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SES ÉTUDES, SA VOCATION

conserver intact ce précieux dépôt d'éducation toscane et florentine durant toute une longue existence nomade, en des lieux où l'on parlait sans pureté l'idiome italien. Pétrarque sut toujours se défendre des idiotismes locaux^ ne les admettre que pour donner à sa langue un caractère général, et, si Ton ose dire, national. C'est ainsi que, s'obstinant dans l'exil, il devint le poète italien par excellence, et tout ensemble le principal représentant, l'habile réformateur de la poésie lyrique, dans une ville dont il était fier d'être originaire, sans y vouloir jamais habiter*.

Au Comtat, résidence de sa jeunesse, la fréquentation des Provençaux le replaçait à la source de cette poésie amoureuse dont il devait bientôt renouveler et grandir la gloire, en y puisant la sienne. S'il en fut, un moment, détourné par Tobligation que lui imposait son père de commencer à Montpellier et de poursuivre à Bologne ses études juridiques, son maître de droit dans cette dernière ville, Cino de Pistoia, le fut aussi, sans le vouloir peut-être, dans l'art das vers*. Les exemples eurent sur lui plus de prise que les leçons. Autour de lui, on augurait bien de son avenir dans la chicane'; lui seul y croyait peu : il n'aimait que la solitude contemplative

part. Il, p. 253; Flor., 1797-1837; Sade, I, 30, 57 ; Mézières, p. 5, n. 2; Fracassetti, note à la lettre 14 du l. UI des Fami/., t. I, p. 454.

* 11 appelle soa fils Giovanni a écolier florentin, né hors mariage, » dans Tacte, retrouvé par Sade, où il le légitime. Voy. aux pièces justificatives de cet auteur, n*" 18, t. Ul.

' Selon Giudici (I, 288) les biographes de Pétrarque af6rmenl sans fondement que Cino Tinitia à la poésie. L'initiation, en ce cas, se fit par la lecture des vers du poète-jurisconsulte : Giudici cite au même endroit une canzone de Pétrarque imitée d'un sonnet de Cino.

^ « Futurus magni profectus adolescens, ut multi opinabantur, si cœpto insistcrem. t (Epist, ad posteroi, Fracassetti, I, 5.)

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et poétique; il y sentait sa vocation ^ La mort d'un père qui lui brûlait ses livres' l'ayant affranchi de toute contrainte, il assura sa liberté en prenant la tonsure et rhabit ecclésiastique, qui n'étaient point alors une livrée de servitude. On voit ce jeune clerc soigner en petit maître sa toilette', et faire des vers d'amour sans objet, jusqu'au jour, désormais célèbre, où l'objet s'en trouva sur son chemin \ Que les troubadours, que Dante par ses canzœie et sa Vila niu)va^ que l'imagination et les mœurs du temps soient pour beaucoup dans l'inspiration de Pétrarque*, nul n'y saurait contredire; mais il fut sincère vingt ans dans cet amour de tête. Il en affirme la chasteté* et il peut être cru sur parole, puisqu'il prenait ailleurs ces revanches sensuelles qui le firent père d'une fille, d'un fils aussi, malheureusement, le plus rebelle aux lettres qu'eut jamais un lettré'. Devenue sa maîtresse, Laure de Noves ne lui eût pas inspiré, durant de si longues années, tant de courts chefs d'œuvre d'a-

< « In co studio septeunium totum perdidi, dicam Terius quam exegi. • {Senti, fW, i y p. 947.) — • Solitudinis amatorem illa me genuit, non fori. » (FamiU, IV, 16, éd. Frac, I, 246.)

« Senti,. XV, \ ; Sade, I, 44. — » Voy. Famil,, X, 13.

^ C*e8t le 6 avril 1327 que Pétrarque rencontra Laure de Noves dans l'église Sainte-Claire d*Âvignon. Voy. sur Laure: Sade,Mézières,ZeffirinoRe, Ibiografi del Petrarca, Ferme, 1859; Giudici, leçon VI; Fracassetti, éd. ital.,I, 379-385; De Sanctis, Sa^^^io critico »ul Petrarca, Naples, 1869; Blaze de Bury, Rev, des Deux-Mondes, 15 juillet 1874.

» Voy. Kœrling, Petrarca's Leben und Werke, ch. ii, 1878.

' c Âmore accerrimo sed unico et honesto in adolescentia laboravi. » (Epiit. adpost,. Frac, 1, 2.) Cf. De coniemplu mundi, dial. fil, p. 557. — Quelques-uns de ses contemporains doutèrent même do Texistence de Laure. Voy. sur ce sujet ce qu*il répond h Jacopo Colunna, évéque de Lombez. Famil. 11 9* Frac I 124

' \o], FamiL, xill, 2; XVII. 2 ; XIX, 17 ; XXllI, 12. Frac, II, 421, 562, 563; m, 218. Ce garnement, aussi indiscipliné et débauché que paresseux, mourut à Milan (1361) âgé de vingt-quatre ans. (Frac, éd. ital., II, 257.)

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