‹ Histoire de FlorenceChapitre 66 sur 102 · ÉCOLE SIENNOISE · texte numérisé non relu

ÉCOLE SIENNOISE

Aux portes mêmes de Florence» résistait aussi, et ivec bien plus d'éclat, l'école siennoise. L'esprit étroit le patriotisme municipal, vaincu dans sa prétention de ;e suffire à lui-même en politique, s'était réfugié dans es principes et les productions de l'art. Une génération iccidentelle de peintres distingués, l'honneur de Sienne, r faisait preuve d'indépendance en ne voulant dépendre [ue des Grecs. Ils en améliorent la méthode et les proîédés par le soin patient des moindres accessoires, par a chaude et agréable couleur qui les relève, par le seniment religieux qui rend certains critiques indifférents lUX plus graves défauts. Comment pardonner pourtant lux Siennois leur culte dégradant pour de hideux mo« lèles? Comment ne pas voir que l'attention minutieuse lonnée aux arabesques, aux feuilles, aux branches, lUX draperies, aux nimbes, à l'expression morbide ou onvulsive, atteste le dédain ou l'ignorance de la compoition, de l'effet d'ensemble, de ce goût simple, sévère t grand qui y subordonne justement les parties, et qui tait par excellence le goût de Giotto, le goût florentin*?

Au surplus, les deux écoles se pénétrèrent l'une l'autre, les vifs et intelligents Siennois ne restèrent pas, devant riotto, quoi qu'ils en eussent, exclusivement disciples lu byzantin Margaritone. Ils ne s'en tinrent pas même

Cimabue, qui l'est encore à demi. On a beau demeurer ur la défensive : on finit toujours par ressembler plus u moins à ceux que l'on combat. Florence donna plus u'elle ne recevait; mais elle acquit plus de délicatesse e louche, un sentiment religieux plus profond. Sienne,

^ Crowe et Cavalcaselle (1, 404, 408 ; H, 34-38) indiquent aTec précûîon » caractères des deux écoles. On peut voir notamment, à la p. 36 du t. \{, 68 détails très-curieux sur les procédés techniques des Siennois.

443 SIENlfOIS S*INSPlRAIfT DE GIOTTO.

qai avait infiniment plus à apprendre et à prradre, apprit et prit plus qu'elle ne veut ràvouer, plus que ne l'admettent ses fanatiques admirateurs. Elle put bien paraître aux peuples qui ne savent pas peindre, Tégale de Florence, donner pour maîtres de la peinture à Pise et à Pérouse Taddeo Bartoli, à Naples Simone Martini^; elle ne préserva point ces peuples de la contagion des bons exemples, que ces peintres renommés portaient plus ou moins avec eux. L'imitation de Giotto, comme de Niccola Pisano, est sensible au grandiose chef-d'œuvre qu'élevèrent dans la cathédrale d'Arezzo, à la mémoire de l'évéque Tarlati, Agnolo et Agostino, architectes et sculpteurs, siennois par le soin des détails comme par la naissance*. C'est que, dans ses rapports avec Sienne amie, alliée et presque sujette, Florence ne fermait plus jalousement ses portes devant les citoyens qui voulaient sortir' ou las voisins qui voulaient entrer : elle souffrait qu'on vint dans ses murs apprendre à l'égaler; elle employait l'habile ciseau des Siennois Tino^ et Moccio'. 11 fallait même qu'elle payât bien ces sculpteurs, car, à ce moment, ils eussent trouvé du travail dans leur patrie : on y commençait d'édifier la cathédrale, œuvre de tant de talents et de bras\ Une fois vues, les œuvres saisissantes de Giotto ne

< Vasari, éd. Lem., II, 87, n. 4; Crowe, H, 40.

* Voy. ce que disent à ce sujet Jeaoron, I, 247, 250, et Rio, I, 105.

> Jadis elle ne permettait même pas aux jeunes mères florentines de se rendre à Sienne comme nourrices.

* Tinoéleya dans S. M. del Fiore au-dessus de la porte latérale, ducdté du midi, un monument à révéque Antonio d'0rso,mort en 1321, et sculpta le tombeau remarquable d'Henri YII, qu'on ?oit aujourd'hui au Campo Santo de Pise.

» Rio, I, 103.

* Yasariféd. Lem., II, 3, 4, note.

LES FRÈRES LOREltZEni. 443

sortaient plus des mémoires. Si Duocio, le vieux chef des SiennoiSf comptait trop d'années pour se rajeunir, pour ne pas s'obstiner dans la doctrine d'ailleurs am^ liorée des Byzantins, Ugolino et Segfia, qui viennent après luiront déjà peut-être, sur plus d'un point, lâché pied^; qnant aux deux frères Lorenzetti, Pieli*o et Ambrogio, ils se rattachent certainement à l'école nouvelle'. C'est à Giotto que Pietro doit son coloris et telle de ses figures : il a trop de vigueur dramatique, dans son incorrection sauvage, pour être un pur Siennois; il s'est laissé séduire par ce «c naturalisme » odieux à l'école catholique. C'est de Giotto qu'Ambrogio tient la simpli* cité sévère que pratiquent les Florentins, qu'ignoraient les Siennois. Ghiberti, l'immortel sculpteur des portes du baptistère, loue en lui, avec l'habileté du dessin, le talent tout florentin de la composition', et l'on ne

* Vasari dit (éd. Lem., U, i66, n. 2) que Tinflaence de Giotto n'est pav sensible chez Ugolino et Segna ; mais, selon Rosini (II, 57) la composition, le dessin, les 6gures sont si giottesques dans Ugolino, qu*on n'en avait pas TU encore qui le fussent autant hors de Técole de Giotto. Cf. Crowe» U, 55-58. U y a des peintures d'Ugolino à Santa Croce, avant 1294.

* Carlo et Gaetano Milanesi, éditeurs du Vasari-Lemonnier, en doutent pourtant, tout au moins pour Pietro (II, 26, n. 5); mais ils sont Siennois, et toute leur impartialité historique ne les dégage pas entièrement de ce patriotisme local, si puissant en Italie, même aujourd'hui. Rosini (II, 134), Rio (I, iSO), Crowe (II, 124) sont d'avis oppose. Rio blâme méine Pietro d'avoir abandonné les compositions légendaires pour rivaliser de force et d'ampleur avec l'école florentine. 11 en cite pour preuve son petit tableta de S. Ansano, près de TÂrbia.

' Deuxième commentaire de Ghiberti, dans Vasari, éd. Lem., I, xxm, xxnr. — f The Lorenzetti assumed and embodied some of tbe practiœ of the Florentines, infusing into their grand and admirable worksfomeofthe spirit of Giotto. » (Crowe, II, 34.) Cf. le même, II, 138. Les éditeurs du Vasari-Lemonnier reconnaissent à Ambrogio (II, 70) tous les mérites dont les modèles sont les fresques de Giotto dans la chapelle des Scrov^ni à Padooe et dans celle du podestat à Florence (Ibid,). Rio dit (1, 129) que Giotto était le modèle de pi*édiiectioa d'Ainbrogio, et c'est un défenseur de

Page 1