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QUAUTÉS ET DÉFAUTS DE PÉTRARQUE

ce qui charme les Italiens. S'il les passionne, cest qu'ils retrouvent en lui leur âme, leur gënie, et surtout leurs défauts. Ils aiment ses obscurités vagues, ses jeux de mots, ses antithèses, ses concetti^ langage traditionnel et conventionnel de la galanterie. Ses éternelles larmes leur en tirent à eux-mêmes chaque année, car, chaque année, ils recommencent cette lecture débilitante, pure affaire de dévotion poétique. Point ne leur chaut s'il y a excès à pleurer deux cent quatre-vingt-dix-sept sonnets et vingt-cinq canzone^ sans compter les ballades et les madrigaux, à se réjouir d'un mot obligeant en trois € équivalents d'un long poème* », et à célébrer en quatre un gant tombé à terre. Tant de feux à côté de tant de neiges et de glaces ne choquent personne* : l'autithcse est la ressource des concetti. C'est à peine si l'enthousiasme distingue entre les fadeurs adressées à Laure vivante et les pensées noblement chrétiennes que suggère Laure morte, entre des sonnets affectés et des canzane d'un vol plus libre, parce qu'elles ne sont pas limitées à quatorze vers, lit de Procuste inventé par les Siciliens. Mais, toutes réserves faites, l'Italie n'a point tort d'admirer et d'aimer un poète éloquent et sensible, qui a l'âme d'un homme, sinon d'un citoyen, qui, loin de se perdre, comme ses devanciers, dans la nue, sait descendre sur la terre, donner à la poésie tout ce qu'elle admet de psychologie amoureuse, perfectionner Tinstrumcnt lyrique qu'avaient ébauché Guinicelli et Cavalcanli, devenir enfin et rester le premier dans un genre

* « Un sonnet sans défaut vaut seul un long poëme. » (Boileau, Art. poéL) ^ Voy. notamment les trois fameux sonnets sur les yeux de Laure, dits

c les trois sœurs, » qu'une admiration passionnée déclare au dessus de la

critique.

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