‹ Histoire de FlorenceChapitre 44 sur 102 · SA POPULARITÉ EN ITALIE · texte numérisé non relu

SA POPULARITÉ EN ITALIE

secondaire qu'il a fait priser à Tégal des principaux, grâce à des vers délicats et à une langue dont pas un mot n'a vieilli*.

Ce qui lui nuit, aux yeux des modernes, et plus peutêtre que de raison, c'est qu'il contient en germe tout le mauvais goût des âges postérieurs* ; c'est qu'en substituant l'art minutieux à la grande inspiration de Dante, il a efféminé le génie italien, dans un temps où l'abandon du métier des armes témoignait trop déjà de la virilité perdue; c'est qu'il a fait lever une nuée de a pétrarquisles », impérissable fléau de l'Italie, qui ont compromis la gloire du maître, dont Florence profitait.

Florence n'en devint fièrc, que quand l'universelle admiration eut imposé silence à ses mesquines rancunes. La renommée paya la rançon de l'exil. C'était la seconde fois qu'un exilé floicntin remplissait le monde du bruit de son nom et de ses vers. Des poésies latines obtenaient à Pétrarque cette couronne poétique d'Horace et de Virgile qu'il sollicitait simultanément 5 Rome et à Paris'. Invité, du nord comme du midi, à la venir ceindre, ses idées archaïques, dont Cola de Renzo était le confident et se faisait l'exécuteur, sa vanité

* Les Italiens lui savent peut être trop gré des services qu*il a rendus à la langue poétique, et ne lui reprochent pas assez son abondance redondante, la frivolité de ses sujets, son influence pernicieuse.

* Voir les sonnets 90, 126, éd. Lemonnier.

' L'artifice paraît manifeste quand on voit le même joiur (25 août 1540) lui arriver de Paris et de Rome l'invitation qu'il ambitionnait. On parle d'une lettre de lui à son confesseur, où il exprimait son désir, et d'une de ce confesseur au roi Robert pour qu'il intervint auprès des Romains ignorants. 11 ne re^te aucune trace de cette correspondance. Peut-être Pétrarque brùla-t-il à dessein toute preuve de ses démarches. Voy. Sade, 1. 11, 1. 1, p. 428, et Mézièrcs, p. 222-226.

iOO PÉTRARQUE A FLORENCE.

blessée d'èlre populaire pnrloul plus qu'à Florence et à Rome, lui firent préférer aux lauriers de la Seine œui du Tibre. Â |)eine le vieux roi Robert, sur un long examen de trois jours, Ten a-t-il déclaré digneS qu'il les reçoit à genoux, des mains du sénateur, dans une cérémonie pompeuse dont les détails nous ont été conservés', et dont le retentissement trouva un écho, hors même de ritalic, chez les plus lointains chroniqueurs'.

Virtuellement, les portes de Florence étaient ouvertes au plus illustre de ses exilés. Mais neuf ans s'écoulèrent encore avant qu'il voulût les franchir, détail en 1350, sur la fin de Pautomne. 11 revenait du jubilé de Rome et retournait en Lombardie; il daigna s'arrêter dans la patrie de ses pères, où Boccace devint son hôte, où Zanobi de Strada, FrancescoNelli, LapodeCastiglionchio lui prodiguèrent les marques de déférence et d^amitié\ Entraînée par l'exemple, la seigneurie lui rendit ses biens et lui fit même bientôt, on le verra, des offres séduisantes ; mais elle ne put fixer son humeur nomade, ni peut être tout à fait dissiper des ressentiments sucés avec le lait. Propriétaire à Parme, où le pape l'avait fait archidiacre, il quittait sa maison, qu'il aimait cependant, pour de lointains voyages ou pour la cour des Visconti. Aux protecteurs des lettres il passait leui's vices et leurs crimes'. Malgré ses protestations d'indé-

* Epist. adposierosy Fracoss., 1, 8, 9. Cette épilrc a justement pour objet d^informcr la postérité d(*8 circonstances de ce triomphe.

* Ibi(L el Annalidi Lodovico Bonconie Monaldesco, R. I. S., XII, 540. La cérémonie eut lieu le 8 avril 1541, jour de Pâques.

5 Voy. Bonfinii Rerum hungaricarum Décades quatuor, déc. II, 1. IX, p. 255 de l'éd. de Vienne (1744) et 333 de Téd. de Leipzig (1771).

^ Voy. Fracassetli, Prolégomènes de Téd. latine des Fainil., p. 147>, et note à la l'*du 1. XI des mômes, éd. ilal., Ill, 7.

» Voy.Fami/., XIX, 16; SeniL, XVI, 2.

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