JEUNESSE DE PÉTRARQUE
avoir leur mérite ; aucun d'eux n'était de taille à passer chef d'école, à consacrer la poésie amoureuse et lyrique dans la gamme moyenne, également éloignée du terre à terre et du sublime, qui a leurs préférences. Si elle trouva un définitif modèle, si elle prit, sans rivalité possible, le haut du pavé, c'est que le hasard, avec lequel il faut toujours compter dans les choses humaines, produisit vers ce même temps un poète dont elle était l'instinctive et irrésistible vocation.
Francesco Petrarca avait vu lejour dans Arezzo*, où son père, ser Petracco de l'Incisa, jadis notaire des Riformor giani et banni comme Blanc, consacrait aux lettres, à la lecture de Cicéron surtout', les loisirs de l'exil. C'est ainsi que Pétrarque prit le goût de ces nobles études et le dégoût de l'étude plus lucrative du droit. Père et mère lui parlaient le plus pur langage toscan, dont jamais son oreille ne perdit l'habitude : il l'entendit plus lard, en cour d'Avignon, de la bouche d'innombrables Florentins qu'y appelaient la brigue, les missions diplomatiques, le trafic. La vie errante de ses parents l'y avait lui-même de bonne heure transplanté. C'est encore un Toscan qu'il y trouvait, le vieux Convennole de Prato, pour le former au beau langage, à la grammaire, à la rhétorique, aux auteurs de l'antiquité latine'. Les souvenirs ineffaçables de l'enfance devaient
IV, 14, lettre de Pétrarque qui lui est adressée, ainsi que plusieurs sonnets du même poète.
« Le 20 juillet 1504. Voy. Sade, I, 16.
• Filippo Villani, Vita del Petrarca.
' Ce Convennole était un rêveur qui commençait chaque jour un nouvel ouvrage, et, quand il en avait écrit la préface, passait à un autre (Seniliaj XV, 1, éd. de Bâie, 1581, p. 949). On conserve de lui, à la Bibl. nat. de Florence, deux manuscrits d'un poème latin. Il mourut à Prato, vers 1340 ou 1.^44. Voy. pour plus de détails Baldelli, Del Petrarca e délie sue opère.