‹ Histoire de FlorenceChapitre 70 sur 102 · ET LÀ SCULPTURE · texte numérisé non relu

ET LÀ SCULPTURE

le renom de Giotto. Giotto y travaillait au dôme de Santa Maria del Fiore et à son campanile^ j au pont alla Carraja et aux murs de la ville sur les deux rives de l'Ârno^ Le peintre, en lui, s'effaçait alors devant le sculpteur et rarchitecte. Ândi*ea fut le premier des magistri lapidum qui, ayant compris la réforme et sa portée, rappliquèrent aux bas-reliefs. C'est sur les dessins de Giotto qu'il exécuta les sculptures du campanile^ et d'autres ouvrages qui devaient orner la façade de la cathédrale en construction*.

Ce qu'on voit encore de ces travaux, nous montre dans toute sa vigueur et sa pureté la sculpture italienne, émancipée des deux Pisans, guidée par le Florentin dans ces voies heureuses où, sans copier comme jadis le paganisme, elle s'inspire de l'art grec, modiûé par le goût de Florence \ Noblesse, élégance, sentiment, tout s'y trouve, jusqu'à un choix de formes que n'ont point surpassé, selon les critiques modernes, Ghiberti,

ces mots : c Ândreaccius Pisanas famulus magistri Johannis. t (Gicognan, m, 390.)

^ L'élection de Giotto pour ces travaux est delà fin de mars 1334; la pose des fondements du campanile, du 18 juillet suivant. Voy. G. Villani, XI, 12 ; March.de Goppo, Vil, 503; DelwU, XU, 173, note; D. Ramée, Hi$t. de rarcW<.,U, 1126-27.

* G. Villani, XI, 12; Ammirato, VIII, 393. Le pont fut terminé en janvier 1336. Giotto mourut le 8 janvier 1337.

s Vasari, éd. Lem., II, 38; Growe, I, 345. « Essendo poi migliorato il disegno per Giotto, molli migliorarono ancora le figure de' marmi e délie piètre, corne fcce Andréa Pisani. » (Vasari, éd. Lem., III, 10. Proemio.)

^ On en peut voir les restes mutilés et en mauvais état au jardin Boboli, ainsi qu'une statue en marbre, sous verre, sur la façade de la Miséricorde qui fait face à San Giovanni. Vasari, éd. Lem., II, 36, n. 3; Growe, 1,345.

* « Bon gré mal gré, jusqu'à la consommation des siècles, la sculpture sera condamnée à parler un grec plus ou moins pur, mélangé de quelques idiotismes florentins, i (Gherbuliez, Aev.iieiDeifX-i/ondes, 1*' juillet 1876, p. 208.)

4iS ANDREA PJSANO ET SON FILS.

Donatello, Mickel-Ânge, Raphaël. Elle fit un pas de géanty le jour où Andréa façonnait en teri*e glaise ces porU'S du baptistère qui font face au Bigallo, et que des Vénitiens coulèrent en bronze sous la surveillance de Calimala, gardienne de l'œuvredeSan Giovanni>(1330)\ A l'art de sculpter des figures s'ajoutait désormais Tart de les distribuer, Tart souverain de la composition. Or, qui donc, sinon Giotto, en avait jusqu'alors donné le précepte et l'exemple? Andréa, dans son simple et clair langage, sait, à son tour, signaler à Tattention l'idée principale, sans nuire à la beauté des formes', sans méconnaître la nécessité des proportions et de l'harmonie. Le premier, sur un marbre froid, il exprime sans vulgarité la grâce, la tendresse, la force, tous les sentiments^. C'est un disciple, mais qui vole de ses propres ailes, et qui est lui-même un maître. Les merveilleuses portes de Ghiberti ont fait négliger celles d'Andréa; mais Ghiberti ne les eût point surpassées, s'il ne les avait eues sous les yeux. Écrivain, il gloride son modèle; pourquoi donc en omet-il le fils', ce Nino qui avait terminé les œuvres paternelles ^ et dépassé peut-êlrc l'art dont il héritait, par le talent d'assouplir et d'amollir le marbre, de trouver le naturel dans son dessin précis aux contours un peu secs? Avec plus de

< Crowe, I, 346-47. Cf. Cicognara, III, 591 sq.

* G. Yillaniy X, 176. Viilani fut un des officiers de Calimala pour celte opération.

' Au jugement de Crowe et Cafalcaselle (I, 547), la plus belle nudité du quatorzième siècle est le sauveur au baptême des portes d'Andréa.

* Voy. Crowe, I, 544-45 ; Cicognara, III, 593.

' Deuxième commentaire de Ghiberti, dans Vasari, éd. Lem., I,

IXTII.

^ Notamment à la chapelle Miaerbctti de S. M. Novella.

PREMIÈRE ÉCOLE GIOTTESQUE. 449

sévérité et de noblesse, Nino suivrait de bien près ses deux mentors, ses deux grands devanciers*.

Ainsi Giolto s'impose aux sculpteurs comme aux peintres; mais ceux-ci sont légion. Deux générations de giotteschi forment Técole : les uns ont entendu la parole de vie et vu leur oracle à Tœuvrc ; les autres ne recueillent qu'un écho affaibli de ses leçons, heureux du moins de voir de leurs yeux les monuments trop périssables, hélas ! de son impérissable génie. Ces deux générations, nous n'avons point, comme en une histoire de Tart, à les montrer dans Tordre chronologique. Il nous suffira d'établir la filiation des talents, la dépendance tout ensemble volontaire et forcée du plus indépendant et du plus populaire des arts, de celui qui, par ses facilités plus grandes, par ses débouchés plus sûrs, par son langage plus animé, plus expressif, plus intelligible, provoque et développe les vocations.

Un des premiers propagateurs de la doctrine, le plus actif peut-être et le plus efficace, ce fut Stefano ; mais qu'il est, aujourd'hui, difficile à juger ! En l'absence de toute œuvre authentique*, comment dire s'il faut, avec Ghiberti, voir en lui le savant auteur d'œuvres admirables, ou, avec Landino, un singe de la nature*? En

* Selon Crowe (I, 350), il suffit de voir la tombe du dominicain Simone Saltarelli, dansTéglise de Sainte-Catherine de Pise,à la gauche de Tentrée, pour reconnaître que Nino est un fiiicle disciple de Giotto.Cf.Cicognara, UI, 419« qui voit le progrès du fils sur le père dans une madone en pied avec bambino^ qui orne, à S. M. Novella, une niche sous Torgue.

^ Voy. Crowe (1, 599), qui retire à Stefano toutes les oeuvres qu*on lui avait attribuées.

^ « Scimmia délia natura » (Landino, Comment alla Div, Com, Proemio). — « Stefano syniia » (Alberlini, Opmculum mirabilibus nove et velere Rome, p. 5t). Home, 1510, 4% cité ainsi par Crowe, I, 398). Vafari voit en Stefano un peintre presque plus grand que Giotto ; mais c'est pour éleyer

BIST. Dg PLOREKCE. — Y 29

Page 1