AUTRES DISCIPLES DE GIOTTO
modelé des parties nues. Devenu florentin par ses études, comme par le droit de cité que lui conférait la République (22 avril 13G6)*, il sait à propos s'affranchir de la tradition florentine, pour demander à la tradition siennoise le secret de la chaleur, de la tendresse, de la grâce suprême. Mais ce secret, il le demande et le cherche plus qu'il ne le trouve, car il ne rend avec expression la douleur qu'au détriment de la beauté \ Réunir le mouvement dramatique des giottesques à l'expressive douceur des Siennois, voilà le triomphe de son art. Ne pas subordonner les parties à l'ensemble, en voilà la faiblesse. C'est par là qu'il se montre infidèle à Giotto, loin d'en suivre les traditions'.
Il était venu les chercher à Florence, et d'autres sans doute firent de même, qui, après s'en être pénétrés, les propagèrent par toute l'Italie. En plus d'un lieu, d'ailleurs, on y pouvait admirer les chefs-d'œuvre du maître, et l'éclat en rejaillissait sur ses disciples, sur Pietro de Rimini, Puccio Capanna et BernardoDaddi, de Florence, sur Pietro Gavallini, de Rome*. L'entraînement est uni-
^ Voy. le doc. dans Giorn, arch, tosc, II, 65. 11 y esl appelé Johannes Jacobi de Mediolano.
* On peut le voir dans le seul tableau certain qui soit resté de lui, suivant les éditeurs de Vasari. Il Tavait peint pour Santa Croce,eni564,etron y voit la date avec l'inscription de son nom. (Vas. -Lem., II, 119, n. 2 et 120.) Crowe, qui a une critique assez sévère, lui attribue en outre (I, 405) le tableau dégradé, restauré des scènes de la création qui est aux Offices et qui vient de TÉglisc d'Ognissanti, Fimportanl tableau d*autel de la galerie de Prato, qui représente la Vierge sur son trône, et les fresques de la cbapelle Rinuccini à Santa Croce, que Vasari attribue à TaddeoGaddi. Rio (1, 275) ajoute des fresques de l'église inférieure d'Assise. Vasari n'a pas écrit la vie d»; Giovanni de Milan. S'il l'avait écrite, dit Rumobr» comme on parlerait de ce peintre !
•> Voy. Crowe, I, 402-406.
* Deuxième comm. de Gbiberti (Vas.-Lem., I, xxu); Gualandi, série VI, p. 187; Baldinucci, Opeie, IV, 3ô8; Lauzi, I, 29; Vasari-Lem., Il, 81,
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versel. Paolo et Lorenzo, chefs de l'école vénitienne, ont beau procéder des Grecs, ils se laissent gagner à Tari nouveau. Dans nombre de villes, notamment à Padoue et à Vicence, on voit des peintures d'auteurs inconnus, mais de caractère si manifeste qu'on les attribue aux principaux de l'école S à des Florentins, car tout peintre non florentin ne peut conquérir qu'une renommée locale. 11 faut s'être abreuvé de naissance ou longtemps à la source, pour paraître capable d'en répandre au loin les vertus bienfaisantes.
 ces peintres l'association donnait alors la force que ne leur communiquait plus le génie. Suivant un peu tard l'exemple des artisans florentins, depuis si longtemps constitués en arts ou corporations, et des artistes vénitiens qui, depuis 1290, en formaient une sous le patronage de Saint-Luc, « premier peintre chrétien >, ils avaient pris, à leur tour, en 1349*, ce grand saint pour patron, « afin, disaient-ils, de rendre grâce à Dieu et de subvenir aux besogneux dans les choses de l'âme comme dans celles du corps' >. Furent capitaines de l'association, LapoGucci, Yanni Cinuzzi, Corsino Bonaiuti, Pasquino Cenni ; conseillers, Segna d'Antignano, Bernardo Daddi, ConsiglioGherardi, Jacopo du Casentino; camerlingues, Domenico Pucci etPieroGiovannini*, tous
n« 5 ; 182 et 185, n. 1 ; Rosini, II, 8, 9, 13 ; Rio, I, 270-73; Crowe, I, 6, 376.
* Voy. Rosini, II, 143.
' Le doc. ins. cité par Gaye (il, 32) porte 1339, mais c*est par erreur de Toriginal, de la copie ou de Timpression. Vasari dit 1350.
' Vasari, éd. Lero., II, 182. Gaye, II, 32 sq., publie les statuts des peintres florentins. Leur premier oratoire fut la chapelle majeure de Thôpital de S. M. Nuova, à eux concédée par la famille des Portinari.
« Statuto..,. dans Gaye, II, 32.
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obscurs, sauf Bernardo et surtout Jacopo, qui, instigateur avéré de la compagnie, y restait au second rang.
Qui sait mémo si tous ces officiers étaient des peintres? Dans la corporation avaient obtenu une place divers métiers où le dessin tenait modestement la sienne, artisans du bois et du fer, fabricants de selles etd'épées, manœuvres peut-être, qui préparaient les murs pour la peinture à fresque. Rien, après tout, de plus naturel. Le peintre n'étail-il pas, lui aussi, un artisan qui avait boutique ouverte ou qui travaillait dans la boutique d'autrui, qui ornait les petites choses comme les grandes, armoires, bancs et coffrets, harnais, selles, boucliers, bannières et pennons, comme panneaux et murailles? Beaucoup de menues peintures qui nous ont été conservées proviennent de ces objets portatifs, surtout des coffrets où l'on mettait les présents de noces. Aux objets mobiliers qu'ornaient des sculptures sur bois, se lisait souvent le nom du menuisier accolé au nom du sculpteur'.
On vit bien alors l'autorité morale qu'exerçait Florence. Les Vénitiens se constituant en corporation n'avaient, de longtemps, trouvé des imitateurs. Les Florentins en trouvèrent sans retard. Dès 1555, à Sienne, les peintres s'associaient, « pour manifester, par la grâce de Dieu, aux hommes grossiers qui ne savent lire, les choses miraculeuses accomplies par vertu et en vertu de la sainte foi'». Cette religieuse école voulait aussi
* Lanzi, 1, 5i-3o.
* Slalut des peintres siennois, dans Milanesi, Documenli pei* la storia deW arle sanese, \, i. Celle édilion du slalul est préférable à celle qu'en avaient donnée Délia Valle (I, 143 sq.) et même Gaye (II, 1 sq.) qui avait trii pouvoir négliger certains détails. Le statut donne les noms propres, au nombre de 195.
DEUXIÈME ËCOLE. AGNOLO GÂDDI. 4l»5
assurer les progrès de la charité, de la justice el de l'art. Â tous ces peintres l'association donna quelque force pour soutenir la bataille de la vie; elle ne leur pouvait donner le génie ou même le talent.
I^ talent, toutefois, ne manqua point aux giottesques de la seconde génération. Déjà nous avons nommé quelques-uns d'entre eux, les plus anciens, pour montrer qu'ils sont autant d'anneaux d'une chaîne sans interl'uption. Au premier rang de ceux dont il faut parler maintenant, se trouve Agnolo Gaddi, fils de Taddeo, confié, on l'a vu, pour son éducation d'artiste, à Gior vanni de Milan. Quand Giovanni fut retourné dans sa patrie, Agnolo devint maître à son tour, et rarement chef d'école jouit, parmi ses contemporains, d'une plus grande popularité. Homme riche et de belle humeur, il avait des amis; peintre capricieux, il faisait agréer ses caprices. Menant de front, comme son père, le trafic et l'art*, partageant son temps entre le comptoir el la brosse, au besoin mosaïste et architecte*, il manquait de loisir pour étudier; il travaillait vite, trop vite pour donner à ses œuvres un caractère définitif. Avec lui, plus encore qu'avec son père, la décoration tend à devenir le but de l'art. Agnolo dessine avec trop de négligence et d'incoiTcction pour ne pas gagner à n'être vu que de loin\ En outre, dès ses premiers ouvrages
* Agnolo Gaddi avait établi une branche de son commerce à Venise.
* Agnolo restaura très habilement lus mosaïques du Baptistère ; il rebâtit l'église de San Romolo, et acheva le palais du Bargello. Voy. Rio,
* Voy. les treize histoires de lui qu'on conserve k Prato, son chef-d'œuvre, selon Rio, ainsi que ses fresques du chœur à Santa Croce. L'effet en est grand de loin, mais de près elles ne soutiennent pas Texamen. Selon le point de vue où on les considère, prévaut Tadmiralion, comme chez les éditeurs de Vasari (éd. Lem., 11, 154, n. 3), ou la sévérité, comme chez Crowe