ÉCOLE DE GIOTTO
qu*il ouvre, il reste assez de son temps pour que son temps le suive. Peintres et sculpteurs gravitent désormais autour de lui, a sortis de sa discipline, dit fièrement le vieux Landino, comme du cheval de Troie* ». Mais son action fut surtout sensible en peinture. Quand il mourut, son œuvre de statuaire n'était qu'indiquée ou ébauchée, tandis que son œuvre de peintre, achevée par ses mains, s'offrait à tous, comme la leçon posthume de son génie. Sans doute, ces disciples n'entendent négliger aucune des trois branches de l'art. Quelques uns mettent même une certaine coquetterie à protester de leurs multiples aptitudes : Orcagna, par exemple, signe ses tableaux Andréas Cionis scutptor^ et ses statues Andréas Cionis pictor^. Il n'en est pas moins vrai qu'ils ne forment point une école de sculpture, et qu'ils forment une école de peinture. Épris de Giotto, peu propres à un effort personnel et libre, ils se bornent, quand Giotto a disparu, à le reproduire autant qu'il est en eux. Sa loi devient leur Évangile, ses pratiques leur idéal. Si profonde et si tenace est son empreinte, qu'un siècle et demi plus tard les œuvres de la peinture en Italie s'appelleront encore des peintures giottesques'.
Toutefois le courant, irrésistible à la longue, ne s'établit point sans résistances. Durant bien des années encore, devait se recruter parmi les Florentins l'école vieillie deTaii\ Le passé, dans ses erreurs et ses abus, ne
^ Commento alla Divina Commedia, Proemio.
* Vasari, éd. LernooDier, II, 133.
' C'est ce que reconnaît M. Rio (1, 307) lui, si partial en faveur deTécole aîennoise.
à On peut citer Nozzo, dit Calandrino, Nello, Bartolo Gioggi, Bruno de* GioYanni, et surtout Gioyanni da Ponte, le plus habile de ces peintres»
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lrouve-l-il pas toujours d'obstinés sectateurs? Cesl en vain que le plus habile entre les Gdèles de la rouline et de Tornière finit par faire preuve d'une infidélité iolelligente, et, voyant où était le génie, par passer à Tennemi. Naturellement semblable à Giotto par la verve mordante de son facétieux esprit, heureusement doué, quoique paresseux et toujours pressé de repos*, Buffalmacco Buonamici* renonça, devant les radieux modèles qui renversaient sa doctrine, aux figures maigres, exsangues des Byzantins, et c'est là ce qu'il faisait entendre quand il demandait aux religieuses de Faenza de la bonne renuwrcîa, vin excellent qui mettait, disailil, du sang aux veines de ses saints'. Mais son exemple trouva rétifs les barbouilleurs de son école, dont la docilité peut-être eût, après lui, sauvé quelques-uns de l'oubli \
attardés après buflalmacco. Voy. Crowe, 1, 3^6 ; Stendhal, p. 70; Jeanron, I, 406.
* f Dura?a poca fiatica nelle opcre sue.... quando mettera Tanimo nelle sue opère, passa va tutti gli altri pittori. » (Deuxième commentaire de Ghiberti, dans Yasari, éd. I^monnier, I, xxi.)
* Buflialmacco ayant une légende de facéties, on a été, un Allemand, bien enteudu, jusqu'à contester son existence. Yoy. Rumohr, ïlalienische Forschungen, 1. II, p. 14, note, Berlin, i8S7, 5 vol. Mais le registre de la compagnie des peintres fait foi. Notre homme y est porté sous ce nom en 1551 : Buooamico Christofani, dit Burfalmacco. Voy. ce registre dans Gualandi, Memorie originaliifaliane^ risguardanti le belle arti, série 6, p. 178. La liste occupe de la p. 176 à la p. 188. Bologne, 1845, in-8*.
3 Vasari, éd. Leui., 11, 51. Ce caractère giottesque est si marqué chez Buflalmacco, que le poète Redi a pu dire :
Ei dipingeva i santi nellc mura Con ccrti visi tutto sangue e latte.
* Le nom de Buffalmacco a du moins survécu. Quant à l'authenticité contestée de ses œuvres, voy. Crowe, 1, 389-91-96-97 ; les éditeurs de Vasari (Lem.), Il, 40, 52, 59, n. 2; Rio, I, 267; le P. Marchese, Scrita vari, p. 159, 561. Flor., 1855.