DANS LA POÉSIE AMOUREUSE
Mais si Dante, poète épique, reste inimitable, poète lyrique, il ne désespère point du premier coup l'imitation. Il a chanté l'amour en langue vulgaire, chacun fera comme lui. Dans ce genre, plus accessible aux intelligences moyennes et peu cultivées, Fazio des Uberti retrouve l'éclat qui, ailleurs, lui fait défaut : Francesco de Barberino peut écrire avec succès deux ouvrages où il mêle prose et vers pour parler des femmes et de l'amour*. I^a veine des troubadours n'est pas encore épuisée : Dante lui a rendu quelque fécondité, en y découvrant comme un filon nouveau. Et cependant, s'il a ouvert la voie où Ton s'engage h sa suite, on se lasse bientôt de le suivre ; sa canzone paraît trop élevée et trop austère, trop abstraite et trop idéale pour que les rimeurs ne préfèrent pas des guides plus accessibles et de plus faciles sentiers. Leur modèle de prédilection, c'est Ci no de Pistoia. Ce jurisconsulte aux vers plus humains n'a pris la plume que pour célébrer une femme vraiment aimée : un sentiment vrai donne à sa langue une douceur, à ses sonnets une aisance qui surprennent la postérité, qui charmaient les contemporains. Même médiocres, ils ne courent point risque de s'égarer sur ses traces. Bindo Bonichi, Bennuccio Salimbeni, Francesco des Albizzi, Buonaccorso de Montemagno, Sennuccio delBene, le plus considérable de ces disciples*, peuvent
leaming, Londres, 1877, et Burckhardt, Geschichte der Renaissance in /to/te. Stuttgard, 2* éd., 1877.
* 1264-1348. Ce poète mourut de la peste noire. Ses deux poèmes sont intitulés : Documenti d'amore^ Del reggimenlo délie donne.
' Sennuccio était gibelin, de la noble famille florentine del Bene. Exilé en 1502 par Charles de Valois, il vivait à la cour d*Âvignon. Sur la demande de Jean XXH, il fut rappelé et rentra en possession de ses biens confisqués. 11 mourut en 1549. Voy. Sade, t. Il, p. 57, et Fracassetti, note aux Fami/.,