans Diano(i*anontmo, p. 404, n.l.)

^21 novembre 1379. Sign. cart, miss., XVIII, 95.

* • Scimus enim quod quantum in ipso est nostri foret status quietis et pacis diligentissimus cuslodilor. Sed irrequielos cives quos yel inopia cogit tentare res novas yel impellit ambilio compositam et ordinatam patriam

328 RËLËGATIONS PRONONCÉES. (Av. 1579)

royales, mettre, à tout hasard, la frontière et la ville en état de défense, gouverner surtout avec justice. — Où est la justice, disait en consulte Rosso des Ricci, là est aussi la paix^

Ce qu'on appelait justice alors, c'était la rigueur. C'est sous cette forme que, dans le désordre de ses délibérations suprêmes S la seigneurie sortante la pratiquait. Elle confinait pour un an, au delà d'un rayon de cent milles, une trentaine de citoyens suspects, qui seraient déclarés rebelles, s'ils rompaient leur ban. Qu'ils le rompissent, elle y comptait, pour confisquer leurs biens et remplir le trésor \ Aussi ne put-on, sans une pression violente sur le Conseil de la commune, en obtenir le nécessaire assentiment \ Mais, ce défilé franchi, l'exécution devenait facile. La seigneurie nouvelle en avait la charge, et elle n'y pouvait faillir, composée, comme elle l'était, d'un teinturier, d'un menuisier, d'un aubergiste, d'un artisan de la laine, d'un fabricant de courroies, d'un marchand de draps en morceaux, du chroniqueur Marchionne de Coppo, qui devaient être d'accord contre les deux autres, scioperati peut-être, car leur profession n'est pas indiquée*. Elle relègue Lapo de Castiglionchio et Benghi Buondelmonti à deux cents milles, le double du minimum exigé par la loi ; Luca de Panzano et son

perturbare, non posset quantacunque conaretur instantia contioei'e. Et nos manifeste videmus ipsos in eorum innaia pcrfidia ex suo adventu occasionem futuris motibus assumpturos. Removeatur itaque causa et cessabit effectus. » (Lettre au roi de Hongrie, 17 oct.)

* 24 octobre 1579. Consulte, XX, 25 V.

' 28 octobre : « Fu un grande bisbiglio nel palagio di nostri signiori co' loro coUegi e co' loro consiglio. • (Diario (Vanonimo, p. 405.) 5 Marcb. de Coppo, X, 822.

* Boninsegni, p. 638; Ammirato, XIV, 742. » Marcb. de Coppo, X, 823.

kn. 1379) RELÉGUÉS AUPRÈS DE CHARLES DE DURAZZO. 529

ils à Faenza ; son frère à Rome, avec ser Nofri, le notaire les Riformagioni * ; Pagno des Strozzi à Bologne, GuerrîanteMarignolliàBorgoSan Sepolcro, Benedetto Peruzzi i Gènes. Bien d^autres eurent le même sort, tous des plus illustres familles, sauf un seul, qui tient, à vrai dire, le premier rang sur la liste de proscription, le cardeur >uidoBandiera, jadis chevalier du peuple de Dieu*.

Plus habile et plus patient que ses compagnons, Lapo ie Castiglionchio, attendant Theure propice à la revanche, feignait de juger son rôle fini et de se résigner à son sort'. Mais eux ne désespéraient point de violenter la fortune. Les uns suivaient Charles de Durazzo dans sa marche vers la Toscane et Rome. D'autres manœuvraient à Sienne pour s'emparer, sur le territoire de Yolterre, des châteaux qu'y possédait ou protégeait Florence*. Ser Nofri, dans la province de Poppi, d'où il était natif, où il avait tous ses biens, enrôlait des mercenaires et tentait sur Figline un hardi coup de main% que déjouait heureusement l'avis loyal des Siennois\

Tout est bien qui finit bien ; mais en quel état d'abais-

* Ser Nofri était fils du fameux ser Piero des Riformagioni, ' Diario d'anonimOj p. 405.

' 4 Quod D. Lapus de Castiglionchio decrelis patrie in animum induxerit obedire, multis ralionibus contentamur. • (3déc. 4379. La seigneurie au seigneur de Padoue. Sign. cari, miss. , XYIII, 91 .)

* Marcb. deCoppo, X, 82i ; Âmmirato, XIV, 742. Que les confinés fussent en mouTement, on ne le voit dans aucun auteur ; mais les noms de ceux qui conduisirent la tentative sur Figline sont justement les leurs. On est donc fonde à affirmer que la plupart n'avaient pas accepté leur nouvelle condamnation.

' 1" ou 2 décembre, date est donnée par le procès fait aux conspirateurs. Voy. Gherardi, préf. au Diario d'anon., p. 262. — Le Diario même (p. 405) dit le 5 décembre, et Marcb. de Coppo (X, 824) qui était prieur, un jour de novembre. Mais il écrit de mémoire.

^ Marcb. de Coppo, X, 825, 826; ms. Magliab. dans Gberardi, préf. au Diario tfanonimo, p. 263.

330 I/ESPRIT PUBLIC (Aw. 1379)

fument élait donc la République, pour qu'un simple notaire osât ainsi s'armer contre elle, et pût trouver des appuis^? Que de représentations à faire aux alliés, pour stimuler leur vigilance*, que de châtiments à infliger, si Ton voulait punir <c tous les coupables' » ! Gante d'Agobbio, le capitaine du peuple, prononce vingt condamnations ; fiertaido de Gènes, le défenseur du conr tado seize, et, dans le nombre, celle de Luca de Panzano\ Mais c'est peu, pour les ombrageuses gens des menus arts. Leurs capitudini mandent et gourmandent Gante desGabbrielli : cet homme si sévère, ils le trouvent bénin. Il prétend ne procéder que contre des coupables\ Fort bien, mais qu'est-ce à dire? ne sont-ils pas coupables, ceux que la voix publique désigne comme tels?

On a tort quand on se fâche, et pourtant les alarmes étaient fondées : la conjuration, de plus en plus vaste, enveloppait Florence de ses filets. Trop de Florentins honorables gémissaient dans l'exil, pour que leurs compatriotes en nombre ne maudissent pas le régime qui les menaçait d'un sort pareil, qui mettait en jeu leur

' fl Âpparve questo non potere essere.... sanza appoggio degli altri cittadini. • (March. de Goppo, X, 825.)

* 5 décembre. Lettres aux Arétins pour les féliciter d'écouter les conseils de la Rép. et pour les engager à persévérer; aux Pérugins pour leur promettre des secours et les exhorter à se tenir prêts. (Sign, cart. m»M., XYUl, 87 v% 88.)

^ Bernardus Matthaei : « Quod omnes culpabiles acerrime puniantur et auferantur omnia bona ab istis tracta tori bus. — Picino Ficini : Quod culpabiles puniantur. — Giorgio Scali : Ad^ersus inobedientes et malos qui Tenerunt ut auferrent et rebellarentFighinum, graviter et aspere puniantur cum ruina et destructione bonorum. Et quod omnes populi unde transivenint acriter puniantur. • (8 décembre. Consulte, XX, 48 ?*.)

* March.de Coppo, X, 826; Diario (Tanonimo, p. 405. ^ March. deCoppo,X, 826; Ammiralo, XIV, 743.

(Aw. 1379) PORTÉ AUX SOUPÇONS. 33i

fortune et leur téie\ Le soupçon planait donc sur tous, et les maîtres du jour ne pouvaient se ûer à personne. La recherche des suspects en faisait découvrir jusque dans des serviteurs jadis fidèles et dévoués. Donato Barbadori, revenu de Trévise avec ses collègues d'ambassade, est dénoncé par eux comme les ayant exclus d'un dîner qu'il avaiteu le tort d'offrir aux principaux bannis. Le fait, étant indéniable, ne put être qu'excusé : tout ce qui n'est pas défendu, dit Donato, est permis, et les bannis n'ont pas voulu manger avec Tommaso Strozzi, leur ennemi, avec Marco, le marchand de savon'. S'il en faut croire Ammirato, Barbadori devait ce repas à des amis dont il avait gagné l'argent au jeu'. Mais jouer familièrement avec des proscrits n'est pas plus le fait de qui représente le gouvernement prescripteur, que de leur donner à dîner.

On eût peut-être épargné l'imprudent, en souvenir de ses anciens services ; la persistance des intrigues et des complots lui devait coûter la vie. De toutes parts, arrivait la nouvelle d'une prochaine prise d'armes. Hawkwood offrait (10 décembre) de révéler pour cinquante

* Bttonaccorso Pitii rapporte qu'en ayril 1380, il fut insulté, à Pise où il vivait en exil, par un marchand florentin, Matteo Gorbizzi. Pitti le menace, s'il continue d'attaquer les bannis, de lui i ensanglanter la chemise. » L'autre persistant, au lieu de mettre sa menace à exécution, il s'éloigne ; mais dans une petite ville comme Pise, on se rencontre. « Je pars demain pour Florence, dit Matteo à haute voix, et j'y ferai prendre des mesures contre qui m'a menacé. » Pitti lui met la main à la poitrine, et lui dit : — Qu'ai-je à faire avec toi? — Niccolô des Bardi,qui était avec Pitti, porte à Matteo un coup sur la tête dont il mourut le lendemain. Il faut fuir pour échapper aux vengeances, à la justice. Les deux amis vont à Vérone rejoindre Charles de Durazzo. Pour ce voyage, Pitti n'achète pas moins de neuf chevaux. L'exil ne l'avait pas ruiné. (Huonaccorso Pitti, Cronka, p. 25, 26.)

* March. de Coppo, X, 827.

> Ammirato, XIV, 745.

332 NOUVEAU COMPLOT DÉCOUVERT. (Ak. 1379)

mille florins les plans et les noms; pour vingt mille, les plans sans les noms. Chargé de la négociation, Guccio Gueci, un des Huit Saints, traitait au plus bas prix, par générosité ou par économie, laissante la seigneurie le soin de découvrir les conjurés, et aux conjurés une chance de salut*. C'était déjà beaucoup d'apprendre que ciompi et popolani grassi, ralliés sous des bannières aux armes du peuple florentin et de la parle guelfa *, trouvaient leur point d'appui à Bologne , dans les forces hongroises, se proposaient d'entrer dans Florence, le jour de la Saint^Thomas (21 décembre), avec les contadini conduisant au marché les porcs de leurs maîtres, comptaient se réunir aux quatre extrémités de la ville, y mettre le feu à quatre maisons, du consentement des propriétaires', massacrer Tommaso Strozzi, Giorgio Scali et bien d'autres, notamment les ammoniti, s'emparer du palais, au cri de vivent le peuple et la parte I rappeler enfin les exilés.

Ce plan connu, le nom de ceux qui l'avaient tracé ne resta plus longtemps un mystère. D'un certain Lorenzo de Giovanni, surnommé Nencio l'aveugle, qu'elle avait incarcéré avec divers suspects, la seigneurie apprit que tous les confinés de l'année précédente, sauf trois, prenaient part au complot, que Charles de Durazzo en avait connaissance, et qu'il tenait dans ses mains les sceaux de vingt-sept familles florentines. Les plus compromis étaient hors d'atteinte; mais on pouvait dans la ville châtier plus d'un de leurs complices. Le lundi matin.

> March. de Coppo, X, 828 ; Âmmirato, XIV, 744. ' Sur CCS bannières, on avait peint un bras, une main tenant une épée nue, mais brisée, symbole de la défaite. ' (( Di consentimento di cui era. • (March. de Coppo, X, 829.)

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