AGNOLO GADDI
apparaît la reclicrche de la réalité, ou, comme on dil aujourd'hui, du réalisme, héritée de son maître Giovanni \ Les personnages qu'il met en scène se bouchent le nez avec le bord de leur vêtement, pour marquer qu'ils sentent une mauvaise odeur. Sur les cadavres qu'il peint, il étale les plus révoltants détails de la putréfaction, par lui copiés dans les cimetières*. Ses prophètes et ses apôtres, il les affuble de riches manteaux; son Christ, d'une robe à galons d'or : c'est d'un excès tomber dans l'autre. Mais comme il rachète ces défauts ! S'il n'a pas la sobriété vigoureuse du pinceau paternel, il compose mieux, avec plus de naturel, d'agrément, de dignité, de relief. La fraîcheur de son coloris, que Vasari admirait tant, est sensible même de nos jours\ Le charme des détails ne nuit pas à l'invention et à l'ensemble dans ces grandes compositions où sa main se jouait en toute liberté, fidèle, jusqu'en ses plus originales créations, aux principes simples et nets de Giotto. Par malheur, selon l'usage, il séduisit son temps par ses défauts, plus encore que par ses qualités, et c'est ainsi qu'il devint un ouvrier de décadence, car il eut bientôt de nombreux imita teui's\
(I, 465, 470-72). Rio (I, 278) penche vers les premiers parce qu'il voit dans ces peintures une piété tendre.
* Voy. sa résurrection de Lazare à San Jacopo tra fotsi de Florence.
* Voy. Vasari, éd. Lein., II, 151 ; Rio, I, 279 ; Crowe, I, 464. Dans ses derniers ouvrages, malheureusement trop effacés (chœur de l*églisc du Carminé, à Florence), il semble s*étre corrigé de cette tendance.
* On peut comparer le père et le fils à TAcadémie des beaux arts de Florence, où chacun d'eux a un tableau. Vasari juge beau et grandiose celui d'Agnolo. (Éd. Leni., II, 153.)
* Notamment dans une lunette k San Spirilo, à Tintérieur de la porto qui conduit de la place au couvent. C'est une madone avec bambino, saint Pierre et saint Augustin.
' On peut voir les noms de ces imitateurs dans Crowe, 1, 474.